DES EXERCICES DE L'ŒUVRE
Après avoir parlé des pratiques de piété, les plus propres à nourrir les enfants dans les vertus, nous avons raconté ce qu'étaient nos assemblées, nos associations, nos dévotions. Il nous reste à parler de nos exercices de toute l'année. Cet article est encore fort important, puisque, semblable à la goutte d'eau qui creuse à la longue les rochers les plus durs, cette continuité d'exercices, revenant avec périodicité, doit, à la fm, obtenir le résultat que nous nous proposons, qui est de vaincre le péché et d'établir la vie de Notre-Seigneur dans les cœurs. Nous allons dire brièvement l'ordre de nos exercices pendant toute une année.
SI
Des Exercices de tous les Jours
Tous les soirs des jours ouvriers, l'Œuvre est ouverte, pour les enfants, à cinq heures précises. Il n'y a que les écoliers qui peuvent venir à cette heure ; aussi, est-ce pour eux que nous nous sommes imposé cette sujétion, si pénible par sa continuité. Presque toutes les écoles, ont le grave défaut de finir trop tôl ; l'été, les enfants ont encore trois heures pour aller polissonner, et l'hiver, le démon leur prépare des dangers plus grands
encore dans les compagnies du voisinage. Les parents travaillent â ces heures et fussent - ils libres, combien peu savent faire amuser leurs enfants autour d'eux ! Le bien que nous faisons à ces petites âmes, par ce moyen est si réel et si grand que nous avons toujours déploré que la même chose ne fût pas pratiquée dans toutes les Œuvres. Sans doute, nous n'avons pas à enlever aux maîtres leurs écoliers ; mais si, dès cinq heures du soir, ils les abandonnent dans la rue, n'est-ce pas un bonheur pour eux que nous les recueillions dans un âge encore si tendre, pour les empêcher de perdre, en quelques heures, le fruit de toute leur journée et de se gâter misérablement. Tous les confesseurs peuvent le savoir: les enfants du peuple sont-ils encore innocents à leur première communion ? Où se sont-ils perdus ? dans l'école? On peut le supposer en général; mais surtout dans la rue. Par conséquent, une Œuvre destinée à sanctifier les enfants doit faire tout ce <|ui est en elle pour les retirer de la rue, et cette Œuvre est incomplète si elle attend que le mal soit consommé pour le réparer.
J'avoue qu'une maison qui s'ouvre tous les jours, est pour son Directeur une sorte d'esclavage, sans relâche, sans interruption. Pour toute sa vie, il devra renoncer, dès cinq lieures du soir, à toute réunion de famille, de confrères ou d'amis. Qu'y faire ? Ego Ero tierces tua magna nimis (Gen. xv. I). D'ailleurs son sort est semblable à celui de la
majorité des séculiers. Que d'ouvriers, que deniployés, consument leur existence dans un esclavage bien pire, très heureux de leur sort s'ils gagnent un peu d'argent. N'est-il pas vrai que nous empêcherons beaucoup de mal, que nous gagnerons beaucoup d'âmes par cette méthode ? De quoi nous plaindrions-nous donc ?
Il y a toujours quelqu'un qui est chargé de garder les enfants dans la cour et de les faire jouer ; il vaudrait mieux ne jamais les réunir, que de les laisser sans surveillance ou dans l'oisiveté. Pendant de longues années, j'ai fait, moi-même cette surveillance, mais aujourd'hui j'ai des aides qui me remplacent. Il est fort utile à un Directeur de passer par toutes les fonctions de son Œuvre: il les connaît mieux pour les apprendre ensuite aux autres.
Quand il fait froid ou mauvais temps, on ouvre les salles. Plusieurs grands arrivent, après sept heures, lorsque leur journée est finie. Ceux-là n'ont presque plus le temps de prendre part aux jeux ; ils ne viennent que pour faire leur adoration, ou assister à l'exercice commun, qui commence à sept heures pendant sept mois, et à sept heures un quart pendant les grands jours. On récite le chapelet, suivi de V Angélus, du De Profundis pour les congréganistes et les bienfaiteurs décédés, et d'un paier et ave pour N. S. P. le Pape, Monseigneur l'Evêque et les bienfaiteurs de l'Œuvre. Toutes ces prières ne durent pas tout à fait un quart d'heure: une lecture
spirituelle suivie d'une courte glose termine la demi-heure. Cette lecture et cette glose sont infiniment profitables, et le ton familier qui préside à cet exercice permet au Directeur d'aborder successivement toutes sortes de sujets amenés par la lecture, tandis que trop de sérieux endormirait les enfants, fatigués â cette heure-là. On termine à genoux, par le Jesu Patris, et tous se retirent, après avoir salué M. le Directeur qui assiste sur le perron au départ. Quelques-uns, retardés par le travail, restent encore pour faire leur adoration et les plus grands prolongent leur séjour aussi longtemps qu'ils le veulent. Les jours de très mauvais temps, ce qui arrive à peine quelque fois par an, on ne fait point de lecture et on se retire après le chapelet. Ordinairement nous sommes plus de deux cents, mais souvent ce chifi're est bien plus élevé à certains jours (1).
Je n'ai parlé que de l'exercice de l'Œuvre proprement dit. Tous les matins, il y a régulièrement la messe de Communauté, à six heures et quart, et
(1) Après la fondation du Cercle, en 1873, nous essayâmes de garder nos plus grands jusqu'à dix heures du soir, comme dans tous les Cercles, mais sans succès. Nos jeunes gens fatigués du pénible travail de la journée, n'ont plus que deux besoins : souper et dormir, pour commencer le lendemain de bonne heure. Nous avons considéré cet insuccès comme un grand succès, les Cercles étant faits pour arracher les hommes aux lieux dangereux, mais non aux nécessités de leur vie et encore moins à leur famille.
celle de l'école à sept heures. Plusieurs y viennent régulièrement, surtout l'été, pendant les neuvaines, le mois de Marie, ou les jours de demi-fêtes ; mais ce ne peuvent être que des commis, des écoliers ou des ouvriers d'états qui commencent leur travail plus tard.
Des exercices de chaque semaine
1'- Le samedi après le chapelet, il n'y a pas de lecture ni de glose, parce que les jeunes gens se confessent vers cette heure-là ; on chante les Litanies et l'Antienne à la Sainte Vierge , pro iempore.
2° A un grand nombre de fêtes, il y a bénédiction du Très Saint Sacrement, toujours précédée du chapelet.
3° Le dimanche, la Réunion du Sacré-Cœur commence à six heures et demie ; elle dure trois quarts d'heure ; à sept heures et demie on psalmodie les Matines et les Laudes du petit office ; et, si c'est une grande fête, on commence un quart d'heure plus tôt pour chanter les leçons et les Laudes, depuis le Capitule jusqu'à la fin. Les enfants arrivent pendant ce temps ; on ne les oblige pas à venir à l'office, mais dès qu'ils sont entrés dans la maison, ils doivent y assister. A huit heures précises, l'aspersion et la messe basse avec l'offrande et la communion. Au Gloria in Excelsis, le portier ferme
la porte, et les retardataires ne sont plus admis de toute la matinée. Aux grandes fêtes, il y a grand'messe avec diacre et sous-diacre. Après la messe, récréation ; à onze heures et demie, chapelet, Angélus, départ. La porte est fermée au verrou jusqu'à une heure et demie . Récréation jusqu'aux vêpres. A trois heures et demie, vêpres, sermon, bénédiction et réci'éation. A huit heures. Angélus, départ.
Des ej'orricc? de toKS les ynois
1"^ Le premier Vendredi de chaque mois, à la Sainte-Messe, le supérieur fait la méditation jusqu'au Sancùis,et un acte de consécration au Sacré- Cœur après TElévation. Une soixantaine de jeunes gens assistent à cet exercice, qui compte toujours beaucoup de communions. J'ai raconté plus haut l'origine de cette messe, mais je ne puis taire ici les difïicultésque surmontent nos congréganistes pour arriver si matin. Chaque mois voit quelques traits toujours plus édifiants par les efforts qu'ils supposent. Souvent réveillés après un court sommeil, n'ayant ni montre, ni pendule, les uns se lèvent à toutes les heures de la nuit, les autres ont passé de longues heures devant la porte de l'Œuvre avant son ouverture. Une fois nous sommes réveillés à minuit ; c'est un jeune homme trompé par les clartés du gaz qui se croit en retard. Un autre est pris
par la police couché sur le seuil de notre porte et ou vient savoir si nous le connaissons. Rien ne les décourage, et les matins d'hiver, comme ceux d'été, les jours de froid aigu, comme les jours de chaleur, les trouvent aussi exacts. Heureux sont les jeunes gens quand leurs pratiques de piété parviennent à les passionner jusqu'à troubler leur sommeil si profond à cet âge.
Le soir à sept heures et demie, après le chapelet, on expose le Saint-Sacrement et la procession se met en marche en chantant les belles Litanies du Sacré- Cœur. La croix précède suivie des petits, puis des novices et des congréganistes, les plus anciens portant des cierges allumés. Cinq enfants de chœur précèdent le Saint-Sacrement, quatre décorés portent le dais, et les quatre dignitaires, avec des flambeaux, ferment la marche. La procession fait le tour de la chapelle de Saint Joseph et rentre dans l'Eglise où l'ofïiciant, un cierge à la main, fait l'amende honorable et l'acte de Consécration au Sacré-Cœur. La liénédiction du Très vSaint-Sacrement termine la cérémonie. La majorité des enfants sont présents ce jour-là, et si beaucoup manquent encore, c'est que la plupart ne peuvent se rappeler les jours qui sont les premiers vendredis, à cause de leur étourderie.
2° Tous les premiers dimanches du mois, si ce n'est pas un jour de grande fête, nous récitons, à sept heures du soir, les vêpres des morts pour les congréganistes et les bienfaiteurs décédés. Cet exercice dure un quart d'heure, et nos jeunes gens
— 3(J7 — paraissent y prendre part avec plaisir, puisqne Ja plupart de ceux qui voudraient demander la permission de sortir s'en privent ce jour-là. Nous obtenons un double résultat par cette pratique : le premier c'est un acte de charité, envers les pauvres âmes de ceux qui furent nos frères ou qui nous ont fait du bien ; le second, c'est d'habituer nos enfants à la dévotion aux âmes du purgatoire.
Quand un Congréganiste vient à mourir, ce qui nous est arrivé 250 fois depuis 45 ans, s'il est mort ayant quitté l'Œuvre, on le recommande le jour même à la prière du soir, et le premier dimanche du mois suivant, aux vêpres des défunts. Mais s'il était encore membre actif, tous ses frères sont convoqués à son convoi, et le dimanche suivant, au lieu du petit olïïce, on psalmodie le premier nocturne et les laudes des morts , avec l'absoute solennelle autour du catafalque. Tous les ornements noirs ayant été enlevés, à cause du dimanche, on célèbre la messe du jour à son intention, et les congréganistes sont invités à offrir leur communion pour le repos de son âme. Si c'était un dignitaire ou un décoré, l'ofTice se ferait avec plus de solennité. L'usage s'est établi qu'au cimetière, après le départ, des prêtres, tous les Congréganistes à genoux, récitent le De Profundis ; et, pour terminer ce qui a rapport aux derniers devoirs que nous rendons à nos frères, le Directeur de l'Œuvre porte ordinairement le Saint-Viatique à tous les Congréganistes, avec la permission de MM. les
Curés ; mais il ne va pas à leur convoi, à moins que ce ne fût un des principaux de l'Œuvre ou un de ceux qui demeurent dans la maison.
§ IV
Des Exercices de tous les ans
Nous célébrons, je l'ai dit ailleurs, toutes les fêtes de l'Eglise, selon l'usage des paroisses : je ne parlerai donc ici que de nos pratiques spéciales de dévotion.
lo Tous les mercredis de carême, nous faisons, après le chapelet, le chemin de la croix, avec un concours de jeunes gens, aussi grand que les premiers vendredis du mois. Nous terminons par la bénédiction de la vraie Croix.
2'^ Le 30 a\Til, nous ouvrons le mois de Marie, à l'exercice du soir, par le Veni Creator et la bénédiction du Très Saint-Sacrement ; nous ornons, aussi bien que nous le pouvons, la statue de notre Bonne Mère, qui a son autel en face de la chaire, dans la travée du milieu; le grand autel reste exclusivement destiné aux fonctions du culte. Tous les soirs, après la lecture et la glose en l'honneur de la Sainte Vierge, on chante un cantique et on donne les pratiques du lendemain. Ces pratiques qui sont un mystère de la vie de la Très Sainte Vierge, une vertu à imiter, une mortification et une prière à faire, demeurent affichées pour que les
enfants puissent les consulter quand ils viennent faire leur adoration. Tous les jeudis, il y a les Litanies de la Sainte Vierge et la bénédiction du Très Saint-Sacreraent. Au milieu de la chapelle, pendant tout le mois, il y a une corbeille destinée à recevoir ce que nous appelons les fleurs de Marie. Ce sont de petits papiers, où chacun, selon sa dévotion, écrit les petites mortifications qu'il a faites, pendant la journée, en l'honneur de la Sainte Vierge. Chaque semaine, il y en a des centaines, et ces petits billets qui ne sont jamais signés, contiennent d'admirables petites révélations. Ainsi, par exemple, les uns se sont privés de goûter, les autres de vin à un repas, de dessert ; d'autres n'ont pas bu hors de leur repas, etc., etc. Il y a plusieurs centaines de ces petites fleurs toutes les semaines. Tous les matins, quelques-uns viennent à la messe avec les enfants de la première communion, pour qui elle est obligatoire.
3" Les neuf jours avant le Patronage de Saint Joseph sont consacrés à nous préparer à sa fête. Les exercices sont à peu près les mêmes que ceux du mois de Marie, et nous obtiennent les dernières Pâques des retardataires. Les enfants moins nombreux, les jours ordinaires, viennent exactement à ces exercices spéciaux, qu'une communion presque générale couronne toujours. Encore une fois, ce ne sont pas seulement de saintes pratiques, ce sont encore de saintes ruses.
4" Les prêtres du Bon Pasteur donnaient, tous
les ans, quelques jours de retraite dans leur campagne de Sainte Marguerite. Les occupations de la bourse et des comptoirs ne permettant pas aux jeunes gens d'y consacrer toute leur journée, on avait choisi les plus grands jours d'été, pour faciliter ce trajet d'une lieue avant et après le travail. Voilà la raison qui a fait fixer cette retraite de M. Allemand au 15 août, par fidélité aux vieux usages. Nous avons voulu nous y conformer pendant quelques années, mais nous avons dû y renoncer ; il fait trop chaud pendant ces jours caniculaires, et, tandis que les campagnes nous enlevaient beaucoup d'enfants, la foire, quinze jours après, détruisait tout le fruit de la retraite. Depuis plusieurs années, nous avons choisi les quatre jours qui précèdent la Présentation de Notre-Dame; nous la célébrons, avec une permission du Souverain Pontife, le dimanche qui suit le 21 novembre, et nous nous trouvons très bien de ce changement.
Les congréganistes, les novices et ceux qui vont faire leur première communion dans cinq mois, assistent seuls cà cette retraite ; les petits enfants, pendant ces quatre jours, ne sont pas reçus dans l'Œuvre. Nous envoyons, le dimanche précédent, ime lettre d'invitation à nos anciens Congréganistes (fui ont abandonné l'Œuvre. Tous ne répondent pas à notre appel, et parmi ceux qui viennent, très peu le font sérieusement, c'est-à-dire en s'approchant des sacrements de Pénitence et d'Eucharistie, mais quelques-uns cependant reviennent à Dieu, et quel-
que petit qu'en soit le nombre, il est assez grand pour que nous ne regrettions pas cet usage. Avec l'appoint des anciens, notre église regorge de monde ; les retardataires ne savent plus où se placer, et il n'est pas rare de voir les dignitaires et les conseillers placés les plus près de la porte, s'asseoir par terre, pour céder leur stalle à ceux qui sont venus tard. Le dimanche précédent, je fais le sermon d'ouverture; mais ordinairement je ne prêche pas la retraite moi-même, j'invite le plus souvent un prêtre étranger. M. Allemand, au contraire, ne se fiait qu'à lui et je ne puis dire qui de nous deux suit la meilleure méthode. Il y a de graves raisons pour et contre. Un étranger ne connaît pas notre Œuvre ; ses sermons ne sont pas toujours écrits pour son auditoire, quelquefois ils sont d'une longueur démesurée, ce qui empêche les enfants de se confesser ; ils ne peuvent pas passer la nuit dans l'Eglise, les parents ne le souffriraient pas. Si le prédicateur confesse, tous les plus mauvais sujets vont le trouver, et, après la retraite, on retrouve avec les mêmes mauvaises habitudes ceux qui ont communié le jour de la chMure. Cependant, les raisons qui m'ont fait opter pour un prédicateur étranger sont aussi fort graves : sa parole est plus nouvelle, elle surprend davantage ; confessant toute l'année presque tous mes jeunes gens, plusieurs sont peut-être exposés à faire des sacrilèges que ces retraites peuvent réparer. Si on m'objecte qu'il ne s'en fait pas moins pour cela, je réponds qu'au
moins j'ai fait mon devoir et que je n'en réponds plus devant Dieu. Bref, j'indique nos usages sans vouloir les défendre sur ce point (1).
A vrai dire, notre retraite qui ne consiste que dans un petit nombre d'exercices, ne mériterait pas ce nom de retraite, si la grâce de Dieu ne changeait ces jours en jours de bénédiction. J'ai eu quelquefois de très médiocres prédicateurs, ne disant que des choses très médiocres, et ils produisaient les mêmes bons effets. Le matin, beaucoup viennent à la méditation, un plus grand nombre à la Sainte
(1) Ces lignes étaient écrites, quand le prédicateur qui devait prêcher notre dernière retraite nie manqua tout-à-coup, Je fus obligé de le remplacer moi-même, et, je dois le dire, jamais retraite n'a mieux roussi. Les anciens surtout venaient en plus grand nombre pour entendre la voix de leur ancien père <[u'une longue absence leur faisait encore chérir. Je crois que cette dernière expérience me ferait presque pencher pour la méthode de M. Allemand, si une autre raison ne m'empêchait de la suivre : ce sont les loisirs que demandent les enfants de la première communion pour leur faire faire une bonne confession générale et leur donner l'absolution. Cela prend beaucoup de temps, pour le bien faire. Les plus jeunes eongréganistes changeant facilement de confesseur, et n'ayant point de sermon à faire, je puis m'occuper plus facilement de ces petits et les absoudre ensuite le samedi matin. J'ai déjé dit, dans un autre chapitre, les admirables fruits de cette pratique ; je ne puis trop la recommander. Sans doute on pourrait leur donner une retraite pour eux seuls, mais elle manquerait de l'entrain de cette grande retraite, des grâces que nous obtiennent les nombreuses prières sollicitées dans les tous couvents.
Messe ; pendant tout le jour la chapelle ne désemplit pas, chacun venant dans ses moments libres pour faire son adoration, sa confession ou le chemin de la Croix. En somme, la retraite produit toujours d'excellents résultats, surtout quand on peut rencontrer un prédicateur qui secoue fortement les âmes ; mais il faut attendre davantage du secours du Bon Dieu : voilà pourquoi nous la faisons toujours précéder de quelques ferventes neuvaines dans les couvents les plus pieux de Marseille. Le jour de la clôture, après la messe, on expose le Très Saint-Sacrement, et chaque Gongréganiste vient renouveler les promesses de sa réception, selon une formule abrégée. Cette cérémonie est fort édifiante, quoique moins solennelle que celle de la grande rénovation de la fête du Sacré- (^.œur.
5° Nous célébrons deux fois la fête du Sacré- Cœur : la première fois, le vendredi après l'octave du ^aint-Sacreinent; l'après-dmer est généralement chômé à Marseille, mais beaucoup travaillent le matin ; nous avons cependant la messe comme les dimanches, et le soir, les vêpres sans sermon. Ce n'est pour nous qu'une demi-fête. La grande solennité titulaire de notre Œuvre et de notre Eglise, se célèbre, avec permission du Saint-Siège, le dimanche suivant. Pendant toute la semaine, les petits, les moyens et les grands préparent leurs trois reposoirs pour la procession, à laquelle tous les parents sont conviés. Après les vêpres, pendant
(]u*on chante le Vejii Creator , comme au jorn- de leur réception, les congréganistes, un cierge à la main, avec leur consécration écrite jadis par euxmêmes, s'avancent, sur plusieurs rangs au milieu de l'Eglise, en présence du Très Saint-Sacrement exposé. Je ne puis dire avec quel entrain et quelle piété ils font cette rénovation, c'est, je crois, le plus beau moment de toute notre année. J'ai vu un vénérable Evêque en pleurer d'attendrissement, et cette impression est celle de presque tous les témoins de cette solennité. La procession se fait le soir à six .heures. Plusieurs prêtres, amis de l'Œuvre, y prêtent leur concours, et le public, après tant d'autres processions qui ont signalé cette semaine, trouve encore un grand sujet d'édification dans la bonne tenue des enfants.
6° Nous faisons la pi-emière communion le saint jour de la Pentecôte. Ce jour-là seulement, les parents des communiants peuvent entrer dans notre Eglise. Pendant le restant de l'année, ils assistG?nt à nos offices, mais dans une chapelle séparée.
Le dimanche suivant, ou tout autre peu éloigné, Monseigneur l'Evêque a la bonté de venir célébrer cliez nous la Sainte-Messe, et confirmer nos enfants. Pour correspondre à tant de bienveillance, nos jeunes gens se multiplient, les jours précédents, afin de préparer à leur premier pasteur une réception convenable ; ils prennent même sur leurs nuits pour allonger le temps; et dans tous ces préparatifs ils laissent voir un sentiment de reconnais-
sauce que nous n'avons plus besoin de leur inspirer.
Voilà, bien en abrégé, le cycle de nos exercices. Dans une Œuvre il faut toujours une fête en perspective pour tenir les enfants en haleine. Cela oblige les plus fous à se préparer par une première confession la semaine précédente, et par une seconde la veille de la fête. Et comme il y a toujours au moins une fête par mois, la confession n'est négligée par aucun. Le jour de la consécration de notre Eglise, le 21 juin 1857, Monseigneur de Mazenod ayant à fixer pour l'avenir le jour anniver-. saire de cette dédicace, selon les prescriptions du Pontifical romain, nous lui demandâmes de choisir le troisième dimanche de juillet. <■<■ Vous prenez un jour de chaleur atroce, » nous répondit notre vénérable Evêque. — « Sans doute. Monseigneur, mais c'est qu'il n'y a aucune fête depuis le Sacré-Cœur jusqu'à l'Assomption, et les campagnes nous enlèvent tous nos enfants pendant ces deux mois. » — « Ah ! vous avez bien raison, me répondit-il ». Depuis le Saint-Père a bien voulu approuver notre usage dont la légitimité était douteuse. (Rescrit du 12 janvier 1865). Aucune fête profane n'obtiendrait ce résultat, car elles ne sauraient produire aucune grâce par elles-mêmes, et elles laissent après elles un vide qui rend l'Œuvre bien plus ennuyeuse les semaines suivantes.