‹ Méthode de direction des œuvres de jeunesse (volume 2)Chapitre 34 sur 55 · DES JEUX DE BALLE · texte numérisé non relu

DES JEUX DE BALLE

La Balle ou la Paume, peut se confondre avec les jeux de course ; les résultats sont les mêmes, sous tous les rapports, et les ressources des balles sont infinies. La Balle au trou est un jeu facile, qui occupe quelques moments et demande peu d'acti- "vité ; la Balle empoisojinée règne dans toutes les maisons d'éducation, c'est un excellent jeu d'été ou de demi-saison, qui occupe les enfants pendant un ou deux mois. La Balle à Ouspic a moins nos préférences parce que ceux qui sont touchés, étant hors de combat, deviennent simples spectateurs du jeu jusqu'au renouvellement de la partie, qui se fait beaucoup attendre.

La Balle au Tambour estime précieuse ressource pour les nouveaux, qui se trouvent perdus dans la cour, et que la timidité empêche de jouer. On leur confie une balle et deux tambours, un camarade complaisant les occupe assez pour les empêcher de s'ennuyer, ou pour leur donner le temps de s'apprivoiser et de se lancer dans les grands jeux. Au collège, ce genre de jeu que nous appelions la Balle en long, et qu'on jouait simplement avec la main, et le Ballon qu'on jouait avec le poing et de la même manière, en comptant soigneusement les points, était un de nos jeux les plus chéris. Il demandait beaucoup d'adresse , d'activité, et nous prenait toutes les récréations du soir, pendant l'été. Nos enfants n'ont jamais su y jouer comme il faut, c'est un peu notre faute, n'ayant jamais essayé de le favoriser. Nous sommes trop nombreux pour diviser l'Œuvre en tant de petits groupes, et les grands jeux, qui demandent beaucoup de place, serait un obstacle pour la Balle en long, qui les dérangerait ; de là les disputes, le dégoût. Nos beaux arbres en grandissant ont aussi rendu ce jeu plus difficile. Quant au Ballon, nous le détestons cordialement, parce qu'il a très innocemment de très graves défauts ; quelque grande que soit notre cour, il va toujours sur un arbre, dans la rue ou chez les voisins, et nous fait autant d'ennemis qu'il y a de maîtres de maisons dans le quartier. On le vole dans la rue, il se crève sur les arbres, les plus ardents escaladent les murs pour aller le chercher,

et nous bénissons Dieu quand il est perdu pour toujours. Bien entendu, cependant, que ce n'est pas un jeu défendu, mais il faut l'entourer de précautions, par exemple il faut toujours quelqu'un qui soit, la clef à la main, près de la porte, pour aller vite le chercher quand il se perd, sans laisser sortir tous ceux qui se précipiteraient à toutes les sonnettes des portes voisines pour le trouver plus tôt.

Nous avons essayé sans grands succès du Royal Jeu de Paume, si célèbre dans l'histoire de France. Il nous faudrait un mur fait exprès, et un sol moins pierreux que le nôtre. Gomme c'est un des plus beaux jeux qui existent, nous ne désespérons pas de l'apprendre quelque jour à nos enfants: il réuninirait à lui seul toutes les qualités dont nous parlions.

Mais la balle au cJ/asseur à tous nos amours, et nous la recommandons avec la plus vive tendresse à tous nos confrères. Un pauvre enfant chassé d'un collège nous l'apporta de Paris, felix culpa/ et c'est un de ces jeux qu'il faudrait payer beaucoup d'argent, si on savait d'avance les services qu'il peut rendre. C'est tout simplement l'antique jeu duvoleur joué avec une balle, et par conséquent sans bataille, sans jeux de main. Un ou deux chasseurs commencent la partie ; ils ne peuvent caler que de l'endroit où ils ont ramassé la balle , mais les autres pourchassent la balle à coups de pieds, parce qu'ils ne peuvent la toucher avec les mains. La partie a deux

instants très émouvants : au début, quand les chasseurs, peu nombreux, sont obligés de faire des efforts inouïs pour saisir la balle, que tant de pieds repoussent dans les directions les plus opposées; et à la fin, quand les chasseurs, très nombreux, n'ont plus à prendre que les plus habiles qui ont échappé jusque-là. Tantôt ceux-ci tombent à plat ventre pour éviter la balle, tantôt ils sautent en l'air pour la laisser passer dessous ; le grand nombre de chasseurs qui n'ont jamais qu'une balle augmente leurs chances de salut, en leur servant de remparts. Peu de jeux sont plus tapageurs, pas un enfant qui puisse rester tranquille, tous sont occupés à caler, à se parer, à repousser ou à poursuivre une insaisissable balle dans notre immense local.

La balle à cheval est absolument proscrite comme tous les jeux où on monte sur un autre.

Quant aux balles elles-mêmes, dociles instruments de tant de jeux, nous en sommes toujours abondamment fournis. Nous les composons de matières molles pour éviter les accidents, et toute balle trop dure serait confisquée. Les tailleurs de l'Œuvre nous fournissent des lisières de drap, nous ramassons avec soin les vieux habits pour les revêtir, et de braves femmes, pour cinq centimes, nous les confectionnent, sans autre dépense que le fil. On les vend dix centimes aux enfants pour les jeux isolés, on les donnegratuitement pour les jeux collectifs; la recette balance la dépense, et pour presque rien nous amusons bien plus nos enfants qu'avec les jeux les plus

coûteux. On perd, il est vrai, plusieurs douzaines de ces balles chaque dimanche ; mais la plupart se retrouvent sur les toits, et, dans tous les cas la dépense est si minime qu'elle est tout à fait hors de proportion avec le résultat. Nous avions au collège des balles aristocratiques composées d'une balle de plomb, de laine filée, d'élastiques et d'une couverture en peau de daim ; mais ces belles balles se perdaient tout autant que les autres, coûtaient très cher, n'amusaient pas mieux les enfants et causaient de graves accidents que les balles de drap empêchent tout à fait.

ARTICLE TROISIEME

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