DES CERCEAUX
Ce jeu est assez coûteux, chaque cerceau revient à peu près à un franc et les enfants en cassent un grand nombre. C'est surtout un jeu d'automne et un jeu de petits enfants, les grands n'y jouent pas souvent. Cependant nous nous en servons volontiers, parce que deux ou trois grands suffisent pour faire jouer cinquante petits. On sait que ce jeu a beaucoup de variétés, et les enfants y ajoutent toujours du nouveau. Tous nos efforts se bornent à faire acheter à chaque enfant un cerceau, parce qu'ils ménagent longtemps ceux qui leur appartien-
nent et cassent tout de suite ceux qui ne sont pas à eux. C'est une règle qui s'applique à tous les jeux sans exception: balles, boules, cerceaux, tambours. Nous ramassons soigneusement les morceaux que les tonneliers de l'Œuvre raccommodent, pour avoir toujours des cerceaux à prêter. C'est encore un de ces jeux que nous donnons aux nouveaux qui, très embarrassés de leurs bras et de leurs jambes, s'occupent plus facilement d'un objet qu'on tient à la main, car n'oublions jamais ce que l'expérience nous apprend : les enfants du peuple ne savent pas jouer, il faut le leur enseigner peu à peu, comme tant d'autres choses.
J'ai vu des règles très sévères, dans quelques Œuvres, pour obliger à soigner les jeux. J'admire beaucoup ces prévoyantes règles, mais où en est la sanction? Un peu gronder est tout ce qu'on peut faire pour arrêter cette rage de destruction, qui est innée chez les enfants. Les renvoyer pour cela n'est pas juste, leur faire payer les dégâts, c'est impossible, ils ne le veulent pas, ne le peuvent pas, et souvent aimeront mieux ne plus revenir que de réparer undommage, fruit de l'irréflexion ou d'un accident plus que de la méchanceté. Cela va au chapitre des profits et pertes. Le mieux, c'est de prendre des précautions autant qu'on le peut, le reste à la garde de Dieu. Toute notre communauté passe la majeure partie de la semaine, à raccommoder, à mettre en ordre les jeux du dimanche ; c'est notre vocation, faire jouer et faire prier.
ARTICLE QUATRIÈME