‹ Méthode de direction des œuvres de jeunesse (volume 2)Chapitre 37 sur 55 · DES MOUCHOIRS · texte numérisé non relu

DES MOUCHOIRS

Nous comprenons sous ce titre les jeux dans lesquels on se frappe avec ou sans mouchoirs. Les parents n'ont pas inventé ces jeux que nos enfants aiment beaucoup, soit ceux qui se font sur un seul pied, et qu'on appelle ici Bédouffle, soit ceux où on fait la chaîne pour prendre les autres, et qu'on appelle com.munément Gros-gras. Nous y avons joué des saisons entières, principalement par des soirées froides ou pluvieuses, dans la grande salle ou la cour. Si ces jeux sont peu nombreux, il est facile de les surveiller ; s'il y a trop de monde, la surveillance est plus difïicile et ils offrent alors quelques inconvénients. Les parents se fâchent en ne retrouvant plus le soir que des lambeaux de mouchoirs; quelques enfants frappent trop consciencieusement, blessent quelquefois leurs camarades; de là des batailles qui nous dégoûtent souvent de ces jeux. Dans quelques collèges, j'ai vu vendre aux enfants des serviettes communes pour cet usage ; on épargnait ainsi les mouchoirs, mais on

épargnait encore moins la peau des pauvres victimes. J'en ai vu cruellement déchirés, surtout lorsque quelque enfant trichait ou se retirait du jeu, et qu OR lui administrait une volée de coups, aussi longue qu'un Ave Maria, lequel ne finissait pas si tôt, que ceux du chapelet. Rien ne peut dire la sévérité de cette justice de collège, qui dépasse beaucoup les plus durs châtiments que j'aie vu infliger aux mousses. Grâce à Dieu, nos jeunes gens n'en viennent jamais à ces extrémités, mais les coups donnés dans le cours du jeu sont de bonne guerre : il faut donc parer à leur trop grande rigueur soit par un peu de surveillance, soit en mélangeant certains grands, qui ont ordre d'empêcher les abus. En général, nous supprimons les mouchoirs et faisons frapper avec les mains ; les coups sont moins dangereux, plus difficiles à donner, ne portent que plus rarement, parce qu'il faut les donner de plus près. Du reste, l'industrie moderne s'est chargée d'enlever en partie, les plus grands dangers des mouchoirs, en les rapetissant à l'infini. Dans mon enfance les grandes serviettes qui remplissaient nos poches, sanglaient d'une manière terrible les jambes des pauvres enfants; aujourd'hui ce sont des mouchoirs comme la main, qui ne peuvent faire beaucoup de mal, comme les longs fouets d'autrefois.

ARTICLE SIXIEME

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