DES JEUX TRANQUILLES DE LA COUR
Tous ces jeux dont nous venons de parler sont bruyants, ce sont ceux aussi qui occupent le plus grand nombre de nos enfants, chacun selon les diverses saisons de l'année. Mais d'autres jeux qui auraient moins nos préférences, s'ils duraient toujours, ne laissent pas d'avoir leur utilité, soit pour les enfants qui n'ont pas d'entrain pour jouer, soit pour ceux qui n'y sont pas toujours disposés, soit enfin, dans certains moments trop courts où les grands jeux ne peuvent se mettre en train. Je n'es" salerai pas d'énumérer toute cette catégorie de jeux, leur nombi'e est infini. Je mentionnerai cependant : 1° les billes, qui prennent dans notre maison de vastes proportions. Vers le mois d'août, nous ouvrons la banque, véritables comptoirs dont quelques grands sont chargés, et qui fait toutes les opérations possibles avec ses billes, opérations assez usuraires, puisqu'elle gagne cent pour cent avant la fin de la saison ; mais les intéressés prétendent que le but justifie les moyens, et les profits très minimes, en fin de compte sont consacrés à l'achat d'un petit ornement, qu'on otïre à la Sainte Vierge le jour de l'Immaculée-Conception. J'entre dans quelques détails qui pourront servir à d'autres Œuvres. Le capital est ordinairement de quatre mille billes en billes, et quatre mille en billets de
banque, payables à vue, au porteur et sans retenue aucune ; ces billets sont un des plus grands profits de la banque, parce (^ue beaucoup se perdant ne sont plus.iamais représentés au guicliet. La banque a le monopole des baraques, qui rendent énormément. Nous nommons ainsi les jeux de tonneaux, iYarbalettes, tout ce qui se joue avec des aiguilles tournantes, et vingt autres de toutes sortes, dont je serais bien embarrassé de dire les noms. Elle prête même sur billet à trois signatures, et, en général, après bien des peines, un des endosseurs finit toujours par payer. Enfin, vers la fin de Tautonme. elle fait plusieurs loteries à deux, ou trois billes le billet ; tous les enfants à l'envi fournissent des lots, et toutes les billes reviennent par ce moyen à la banque. Comme le nombre s'en accroît chaque année de tout ce que les enfants apportent du dehors, nos petits négociants s'industrient et exportent dans d'autres Œuvres et jusqu'en Afrifiue leur trop plein.
Les baraques, puisque je les ai nommées de ce nom, sont le passe-temps des grandes chaleurs au milieu du jour. Il faut y joindre les volants, le^jeux de grâces, les passe-passe, les marelles avec leurs mille variétés, les petits jeux sur un pied, avec des palets ou des rnouclioirs ; enfin les boittes qui réclament peut-être une réparation d'honneur pour le mal que nous avons dit de leurs sectateurs. Employées avec modération, elles sont fort innocentes, et les grands y jouent quelquefois des
soirées entières. Il est expressément défendu d'y jouer de l'argent, mais ceux "qui ont des mauvais points, paient au plus heureux quelques ratïraichissements peu coûteux pour leur petite bourse. Les quilles peuvent remplacer les boules ; les éc/iasses amusent quelques enfants , les anneai(.r de fer fichés en terre et dans lesquels on fait passer une boule ; les guiches, petits morceaux de bois (ju'on fait sauter dans un cercle , dont un autre défend rentrée avec une baguette ; je n'en finirais pas, les enfants apportent et inventent de tout, et chaque année augmente le domaine de nos connaissances sans augmenter nos frais , tous ces jeux de la cour ne coûtant presque rien.
' ARTICLE NEUVIEME