‹ Méthode de direction des œuvres de jeunesse (volume 2)Chapitre 48 sur 55 · M. UE L · texte numérisé non relu

M. UE L

donner tous ensemble, les enfants se dégoûteront promptement, ou bien on en attend quelque utilité, et il y en a surtout dans les petites Œuvres peu nombreuses, et alors il faut les donner à propos et les retirer de même.

Certains jours de fête demandent d'autres divertissements qui interrompent un peu la monotonie des jours ordinaires. Il faut annoncer d'avance et avec pompe ces amusements. « Voulez-vous que les « enfants s'amusent bien, me disait un des meilleurs « élèves de M. Allemand, dites-leur qu'ils s'amu- « seront bien ». Nous faisons de grandes affiches, oii l'art de la réclame brille avec beaucoup d'éclat ; nos dessinateurs les illustrent quelquefois de vignettes ; les apprentis typographes nous les impriment, et alors l'illusion est complète. Je dirai, en passant, qu'aucune affiche ne doit se produire sans la permission écrite du Directeur. Il est d'usage parmi nous que les jours de grande fête, quand les communions ont été nombreuses et les offices plus longs, il y ait après les vêpres, quelque grand divertissement, mes plus anciens les inventent et les exécutent, et vraiment on s'amuse beaucoup et sans aucun frais. A la dernière fête de notre dédicace, un corps nombreux de chevaliers s'empara d'une citadelle gardée par les Musulmans. La scène eut trois moments fort amusants : les préparatifs qui durèrent plus d'une demi-heure dans les salons où les plus grands costumaient leurs camarades; le défilé, (juand tous sortirent avec tambours et

clairons; le sermon du Marabout prêchant la guerre sainte du haut d'un minaret et dans une langue que les savants n'ont jamais entendue, suivie de la prière de tous les Musulmans, à genoux se balançant à la manière arabe de l'Algérie. Il faut ce jour-là mourir de rire et des faits et gestes des acteurs et de la joie inconcevable des petits à la vue de ces types inimitables. Toutes les grandes fêtes de l'Eglise sont ainsi suivies de quelque spectacle extraordinaire qui doit occuper un très grand nombre d'enfants pour être plus goûté, et leur laisser beaucoup d'initiative personnelle.

J ai déjà parlé des loteries, qui amusent extrêmement les enfants, l'imagination des grands sait les rendre très intéressantes : la liste des lots est ordinairement affichée d'avance et parmi eux figurent des lots impossibles , ({ue tous les enfants espèrent fermement gagner. Voici quelques-uns de ces lots, qui nous font tant rire, et qu'on peut varier à l'infini ; Un couvert d'argent, le gagnant désapointé, reçoit un numéro 1 recouvert d'un petit morceau de papier argenté. Les Œuvres de Racine, en trois vohmies : une carotte, un oignon et un navet, l'nè paii'e de souliers neufs, deux sous liés ensemble. Les Œuvres de La Fontaine, en deux volumes, un verre d'eau, et si le gagnant désire le tome second, en va lui en chercher un autre. Un soufflet, qu'on administre au malheureux qui croyait emporter l'ustensile à la cuisine de sa mère. Le désappointement de ceux qui se laissent

attrapper, est un des plaisirs les plus aimés des enfants, et le tout se termine par le nigaud, lot ridicule qui met le comble à l'hilarité.

D'autre fois nous faisons partir un ballon : c'est un plaisir bien court, surtout quand il prend feu, ce qui est assez l'usage, mais l'annonce faite avec art, occupe longtemps d'avance les enfants. D'autres fois, les grands font une mascarade, avec toutes sortes de costumes. En général, nous inventons ces choses et mille autres semblables, car je ne puis toutes les raconter, les jours où quelques plaisirs extraordinaires pourraient nous enlever nos enfants ; par exemple, le jour de l'Assomption, nous faisons un feu d'artifice, ce qui les empêche de manquer l'après-midi pour aller voir la procession ou la fête de l'empereur quand on en faisait. Seulement, au lieu des pièces d'artifices coûteuses, et qui ne durent qu'un instant, nous autorisons chaque enfant à apporter tout ce qu'il veut, à l'exception de certaines pièces dangereuses, qui sont prohibées. Pendant une heure entière, la cour ressemble à un champ de bataille, et avec des précautions bien entendues, les accidents sont fort rares et sans gravité. Le peu que j'ai dit de ces amusements divers suffit pour en donner une idée et pour faire comprendre combien il faut peu de chose pour amuser les enfants, sans presque aucune dépense.

Page 1