Méthode de direction des oeuvres de jeunesse
Rappelons eu peu de mots la marche de ce petit ouvrage. Nous avons dit dans les chapitres préliminaires ce qu'étaient nos Œuvres, dans quel but elles avaient été fondées, leur absolue nécessité dans l'état actuel de notre société. Nous avons montré, dans une première partie, les meilleurs moyens pour porter les entants à la piété, et dans la deuxième partie, les jeux qui pouvaient le mieux les amuser sans danger. Attirer les enfants, les retenir auprès de nous, les porter au bon Dieu, telle est la fin recherchée jusqu'ici. Supposons que ces moyens soient les meilleurs, comme nous aimons à le ci-oire, supposons-les meilleurs encore, si c'est
possible, ces moyens ne suffiront pas cependant pour maintenir une Œnvre dans sa régularité, il faut encore une bonne organisation. Une comparaison nous le fera mieux comprendre. L'àme d'une Œuvre, c'est la piété, sa vie matérielle ce sont les jeux. Mais un homme n'est pas parfait seulement parce qu'il a une âme, ou parce qu'il a cette vie animale que quelques philosophes distinguent de lame elle-même; il lui faut encore une bonne organisation. Plus cette organisation sera parfaite, plus sa vie le sera aussi, et surtout plus elleaura de durée. Toutes les âmes sont faites à l'image de Dieu, et c'est la plus ou moins grande perfection des organes qui leur permet de manifester plus ou moins leurs facultés. Aussi, quand ces orgaues sont blessés, l'âme parait blessée dans ses actes extérieurs ; le cerveau fait défaut à un fou, le lymphatique doit son tempérament à des humciu^s trop épaisses, l'homme irascible, à un sang trop bouillant; l'âme d'un aveugle ne perçoit pas les objets, celle d'un sourd ne distingue pas les sons, en un mot, l'honmie est une intelligence qui a besoin, pour être parfaite, d'être servie par des organes.
Cette comparaison, en la supposant exacte, car nous ne voulons pas faire une thèse de psychologie, s'applique très bien à nos Œuvres. La tête, c'est le Directeur, les aides du Directeur sont les organes principaux, les enfants sont les autres membres. En vain voudrez-vous établir le règne de la piété et du bon esi)rit, si la tête est malade, vous n'obtien-
drez rien ; si les membres sont infirmes, ils ne pourront obéir ; si les organes sont imparfaits, ils ne prêteront pas leur service. Tout dépend donc d'une bonne organisation, et ceux qui la négligent n'obtiendront aucun bon résultat. Oli ! que cet important article est difïicile ! et cependant tout est là. On sait l'histoire de ces moines à la recherche d'un supérieur. Le premier qui se présenta était pieux, si sanctus est, oret pro nohis, dirent-ils ; le deuxième était savant, si dodus est, doceat nos ; le troisième était prudent, si prudens est, regai nos. La piété ne sufïit pas dans une Œuvre, la science lie bien faire jouer les enfants ne suflit pas non plus, l'art de les gouverner est le plus important. Ars artium regimen animarum, disait le grand Pape Saint Grégoire. Il faut donc une bonne, une forte organisation. La piété pourra diminuer transi toirement, les jeux pourront languir quelque temps, la bonne organisation conservera et remettra tout dans un bon état. Au contraire, l'Œuvre pourra être fervente ; si l'organisation manque, la piété sera détruite tôt ou tard, aucun autre effort ne pourra plus la rétablir. Dieu est le Dieu de l'ordre, et l'organisation est la forme extérieure et sensible de l'ordre. Voilà pourquoi nous avons consacré toute une partie de cet ouvrage à cet important sujet, espérant bien que l'expérience de nos confrères nous aidera à rectifier et à compléter ce qui ne serait pas suffisamment bien expliqué dans ce petit traité.
Qu'on nous permette encore de le redire, nous ne voulons ni juger, ni blesser, ni surtout condamner personne. Nous disons en notre âme et conscience ce qui, devant Dieu, nous semble le meilleur, sans nier que ce que nous n'approuvons pas ne puisse être bon. Mais deux raisons nous font insister pour le meilleur : c'est d'abord, qu'il vaut toujours mieux se proposer la plus grande perfection possible, puis notre expérience nous a trop fait connaitre, à nos dépens, les graves inconvénients des organisations défectueuses. Il semble d'abord qu'elles fonctionneront longtemps, puis un jour tout se dérange ; une sorte de réparation remet les rouages à neuf, mais aucun mécanicien n'a le pouvoir de faire marcher une machine qui ne vaut rien. On prolonge un peu la vie, elle durera un peu plus peut être, mais souvent la catastrophe sera finalement plus terrible. Que ne puis-je raconter l'histoire de quelques Œuvres, et des plus parfaites ; un seul vice de construction les a fait tomber de chute en chute, sans qu'aucun replâtrage ait pu les réparer. Les considérations qui vont suivre pourront aider ceux, surtout, encore indécis sur le genre de gouvernement à établir dans leur maison.