‹ Méthode de direction des œuvres de jeunesseChapitre 2 sur 36 · DU DIRECTEUR DE I/ŒUVRE · texte numérisé non relu

DU DIRECTEUR DE I/ŒUVRE

Le Directeur, c'est le nom que nous lui donnons, pour nous fixer à une dénomination assez généralement reçue; le Directeur est le cœur de l'Œuvre, tout doit partir de lui et aboutir à lui, comme le sang part du cœur pour y revenir toujours. M. Allemand était le modèle le plus parfait du Directeur, ainsi conçu : d'une douceur admirable, sa main était de fer et il le répétait souvent : « Je suis le seul maître ici, il n'y a que moi de maître, je ne crains personne, je vous ai appelés pour obéir et non pour faire vos volontés. » Quand on iDcnse que l'humilité la plus profonde (1) était le caractère

(1) P<mr juger combien M. Allemand était humble, il suffit délire la note suivante, écrite de sa main, et trouvée dans ses papiers, après sa mort. Ceux qui l'ont connu savent avec quelle perfection il y a conformé toute sa vie :

« O bone Jesu, ad magnam super me misericordiam tuani « attrahendam. ad tuos pedes hiimillime prostratus pro- « mitto — non per votuin propter meani in virtute infirmita- « tera, — me niliil unquam dicturum vel facturuni quod su- « perbiam fovere possit. Nunc et in œternum eligo pro mea « sententia consueta, hanc pneclaram sententiam : « Arme « nesciri et pro niliilo reputari v atf[ue semper, tuà grati;i « juvante, proferre et sentire opto htec tua divina verba : « Ego sum vernii!^ et ûon homo, n-pprobrimn hominum et « abjectio plehi^'. »

Fiat! fiat!

distinctif de la sainteté de M. Allemand, on ne pourra le soupçonner d'avoir trop aimé le pouvoir, d'avoir voulu trop dominer. C'était sa foi profonde qui lui montrait l'autorité comme émanant de Dieu ; c'était son expérience des hommes et des choses qui lui montrait la faiblesse des pouvoirs partagés. II faut au Directeur des aides, comme il faut des membres à un corps, mais plusieurs têtes, c'est une absurdité aussi monstrueuse dans l'ordre moral qu'elle le serait dans la nature. Vos aides sontils vos égaux ? Il faut encore que vous soyez leur chef. Vous ne trouverez pas un seul gouvernement, en ce monde, où le pouvoir soit également partagé entre plusieurs. En fait ou en droit, même dans les républiques, un chef domine toujours, sous peine d'être renversé, si regmim in se dividaiur non potest stare (Marc m. 21). Vos aides sont-ils vos inférieurs ou vos propres enfants, si vous ne les dominez pas, leur inexpérience, leur irréflexion neutraliseront tout le bien que vous pourriez faire. Je connais cent Œuvres en France , où le ministère du Directeur est presque stérile parce qu'il est partagé avec des collaborateurs. Cet inconvénient est surtout fort grand quand les aides fournissent en même temps à la dépense, ou comme bailleurs do fonds, consacrés par leur générosité à ces Œuvres, ou comn^e administrateurs des deniers que la charité publique leur a contiés. Qui commande paie, dit le proverbe, il serait plus exact de dire : Qui paie commande. J'ai entendu des confrères, s'ap-

plaiidir de ce qu'ils étaient débarrassés des soucis matériels, nos vero orationi et minisieiio verbi, instantes eri>niis, (Act. vi. 4). C'était fort beau pour les apôtres, qui s'étaient donné des caissiers dans leurs diacres, mais c'est très fâcheux pour des Directeurs, s'ils se donnent des maîtres. Instruit par le passé, j'aimerais mieux supporter tous les inconvénients de la gêne la plus grande, que d'avoir tout à souhait, à la seule condition de diriger selon le bon plaisir de ceux qui m'auraient vendu trop cher leur concours. Premier principe de bonne organisation, acceptez les chefs naturels que le bon Dieu vous donne dans vos supérieurs légitimes, mais n'acceptez pas des maîtres dans vos inférieurs ou vos égaux. Un Dieu dans le monde, un roi dans l'Etat, un père dans la famille, un maitre dans nos maisons. Après quatre-vingts ans d'expérience de toutes sortes, la France entière peut enfin dire, si ce n'est pas la meilleure forme de gouvernement.

Je ne veux pas dire que le Directeur puisse et doive tout faire seul ; il faut autour de lui un étatmajor, une aristocratie, peu importe le nom des hommes qui ne seront pas des serviteurs seulement, mais des aides, des conseillers, des amis. Considérez l'organisation de l'Eglise, de ses ordres religieux: à la tête il y a toujours un chef, mais sous ce chef, d'autres pouvoirs déterminés. Les simples fidèles ne sont pas admis dans cette administration; leur souveraineté n'est pas reconnue.

Voilà le modèle le plus parfait : un Directeur à la tête, des aides à côté, les enfants en bas.

ARTICLE PREMIER

Page 1