‹ Méthode de direction des œuvres de jeunesseChapitre 11 sur 36 · DU LOCAL. — SA NÉCESSITÉ, SA DISTRIBUTION · texte numérisé non relu

DU LOCAL. — SA NÉCESSITÉ, SA DISTRIBUTION

Une Œuvre doit commencer dans un petit coin, sans grandes dépenses et sous forme d'essai : voilà la meilleure méthode. Mais si Dieu bénit l'Œuvre, qu'elle grandisse, il faut avoir un local, car on ne peut toujours rester à la rue. La première qualité d'un local, c'est dêtre près de la ville. Les distances doivent se calculer d'après l'importance des localités. Dans une grande ville, les enfants font sans peine deux ou trois kilomètres, ce qui serait exorbitant dans un petit pays. Une Œuvre parait encore ti'op éloignée quand le chemin en est mauvais, désert, mal éclairé. Si l'Œuvre n'est pas facilement abordable, les enfants n'y viendront pas pendant les soirées des jours ouvriers, et leur Directeur, que je voudrais par impossible pouvoir placer à la porte de chacun, restera seul et isolé dans son ermitage. Je connais des directeurs qui ont fini par si bien comprendre ces choses, qu'après avoir installé un magnifique local dans la campagne, sans penser qu'un jour il leur faudrait des réunions le matin des dimanches, et le soir des jours ouvriers, ont fini par chercher une autre demeure en ville, après des frais énormes de construction.

Xcius ne sommes pas tous assez riches pour avoir maison de ville et maison de champs. Entre un médiocre local à portée et un magnifique local éloigné, je n'hésiterais pas ; le local à portée aurait toutes mes préférences.

2° Un local doit être facile pour la surveillance. Une surface plane et carrée est donc le meilleur, c'est moins artistique qu'une forme indéterminée, mais c'est plus commode. Il doit être parfaitement clos, pour empêcher les enfants de sortir, et pour les isoler des regards curieux, qui sont au moins inutiles. Un peu d'ombrage, surtout dans nos pays, et l'eau en abondance et qui coule toute seule sans pompes ni seaux, sont encore des choses très désirables. Nous aimons bien les locaux isolés qui n'ont pas les croisées du voisinage en regard ; les enfants grandissent, et les voisines deviennent très incommodes.

Quant à la distribution du local, il faut :

1" Avant tout, une cour spacieuse. Une Œuvre où l'on veut bien jouer, doit avoir au moins trois mille mètres carrés pour trois cents enfants. Moins iiue cela, ce ne serait pas assez; quatre mille mètres sulîiraient amplement à toutes les exigences : au delà de cette mesure, la surveillance est trop difTicile.

2° Une chapelle proportionnée au nombre des enfants. Nous en avons déjà suffisamment parlé. Notre Œuvre éprouve, surtout l'été, d'immenses gênes avec sa chapelle fort belle mais trop pe-

tite. Mes successeurs seront obligés de la rebâtir. Je n'avais pas compté sur une si grande extension.

3° Une \aste salle ou un hangar pour les jeux bruyants quand il pleut ou qu'il fait trop chaud. Cette salle n'est jamais trop grande ; la nôtre, qui a deux cents mètres carrés, me semblait à peu près suffire, aujourd'hui elle est beaucoup trop petite.

4° Un salon pour les grands et un pour les petits.

Le premier, plus petit, parce qu'ils sont moins nombreux, le second beaucoup plus grand, pour contenir la majorité des enfants.

5° Une Bibliothèque pour ceux qui veulent lire. Il vaut mieux qu'elle soit un peu petite, qu'il n'y ait pas place pour beaucoup de monde. En général, les enfants lisent peu, surtout quand ils entendent jouer les autres.

6° Une salle pour les histoires. Elle n'a pas besoin d'être très grande, parce que les enfants assis tiennent peu de place, et que tous d'ailleurs n'assistent pas à l'histoire. Cette salle sert ensuite pour d'autres réunions, par exemple, les catéchismes, l'assemblée des novices.

7° Il faut encore deux petites chapelles pour les deux Associations. Celle de la Réunion du Sacré- Cœur doit être la moins en vue ; celle des Saints Anges doit être la plus jolie et la plus grande parce que les membres en sont plus nombreux.

8° Il faut un vestiaire dont la moitié soit garnie

(rarnioires, l'autre moitié d'étagères et de crochets pour les habits et les chapeaux de ceux qui ne peuvent acheter des armoires.

9" Enfin, surtout, il faut un cabinet précédé d'une antichambre pour le I>irecteur.

10' Un crucifix et une statue de notre Bonne Mère décorent toutes nos salles sans exception. Les murs des salles des enfants doivent être d'une couleur aussi peu salissante que possible, et il faut les badigeonner de temps à autre, au moins tous les trois ans, pour leur enlever cet aspect cabaret que leur donne le peu de soin des enfants. Par conséquent, les tapisseries et les fresques seraient souverainement ridicules, et surtout toujours en mauvais état.

11° Un point très important, c'est l'éclairage ; jamais les enfants ne doivent être une minute dans l'obscurité. Rien n'égale le gaz, qui aurait dû être inventé exprès pour nos Œuvres. Pendant sept ans, nous avons eu des lampes et des quinquets de toutes sortes ; ils étaient souvent gelés, ou bien ils coulaient ou ne brûlaient pas, les verres éclataient; enfin, pendant l'hiver, un domestique avait assez à faire avec ce seul soin des lampes. Avec le gaz, une allumette suffit, sa lumière est instantanée, et l'odorat pressent suffisamment les accidents, qui ne nous sont jamais arrivés. A la cour surtout, les lanterues sont toujours insuffisantes ; il faudrait trop les multiplier, tandis que trois ou quatre réverbères à gaz suffisent de reste. Autant qu'on le

peut, il faut que les salles soient contigûes : par conséquent, nos maisons doivent avoir peu de hauteur et beaucoup de surface : c'est moins joli, mais la surveillance est d'une extrême difficulté quand les enfants sont disséminés à tous les étages, courant dans les escaliers, faisant trembler les planchers.

12" La chapelle doit être placée près de l'entrée de l'Œuvre, afm que les enfants puissent y faire facilement leur première visite. Tout auprès doit être le vestiaire, et encore bien près, le cabinet du Directeur, afm que les enfants n'aient pas un long trajet à faire pour se confesser. Le cabinet du Directeur doit être tout près de tout, il doit être le centre m.atêriel de l'œuvre, comme le Directeur en est le centre moral. C'est la capitale de l'Œuvre, si je puis m'exprimer ainsi. Mon cabinet a la cour au Midi, le vestiaire au Nord, la chapelle à l'Est et les salles à l'Ouest ; le ménage est au-dessus de ma tête, de cette manière j'entends le moindre bruit ; les salons seuls sont un peu loin de ma portée. Un cabinet placé au premier étage, et à plus forte raison au second, isolerait beaucoup trop le Directeur. Si les dimensions de notre local l'eussent permis, les salons au lieu d'être dans les bassesoffices, auraient tous été au rez-de-chaussée avec entrée sur la cour ; mais l'escalier qu'il faut descendre est fort court, large, bien éclairé et facile à fermer quand nous le désirons. La grande salle n'a pas de fenêtres, mais de grandes portes, qui lais-

sent entrer l'air quand il fait chaud et préservent du froid en les tenant fermées. Les impostes éclairent suffisamment pendant le jour, et le gaz pendant les soirées. Les lieux, sont dans un endroit évident, et construits avec beaucoup de luxe, pour les motifs donnés plus haut. Il n y a pas de siège, mais des barres, c'est plus propre ; les murs sont couverts de briques vernissées, c'est plus facile à laver, et on ne peut pas écrire dessus ; le gaz les éclaire de dehors. Le premier étage, entièrement fermé pour les enfants, est destiné à la communauté ; le second étage aux gens de service, aux débarras, aux provisions.

Les enfants entrent par la loge des portiers, qu'ils ne peuvent éviter ni à l'entrée ni à la sortie ; la grande porte ne s'ouvre qu'aux grands jours. La cour est bien placée au midi, et cependant loin du bruit de la ville, quoique sur la voie publique. Une allée la fait communiquer avec la rue, dont elle est éloignée de près de cinquante mètres et qu'elle domine de douze. Cependant nous manquons de vue dans la cour, et des maisons pourraient se bâtir vis-à-vis nous ; mais pour le moment nous n'avons point de regards indiscrets, et en montant sur la terrasse des toits, nous jouissons d'une vue splendide. En revanche, nous sommes terriblement exposés au mistral, grave inconvénient qu'on ne peut guère éviter, si ce n'est dans quelques bas fonds, exceptionnellement abrités. Si Dieu permet que nous construisions encore nous le ferons de ma-

nière à nous préserver de ce terrible fléau de la Provence.

ARTICLE DEUXIEME

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