‹ Méthode de direction des œuvres de jeunesseChapitre 12 sur 36 · DES FINA>"CES · texte numérisé non relu

DES FINA>"CES

On a beau être philosopbe, et même pbilosopbe chrétien, on est bien forcé de convenir que rien ne se fait sans argent ; il en faut donc malheureusement, et dans notre siècle les âmes coûtent de l'argent comme tout le reste. Nous ne parlerons donc pas davantage de la nécessité des finances, tout le monde est d'accord sur ce point, mais elles méritent cependant, dans leurs détails, d'occuper quelques instants notre attention.

Des Finances : L&iir importa née. Leur exagération

On est extrêmement porté à exagérer l'importance des finances, et je dis qu'un directeur qui met cette préoccupation en tête de toutes les autres, manque son but principal. Sans doute, prius est vivere quam philosopJiare, mais que faut-il donc pour vivre? Là est toute la question. Le pauvre ayant de quoi vivre tout juste, est-il moins riche que tel millionnaire à qui ses millions ne suffisent pas? Je connais des Œuvres qui ont des rentes fort bornées et surtout fort incertaines, et d'autres qui

ont d'immenses revenus, et je les ai trouvées aussi gênées les unes que les autres : il faut savoir se borner, et se rappeler la belle prière de Salomon ; mendiciiateyn et divitias ne dederis ynihi : sed tantum victid meo necessaria fProv. xxx. 8). S'il fallait choisir entre l'abondance et un peu de pauvreté, il me semble qu'une Œuvre un peu pauvre serait plus bénie du bon Dieu. Elle sera plus parfaite s'il lui manque toujours quelque chose; et si la foi ne nous l'apprenait pas assez, la raison suffirait pour nous dire que, nos désirs étant illimités, il est très sage à la Providence de ne pas les satisfaire tous. Qu'un Directeur se fasse donc une raison sur ce point. Son local est incomplet, ses ressources tout à fait insuffisantes, eh bien ! qu'il travaille à agrandir son local, à augmenter ses recettes, mais que ce soit avec modération. Je connais une Œuvre qui dépensait, dans un temps, près de cent mille francs par an, et jamais elle n'avait été moins florissante. Campagne magnique, équipage pour le Directeur, appartements splendides et dorés, rien n'avait été oublié, si ce n'est la chapelle et les ornements du culte, à peine dignes d'une église de mission. Ces choses ne portent pas bonheur. J'ai lu dans le Jeune Ouvrier, qu'une QKuvre avait reçu un don de trois cent mille francs ; si elle va bien, ce ne sera pas pour cela, ce sera même malgré cela. Elle ressemblera aux malades qui guérissent malgré les remèdes. Qu'on me permette de raconter les châteaux en Espagne que j'avais faits un jour. Com-

me j'étais assuré, avec tant d'autres, de gagner le gros lingot d'or de la loterie, j'avais déjà fait, dans ma tête, pour ne point être en retard, l'emploi de ces quatre cent mille francs. Il me fallait cent mille francs pour construire modestement toutes mes bâtisses, cent mille francs pour le terrain luimême ; les deux cent mille francs restant n'étaient pas de trop pour produire dix mille francs de rente qui fournissaient aux dépenses annuelles de l'Œuvre, et aux besoins du Directeur et de ses aides, bien plus faciles à trouver quand leur avenir aurait été assuré. Je n'ai pas gagné le gros lot, et l'Œuvre n'en va pas plus mal ; plus heureux, qui sait ce qui me serait arrivé ? Encore une fois, la gêne, la pauvreté, la misère même, ne sont pas ce qui fait périr vme Œuvre, tant qu'elle a, d'ailleurs, la bénédiction du bon Dieu.

.Te ne dis pas cependant qu'un Directeur doive se croiser les bras et tout attendre de la Providence ; aide-toi et le ciel t'aidera ; mais il y a de si grands abus dans ces préoccupations matérielles, que, s'il, est impossible de tenir le milieu, il vaut mieux pencher du côté de la pauvreté, de la gêne, de la petitesse chrétienne. Pense-t-on que le bon Dieu pourra abandonner une Œuvre s'il la veut, et la laisser périr de misère '? Non, les âmes lui sont trop précieuses. Une Œuvre périra par le luxe, par les folies de son Directeur, elle fera faillite par ses imprudences, elle cessera d'être fervente parce qu'il aura une vocation de processions, de fêtes, d'iliu-

minations, de jeux ; parce qu'il sera peintre, architecte, musicien ; mais jamais parce qu"il fera passer le soin intérieur de l'Œuvre mille fois avant tous les soins extérieurs.

Cet important article pourrait remplir des livres, mais l'expérience de mes lecteurs le complétera de tout ce que leur mémoire leur fournira de faits à l'appui de ce que j'avance. Que de prêtres sont dans les plus tristes embarras par suite de leurs imprudences ! Combien se sont mis dans l'impossibilité de continuer le bien ! Soyez zélés pour le matériel, mais avec mesure, mais beaucoup moins que pour les soins spirituels. Imitez l'Eglise qui a su bâtir des temples splendides dans ses jours d'abondance, mais a commencé sa vie dans les catacombes, d'où elle a lancé sur le monde d'innombrables légions de saints qui l'ont converti. Restez, à son exemple, longtemps petits, grandissez quand Dieu le voudra, ne veuillez pas tout faire, laissez un peu à vos successeurs. Si votre Œuvre ne doit pas durer, pourquoi tant de dépenses inutiles, et si elle doit fournir une longue carrière, pourquoi priver vos enfants du plaisir de bâtir à leur tour *? Malheureusement l'esprit du siècle nous imbibe de toutes parts, nous escomptons l'avenir pour jouir plus vite du présent, sans nous ressouvenir que, d'après toutes les lois de la nature, les arbres qui poussent vite durent peu, tandis que ceux qui demandent de longues années pour croître, durent des siècles sans périr.

Si on peut faire un reproche à M. Allemand, c'est d'avoir été beaucoup trop timide, d'avoir trop aimé la pauvreté, trop craint les embarras des finances. Il fallut le tromper pour lui faire accepter le beau local que sou Œuvre occupe encore, et que ses jeunes gens se chargeaient de payer. On ne put jamais arracher son consentement pour acheter à vil prix les terrains voisins, depuis couverts de constructions les plus gênantes et qui coûteraient, aujourd'hui, des centaines de mille francs. Et cependant, tout en convenant qu'il aurait pu mieux faii-e sous ce rapport, qui n'envierait ses succès, qui ne voudrait avoir été gêné comme lui pour avoir réussi comme lui '?

D(3S sources des finances

Cependant, comme il faut de l'argent, quelque peu qu'il en faille, quels sont les meilleurs moyens de s'en procurer? Voici encore un point délicat; je ne sais comment le traiter sans blesser personne, si ce n'est en l'abordant avec franchise et en toute simplicité.

Il y a deux moyens de se procurer de l'argent, à titre onéreux et à titre gratuit, je m'explique: à titre gratuit, en recevant de l'argent de ceux qui ne veulent que nous aider à faire le bien, sans y mettre aucune condition; à titre onéreux en le recevant de ceux qui nous vendent très cher leur concours,

par la dépendance où leurs dons nous obligent à demeurer. Pour être vraiment à la tête d'une Œuvre, le Directeur doit en être le maître absolu. S'il dépend d'une commission ou d'une administration, il croit s'enlever beaucoup de soucis, il se met seulement en tutelle ; ceux qui paient ont le droit de parler, et ils parlent souvent très haut. M. Allemand, qui était fort pauvre, ne vivait, lui et son Œuvre, que d'aumônes ; mais, ces aumônes, il les recevait de ses jeunes gens, qui les lui remettaient directement, bénévolement, je crois même qu'il n'en tenait aucun compte ; et quelqu'un qui vit encore lui a entendu dire qu'il disposait ainsi chaque année de plus de 10,000 francs. L'usage de plusieurs de ses jeunes gens était de lui apporter le premier argent gagné, cela leur portait bonheur. L'un d'eux me racontait sa joie, la première fois qu'il pût se conformer à cet usage. Il avait de faibles appointements, encaissés par ses parents. Mais un jour il lit un travail extraordinaire qui lui valut une gratification. Cet argent, gagné en dehors des accords, était bien à lui ; plein de joie, il le plie dans un papier et le porte à M. Allemand. Le saint prêtre, sans le toucher, le reçut avec sa bonté ordinaire ; mais son désintéressement paraissait encore dans ces moments : un mois après, l'argent était encore dans le même coin, sur la table ; il ne le dépliait que quand il en avait besoin.

Certainement, il est beaucoup plus commode d'avoir des caissiers qui se chargent de toutes les

dépenses; mais malheureusement ils ont presque toujours ce caractère de tracasserie qui distingue les administrations des bonnes Œuvres de l'Etat. On en trouve, sans doute, dont le zèle est si grand, qu'ils se contentent du bien qui se fait, sans s'in- • quiéter de la manière dont on le fait. Mais d'autres réclament une participation dans l'administration de l'Œuvre, quelques-uns même veulent la grosse part, et ce n'est pas sans motifs puisqu'ils subvien nent à tous les frais.

Voici comment j'ai échappé à cet inconvénient, non par l'effet d'un calcul, car j'ignorais complètement ces choses, mais par l'effet des circonstances, qui m'ont heureusement amené au point où nous en sommes. En 1847, quand l'Œuvre s'établit dans le local qu'elle occupe encore, lassé de mes insuccès, fort jeune, sans aucmie expérience, je me jetai en plein dans tous les inconvénients que je viens de signaler. On me promit gratuitement un local, un traitement, tous les frais d'installation et d'appropriation de l'Œuvre, ses dépenses d'exploitation, et même, au fur et à mesure, toutes les constructions nécessaires. Qui n'eût accepté avec bonheur ? C'était une mise de fonds de plus de 100,000 francs sans compter 3 ou 4,000 francs de dépenses annuelles. Je ne puis dire ma joie et ma reconnaissance, qu'aucun des événements postérieurs n'ont pu et ne pourront jamais me faire oublier. Combien aurais-je mis de temps à m'apercevoir des inconvénients que je viens de signaler ? .Je ne le sais ; on ne me laissa

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pas le temps d'en faire rexpérience; c'était trop beau pour durer ; les Œuvres ne se fondent que par les privations et les labeurs: il faut les ensemencer dans les larmes pour les récolter dans la joie. Un beau matin, tout m'est retiré, traitement, frais d'entretien ; une seule chose m'est laissée, le local, encore à des conditions fort onéreuses. Je n'avais que dix-sept francs en caisse ; il fallut immédiatement acheter un décalitre d'huile pour le premier soir, qui me coûta dix-neuf francs : je commençais avec deux francs de dette. Le bon Dieu me donna le courage de continuer, et je suis bien loin de m'en repentir ; constamment dans la gêne, depuis ce temps, nous n'avons cependant jamais connu la misère, la Providence ne nous a- jamais laissé trop longtemps dans l'embarras et le relevé de nos livres montre que nous avons dépensé plus d'un million en trente ans. En revanche j'ai pu obtenir, sous l'autorité immédiate de mon Evêque, la liberté la plus entière, et tous nos succès ne viennent que de là : il est si difficile de fonder une Œuvre, qu'on a besoin d'une liberté absolue dans ses allures, dans ses conceptions ! Aux yeux du. public, le Directeur est seul responsable; il faut donc qu'il administre à son gré, sous peine de répondre des mauvaises mesure qu'on lui aura imposées.

La première source de nos finances nous devons la trouver dans nos enfants eux-mêmes : il y a les plus grandes raisons de s'adresser directement à

eux. D'abord c'est juste, puisqu'on ne travaille que pour eux, mais surtout c'est une obligation très importante de leur apprendre la charité et la générosité. Les enfants du peuple, même dans l'aisance, ont toujours les mains ouvertes pour recevoir et jamais pour donner. Il faut combattre cette défectuosité de leur caractère par un de ces deux moyens : ou bien, 1° en les contraignant à donner, ce que nous n'avons jamais voulu faire : ce ne serait plus générosité de leur part s'ils y consentaient, les uns se laisseraient mille fois renvoyer plutôt que de donner la moindre chose, et je connais une Œuvre où lout le monde manque le jour destiné à payer la cote annuelle ; le Directeur est bien obligé de fermer les yeux^ le dimanche suivant, s'il ne veut pas rester seul ; les autres ne pourraient pas payer, et de très nombreuses exceptions finiraient par détruire la règle.

2" L'autre moyen, c'est de les porter à donner volontiers, en formant leur cœur, en excitant leur zèle, en leur faisant chérir leur Œuvre. Les grands sont très capables de ces sentiments généreux, il faut seulement les leur apprendre ; bien peu s'en douteraient jusque là. Les quêtes de notre chapelle n'ont cessé de croître depuis douze ans ; et, dans peu, elles atteindront 2,000 francs par an, sans que le nombre des enfants ait crû à proportion. Le jour de l'Epiphanie, nous faisons la grande quête annuelle ; il suffit de l'annoncer le dimanche précédent, nos grands tiennent à honneur d'être gêné-

reux, et de prouver sur les années précédentes le progrès que leur amour pour l'Œuvre fait chaque jour. Bien entendu que cet argent se met dans la bourse du quêteur sans aucun genre de contrôle ni de surveillance; les plus proches voisins pourraient seuls s'en apercevoir : les donateurs n"en sont ni remerciés ni plus distingués. L'argent des quêtes de la chapelle couvre amplement les frais du culte, notre seul luxe, et les enfants, qui savent cette destination donnent encore plus volontiers pour cette fm.

Pour empêcher les enfants de sortir le dimanche, on leur vend quelques comestibles peu variés dans leur choix mais suffisants pour leurs goûters et leurs déjeuners. Les petits profils que rendent ces ventes paient toute la dépense annuelle des jeux, divertissements et fêtes extraordinaires.

Nous couvrons les grosses dépenses, impositions, redevances du gaz et des eaux, réparations, entretien, gages des gens de service, avec des souscriptions que nous faisons ou qu'on fait pour nous dans la ville. D'autres ressources, indépendantes des premières, amortissent peu à peu l'emprunt contracté pour l'achat et les constructions de notre nouveau local.

Nous trouvons de grands avantages à ce système de finances, quelque ennuyeux et difficile qu'il soit dans ses minutieux détails : 1° pleins de reconnaissance pour tous ceux qui nous font du bien, nous ne devons néanmoins aucun compte à chacun en

particulier. Trois ou quatre cents souscripteurs nous donnent des secours qui varient de cinq à vingt-cinq francs; personne, pour cette somme, n"a le droit de s'immiscer dans la gestion de notre maison. Les enfants, pour cinq centimes qu'i's donnent à la quête du dimanclie, ou pour une pièce d'argent le jour de l'Epiphanie, n'ont pas plus de droits. — 2° Ce système de souscriptions peut s"accroitre dans des moments de besoin, ou diminuer (fuand nous pouvons nous suffire. Un budget réglé (l'avance serait nécessairement discuté, limité selon l'appréciation de ceux qui le feraient. — 3° La Providence semble mieux avoir sa liberté d'action dans un système de recette qui dépend exclusivement de la charité publique. Les ennuis et les hontes de cette quête annuelle font que nous sommes plus portés à la resteindre qu'à l'étendre, et nous nous privons d'une multitude de choses moins indispensables, pour ne pas avoir le souci d'aller les demander ; de là une gêne continuelle, la meilleure source des bénédictions de Dieu.

Nous n'avons pas l'usage des loteries, mais pour une simple raison matérielle : c'est quelles rendent trop peu à proportions des peines infinies que donne le placement des billets. Elles rentreraient parfaitement dans notre théorie, si ce placement pouvait se faire plus facilement, et nous les laissons faire à nos jeunes gens eux-mêmes, quand ils veulent faire quelque dépense extraordinaire pour leur Eglise.

— 1 ir, — §111

De la Comptabilifi-

L'indépendance que nous désirons au Directeur est plus apparente que réelle, en ce sens que, plus indépendant pour faire le bien, ses liens de toutes sortes n'en sont pas moins nombreux. Une de ces chaînes les plus pesantes, c'est la responsabilité (fu il contracte en face de ses supérieurs d'abord, et moralement envers tout le monde. Les finances sont une de ces responsabilités les plus réelles : il ne doit donc négliger aucune précaution pour la diminuer. La principale, c'est une comptabilité exactement tenue. Si elle est peu considérable, un livre de caisse lui suffit : ce livre, constamment à jour, donnera le détail de toutes ses dépenses et de toutes ses recettes, jour par jour, sans exception. On ne sait pas ce qui peut arriver, et les affaires d'argent sont des plus tristes pour un prêtre, quand il n'en sort pas avec son honneur intact. Il y a, d'abord, l'Evêque qui, dans ses visites pastorales, peut demander compte de la gestion temporelle ; il serait même de l'intérêt du Directeur de provoquer souvent cet examen et cette épuration de ses comptes. Il y a aussi les cas improbables, mais possibles, d'ime intervention gouverncmentate ou judiciaire. Enfin, il y a les affaires embrouillées, dont on ne peut sortir sans des écritures en règle.

Pour m'enlever le souci de la comptabilité, sans

-- U6 — la perdre cependant jamais de vue, j'ai choisi un économe parmi les jeunes gens les plus intelligents et les plus sûrs de ma maison. Il encaisse toutes les sommes et en délivre un reçu qui reste au talon. Il ne paie jamais sans un mandat ordonnancé de ma main, dont je conserve le talon. Avec ce double contrôle, les erreurs et les infidélités sont absolument impossibles, et je suis déchargé de la tenue des livres qui, pendant plusieurs années, m'avait enlevé des moments bien précieux. Pour plus de commodité nous tenons nos livres-en partie double: c'est plus diflicile mais bien plus commode et bien plus exact.

§iv

Des registres d'inscription

Quoique ces registres n'aient point de rapport avec les finances, j'en parle ici, parce que je n'ai pas trouvé à quel chapitre les placer.

Il est important d'avoir des registres bien tenus pour aider la mémoire et l'empêcher de se perdre au milieu du mouvement continuel des enfants. Il nous a fallu plusieurs années avant d'arriver à un bon résultat, et quoiqu'en apparence compliqués, nos registres nous donnent, par des moyens bien simples, l'état exact de l'Œuvre à toutes les époques de l'année.

1° Le registre des Postulants, qui contient les noms et prénoms de tous ceux qui se présentent à l'Œuvre, ne fût-ce qu'une seule fois, la date de leur

entrée, leur âge, leur profession, celle de leurs parents, leur demeure et le nom de la personne qui les a présentés ou recommandés.

2° Le registre des Gongréganistes où est marquée leur réception, cette condition étant nécessaire pour gagner les indulgences. Nous appelons ce registre le Livre d*or, parce qu'il contient, en efïet, les noms de l'aristocratie de l'Œuvre. C'est un chef-d'œuvre de calligraphie de deux de nos meilleurs congréganistes, magnifiquement relié, qui renferme encore les dignités et les charges annuelles de l'Œuvre.

3° Mais le cahier qui nous est le plus utile, c'est le contrôle des présences et des absences. Nous en donnons ici le modèle. La première colonne contient les noms et prénoms par ordre alphabétique. Le numéro qui précède est celui qui correspond au registre d'inscription. Le signe qui suit C N ou P, indique que l'inscrit est Congréganiste, ou Novice, ou Petit, n'ayant pas fait sa première communion. La seconde colonne renferme cinq autres colonnes plus petites pour les cinq dimanches du mois, indiqués par leur date. A mesure qu'un enfant passe à la porte, le portier de garde marque une + à côté de son nom, à gauche, si c'est le matin, à droite, si c'est le soir. Je mets, moi-même un P à ceux qui m'ont demandé la permission de s'absenter, et une M à ceux qui sont malades. J'envoie, tous les lundis, chez les parents de ceux qui n'ont pas un de ces trois signes, pour les prévenir des absences de leurs

enfants, ou en connaître les motifs. Faute de place, je ne donne qu'une seule colonne, mais nos cahiers en ont trois, pour compléter le trimestre. En le refaisant tous les trois mois, on élague les noms de ceux qui ne viennent plus. Nous en sommes à notre cent quatorzième cahier, c'est-à-dire au second trimestre de la vingt-neuvième année (l), de sorte que je puis dans un instant faire l'état général des présences et des absences d'un enfant depuis son entrée dans l'Œuvre. L'usage de ce cahier est inappréciable : faut-il donner des renseignements aux parents ou aux instituteurs, le contrôle est là dans toute sa vérité. Faut-il savoir quelle est l'exactitude d'un enfant, pour le récompenser ou le punir, nous avons recours au contrôle ; faut-il décorer un congréganiste de la médaille, le contrôle

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