HISTORIQUE ABRÉGÉ DE LA MÉTHODE
Qu’il me soit permis de profiter des quelques feuillets blancs que me laisse notre imprimeur, pour jeter un coup d’œil rapide sur l’histoire et le développement de la méthode, et plus particulièrement sur les progrès réalisés dans ces vingt dernières années, depuis la publication de 1844.
Il y a déjà plus d’un siècle de cela, l’une des gloires de la France, J. -J. Rousseau, sentit tout ce que l’enseignement musical avait de vicieux et tout ce que l’écriture avait d’absurde. — Il proposa, en 1742, une écriture nouvelle: — il jeta, dans ses écrits, une foule d’idées justes sur la théorie musicale... Mais son écriture n’était pas encore parfaite-, ses idées, mal coordonnées, éparses à droite et à gauche, ne formaient pas corps de doctrine ; il ne put obtenir, en grand, les résultats pratiques qui devaient, un jour, sortir de ces germes féconds-, d’ailleurs, — il était novateur ! — Il dut donc, à ce titre seul, être combattu et repoussé quand même par les gens spéciaux, qui ne le comprirent pas. Il fut hué et sifflé par le public, si souvent aveugle et toujours prêt à se tourner du côté des rieurs. Rameau, lui-même, s’y laissa prendre, et ne vit dans le travail de Rousseau qu’wn chiffre remplaçant une note, comme le prouve son absurde et célèbre réponse au philosophe de Genève. — Pas un musicien ne prit donc la peine d’étudier sérieusement les idées nouvelles de Rousseau, et de faire germer les graines semées par cette main prodigue. Puis, après un certain temps, l’innovation fut considérée comme bien et dûment jugée et condamnée, et... tout fut dit!... Voilà la première phase de l’histoire de la méthode.
Trois quarts de siècle plus tard, vers l’époque de la Restauration, une autre puissante intelligence, un grand penseur, Pierre Galln, mathématicien profond, arriva par ses propres observations, faites d’abord sur lui-même, aux mêmes conséquences que J. ‘-J. Rousseau : à la nécessité de remplacer l’affreux grimoire appelé écriture musicale, par un alphabet rationnel, intelligible, scientifique, en un mot; et à la nécessité de substituer à l’horrible galimatias, si pompeusement désigné sous le nom de théorie, une science réelle, accessible aux intelligences droites, et dominant la pratique, pour l’éclairer, comme doit le faire toute science exacte.
Galin écrivit, en 1818, son Exposition d'une nouvelle méthode pour l’enseignement de la musique, l’un des livres qui honorent le plus l’esprit humain. Dans ce livre, il crée l’écriture des durées, le Chronomériste, l’alphabet le plus parfait qui soit sorti d’une tête humaine: — Il fonde la théorie musicale, entrevue par J.-J. Rousseau, et en fait une science véritable qui a pu, de prime-saut, prendre place à côté des mathématiques, la science des sciences ; — Il crée le Méloplaste, conséquence immédiate de sa théorie. Il modifie et perfectionne, pour ceux qui désirent s’en servir, l’écriture proposée par J.-J. Rousseau pour l’intonation, le chiffre, de manière à en faire une chose parfaite pour la voix, et même pour tous les instruments solinotes. — De plus, il fait à Bordeaux et à Paris des cours pratiques couronnés d’un plein succès. Puis enfin, après avoir vu