PRÉFACE DE L’ÉDITION DE
La première édition de cet ouvrage fut publiée en décembre 1838; elle fut autographiée et tirée à un petit nombre d’exemplaires, pour l'usage exclusif des cours de madame Émile Chevé.
La seconde édition, qui fut typographiée, fut mise sous presse en mars 1844, au moment où je commençai mon enseignement musical à Paris. La première édition étant complètement épuisée depuis 1840, les élèves de mes cours réclamèrent avec instance un livre qui leur permît le travail individuel, dont les privait le manque absolu de méthodes. Madame Chevé refit tout le travail pratique de sa première édition, et je me chargeai, moi, de l’exposition théorique : voilà pourquoi la seconde édition porte nos deux noms. C’est celte méthode, dont l’impression fut terminée vers le milieu de 1844, qui a servi, depuis vingt ans, à la propagation des idées de Galin. L’ouvrage, ayant été cliché, n’a subi aucune modification quelconque, dans les tirages successifs qui ont été effectués de 1844 à 1863, quoique depuis bien longtemps déjà madame Chevé eût complètement modifié son système d'exercices d’intonation, au point de vue de la manière de mesurer les intervalles.
En 1860, madame Chevé publia ses Exercices élémenlaires des
écoles d’enfants, et imprima — pour la première fois en grand — son nouveau système de points d'appui par les petites notes, système qu'elle pratiquait depuis 1830, dans son enseignement oral. C’est ce nouveau système qui rend aujourd’hui l’acquisition de l’intonation si sûre et si prompte. Mais cette petite méthode, étant plus spécialement destinée aux enfants dont la voix ne dépasse guère l’octave ou la 9% ne put recevoir une foule d’exercices qui parcourent la 11', la 12*, la 15® et même la 13*. Le livre actuel, basé sur ce même principe des points d’appui, a pu recevoir, sans inconvénient, tous ces exercices, sans exception, et présente le résultat complet de l’immense pratique professorale de madame Chevé qui, depuis trente-cinq ans, expérimente d’une manière continue chacun de ces exercices sur les organisations les plus variées, depuis les plus heureuses jusqu’aux plus mal partagées; j’ajoute que ce sont ces dernières surtout qui lui ont servi de pierre de touche et qui l’ont conduite à tous les perfectionnements qu’elle a introduits dans celte nouvelle édition, si supérieure, sous ce rapport, à celle de 1844. Ces perfectionnements sont tels qu’il n’y a presque plus aujourd’hui d’organisation musicale, si déplorable qu’elle soit, qui ne puisse — convenablement conduite — parvenir à savoir l’intonation.
Les exercices d’intonation de cette nouvelle édition — quoique reposant toujours
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et absolument sur les doctrines de Galin — diffèrent donc complètement de ceux des éditions antérieures, de 1838 et de 1814. Avis aux nouveaux plagiaires qui viennent encore de copier les exercices de 1841, en les travestissant plus ou moins, pour tâcher de dissimuler leur mauvaise action.
Les exercices de mesure, toujours basés sur le ckronomcriste de Galin, et rendus faciles par l’emploi de la langue des durées de M. Aimé Paris, ont été considérablement augmentés, et poussés beaucoup plus loin que dans les deux éditions précédentes.
La partie de lecture proprement dite, les airs à lire, a été presque quintuplée. L’édition de 1844 ne renfermait que 74 airs â lire-, l’édition actuelle en contient 444. L’édition de 1811 ne contenait aucun air avec modulations; l’édition actuelle en renferme un très-grand nombre, dont une moitié présente l’emploi des syllabes de mutation de M. Aimé Paris : ils contiennent des soudures. C’était une lacune fâcheuse que nous avons enûn comblée.
Les exercices en notation usuelle sur la portée, ont été réédités tels quels, sauf quelques explications essentielles, que madame Chevé a cru devoir ajouter en tête des exercices de clés et de transposition pour en faciliter l’étude.
Quant à la théorie, mon intention était de la remanier; non pour changer les bases posées par Galin, bases dont nous apprécions de plus en plus la solidité à mesure que nous les connaissons davantage; mais pour y ajouter certains détails d'exposition dont une longue pratique nous a permis d’apprécier la valeur pédagogique. Nous voulions aussi combler certaine lacune, donner la théorie des soudures, par exemple, qui manque dans l’édition de 1844; nous voulions enfin dire un mot des travaux récents de plusieurs mathématiciens; travaux qui viennent corroborer la théorie de Galin, et qui ont été effectués par MM. Vignon, Élie Ritter de Genève, Michel et Mercadier, ces deux derniers élèves de l’École polytechnique.
Malheureusement, mon temps est tellement absorbé par la propagation orale et les travaux de toute nature qui nous incombent comme fondateurs d’école, qu’il m’a été absolument impossible, cette année, de refaire le travail théorique. — Ce sera, je l’espère, pour l’année prochaine ; mais, en attendant, nous sommes contraints de réunir la théorie de 1844 à la pratique de 1863 ; cet inconvénient nous paraît moindre que celui de retarder la publication des nouveaux exercices. — Ce fait expliquera le défaut de concordance entre la pagination de la pratique et celle de la théorie.
ÉMILE CHEVÉ
Paris, 8 juin 1864.