DES CADENCES ET DO RHYTHME
En voyant avec quelle facilité et quelle précision les coupes de Galin permettent de former des mesures, il pourrait se faire que quelques personnes fussent portées à croire que , pour composer de la musique, pour faire un air, par exemple, il suffit d’écrire des sons pris au hasard, avec la seule précaution de faire que la durée de ces sons se trouvât soumise à la double loi de la division binaire ou ternaire. En agissant ainsi , on n’aurait pas plus de musique, que l’on n’aurait de phrases en prenant au hasard, dans le dictionnaire, des substantifs , des adjectifs et des verbes, et en les arrangeant sans autre précaution que celle d’écrire correctement chacun de ces mots. Pour qu’ils forment phrase, idée, il faut un sujet et un verbe , avec ou sans leurs accessoires. Il en est de même en musique : pour qu’il y ait air, il faut que l’oreille sente un commencement et une fin d’idée musicale; autrement ce sont des enfilades de sons, et voilà tout.
Or, cette particularité que présente un son de faire sentir à l’oreille qu’il est le dernier de sa période ou de sa phrase, est ce qui , en musique, constitue la cadence. — La cadence est donc la fin d’une période, d’une idée ou d’une
phrase musicale. — Un air bien cadencé est un air dans lequel l’oreille trouve la cadence à la place convenable; un air mal cadencé est un air dans les conditions opposées. La cadence n’est donc autre chose que la ponctuation musicale. Mais, de même que la ponctuation du discours présente divers degrés, de même la cadence nous fait sentir 1a fin d’une partie de période, la fin d’une période ou la fin d’un air. On a rendu ces trois idées par les expressions de ; quart de cadence, qui répond à la virgule; demi-cadence , qui répond au point et virgule; cadence ou cadence parfaite, qui répond au point. Dans certains cas, l’analogie avec le discours est poussée plus loin, et la cadence semble indiquer un point d’interrogation, un point d’interjection, une réticence, etc.
L’écriture musicale ne marque ni les quarts ni les demi-cadences ; elle laisse à l’oreille le soin de les découvrir. La cadence parfaite se marque quelquefois par une double barre de mesure, ainsi : | ; l’interrogation , l’interjection, la réticence se rendent pai ce qu’on nomme point d’orgue ('^), dont nous étudierons plus tard les diverses significations.
Du rhjthme. Avant de donner les exemples des diverses espèces de cadences, il nous reste à préciser le sens d’un mot très-fréquemment employé dans le langage musical; il s’agit du mot rhythme, appliqué à la musique.
Qu’est ce que le rhythme en musique?
Pour les uns, ce mot indique la division i'' temps , division binaire ou ternaire; pour d’autres, il est synonyme du n\ . Tiesure et indique deux, trois, quatre temps ; pour ceux-ci, et je me range enl,'^ *^ment de leur côté, le mot rhythme indique le nombre des mesures prises entiedeux cadences quelconques, cadences parfaites, demies ou quarts de cadences. Quelques-uns enfin, n’appliquent à ce mot rhythme aucune signification précise, en font quelque chose de vague, de mystérieux, qui n’est pas la division du temps, ni la mesure, ni les groupes de mesures ; mais qui participe un peu de tout cela, et qui est comme le cachet, le caractère propre d’un morceau .
Pour nous, qui regardons tes mots comme les étiquettes des idées, et qui n’avons rien tant à cœur que de rendre claires et précises toutes les idées que nous désirons communiquera nos lecteurs, nous dirons : Les mots divisions binaires et ternaires peignent très nettement les divisions de l’unité; le mot mesure indique très-clairement les groupes de temps; réservons donc exclusivement le mot rhythme pour exprimer des groupes de mesure séparées par les virgules. les point-virgules et les points, et disons, dans ce sens, que le rhythme indique le nombre de mesures qui constituent la plus petite idée mélodique. C’est-à-dire que le rhythme est l’ensemble de plusieurs mesures, comme la mesure est l’en* semble de plusieurs temps. La mesure est donc l’unité du rhythme, au même litre que le temps est l’unité de la mesure.
En général, le rhythme se sent de deux en deux, de trois en trois ou de quatre en quatre mesures ; le rhythme est alors à deux, à trois ou à quatre mesures; on
pourrait l’appeler binaire , ternaire, quaternaire. Cependant le compositeur peul donner à son rliylhme toute l’étendue et la variété qu’il veut. La variété, il l’obtient en combinant les rhythmes binaire, ternaire ou quaternaire, comme il combine, par la modulation , les fragments des diverses gammes. 11 fait, en un mol, des rhythmes myxles. Ceci, du reste, est du ressort de la composition, et nous n’avons pas à nous occuper de la manière d’employer ces rhythmes. Nous renvoyons pour cela aux traités de composition.
Quant à l'ciendue, quant aux rhythmes qui contiennent plus de quatre mesures, l’oreille les suit plus dillicilement. Cependant, elle peut encore les suivre sans trop de peine quand ce sont des rhythmes à six, à huit ou à neuf mesures, parce qu’elle les subdivise en groupes de deux ou de trois mesures telle fait alors pour les mesures, ce qu’elle a déjà fait pour les subdivisions binaires et ternaires du temps. Mais quand ce sont des rhythmes composés de cinq, sept, onze mesures, etc., rhythmes indiqués par des nombres premiers autres que deux et trois, ils sont insupportables pour l’oreille , par l’attention extrême qu’il faut pour les suivre. Aussi produisent-ils un effet traînant, pénible, extrêmement prononcé. Quand un air est bien rhylhmé, il nous frappe du premier coup ; quand il ne l’est pas nous ne pouvons nous en rendre maître : c’est comme si l’on disait, quand une idee est rendue clairement, par des phrases bien faites, nous la .saisissons de suite; quand elle est noyée sous un déluge de paroles, au milieu de phrases interminables, nous avons besoin d’un effort extrême pour la comprendre : et encore tout le monde n’y arrive pas.
Terminons par quelques exemples de cadences et de rhythmes , en combinant d’une manière régulière les rhythmes à deux et trois mesures, avec les mesures à deux et à trois temps, et avec les coupes binaire et ternaire. Chacun pourra multiplier ces combinaisons dont nous ne donnons ici que quelques échantillons. Le petit tabieau indique clairement les huit combinaisons que nous donnons.