‹ Méthode élémentaire de musique vocaleChapitre 167 sur 191 · MESURE · texte numérisé non relu

MESURE

Si nous sommes bien maîtres de tout ce qui a été dit sur la mesure, à partir delà page 251, c’est-à-dire si les mots rhythme, cadence, mesure (à deux, trois ou quatre temps) , temps, divisions et subdivisions binaires et ternaires, présentent à notre esprit des idées bien nettes, bien précises, dont nous puissions rendre compte immédiatement, nous n’avons plus ici qu’à exposer les signes au moyen desquels l’écriture musicale des solfèges exprime ces idées si simples, et dont chacun se rend si facilement maître avec l’écriture do Galin. C’est ici que l’on va rencontrer le plus puissant obstacle qui se soit opposé à la vulgarisation de la musique: cette écriture sera toujours illisible pour les masses.

Nous savons que la chose pivotale en mesure est l’unité avec ses divisions; BOUS savons encore que notre oreille ne perçoit sûrement que la division binaire et la division ternaire, et les subdivisions de même nom ; nous savons enfin que toutes les subdivisions que peut subir l’unité peuvent s’appliquer à un son articulé, à un son prolongé ou à un silence. Des lors notre plan est ici tout tracé: étudions d’abord les signes qui indiquent les subdivisions de l’unité, puis nous étudiions ensuite ceux qui distinguent chacune des trois idées de son articulé, de son prolongé et de silence; nous finirons par les mesures.

UNITÉ, DIVISIONS ET SUBDIVISIONS DE l’UNITÉ.

Los ancien»' n’ayant pas l’idée d’un métronome mobile pour prendre i volonté l’unitb durée, s’étaient cru obligés de donner au signe de l’imité une durée absolue; or, la durée de l’unité étant tout-à-fait variable selon les cas, ils avaient pensé qu’il fallait avoir plusieurs caractères pour représenter cette unité, selon la durée qu’elle devait exprimer.

Ils imaginèrent donc de créer quatre caractères pour l’unité, afin de représenter quatre durées différentes. Ces quatre unités étaient: 1® la ronde (<9),

qui représentait une seconde de temps ; 2" la blanche ( J) , qui ne valait que

moitié de la durée absolue de la ronde; 3" la noire (•) qui ne valait que le

quart de la durée absolue de la ronde; 4" la croche (^), qui ne valait que le huitième de la durée absolue de la ronde.

Ces quatre signes d’unité une fois créés, on fut conduit à appliquer à chacun d’eux la division binaire, la seule peut-être qui ait d’abord été employée avec ses subdivisions, et on arriva à faire les quatre petits tableaux suivants qui représentent chacun les quatre n®’ 1 , 2, 4, 8 du tableau général des divisions de l’unité, page 256, c’est-à-dire les trois divisions binaires donnant successivement les moitiés, les quarts et les huitièmes.

Division binaire appliquée aux quatre signes de l’unité.

La Ronde {0 )

La Blanche ( d)

La Noire (J)

La Croche

prise pour unité.

prise pour unité.

prise pour unité.

prise pour unité.

Signes des unités.

Signes des moitiés..

Signes 1 1 1 1 1

des quarts. } 0 000

mn

Signes des ' huitièmes. 1

■mm

mm

mm

.mm

Voici les noms des divers signes contenus dans ces quatre colonnes:

I* Les 4 signes) de l'unité se; nomment: }

' ronde o

, blanche /

J , noire *

i , et croche

2* Les 4 signes) des moitiés se> nomment: )

blanche fil

, noire *

J , croche J

, et double-croche

8* Les 4 signes!

dee quarts sel nomment; ]

1 noire J

, croche J

, double-croche ^

^ , et triple-croche

¥ Les 4 signes) desboitièmesse nomment: '

1 croche ^

, double- crodw t

' . irlplc-croche *

^ , quadrupl4H:roche

La Tue de ce tableau, et des noms appliqués aux signes qu’il renferme, révèle immédiatement deux faits très fâcheux: le premier, c’est que chacune des quatre idées d’unité, de moitié, de quart et de huitième est représentée par quatre caractères différents, portant quatre noms différents Profusion inutile de signes , embarras immense pour la lecture rapide. '

Le deuxième fait très-fâcheux que révèle le tableau, c’est que, non seulement la même idée est représentée par quatre signes différents, mais encore 1© même caractère signifie quatre idées différentes selon qu’on le prend dans chacune des quatre colonnes. La croche, par exemple, ca:/)rtme le huitième dans la première colonne, le quart dans la deuxième, la moitié dans la troisième et Venlier dans la quatrième. Ceci est extrêmement grave: d’un côté, superfluité de signes, plusieurs signes pour la même idée-, de l’autre, confusion des idées, représentées par le même signe. — Mais passons. Tout-à-l’heure, nous verrons mieux que cela : nous verrons le signe de l’unité, la ronde, par exemple, employée pour représenter deux, ou quatre unités dans les autres colonnes.

Remarquons encore que, quand l’unité de temps est représentée par la ronde, on ne dépasse pas les croches; quand elle est représentée par la blanche, on ne dépasse pas les doubles-croches; quand elle est représentée par la noire, on atteint les triples-croches-, enfin, ce n’est que quand elle est représentée par la croche que l’on arrive aux quadruples-croches. Mettre des doubles, triples, et quadruples-croches avec des rondes est donc une écriture vicieuse.

Voyons maintenant comment on a écrit la division ternaire de l’unité. Il est probable que quand cette écriture a été créée l’on ne se servait que de la division binaire-, du moins il n’existe aucun signe particulier pour représenter les tiers; et certes, puisque l’on créait quatre signes pour indiquer les moitiés, autant pour les quarts, etc., on n’aurait pas manqué d’en cret-.r au moins un pour les tiers. Or, les tiers n’ont point de signes qui leur appartiennent: on les écrit avec les signes des moitiés, ce qui va rendre l’écriture encore plus illisible. — Seulement, pour que l’on sache que les signes des moitiés que l’on emploie pour représenter les tiers ne sont plus des signes de moitiés, on met un point à coté du signe de l'unité (l). On est ainsi prévenu que, quand il y a un point après le signe de l’unité, les signes des moitiés ne représentent plus que les tiers. VoL<'i l’exemple de cette convention , appliquée aux quatre signes de l’unité.

(1) Chose bizarre , c’est le signe des moitiés qui change de valeur en venant représenter les tiers, on ne le modifie pas; mais en revanche, on modifie le signe de Tunité, qui, lui, représente toiqours Tunilé. On fouette le compagnon du prince, quand le prince ne sait pas sa leçon. ’

Division ternaire appliquée aux quatre signes de Vunité.

La

Ronde pointée o •

prise pour unité.

R/ancfte pointée O' • prise pour unité

La .

Voire pointée J •

prise pour uniié.

La V

Croclîe pointée # •

prise pour unité.

Signet î desuDités.j

Signes J ! J J

«s tiers. JC» O O

Ji j) Ji

Les deux observations faites sur le tableau de la division binaire prennent encore plus de force en regardant le tableau des coupes ternaires, puisque, d’une part, l’unité est représentée par quatre nouveaux signes, ronde pointée , blanche pointée, noire pointée, croche pointée; et que, d’autre part, chacun des signes, blanche, noire, croche, double-croche, représente encore une nouvelle idée: celle des tiers. Et encore nous n’avons donné que la première division ternaire, la seule probablement que l’on ait d’abord chantée. Mais plus tard, quand les progrès de la musique conduisirent à employer la subdivision ternaire, soit après la division binaire, soit après la division ternaire , on ajouta à récriture que je viens d’indiquer, et on lia par un petit arc les groupes des subdivisions ternaires, avec la précaution d’ajouter encore les chiffres 3, 6,9, entre l’arc et les notes, pour que l’esprit fût bien prévenu que les signes de la division binaire exprimaient actuellement la division ternaire. Voici ces additions apportées au tableau précédent :

Remarquons que les neuvièmes , qui sont successivement représentés par

(1) Delà le nom de triolet appliqué aux subdivisions ternaires qui viennent après les moi-

tiés ou les tiers; ou aux tiers qui se mêlent avec les moitiés , comme le montre le chronomériste , page 261 , coupes mixtes, ^

(2) Quelques personnes désignent ces «groupes de six par le mot de sixMe ou tixtoUt.

la noire, la croche, la double-croche et la triple-croche, peuvent encore, dans chaque colonne, être représentés de quatre manière, ati moyen des liaisons et des chilTrcs -, ainsi, les neuvièmes, quel que soit celui desquatresignes : noire, croche, double ou triple-croche qui !es représente , peuvent offrir trois groupes de trois, comm.e dans la première cok>nnej un groupe de trois et un de six , comme dans la seconde ; un groupe de six et un de trois , comme dans la troisième; enfin un seul groupe de neuf, comme dans la quatrième. Cela fait encore seize formes pour écrire les neuvièmes. — La même observation s’applique aux vingt-septièmes, qui peuvent être groupés par trois fois neuf; par neuf et dix-huit; par dix-huit et neuf; ou enfin par vingt-sept. — Tout-àl’heure, nous verrons que le soin que semblent prendre certains compositeurs de morceler, de séparer les diverses parties d’un même temps, et, d’autres fois, de réunir pêle-mêle plusieurs temps ou plusieurs parties de temps différents, rend souvent les signes de durée complètement inintelligibles. — Mais continuons.

Maintenant que nous voyons comment on écrit les divisions et subdivisions l)inairés et ternaires de l’unité, soit que l’on prenne la ronde, la blanche, la noire ou la croche pour unité, reconstituons le tableau général de la page 256, en le fesant quatre fois, pour prendre successivement pour unité la ronde, la blanche, la noire et la croche. Ces quatre tableaux nous offriront le double avantage de voir toutes les formes employées pour marquer les subdivisions du temps, quelle que soit l’unité employée, et de plus de nous montrer la supériorité immense de l’écriture de Galin , qui n’a qu’un caractère pour une idée, et chez qui le môme caractère ne représente qu’une seule idée, tandis que, dans le système ancien, c’est tout le contraire. Pesons donc les quatre tableaux dont je viens de parler, en commençant par celui qui a la ronde et la ronde pointée pour unité. (Voir à droite, page 293)

Bien que ce livre ne soit pas un livre critique, mais simplement un livre élémentaire, je ne puis m’empêcher de faire ici les deux observations suivantes sur le tableau général que je vais donner: c’est que, 1” la même idée est représentée par une foule de signes; 2° que le même signe signifie une foule d’idées. Je n’en cite qu’un exemple pour chaque observation :

1® L’unité est représentée par les huit signes: J-, J.j-T'-.

(Vérifiez au tableau de droite, page 293).

2® La croche représente:

Dans le l" tableau de trois espèces, ^ de trois espèces, ^:8 idées.

Dans le 2« tableau de deux espèces, -L 4 —

Dans le 3® tableau -3- » . . 2 —

Dans le 4* tableau 2 —

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