DE NOTRE TEMPS
Le poëte a voulu être homme d^État.
L'historien a voulu être poëte.
Le romancier a voulu être historien.
Le feuilletoniste a voulu être romancier.
Le critique cFart a voulu être peintre.
Le peintre a voulu être littérateur.
Voilà les prétentions à peu près acceptables, mais qui cependant sortoient du vrai chemin. Voyons maintenant ce que nous a donné Fexagération, et pour cette fois ne parlons que des peintres.
Aujourd'hui le peintre épisodique veut manger la grande peinture.
Le peintre réaliste veut manger la peinture de genre.
Et le paysagiste, lui, qui est le plus petit de tous veut tout manger.
N^oublions pas de dire que la plèbe artistique, dans son appétit goulu, veut manger même les paysagistes.
N'oubliez pas non plus que le dernier placé de notre échelle sociale se regarde comme un roi comprimé, et que le plus infime de nos artistes se croit Tégal de Michel-Ange !
On peut satisfaire les rois, on peut combler les désirs d'une femme, mais on ne contente jamais un peintre moderne
Si vous y parvenez, vous obtiendrez mes applaudissements
Nous verrons bientôt ces petits artistes qui font avec de petits esprits de petits tableaux et s'enflent comme la grenouille de la fable, en opposition avec ces grands artistes de l'antiquité et du moyen âge qui, en produisant de sublimes œuvres, ajoutoient encore à leurs qualités une adorable modestie.