‹ Méthode et entretiens d'atelierChapitre 21 sur 50 · LE TITIEN · texte numérisé non relu

LE TITIEN

Voici le plus grand des coloristes et, comme tuujours, il est le plus grand parce qu^'il est le plus simple.

Amant de la couleur, il ne la veut pas à demi, il veut la posséder entière, sans partage. Il a remarqué que la grande lumière atténuoit les colorations, aussi, il Téloigne de son idole la couleur; cependant, cette lumière qui peut nuire, il Taccepte dans certaines conditions. Lorsque le soleil est sur son déclin, et que Tair est comme flambé d'or, la terre, n'étant plus éclairée par des rayons directs, est reflétée par une voûte embrasée; dans cette situation de Tatmosphère, les tons ont toute leur saveur, ils sont entiers, voilà ce qu'adore Titien.

Parlons maintenant de son exécution, qui semble être un vérital^le mystère.

Il ne faut pas croire qu'il peignoit en gri-

saille, comme bien des gens le supposent, non, j'ai eu le bonheur de voir un de ses tableaux resté à Tétat d'ébauche. G'étoit d'une simplicité primitive, ses tons, un peu crus, mais d'une belle localité, sont empâtés résolument, il ne cherche en aucune façon la délicatesse dans la coloration. Il observe ses valeurs, il établit ses bases; c'étoit à un certain point, rustique, un peu barbare, et remarquablement peint partout; il laissoit sécher, puis il reprenoit avec un glacis de couleur neutre, et terminoit au pouce , comme il le dit très-bien luimême.

Rien n^est plus simple, rien n^'est plus franc, seulement, il ne faudroit pas s'aviser de faire avec ces peintures ce qu'on a fait avec le nettoyage des Rubens ; car, là on perdrait toute la délicatesse; le mystérieux du ton est dû à un moyen d'une légèreté extrême qui flotte sur une base solide.

Chez ce peintre tout est grave, tout est profond, tout est recueilli. Titien, on peut le dire, a les mystiques splendeurs de la couleur.

Les sons de l'orgue me donnent des sensations à peu près semblables à celles que j*éprouve à la vue de ses imposantes colorations.

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