DE LA COMPOSITION
Ce que je viens d'écrire est plus applicable à la composition qu'à la couleur; je répare ma faute en réunissant les deux articles; de cette façon il n'y aura pas interruption dans ma pensée, et Tordre si nécessaire ne sera pas détruit.
La division est de première nécessité pour rélève qui commence; mais cette division n'est possible qu'à la condition de taire bien des choses ; c'est une mutilation inévitable faite au profit de celui qui débute.
Si nous nous affranchissons des liens de la division, nous ne nous affranchirons jamais de certaines règles élémentaires. Je vous ai signalé l'importance des valeurs; je vous rappelle, en ce moment, le conseil du départ pour la composition.
Vous devez toujours porter sur vous un album, et retracer en quelques lignes les beautés qui vous frappent, les effets saisissants, les poses naturelles. N^oubliez pas de vous faire fourmi, abeille: butinez, ayez le plus tôt possible un grenier d^'abondance ; exercez-vous dans la composition, mais toujours avec les éléments dus à vos observations.
Vous avez fait connoissance avec nos beaux maîtres. Dans les lieux publics que je vous ai désignés, vous avez dit souvent : Ceci est comme André del Sarte ; ces femmes au lavoir nous rappellent, par leurs ajustements, les figures du Poussin. Le Poussin, vous le retrouverez souvent en regardant la nature. Dans vos promenades matinales, lorsque le soleil sera tamisé par une immense nappe de nuages, alors que les tons reprennent toute leur valeur, suivez ce petit sentier, regardez cette route qui monte, puis descend, tourne pour reparaître encore; n'estce pas? c'est comme Poussin. Et là, au fond de ce vallon, ces grands arbres au feuillage vert sombre, aux masses imposantes, c'est encore
comme Poussin. Mais le vent fraîchit, le ciel s'ouvre; de belles montagnes de nuages blancs s'élèvent, elles sont traversées par des lignes noirâtres qui annoncent Torage : Poussin encore. Cet amant delà nature, vous le rencontrerez partout ; peut-être que là où vous marchez vous retrouverez la trace de ses pas. Mais le vent souffle avec violence; enveloppons-nous, maintenons nos chapeaux. Quelle tempête! quel orage ! Vous marchez à grands pas, vous voulez revenir au gîte, c'est votre seule pensée; vous regarderez la nature une autre fois. Mais, pour moi, pour celui qui vous guide, relevez la tête, et au travers des nappes d'eau qui coulent de vos coiffures, regardez : c'est le déluge du Poussin... On croit généralement que ce maître interprète, crée un style qui rappelle un peu la nature, mais qui cependant est conventionnel. Non, il copie. Le jugement porté sur lui vient de notre corruption. Nous avons pris si bien les habitudes du mensonge, que la vérité, lorsqu'elle se montre à nous dans sa grandeur, dans sa fierté, nous trouble, nous intimide; nous baissons volontiers
les yeux. Cette feinte modestie nous dispense de lui rendre justice
Aimer, voilà le grand secret; Tamour fait voir. Nous sommes toujours étonnés des tendresses des parents pour leurs enfants et des qualités qu'ils trouvent en eux; nous croyons qu'ils se trompent, et c'est nous qui nous trompons. Notre étonnement à la vue de certains amoureux, dont l'objet aimé est loin de justifier leur passion; nous croyons encore naïvement qu'ils sont aveugles et qu'ils se trompent; eh bien! non encore. Moi je soutiens qu'ils sont voyants, et que, regardant les uns avec sollicitude, les autres avec cette religiosité que donne l'amour, ils découvrent, par le fait de leur grande attention, des beautés, des charmes que nous nous empressons de nier en bayant aux corneilles.
Lisez un livre avec peu d'attention, parcourez les premières pages; sautez vingt feuillets, puis quarante; arrivez au dénouement de suite. Quel plaisir aurez-vous pris à cette lecture? Vous n'aurez certes pas l'outrecuidance déjuger cet
ouvrage, et vous attendrez i)Our cela une parfaite connaissance de la chose. Mais voilà que par le fait d'un bon vouloir, vous lisez feuille à feuille, Touvrage vous captive, vous ne le quittez que lorsqu'il est fini, pour dire : ce livre est admirable !
Il en sera de même pour la nature, si vous la lisez page à page.
Vous avez été devancé, partout vous avez trouvé les traces des peintres les plus célèbres; mais il en est quelques-uns qui paroissent avoir butiné ailleurs que sur notre globe, et cependant leurs tableaux représentent les choses de notre terre, mais comme trarisfigurées et devenant par cela même un monde à part. D'où cela vient-il? Cherchons ensembl'. Lesueur est de ce nombre. Qu'est-ce que Lesueur? Qu'a-t-il fait pour grandir? Ses études pré!)aratoires doivent être immenses! Que de travail il faut pour arriver à créer ces merveilles ! Vous avez trouvé bien rarement ses traces; c'est que ce peintre divin a sa source en lui-même. Poussin prenci, à la nature; il regarde, retrace, copie. Lesueur,
lui, obéit à ses instincts; sans recherche, sans fatigue, il peint comme Toiseau chante. Le inonde est en lui ; mais le monde comme il devrait être et non comme il est. Enfant de la vraie vérité, il ne connaît qu'elle, ne peut connaître qu'elle; les personnages de ses tableaux agissent comme il agirait lui-même; ils sont simples et bons, croyants et soumis, ils ont tous une même âme : celle de Lesueur. C'est tout un monde de justes. Il découle de cette simplicité d'action résultant d'un foyer immense qu'il a en lui une harmonie sans bornes; tout ce qui sort de lui est vraiment né, créé, et tient si bien à la même source, que les arbres, les ciels, comme les hommes de ses tableaux, semblent avoir aussi une même âme.
Lesueur, c'est l'enfant comme il devrait être : obéissant à son cœur, à son dieu. Par son extrême soumission, tout lui paraît facile, et, comme Raphaël, il ne comprend pas que l'on admire ce qu'il produit ; c'est si simple pour lui . Il est si bien dans la voie divine, il sent si bien que ce qu'il fait n'émane pas directement de lui,
mais de son Dieu, qu'il n'en tire aucune vanité. Écho imparfait de ce qu'il ressent, son travail est pour lui de peu de valeur; mais simple de cœur, il accepte son infériorité, il ose s'avouer, et devient abondant par humilité. Plus il s'élève, plus il se croit petit; cest ce qui fait sa grandeur ! . . . Poussin voit, comprend, veut faire comprendre ; il enseigne, il châtie. Il y a dans son œuvre les violences d'un esprit contesté ; il affirme trop et ne sait pas toujours convaincre. Lesueur aime, console et ramène tout le monde à lui.
Vous avez vu par vous-même, vous avez vu par les yeux des maîtres, et je vous entends dire :
« Que pouvons-nous faire aujourd'hui? tout a été fait! Nous avons tout regardé, et cliaque beauté a son interprète.
» Raphaël a rendu la jeunesse dans toute sa splendeur; Michel- Ange, la force et la puissance; les Gothiques, la foi; Titien, les magnificences delà couleur; Véronèse, ses richesses; Rubens, 3on éclat; Rembrandt, sa sombre poésie; Greuze, la fraîcheur; Watteau, la galanterie.
» Autour de ces grands hommes se groupent d'autres génies secondaires qui complètent leurs richesses et qui n^ont rien laissé pour nous. »
Eh bien! vous me permettrez d'espérer encore, moi qui vous ai menés jusqu'ici. Je vous aurois rendu un bien triste service, si mon enseignement devait aboutir à un pareil désespoir.
Tout est nouveau, tout est à faire. Je vais me faire comprendre.
La nature humaine est toujours la même; mais les changements d'états, de rehgions, de croyances, font, que les sentiments humains se manifestent de manières nouvelles; ils prennent d'autres formes, ils prennent d'autres aspects, et font naître incessamment des arts nouveaux. Ainsi pour nous, Français, nous sommes évidemment environnés de richesses inexploitées. N'accusons pas avant d'avoir fait un retour sur nous-même, et voyons bien si la paresse de notre esprit n'est pas la seule cause de notre insuffisance.
Je ne vous ai pas fait étudier les maîtres pour que vous retombiez toujours dans les chemins
tracés. Ces études étoient indispensables pour vous donner un bon langage. Maintenant que vous le possédez, parlez; mais parlez pour raconter votre temps.
Pourquoi cette antipathie pour notre sol, nos mœurs, nos inventions modernes? Qui peut la justifier?
Vous dites : mais les anciens n^'ont rien fait de semblable ! Par une bonne raison, c^est qu'elles n^existoient pas; mais s'ils avoient eu les mêmes bénéfices que vous, soyez certains qu'ils en auroient profité. Vos ressources sont immenses et vous les abandonnez ; cela n'est pas par inintelligence, mais, comme je le dis, par paresse d'esprit, par habitude.
« Mais les peintres sérieux ne font pas cela. Ils ont probablement de bonnes raisons à donner, et d'ailleurs vous voyez que tous ceux qui touchent à ces choses modernes ne sont que des talents incomplets et ne donnent que des résultats misérables. »
Je parlerai bientôt de ce que vous appelez peintres sérieux; mais parlons d'abord :
Be la locomotive.
Au moment du départ, tous sont à leur poste; la puissante machine fait briller ses cuivres à la lumière-; son brasier pétille et semble vouloir éclairer la route qu'elle doit parcourir. Regardez cet homme au milieu, il domine; la main placée sur raiguille, il attend le signal. Comme il est fièrement campé ! sa mission Ta grandi ; il sait que la plus petite erreur peut compromettre la vie de ceux qu^'il dirige. Voyez ces chauffeurs reflétés par la fournaise, puis ce phare, ce surveillant qui guette... Sur ce char grandiose et moderne, je vois Tintelligence, la force, la surveillance... Quel beau tableau !
« Mais on a peint non pas une, mais des lo comotives, et c'est horrible à voir. »
Je connois les tentatives dont vous parlez, elles sont misérables; ces peintres n'aimant pas ou, pour mieux dire, ne comprenant pas ce qu'ils faisoient, ont cru devoir amoindrir ce qu'il falloit développer. J'ai vu, comme vous, des
espèces de poêles à frire surmontées de petits tuyaux desquels s^échappoient de petites fumées, et c'est cela qui vous représente une locomotive. Vous êtes faciles à satisfaire. Quoi! cette force étrange, mystérieuse, qui contient un volcan dans ses flancs; ce monstre à carapace de bronze, à gueule de feu, qui dévore Tespace, ou plutôt cette civilisation faite machine qui broie tout ce qui lui résiste... moi je trouve qu'il faut pour la bien rendre des toiles plus vastes et des talents plus robustes. Croyez-moi, la locomotive n'a pas été rendue.
Les ouvriers.
Avez-vous regardé avec attention les échafaudages qui s'élèvent pour la construction de nos monuments, ces immenses chèvres d'une force énorme qui prennent les pierres les plus lourdes et les élèvent dans l'air ? Avez-vous remarqué la physionomie de nos ouvriers qui, affranchis aujourd'hui des labeurs de la bête de somme, ont repris de la dignité et semblent être
les directeurs des forces que le génie mécanique a mises à leur disposition? Leur port est plus digne, leurs vêtements mieux tenus ne sont pas dépourvus d'une certaine élégance. Regardez bien ces jeunes garçons si bien découplés, si bien pris dans leur ceinture rouge, leur tête généralement belle, hâlée par le soleil, ce beau ton ambré sur lequel se détachent des boucles d'oreilles d'argent, leurs bras jeunes et velus, tatoués par les symboles de leur travail, et, par dessus tout cela, cet espoir du lendemain, car tous savent très-bien qu'aujourd'hui, avec du travail et de l'économie d'abord, de TinteUigence et une grande activité ensuite, on peut arriver aux échelons sociaux les plus élevés. Ces ouvriers-là ne me rappellent en rien ceux du moyen âge et de la renaissance. Ils sont vraiment plus intelligents, plus fiers, et je ne puis m'empêcher de leur trouver une distinction toute patricienne.
Quels sont ces hommes qui marchent deux par deux, trois par trois? Quelques-uns se déplacent pour communiquer leur pensée ; ils ont
tous Tair sérieux, réfléchis; leur tenue est pro[)re, simple; ils paroissent très-iiUelligents. On dit que ce sont des mécaniciens qui sont en grève, et qu^ils vont chez leur patron pour une augmentation de salaire. Justement ils entrent chez un de mes amis.
Suivons-les, voyez ; maîtres et ouvriers se saluent. Rien n'est plus grave. L'ouvrier défend le pain quotidien de sa famille; le fabricant la possibilité de faire face à la concurrence. Regardez bien toutes ces têtes découvertes, ces vétérans du travail, ces hommes choisis par les leurs pour défendre leurs intérêts. Comme ils parlent bien! J'ai entendu des avocats qui parloient plus correctement peut-être, mais qui ne sachant pas ce qu'ils vouloient dire, étoient certainement moins intéressants.
Voilà encore des modèles nouveaux. Nos ouvriers n'ont pas été reproduits; ils restent à faire.
Sur cette belle promenade publique, j'aperçois un cavalier accompagnant une jeune fille ; ils sont d'une grande distinction. La sollicitude
affectueuse du jeune homme pour sa compagne, leur ressemblance annonce qu'ils sont frère et sœur. Voyez le joli costume d'amazone^ comme il dessine chastement les formes du haut du corps; puis Tampleur de la jupe et ce beau piédestal, ce cheval pur sang, comme il paraît fier de porter sa maîtresse. La tenue du cavalier est élégante et facile; sa culotte d'une peau grisâtre, la botte molle et phssée, une espèce de jaquette courte et libre, dessine souvent par les mouvements nécessités pour la direction du cheval, un corps bien pris. Sa tête coiffée d'un petit chapeau rond laisse voir sa figure jeune et candide, bien encadrée d'une barbe blonde et naissante. Je ne puis m'empêcher de comparer ce que je vois aux portraits laissés par nos maîtres. Je ne chercherai pas à en diminuer la valeur, mais je donnerai sans hésiter la préférence à ce que j'admire ici. Je trouve notre race chevaline plus belle, nos harnais plus élégants et nos costumes charmants; et je suis persuadé que si un peintre mettait un vrai talent au service de ce que je décris, il ferait un tableau
qui égaleroit en mérite les portraits des plus grands maîtres, et auroit cependant une physionomie toute nouvelle.
On court, Tair retentit, j'entends la musique militaire. Ne nous dérangeons pas, ils viennent à nous. Voyez donc ce drapeau criblé de balles, en ce moment un rayon lumineux éclaire celui qui le porte, il a une bien belle tète, jeune encore; voyez donc quelle blessure! en plein visage. Ses yeux sont baissés, il a Tair bien grave. Ah! c'est qu'ail connoîfc, il aime, il vénère ce qu'il porte : c'est le drapeau, c'est la patrie... Et ces jeunes soldats du premier rang, éclairés par le même rayon, comme ils sont beaux aussi ! Est-ce la lumière qui les avantage, jamais nous ne les avons vus comme cela. Non? c'est que, guidés par moi, vous voulez bien les regarder. Ils savent aussi que ce qu'ils accompagnent est sacré; ils sont jeunes et vaillants; puis ils sont unis, ils ne font qu''un, ils se sentent forts, et acceptent sans réserve la discipline, pourquoi? c'est que soldats aujourd'hui, ils peuvent être chefs demain. Ce sentiment qu'ils ont de ce
qu"*ils peuvent devenir par le courage, les ennoblit. Cherchant à être glorieux, ils respectent ceux qui ont fait leurs preuves, persuadés qu^ils sont, qu'ils seront honorés un jour. Eh bien! voilà encore de nouveaux modèles.
— Mais on a fait des soldats, beaucoup de soldats... trop de soldats!
— Non, mes chers amis, on n'a pas encore fait de vrais soldats. Je sais qu^on a peint des uniformes; je sais encore qu'on a représenté certains loustics qui ont le chic militaire, et qui sont à la forme ce que sont les roulements d'RRR au langage; mais le soldat qui pense n'a pas encore été fait.
Le la Feynme,
Maintenant, parlons de la femme, qui par sa nature est éminemment artiste. Vous trouverez en elle le sentiment du choix à un haut degré, un idéal élevé, la sensibiHté, l'exaltation; enfin toutes les qualités des plus grands artistes sont chez la femme à l'état de grâces.
Gardez-vous bien, lorsque vous ferez un portrait de femme, d'arranger votre modèle, votre arrangement ne serait qu'un dérangement. Regardez; qui voit bien une femme, voit un sublime artiste, elle sait ce qui lui sied, la nature lui donne la mélodie du goût. Dans la multiplicité de ses poses, toujours gracieuse, souvent adorable, elle nous entraîne, nous captive, et les sensations que nous éprouvons devant ses grâces natives sont à peu près semblables à celles que nous donne la musique, mais à un degré bien supérieur. Elle s^exalte dans un art qui lui est tout particulier; je ne dirai pas la danse, qui n'est qu'un prétexte , mais dans un art qu'ion pourrait appeler celui de Télégance suprême.
Gros-Jean qui veut en remontrer à son curé, n'est pas plus lourdement impertinent que le peintre qui veut diriger une femme dans le choix du beau ; elle est passée maître dans l'art du goût, elle se soumet à la mode et la dompte (à son tour, que ne soumet-elle pas?). Elle prend son rang par la mise, il y a la civilité puérile et
honnête de Télégance, la moyenne des femmes s'y conforme. La vraie femme se sert d^une mode comme d^un thème, loin de se laisser envahir par elle, elle la dirige et s^en sert pour faire briller son génie.
Elle a encore, comme l^artiste, le don et le désir incessant de plaire, il semble bien qu^elle est créée pour notre délectation : soujjle, soumise, elle paroît dépourvue d^instincts égoïstes, tout pour elle se résume dans le mot : plaire. Pour cela elle se donne sans réserves; dévouée pour celui qu'elle a choisi, et toujours sublime de dévouement pour ses enfants.
Consultez religieusement les femmes pour tout ce que je viens de signaler ; mais faites-vous encore les glaneurs de leur tendresse, vous reviendrez les mains pleines pour étoiler vos œuvres.
Les plus grands de nos peintres leur ressemblent : Raphaël, Lesueur; tous deux avoient leur douceur, Raphaël avoit leur beauté.
Qui sait mieux choisir qu'une femme? Allez, faites des théories, prononcez des discours, con-
sultez tout, remuez tout, prenez vos précautions sur tout, et vous vous tromperez. Et la femme qui ne sait rien, et qui paroît n'apporter au côté sérieux de la vie qu^une faible attention, choisira toujours bien, pourquoi? C'est qu'elle est née pour cela.
Les gouvernements des femmes ont toujours été glorieux, parce que ces reines ont su choisir autour d'elles les plus capables. L^homme ne sait pas juger l'homme; mais la femme juge toujours bien Hiomme, pourquoi? c^est qu^'elle est née pour cela.
Parlons de son idéal qui est sans limites, elle n'a pas, comme l'homme la responsabilité, Taction, l'exécution; elle reste dans le domaine de l'imagination. Ne lui parlez jamais de ce qui est ou n'est pas pratique, elle s'inquiète peu de votre insuffisance. Vous devez tout faire, même l'impossible, parce que tout lui semble possible. N'étant arrêtée par rien dans son empire du rêve, son idéal grandit toujours; elle est souvent déçue, mais un jour sortira de ses flancs un fils. Oh! alors celui-là aura son an:^, son
exaltation, il saura la comprendre, par lui elle aura son moyen d^action
L^'enfant est venu, il grandit, il a passé ses examens. Un peu paresseux d'abord, il s^est relevé lorsqu^il a fait sa philosophie; il est vraiment capable. Oh ! le père est heureux, il y aura un avocat dans la famille ; c'est à lui, c^est à sa fermeté que Ton doit cela. Ah ! si Ton écoutoit les femmes, on ne feroit jamais rien
Mais, ô douleur ! le fils arrive, il est triste.
— Qu'as-tu? que veux- tu? parle!
— Je veux être soldat !
Il est parti, rien n'a pu le retenir
Instruit, capable, courageux, il a fait un chemin rapide... Un nom est répété par toutes les bouches, c'est celui du fils glorieux
Ce que je vous raconte en quelques mots est une histoire véritable. Voulez-vous en avoir le complément? Venez avec moi dans ce salon, regardez ces quelques dames qui brodent. Remarquez-vous, là, au coin de la table, par ici, cette dame à cheveux blancs dont les sourcils sont restés noirs, elle nous a regardés, ses yeux
sont profonds et doux; sa tenue est bien simple.
— Mais où voulez-vjus eu venir?
— Regardez encore ce brillant officier-général entouré d^amis empressés... C'est le fils... Faction. Et cette mère , si modeste , c'est la flamme, la torche qui a tout embrasé
Arrêtons-nous et revenons un peu sur nos pas, ou plutôt je voudrois savoir de vous si je me suis bien fait comprendre. Ayez la bonté de me faire un résumé de ce que j'ai pu vous dire sur Tart de la composition.
Vous n'avez pas encore parlé des règles de la composition, mais en nous parlant des maîtres, de leurs études, qui nous ont été justifiées par nos propres recherches, nous avons compris ce qu'il falloit faire. Puis vous nous avez fait sentir que lorsqu'on possédoit sa langue pittoresque, il falloit s'en servir pour parler de son temps, et nous avons si bien compris, ou cru si bien comprendre ce que vous nous avez fait remarquer, que nous avons hâte de nous mettre au travail , pour réaliser ces idées qui nous charment.
Ces beaux projets ne nous font pas oublier vos recommandations à propos des femmes; nous avions la crainte d^y trop penser, mais nous sommes heureux d'apprendre par vous que ce i^È'est pas un crime.
— Bravo, mes amis, vous comprenez à merveille et je vois que je n^ai pas perdu mon temps. Oui, dans la femme, dans votre mère surtout, vous trouverez votre meilleur conseiller.
Vous avez vu que sous vos pas vous trouviez des tableaux tout composés, que ceux que je vous ai signalés ne sont rien comparés à ceux qui peuvent se faire.
Allez, allez, la terre est riche, elle est inex-^ ploitée; vous quiètes jeunes, profitez de cette Californie nouvelle.
Maintenant, pour ceux qui sont moins soumis que vous, je dirai encore : perdez cette funeste habitude de fuir la nature de votre pays. Pourquoi des Italiens ? pourquoi des Arabes, pourquoi des Turcs? Soyez donc Parisiens comme on étoit Athéniens. Ayez confiance dans vos forces, ne vous suicidez pas dans le passé. Lorsque vous
aurez fait toute votre vie des Grecs, pensez-vous qu'ils égaleront jamais ceux de Phidias. Si vous avez cette sotte pensée, détrompez-vous! Quoique vous fassiez, vous ne serez jamais qu'un froid traducteur et cessant d'être en communication avec la vie, votre art sera glacé comme la tombe.
Ces tiirqueries souvent ridicules de notre temps moderne, seroient, il me semble, avantageusement remplacées par Tétude des modèles que je signale.
Ayez confiance. Je sais bien pourquoi vous prenez des Turcs, c^'est par une trop grande modestie : vous craignez la comparaison. Je sais bien pourquoi vous prenez des tigres, des serpents, entîn tout ce qui ne vit pas dans notre intimité : c'est que vous craignez la comparaison. Cette crainte est puérile. Osez, donnez au public ce qu'il connoît, ce qu'il aime; et pour l'amour du Dieu chrétien, laissez les Turcs tranquilles.
Soyez peintre, mais soyez homme. N'oubliez pas que la peinture est un langage, et que plus ce langage est noble, plus votre œuvre s'élève.
Parlerai-je des règles de la composition, de la nécessité de concentrer l'intérêt sur le sujet principal, d'établir une pyramide formée des différents objets qui composent le groupe du milieu, des ombres fortes qui doivent encadrer les lumières du centre ; non, c'est inutile, si ces règles étoient mal suivies elles donneroient des résultats détestables, si au contraire elles étoient comprises, leur application formeroit des tableaux systématiques et, isar conséquent, désagréables à regarder.
Il faut donc chercher autre chose que ces règles matérielles de la composition qui seront toujours devinées par ceux qui sont doués comme peintres (et remarquez que je n'admets que ces derniers dans mon enseignement); il est donc inutile d'en parler.
Mais nous pouvons trouver de fortes bases, des principes fondamentaux qui serviront d'appui sans nuire à la liberté de l'esprit et qui, éclairant comme de véritables phares, donneront par leurs lumières plus de sûreté aux opérations de rintelligence.
Dans Fart, les uns sont fidèles aux choses extérieures, palpables; les autres apportent la même sincérité aux créations du rêve.
De la première opération résulte ce qu'on appelle la peinture de genre, de la seconde ce que Ton désigne des mots de grande peinture.
Ces deux jalons plantés vont donner plus de sûreté à mes explications.
Vous savez, chers amis, que nous ne sommes jamais satisfaits de notre travail. Voyant la nature, cherchant à la rendre, et toujours battus par elle ; nous pouvons nous vanter d'avoir avec Tamour de notre art une passion malheureuse.
Cette désespérance est le signe distinctif des véritables artistes.
Ici, j*ai souvenance de la rencontre d'un conconfrère, il paroissoit s'appitoyer sur mes airs malheureux et m'en demanda la cause : je lui dis que j'étois comme dans un enfer, et que je ne pouvois jamais arriver à me satisfaire.
— N'est-ce que cela? me dit-il, j'ai été comme vous, mais maintenant ça va tout soûl.
Ce ça va tout seul, m'intriii'uoit, je voukis
en avoir le cœur net, j'allai le voir, et je vis enfin le résultat de ce fameux « ça va tout seul ; » je fus consolé, et je repris avec plaisir mon collier de misère. J^'espère que j'aurai le bon esprit d'arrêter mes pinceaux le jour où je les verrai courir avec trop de facilité.
Non, non^ non, ça ne va jamais tout seul ! on ne lutte pas impunément avec les formes, la couleur et la lumière du bon Dieu, et nous tous qui aimons notre art nous pouvons dire que nos défaites incessantes nous mènent à une profonde humilité; mais cette humilité nous sauve, car lorsque nous plaçons nos efforts auprès de vaniteux fabricants de troubadours, nous avons des reguins superbes, et nous jouissons à notre tour des nullités de ceux qui vont tout seuls.
De tout ceci, déduisons une chose : c'est que ce qui constitue la bonne peinture est tout simplement le bon vouloir vis-à-vis de la nature.
La naïveté dans la représentation de Têtre extérieur conduira tout naturellement Tartiste à reproduire les vrais sentiments, comme les
règles poncives mèneront fatalement à la création d'atfreux mannequins académiques.
Le grand art doit être aussi sincère AUX créations de l^'esprit que la peinture DE GENRE DOIT l'ÊTRE A LA REALITE.
La peinture historique ne fait pas toujours partie de la grande peinture. — Et voici pourquoi :
Le grand cadre demande les grands sentiments desquels découlent une façon large, élevée et des colorations héroïques. Si la grande toile ne possède pas toutes ces quahtés, elle ne mérite pas le titre d'historique, et retombe dans la peinture de genre.
Je regarde certains tableaux modernes, et je vois de gentils soldats qui poussent de gentils canons. Où vont-ils? d^où viennent-ils? de Texercice-sans doute ; mais ce que je sais bien, c'est que ce gentil officier aurait pu éviter de crotter son gentil uniforme en sautant ce gentil ruisseau.
Dans d'autres, des Français tuent des Autri-
chiens qui, il faut Tavouer, melteiit à se laisser faire une grande politesse ; on ne pourra certes pas les accuser, ces braves ennemis, de manquer de savoir mourir.
Opposons à ces toiles le véritable art histori(iue.
Paillons de la peste de jaffa, de Gros.
A la vue du ciel on devine le fléau, les nuages sont empestés; on tire le canon d^'alarme; sur la forteresse flotte le drapeau national ; au travers des arceaux de la mosquée on aperçoit la mer, cette terrible séparation avec la patrie! Ils sont là, tous couchés, les uns se roulant dans d'atroces douleurs, d'autres regardant cette mer implacable et pensant en mourant à ceux qu'ils aimoient. Quel enfer terrestre ! on pourroit écrire sur ces murailles :
<f Ici meurt ioufe espérance! »
Mais voyez ! quelques-uns se relèvent, écoutons :
C'est hii, son nom court de bouche en bou-
che, il se dirige de ce côté. Malheur ! mes yeux sont obscurcis... mais j'entends sa voix, comment est-il?
— Il est recouvert de son costume de général en chef, son corps est enveloppé des couleurs nationales.
— Toi qui es moins malade que moi, soulève un peu ma tête , je voudrois le regarder encore avant de mourir; oui, je le vois ! il vient à nous; jeune, glorieux, il partage nos dangers, il touche nos mains; celui qui fait fuir tout ennemi fera fuir cette maudite peste ; pourquoi craindre, pourquoi regretter? Voici les couleurs et le cœur de notre patrie
Cette page représente une action, un fait, et le peintre en nous faisant sentir la sollicitude du chef pour ses soldats, en rappelant la patrie absente, en retraçant avec force Tamour de ces éprouvés pour leur guide, nous entraîne dans un monde moral, et mérite le beau titre de peintre d'histoire pris dans sa belle acception.
On peut, comme nous venons de le voir, employer les liantes qualités artistiques à la
reproduction des sujets historiques. Cependant les organisations qui possèdent ces facultés créatrices aiment mieux s'affranchir des limites tracées, et préfèrent se livrer à la grande peinture pure et simple qui se dégage du fait
qui asservit, pour planer sur tout.
Legrandartpartdel'âme: c'est ce principe
qui vivifie son exécution et lui donne souvent des aspects immatériels.
Vous devez sentir les gradations qne je vous explique, en voyant que la peinture de genre commençant par la reproduction exacte de la matière, peut cependant, en grandissant son domaine, s'élever jusqu'aux plus nobles sentiments; et le grand art qui à son tour part da sentiment pour transfigurer la matière.
Je ne crois pas me tromper, en disant que nous sommes à la veille de voir naître le grand art français; j'en vois les garanties dans le retour de nos jeunes peintres à la vraie nature, . qui sont, si je puis mexprimer ainsi, à la première étape de ce chemin qui mène aux plus grandes beautés.
Je suis loin d''étre de l'avis de ceux qui disent que Fart tombe, ceux-là sont du vieux monde, qui préfèrent les roueries d'acteurs corrompus aux bonnes saveurs enfantines de notre art moderne.
Du jour où les bonnes fois de Toeil se tourneront vers rame, vous verrez naître des œuvres adorables.
Gardez-vous de tomber dans les rébus. Les Allemands qui sont cependant intelligents et poètes, oublient trop souvent que Tart de peindre doit avoir des moyens de manifestation différents de ceux de la poésie. Ils représentent volontiers dans une même composition les sentiments les plus contraires, et donnent pour spectacle des scènes impossibles, et qui, sortant des conditions du naturel, cessent de toucher le spectateur.
Ayez des idées, je vous applaudirai, mais n'oubliez pas de les grouper de façon à les rendre par un^ action vraie.
Quelquefois cependant, ces mêmes Allemands ont des réussites très-curieuses. J'en prendrai
pour exemple une composition de Rethel, trèsconnue chez nous.
« La Mort veut pousser le peuple à la révolte, eile le trompe en cherchant à lui faire croire qu'une couronne ne pèse pas plus qu'une pipe dans la balance de la Raison. »
Pour rendre sa pensée, il donne à sa Mort le costume d'un charlatan, et place devant elle la table et les gobelets. Cette terrible escamoteuse soulève une balance dans laquelle on voit les deux symboles. Ses paroles astucieuses attirent les regards sur ces deux 'objets, et de la main elle fixe raiguiUe dti fléau, ce qui met la pipe au niveau de la couronne; et tous les spectateurs de rire et d'applaudir à cette preuve mensongère.
C'est un trait de génie qui dit beaucoup et se trouve exprimé par une image pittoresque et sympathique, parce qu'elle est naturelle.
Maintenant je veux vous (entraîner dans le labyrinthe de ma pensée. Je doute de me faire comprendre, et je m'élance avec vous dans un
cliemin impraticable. — Cette action bulorde, il faut ravoir souvent dans la production; sans elle, on n'arriveroit jamais. La réflexion qui a de beaux résultats, peut dans son excès nous paralyser: il faut donc à certains moments monter à Tassaut de la pensée et avoir le courage d'accepter Timpossible au départ.
Les timides veulent des chemins tracés, des échelons bien scellés pour monter, des règles enfin pour les garantir. Vous n'^ètes pas, j^'aime à le croire, de ceux qui veulent tout connoître avant de s^engager dans une action; que ceux qui suivent la prudence me quittent, je ne suis pas leur homme. Il me faut Tinconnu, c'est pourquoi j'adore mon art, qui échappe à toute prévision. On peut, je le sais, enseigner une certaine peinture, celle-là a des recettes dont on ne doit pas sortir, elles forment des ouvriers peintres; ce qui fait que Pierre peint comme Paul, et Jacques comme Antoine; ce qui fait encore que ces médiocrités sans amc s'unissent, forment, et formeront toujours des académies, tant que le monde sera monde.
Je veux parler de Tart véritable, de cet écho de rame qui ne satisfait jamais, de cette soif de l'infini qui ne doit s'éteindre que dans le sein de Dieu.
Laissons les fabricants de pains d'épices bibliques se complaire dans leur nullité. Laissons les fabricants de poupées maquillées jouir de leur succès mondain.
Geignez vos reins, armez-vous pour le combat, acceptez les tortures de Tâme emprisonnée, fortifiez vous contre les huées des brutes, laissez-vous déchirer par elles, et rendez incessamment le bien pour le mal
Revenons au secret de la conception.
Je veux faire deux tableaux : Tun représentera VBnrôlement des Volontaires en 1792, Tautre le Baptême du Prince Impérial.
Gomment m'y prendrai-je?
Pour le premier, je me demande qu'étoient, que vouloient ces hommes de la révolution française? Ils vouloient anéantir les privilèges, remplacer Fabus par le droit; ils vouloient
encore donner au monde entier cette liberté devenue leur religion.
Nous ne devons pas, nous, peintres, entrer dans des considérations politiques et discuter les sentiments que nous voulons représenter ; lorsque nous les avons choisis, tous nos efforts doivent tendre à les exalter dans leurs beautés.
Dans mon tableau, ils portent la liberté au monde, la vérité me sert dans Theroigne de Méricourt, placée sur l'avant-train d'un canon, vêtue comme leur idole et traînée par tout un peuple. Où vont-ils? là-bas, là-bas, à la frontière! ils sont tous unis dans un même esprit; il5 veuleut Tégalité, leurs mains s'enlacent, leurs cœurs se joignent : Prêtres, laboureurs, ouvriers vont au même but, ils partent pour défendre la patrie en danger!... La patrie, qu'estce que la patrie? C'est la femme, l'enfant, l'ancêtre, tous foibles et aimés. Les enrôlés jurent de les défendre, les femmes prennent leurs enfants et les élèvent dans l'air; du sein de la foule surgit la génération à venir
— Vive la France! nous allons mourir pour vous.
Mais la patrie est menacée, elle pousse ses enfants au combat, et les couvre de ses ailes. — Réussiront-ils? quelle tempête! toutes ces têtes ondulent comme une mer en fureur, leurs bannières ajoutent à Tillusion, le ciel est orageux, réclair fend la nue
Parlons dit baptême du prince impérial.
. Cette cérémonie qui reçoit Tenfant dans le sein de TÉglise, si elle est représentée d'une façon réelle, n'aura que les côtés touchants de la grande unité chrétienne; mais vous remarquerez que dans cette circonstance, c'est un prince qui doit continuer une dynastie, c'est une espérance nationale.
Nous allons, conrne dans le premier tableau, nous poser certaines questions :
— Quelles sont les idées qui agitent la France, en face de cette cérémonie ?
La nation voit un héritier direct pour iitv^
dynastie qu^elle a acclamée, elle voit dans cet enfant des garanties d'ordre, fortifiées par de grands souvenirs, c'est enfin ce qui est, consolidé dans Tavenir.
La poésie peut, à son tour, y ajouter de nobles craintes.
— Remarquez que je n'impose à personne ma manière de concevoir et j'accepte à l'avance toute contradiction.
Cet enfant sera reçu dans le sein de l'Église, cette grande force morale qui domine tout.
L'armée, à son tour, dans ce qu'elle a de simple et de dévoué, lui servira de i)rotection; mais la plus imposante des forces, celle du souvenir, paroît : Napoléon 1^^ descend sur terre pour bénir sa descendance et touche ses aigles de sa redoutable épée.
Le prince est présenté au légat, les femmes qui le portent le soulèvent à la hauteur du trône, et forment avec les draperies qui l'enveloppent un berceau, ce qui lui donne l'aspect d'un petit Moïse sur les eaux .... sa mère, sa pauvre mère . . . que l'on me permette
d^oublier un instant Tlmpératrice, prie pour
son enfant Tout s'efface devant
cette maternité
Les petites vanités disparoissent ; eh bien , supprimons -les, pour envelopper cette mère d'une religieuse auréole
L'Empereur, lui, laissera à l'Impératrice le premier rôle et paroîtra d'autant plus grand, qu'il sera plus modeste ....
De cette façon, je retracerai les grandes puissances humaines, et je parviendrai à les faire imer, en peignant poétiquement leur fragilité.