‹ Méthode et entretiens d'atelierChapitre 38 sur 50 · PRUDHON · texte numérisé non relu

PRUDHON

Il échappe comme toutes les âmes tendres au tumulte des villes, il ne se fera pas écho, il cherchera la solitude : que lui faut-il à lui, la vue de la nature et les satisfactions de son cœur.

Lorsque nos cités sont troublées, nous aimons tous la campagne et nous ne pouvons nous empêcher de faire un rapprochement de ce que nous quittons avec la solitude qui nous environne ; ces mousses non souillées, Tair balsamique des forêts, ces arbres vêtus de lierre, la pureté de leur écorce, la vue des terriers qui s'y trouvent en abondance, tout annonce que rhomme n'y séjourne pas.

Vous êtes sur un plateau d'une certaine élévation, il a fallu pour Tatteindre gravir des sentiers difficiles, mais vos peines deviennent des garanties; d'ailleurs vous fuyez la ville, vous êtes blessé, découragé (qui ne Test pas dans ce

monde), et vous dites : là, ils ne viendront pas.

Uheure du repos absolu est venu pour vous, le souvenir de vos luttes, de vos fatigues vous accable. Allons, pauvre homme, couchez-vous sur ces beaux tapis moussus; la tête renversée, regardez ces rameaux de verdure. . . . puis le doux concert des bois vous berce. . . et . . . . vous vous endormez. Votre sommeil a rassuré les habitants de ces belles vallées; lorsque vous vous réveillez, le soleil est à son déclin et n'éclaire plus que le sommet des montagnes; les arbres qui vous environnent sont dans une douce demi-teinte, à leur faîte seulement éclatent encore de beaux rayons lumineux; deux ramiers lissent du bec les plumes de leurs ailes, et font entendre leur ramage. . . Cette image de la sohtude, de la tendresse et de Tamour, c'est la vie de Prudhon, c'est son œuvre ; il n'a guère peint, il n'a guère chanté que l'amour.

Ame éminemment tendre, il lui étoit réservé de peindre la justice poursuivant le crime ; la colombe seule pouvoit trouver ces accents pour peindre le méchant.

Page 1