‹ Méthode et entretiens d'atelierChapitre 40 sur 50 · LA RESTAURATION EST VENUE · texte numérisé non relu

LA RESTAURATION EST VENUE

Cette vieille France, comme une vieille coquette jalouse, te déchiroitle visage à toi jeune et belle patrie nouvelle, mais aussi comme une

belle fille injustement frappée, tu nous paroissois plus belle dans les larmes . . . Gesse de te plaindre, ne doute pas de nos cœurs, regarde ceux qui accompagnent celle qui t^'offense ; tu détournes les yeux, tu ne veux pas regarder, tu fais bien . . . •

Repose tes membres fatigués, dors, nous veillons sur toi •

Eh bien, comptons aujourd'hui, qu'avez-vous fait pour prouver votre supériorité de race, voyons vos œuvres !

La Restauration, le mot le comporte, doit tout relever. Que de belles productions nous allons voir naître, avec ces idées et ces vrais principes de l'ancienne France. Gomme il vous sera facile de tout remplacer et de faire comprendre que ces hommes de la révolution et de TEmpire n'étoient que de misérables plébéiens.

Mais je ne vois rien paroître : je cherche et je trouve quelques tableaux qui ressemblent à des corps sans âme ; les peintres qui les produisent avoient reçu une éducation héroïque

qui trouvoit son application dans Texpression de nobles sentiments. Avec vous qui devez tout restaurer, ils n'ont rien à rendre, et vous les voyez employer un style pompeux pour des sujets historiques grecs ou romains, sans signification ; vos peintres ne sont plus comme ceux que vous voulez faire oublier, les éducateurs de leur siècle.

Cependant, cherchons avec conscience, nous trouvons des praticiens habiles, très-habiles, mais des praticiens ne sont pas des artistes . . .

Voilà donc ce que donne votre Restauration, des travaux (je ne dirai pas des œuvres, rien ne mérite ce nom), des travaux, dis-je, faits sans flamme.

Mais, répondrez-vous, laissez-nous prendre racine, nous acceptons ce que nous trouvons au début, c'est-à-dire des hommes qui ne sont pas les nô+res, que nous employons provisoirement ; mais de nous va naître une jeunesse élevée dans d'excellents principes et qui produira d'admirables œuvres . . .

Ils sont venus; je les vois, ces jeunes hommes

si bien élevés, si nobles; ils chantent vive Henri IV à pleins poumons; mais dites-moi, soyez sincères, ils ne chantent pas, ils braillent, comme des jeunes gens, ils font beaucoup de bruit; ils cassent les vitres, et dans leurs tableaux ils cassent bras et jambes ; on leur pardonneroit encore ces petits défauts si leurs productions signifioient quelque chose, mais elles ne disent rien, elles n'expriment rien ; je ne vois qu^un seul tableau qui n'est pas l'œuvre d'un maître, mais le tableau d'un peintre donnant de belles espérances : un massacre, oui, c'est bien, trèsbien, il y a de grandes qualités de coloration, puis une verve, une chaleur de sang qui n'appartiennent qu'à la jeunesse, et c'est tout.

Mais vous en faites grand bruit ; vous êtes si pauvres, et vous troublez cette espérance. Encore, je ne sais pas trop si ce beau tableau vous appartient et s'il n'est pas le fruit d'une opposition qui vous étoit contraire

Voici venir un principe nouveau, on reconnoit que le passé n'est plus possible, qu'il y au-

roît une moyenne à prendre, on se révolte, et nous voyons paroître

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