‹ Methode generale du catichisme v.2Chapitre 15 sur 65 · II. M. noLiM · texte numérisé non relu

II. M. noLiM

pliiiué, il n'y rst qu'en apparence, par les délauls cl les abus que nous avons remarqués ci-devant.

Or , si le péché d'un pasteur néj^ligeant sa paroisse est si énorme, qui pourra penser jusqu'où va le crime des supérieurs qui doivent y remédier par leurs soins, et qui ne le font pas? C'est une vérité incontestable, que le salut (l'une seule àme est quelque chose de plus considérable aux yeux de Dieu et des anges, que toutes les atlaires temjiorelles des monarchies de toute la terre. Cette vérité ne peut pas être niée : or, il est évident, selon la raison et le sens commun, que nous devons donner nos soins aux choses à proportion qu'elles le méritent ; donc, le salut d'une seule âme demande une application plus sérieuse que toutes les affaires temporelles du monde. Que l'on voie ensuite tous les soins que l'on prend avec tant d'empressement par toute la terre pour les alfaires temporelles.

Allez en esprit de village en village, voyez-y les soins des laboureurs, des vignerons; allez de ville en ville, voyez-y les soins de tous les artisans, de tous les marchands dans leurs boutiques ; voyez ce qui se passe dans les maisons des particuliers ; voyez ce qui se passe dans les cours souveraines, la foule des plaideurs qui y viennent de toutes parts et qui les remplissent, les bancs des procureurs, qui sont comme assiégés de tous côtés; les avocats que l'on consulte, les juges que l'on sollicite ; l'application que les juges, les avocats, les procureurs donnent aux procès. Passez ensuite dans la cour des grands : que de peine pour soutenir l'État, pour lever des armées dans le besoin î que de désolations, que de morts causées par les guerres î Allez de la terre sur la mer, vous y verrez des gens qui y exposent tous les jours leur vie. Après cette revue bien faite avec le secours divin, regardez ce que vous faites relativement au soin (|ue vous devez

prendre des âmes et de ceux qui en sont les pasteurs. (Mii, il est très-vrai que le salut d'une seule âme est d'un plus grand prix que le5 biens temporels du monde entier; mais si, étant supérieur de cinq cents paroisses, de mille et de plus, vous êtes chargé du salut de vingt mille âmes, de cinquante mille, de deux cent mille, je vous demande ce que vous devez faire et Tapplication que vous y devez donner? Je vous demande quel péché, quel crime ferait un homme qui renverserait une monarchie par le défaut de ses soins? Mais que serait-ce, s'il arrivait un désordre général dans toute la terre? Cependant, vous ne prenez pas garde qu'après tout, ces maux ne seraient que temporels et passeraient bientôt, tandis que la perte d'une âme est pour nue éternité. Mais s'il s'en perdait cent, deux mille, dix mille? Une âme, dix, vingt, se perdent dans une paroisse par la négligence d'un curé. Ce malheur inlini arrive dans un grand nombre de paroisses, je le suppose de h\ sorte, les curés ne s'acquittant pas de leurs devoirs par le défaut des soins des supérieurs. Ah! de combien de i)échés énormes ces supérieurs se rendent-ils coupables ? combien commettent-ils de péchés quelquefois dans un quart d'heure par la perte des âmes que cause leur négligence en tant de lieux de leur juridiction ! et ils diront : On n'a que faire.

Ici la frayeur me saisit en écrivant ces vérités, quand je pense que j'ai cent soixante paroisses qui dépendent de ma visite; car enfin je vois bien, s'il y a une seule âme dans ce grand nombre de paroisses qui ne soit pas secourue de la science nécessaire au salut, et que cela arrive ou parce que je ne me suis pas appliqué dans le cours de mes visites à y remédier autant que je le dois, en veillant que les ordonnances du catéchisme soient bien observées, je dis bien en la manière qu'il a été expliqué, et non pas en faisant ma charge, connue quelques-uns disent, telle-

iiit'iit quelleiiient * ; ou bien en ne faisant pas un rapport exact à mon évéque, je suis pire que les homicides qui tuent les corps, puisque je suis cause par le défaut de mes soins qu'une àme perd la \ie de la grâce pour une éternité. Mais si je cause la perte d'un grand nombre d'âmes, je prie les personnes qui liront ce petit traité d'user de charité envers moi en suppliant notre Seigneur, par le cœur charitable de sa Mère, de me faire miséricorde.

Ah! quelle charge que celle qui regarde les âmes qu'un Homme-Dieu a bien voulu racheter par le prix de sa vie et reiïusion de tout son sang! Cette vue me fait faire des rétiexions sur la sainte conduite de l'Esprit de Dieu dans les conciles qui ne veulent pas que les archidiacres, quoi- (ju'ils soient ordinairement chargés des visites, ne les faisant pas par délégation, puissent y commettre quelqu'un. C'est que les Pères en ont vu l'importance, et quelquefois il s'y commet des abus intolérables. Je veux qu'un archidiacre, par maladie ou quelque grande affaire qui regarde l(> bien de l'Église, et jugée telle par son évèque, en soit «lispensé pour une année ou pour deux de ses visites; car, sans ces causes, il est obligé de les faire en personne : et nous avons des conciles en France qui l'ordonnent ibrluellement, connue on peut le voir dans l'un des conciles (le Tours : comment pourra-t-il avoir sa conscience en repos, s'il ne prend soin auprès de son prélat que l'on • ommette en sa place une personne éclairée et pleine de zèle? Quelle illusion plus damnable que d'employer à l'aire les visites des délégués qui en ignorent les devoirs ou qui n'en ont pas le zèle? Ce seront quelquefois des uens qui eux-rnémes ont des paroisses à gouverner et qui vivent dans la négligence du soin pastoral. Comment donc y apporteront-ils remède? Cependant vous verrez

^ Ni bien ni mal; plutôt mal que bien.

81 3IKTHUl)i: (JÉ.NÉI'.AI.K !»E CATÉCHISME.

(les arclddiacres (runc \ic édifiante qui ne ibiil point de visites, et dont les commis sans expérience laissent exister mille désordres sans remède, demeurer dans une fausse paix sous prétexte que leurs visites se font. En vérité, cet abus damnable est l'un des plus grands qui se commettent et aux([uels les prélats doivent bien veiller.

Enfin, pour conclure ce chapitre, les péchés des visiteurs négligents et autres supérieurs, ou des pasteurs visités, produisent, comme il a déjà été dit, des ténèbres si épaisses et un endurcissement si extrême, que, voulant quitter leurs bénéfices, et ils y sont tout-à-fait obligés, iU demandent de grandes récompenses. 0 aveuglement digne de larmes de sang! un curé a joui je ne sais combien d'années d'une cure sans s'éti'c acquitté de son devoir! que lui rcstc-t-il à taire ? une rude pénitence le reste de ses jours ; à réparer les dommages que les âmes de la paroisse ont soufferts ; et cependant il ne pense qu'à demander des récompenses. Un archidiacre aui*a laisse durant je ne sais combien d'années cent, deux cents paroisses sans les visiter; ou bien il les aura mal visitées en y allant en propre personne; ou bien les commis qui y auront été envoyés en sa place ne se seront pas acquittés avec zèle du devoir des visites ; et au lieu de choisir entre les dignes le plus digne, pour lui mettre son bénéfice entre les mains, et tâcher de réparei' par ce moyen les dégâts qui sont arrivés dans les lieux de sa juridiction, il ne pense qu'à trouver de lions bénéfices, de bons revenus, qui aient bien du temporel ; et souvent, comme il arrive que ces bénéficiers ne sont pas des plus éclairés ni des plus zélés, c'est un abime qui suit un autre abîme, une continuation de désordres lamentables. Cependant ces gens fréquentent les sacrements, s'approchent du saint autel, et voient si peu leurs crimes, que dans leur aveuglement criminel, ils n'y font pas môme de réllexion, et.

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