‹ Methode generale du catichisme v.2Chapitre 16 sur 65 · II. M. r.ML · texte numérisé non relu

II. M. r.ML

(p ([m «'st bien pis, ils sont insensibles aux avis qu'on leur donne; le mal même \a quelquefois jusque dans ces extrémités qu'ils garderont un bénéfice sans s'acquitter des obligations, dans la recberche de quelque autre pour le levenu temporel, de telle manière qu'il semble être au plus offrant. Si une seule visite mal faite a des suites si contraires à l'intérêt de Dieu et au salut des âmes, hélas î ((ue doit-on dire de tant de visites d'un si grand nombie de paroisses et durant tant d":innées? U horreur des horreurs î

In mot aux patrons des iK'uetices.

Je nai plus quun mot, messieurs, à vuus dire; mais je prie le Saint-Esprit, mon Dieu, par le cœur virginal de son épouse innnaculée la très-sainte Vierge, qu'il vous le fasse entendre. Considérez avec toute l'attention que mérite un tel sujet, qu'en vuus présentant aux bénélîces ([ui ont charge d'àmes, vous devez donner à Jésus-Christ des coadjutenrs dans la grande et importante affaire du salut des ànies. Considérez qu'il ne s'agit pas ici de choisir nn receveur, un intendant de vingt ou trente mille livres de rente, du revenu de tous vos biens; mais qu'il est question de l'aire choix d'une personne qui fasse valoir, qui ménage, avec le secours de la grâce, le prix du sang d'un Dieu. Le pouvoir que vous avez en cette occasion n'est pas de donner un gouverneur à une province, à un souverain, à un royaume, mais uu gouverneur à des âmes qui ont coûté la vie d'un Dieu, ^'ous n'avez pas à ménager dans cette rencontre une affaire temporelle, une affaire de cinquante années, de mille, et même d'autant de siècles qu'il y en aura jusqu'à la lin du monde, mais c'est

une aU'aire sans bornes et sans limites. Ah Dieu ! que ne connaissez-vous le prix des âmes de toutes les personnes qui résident dans les paroisses dont vous êtes les patrons î Au moins, que n'entendez-vous leur clameur secrète par laquelle elles vous demandent que vous ayez pitié d'elles! Mais la voix du sang d'un Dieu ne vient-elle point à vos oreilles? n'a-t-elle pas assez de force pour se faire entendre d'une créature telle que vous, cette voix à laquelle les orages et les tempêtes obéissent, que respecte la mort, tout inexorable qu'elle est, qui se fait entendre au néant, qui est écoutée du Père éternel par le respect qui lui est dû. Si le tumulte de vos passions, si le bruit des créatures qui vous amuseni , qui vous occupent; si l'attache aux choses du siècle vous empêchent de l'entendre, comme il est vrai, tirez-vous un peu à l'écart de ces créatures et du siècle; imposez silence à vos passions, aux vues humaines, à la considération de la moitié du monde; représentez-vous ce que vous feriez ou bien ce que vous voudriez avoir fait quand vous paraîtrez au redoutable tribunal de Dieu pour lui rendre compte de la présentation aux bénéfices dont vous êtes patrons. Implorez le secours de noti'e Seigneur, de sa très-sainte Mère, des saints protecteurs et des anges de ces l)éné{ices ; mettez d'un côté la valeur des âmes, la durée de l'éternité, hélas! votre propre salut, la recommandation d'un Dieu, et de l'autre, vos intérêts temporels, le respect humain , la vue de la recommandation des créatures : voyez à qui vous donnerez la préférence.

Cependant, je veux vous demander l\ vous-mêmes, estil juste que la vue de votie propre intérêt temporel, d'une créature telle qu'elle puisse être, dont il ne vous resteni rien bientôt , et plus tôt que vous ne pensez, l'emporte par-dessus la considération du Créateur? Mais c'est un homme qui demande le bénétice pour lui ou pour un

ji. M. r.ntiM». 87

autro à qui vous avez de Tobligation, dont vous avez besoin dans vos affaires, dont le refus est à craindre pour les suites : je le veux; mais, en vérité, lui étes-vous plus redevable qu'à Dieu? devez-vous l'aimer davantage? devez-vous plus le craindre? en avez-vous plus besoin? Oui, le faut-il dire, quelquefois la considération d'un domestique qui vous aura servi l'emportera, et on préférera un motif de récompense dont on veut le gratifier à la récompense éternelle que Dieu nous a promise. Je veux encore vous demander si les conciles n'ont pas la dernière justice quand ils obligent entre les dignes personnes sûr qui l'on jette les yeux pour un bénéfice de faire choix de celle qui est la plus digne ; car, je vous prie de me répondre et de me dire si la considération de la valeur d'un Dieu ne doit pas avoir autant de force sur vous que la vue de l'intérêt (le Tune de vos fermes ou métairies? Or donc, que feriezvous s'il se présentait un fermier qui vous fit valoir votre terre trois mille livres do rente, et qui serait assez raisonnable, car je le suppose de la sorte, et que, d'autre part, il s"(m otfrit un autre qui, par son industrie, et sans se faire tort ni à personne, vous la fît valoir six mille livres tous les ans, auriez-vous de la peine à délibérer sur le choix? Et si cependant l'une de ces personnes que vous considérez par le bénétîce interposait sa recommandation pour le fermier qui ne vous donnerait que trois mille livres de revenu pour votre terre, en vérité ne prendriez-vous pas la liberté de lui faire vos excuses? Oui, sans difficulté vous b> feriez, et sans difficulté il les recevrait. Et vous n'avez pas le courage de tenir bon pour un Dieu? 0 terre luallieureuse dans laquelle nous vivons! Eh! quel moyen d'y pouvoir vivre quand on a peu de lumière de Dieu ? Sonimes-nous dans un pays de foi, ou nous en reste-t-il encore quelque chose? Ah ! quelle différence! nous ne parlons pas ici des indignes , mais d'une personne digne

N8 MKTllODE GÉ.NÉKALE DE CATÉeilIlSME.

(ravcc une autre qui a plus d'amour et plus de zèle : je demeure d'accord que la digne s'acquitteia de sa charge, mais une plus di^ne y aurait attiré mille bénédictions dont les âmes seront privées, et ensuite Dieu de la grande gloire qu'il en aurait reçue. Un saint homme, dans un bénéfice, ordinairement ne sert pas seulement à la divine Providence de moyen pour établir le salut des âmes, mais pour les conduire à une haute sainteté. Souvent Dieu s'en sert, non-seulement pour le lieu où il est, mais pour tous les lieux circonvoisins, pour y sanctifier son saint nom. Or, si un degré de gloire de Dieu vaut plus que tout le monde ensemble, que faites-vous quand vous le privez de tant de gloire? Ces vues doivent, avec proportion, avoir lieu à l'égard des bénéfices simples; car quelle différence entre un bénéficier qui a à cœur l'intérêt de Dieu et celui qui ne l'a pas! Nous n'avons tous les jours qu'une expérience trop funeste de ce malheur. Les églises demeurent désolées , les maisons de^ bénéficiers en désordre, les pauvres délaissés, lorsque dans un bénéfice Ion y cherche le propre intérêt. Ah ! que de secours recevraient les peuples ! quel bonheur pour l'église ! quel ordre serait établi partout s'il était possédé par une personne qui n'y cherchât que l'intérêt de Jésus-Christ ! Ainsi, l'on ne laisse pas de priver Dieu d'une très-grande gloire si l'on ne fait choix entre les dignes du plus digne, même pour un bénéfice simple.

Après tout, considérez les péchés où vous vous engagez, à quelle restitution vous êtes obligés. Hélas! comment Ja ferez-vous? Mais nous avons parlé de ces péchés dans notre livre de YA?noiir de Jésus-Christ, au chapitre de la Confession générale, dans lequel il y a un examen pour les patrons des bénéhces, pour tous les bénéliciers, pour les supérieurs des bénéficiers, pour les archidiacres, oificiaux, promoteurs, supérieurs et supérieures de commu-

Page 1