SAINT IGNACE DE LOYOLA
IMKOULCTION.
La société de Jésus, ayant été établie pour procui'cr i;i plus grande gloire de Dieu, ad majorem Dei gloriam, sou fondateur voulut qu'elle se dévouât à la sanctification des âmes. Il voulut donc que les jésuites annonçassent la parole de Dieu avec un grand zèle, et qu'ils regardassent la prédication et le catéchisme comme deux moyens qu'ils doivent incessamment employer pour foire régner Jésus- Christ dans les cœurs \ Voici comme l'éloquent auteur de l'apologie de l'institut des jésuites expose sur cet objet les vues de saint Ignace -.
« La prédication, dit le saint fondateur de la société de Jésus, est un moyen encore plus utile que la confession ■'*; celle-ci guérit le mal, celle-là le prévient; on s'exercera donc dès les premières études à composer des
1 Propoiiatiir vorbiim Dci populo assidue iu ccclcsia, in coiicionil)us, in lectionibus, et in christiaua doctrina, per cos quos supcrior probaverit, et ad talc munus destitiaverit, et quidem iis teuiporibus et uiodo qui eideui ad majoreju Dei gloriani, et animaïuuï œdideatioiieni cxpe.dire videbitur. (Constit., part. Vil, c. i.)
* Chap. XVI f/e la Prédicatio/i.
■^ Aliquie oecupatioues [sa/if] uuiversalioris boni et qury ?e ad plul'ium auxiliuni cxtendunt, ut concionari... aliœ niagis particulares, ut conlessiones audirc... si utrisquc vacari non potest, priorcs pr<Tferantur. (Const., part. VIT, c. 2.)
KM! MKTIloriK (iK.NKilAI.K lUO r.ATKClll.S.MI.:.
>>^('nnoiis (l'une maiiirre propre ù édifier le peuple ' ; ou lie choisira pour prédicateurs que ceux qui ont un talent véritable et le zèle nécessaire : on prescrira des règles à ce zèle, on cultivera l'étendue de ce talent -.
« C'était assez l'usage de ce temps de porter dans la chaire de la vérité le goût de la dispute; l'institut veut (ju'on remplace les subtilités contentieuses de la scolasti- <[ue par le pathéti(j;ue de l'éloquence '■'. Le langage des )>rédicateurs d'alors était quelquelbis plutôt celui de l'érudition profane que celui de la simplicité évangélique : l'institut demande aux prédicateurs une étude journalièiv et un usage continuel de l'Kcriture sainte et des Pères '. Quelquefois on se bornait à l'étalage des préceptes : selon Tinstitut on doit y joindre l'exposition des moyens •'. Pour réussir dans un. art, il faut d'abord consulter les modèles, l'institut veut qu'on entende les bous prcdicateurs pour se former sur leurs exemples; il fout ensuite étudier les préceptes : l'institut veut qu'on approfondisse ce qu'il y a de meilleurs écrits relatifs à la prédication; il faut de plus essayer son talent : l'institut veut des essais tantôt secrets, ce sont les plus faciles ; tantôt pul)lics, ce sont les plus décisifs; il faut enhn écouter les critin» tiques : l'institut veut qu'on ait un bon censeur pour s'éclairer de ses lumières ^ Le talent de penser est la première partie du talent de prêcher : l'institut exige, dans les sermons, la doctrine la plus exacte et la plus solide; le talent d'écrire est la seconde : l'institut exige une connaissance parfaite de la langue nationale; le ta-
1 lu concionibiis co modo propoticndis qui u'ililicationi nopuîi coiivciiiat... se etiani e\erceaiit {Scho/astici). (Corist., part. IV, c 8.) ^ lustrucUo pro concioiintoribiip, n. 1 et 10. 3 Uegulœ coucionatomm. n, J'J.
'* Jbid., n. 4; liistructio pro roiicionatoiibus, ii. ~i. <' RcyuUe coiicioiialoiimi, n. 4.
6 Ibid., 11. 5.
SALM u..\a(;e. loi
IcLil (le déclamer est la troisième : riiistilut exiye une attention particulière à perfectionner sa voix et à régler son geste ^ Il arrive quelquefois qu'en suivant les autres on s'écarte pour ainsi dire de soi-même, et qu'on devient, de sage imitateur, copiste ridicule : en recommandant de consulter les modèles , Finslitut recommande de consulter plus encore son génie. Le désir de se rendre célèbre n'est que trop souvent un des motifs qu'on se piopose dans la prédication; le seul motif, selon l'institut, doit être le désir de se rendre utile. 11 est à craindre que les vues de l'intérêt ne déparent les opérations du zèl(^ : l'institut exige avec le zèle le plus ardent le désinléressement le plus pur. Le succès amène pour l'ordinaire l'orgueil : l'institut demande au milieu des plus grands succès la plus grande modestie. Il est naturel que la concurrence inspire la jalousie : selon l'institut elle ne doit inspirer que la générosité et que la déférence. L'habitude d'un ministère brillant fait souvent qu'on dédaigne toute, fonction qui ne l'est pas : l'institut veut qu'on soit prêt à passer de la prédication la plus distinguée au catéchisme le plus vulgaire -. Parmi les prédicateurs il en est qui se contentent de prêcher les vertus : l'institut veut qu'on les pratique encore mieux qu'on ne les prêche; quelques-uns sont des dissertateurs qui préfèrent toujours la méthode la plus savante et les sujets les moins communs : l'institut veut qu'on préfère toujours la méthode la plus intelligible et les sujets les plus intéressants ; quelques autres sont
' Docti'iiia oxacla et solida. tt niOvlus eaui propotiL'iidi populo in con- • iniiibus tiili^cntf^r curaiula suiit ^Cunslit., part. X)... hitudcant ;ul id inuiius obcimdum rmi;uain populo veniaculam bouc addisoorc. (Coiisl.. part. IV, c. 8.)
- Kegiilte coiicionatoriMi), ii. 2, 7, 8 et 18. lustmciio pro coiirionatoi'ibus, n. G. Supciior otïercnti declaret nihil prœtoi- id quod coiciouatoris suslentalioui'in et >iatioiMii fuerit expensiun accipi a uobis posse. (Dccr. oong. XII.)