‹ Methode generale du catichisme v.2Chapitre 22 sur 65 · II · texte numérisé non relu

II

102 MÉTIlOltE tiÉAÉKALE DE CATÉCHISME.

(les sophistes leconds en paradoxes, ou des philosophes passionnés pour Igs nouveautés : Finstitut bannit de la chaire de la vérité toute opinion hasardée, tout système arbitraire ^ ; ceux-ci sont des écrivains élégants qui songent plutôt à parer l'autel qu'à le soutenir : l'institut exclut les vains ornements du bel esprit et les puériles afféteries de la rhétorique ; ceux-là sont des déclamateurs qui exagèrent tout, le bien et le mal : l'institut veut qu'on n'exagère ni l'uij ni l'autre ^ ; on en a vu transformer l'éloquence en une pythonisse, et passer des mouvements du zèle aux convulsions de la fureur : l'institut demande qu'on tempère la véhémence par la gravité , et qu'on proportionne l'action au sujet; on en a vu mêler au tun sublime de l'Évangile le ton rampant de la flatterie ou le ton forcené de la satire : l'institut proscrit jusqu'à l'apparence de la première, et jusqu'au soupçon de la seconde ; on en a vu dégrader la majesté de la religion par l'indécence de la plaisanterie ou par le ridicule du pantomime, et donner ainsi une scène en donnant un sermon : l'institut veut qu'on instruise, et non qu'on amuse; qu'on touche par des raisons, et non qu'on séduise par des stra-' tagèmes; qu'on soit un apôtre, et non un comédien; qu'on prêche le christianisme dans un temple, et non qu'on le joue sur un théâtre ^; on en a vu même quelquefois qui, au lieu de faire parler dans la chaire le Dieu de la paix, le Dieu de la subordination, y ont fait tonner le démon de la discorde, le démon de la révolte : l'institut, non content de défendre aux prédicateurs, dans les termes les plus précis, toute invective contre l'autorité soit séculière, soit ecclésiastique, leur enjoint exprc; sèment de prêcher la soumission qui est due aux souvc-

1 JloguUe concioiialonim. n. :!. 0, 11 ci li.

2 Ibid., II. 20 et 21.

' Ihid., n. 13,10,21 et 22.

SALM I<;>ACK. 103

laiiis, roniiiie à ceux qui sur la terre représentent la divinité *. »

Ce ne fut point tout de suite après sa conversion que saint Ignace connut les grands desseins que le ciel avait sur lui. Se retirer dans la solitude de Manrèze, y mener une vie humble, pénitente, mortifiée, s'occuper nniquement de son salut, ce furent là ses premiers pas dans la sainte carrière; et il ne portait pas ses vues au delà de sa propre perfection, lorsque des considérations plus profondes lui firent naître d'autres pensées et lui inspirèrent d'autres projets.

Il considéra que les âmes ayant coûté si cher au Seigneur, on ne pouvait rien faire qui lui fut plus agréable, que d'en empêcher la perte. Il comprit que c'était dans le salut des âmes rachetées parle sang d'un Dieu, que la gloire de la Majesté divine éclatait davantage; et ce lurent ces connaissances qui allumèrent son zèle. « Ce n'est pas « assez, disait-il, que je serve le Seigneur; il faut qu'au- « tant qu'il sera en moi, tous les cœurs l'aiment et toutes « les langues le bénissent. »

Dès qu'il eut tourné ses vues vers le prochain, quel- « que chère que lui fut sa solitude, il en sortit ; et, de peur d'éloigner de lui ceux qu'il voulait attirer à Dieu, il corrigea ce que son extérieur avait de rebutant. De plus, ayant reconnu que celui qui travaille au salut des âmes a besoin de conserver sa santé et ses forces, il modéra ses austérités.

Il alla dans la Palestine, uii sun dessein était de travailler à la conversion des peuples de TOrient; mais la Providence ne permit pas ({u'il pût se fixer dans ce pays. Il revint donc en Europe.

Il voulut alors faire les études nécessaires pour entier

• llcytiUe ooiiciouatoruin, n. 10 ol ]ù.

loi MKTH<>i>i: (iÉ.\ÉuAr.t: m catkciiismi:.

«liiiis l"ctat ecclésiastique; il avait trente-trois ans, et n'avait aucune inclination naturelle pour l'étude, car il s'était adonné aux exercices militaires dès ses premières années. Néanmoins il se mit à étudier les premiers principes de la langue latine, et il allait tous les jours en classe avec les enfants. L'espérance de pouvoir un jour procurer avec succès la gloire de' Dieu soutenait son courage ; nuiis le démon usa d'un arlitice ingénieux pour ari'éter le progrès de ses études. Ce fut de le poi'ter à des pratiijues de piété et à de tendres sentiments pour Dieu, en sorte que presque tout le temps de l'étude se passait en aspirations dévotes, et le nouvel écolier n'apprenait rien , ou le peu ({u'il apprenait était bientôt elTacé par d'autres idées. Saint Ignace, qui avait une lumièie particulière pour le discernement des esprits, ne tarda pas à découvrir le piège du démon; et pour y porter remède, il alla trouver son maître de latin, lui demanda pardon de sa paresse, lui avoua sa tentation, et le pria de le traiter sévèrement quand il ne ferait pas son devoir, et de ne pas plus l'épargner que les petits écoliers.

Le démon, voyant ses desseins renversés, cessa de comluittre de cette manière les projets du saint, mais dans la suite il eut recours à un autre artitice. Car quand saint Ignace eut achevé ses études de latin, il lui persuada que le moyen d'avancer beaucoup et d'abréger le cours de ses études , c'était d'apprendre plusieurs choses à la fois. On expliquait dans l'université d'Alcala la logique de Soto, la physique d'Albert le Grand et la théologie du Maîtic des Sentences. Il prenait ces trois leçons l'une après Tau- Ire, et étudiait sans relâche jour et nuit; mais tant d<î différentes matières lui mirent bien de la confusion dans l'esprit, et tout ce grand travail aboutit à ne rien savoir. Ce qu'il y a d'étonnant, c'est que saint Ignace, malgré son bon sens naturel, fut longtemps le jouet de cette illusion.

SAI.NJ i<;.NAr,K. lOo

Il vint apirs cela étudier à riiniveisité de Paris, et il le fit avec plus d'ordre et de méthode. C'est là qu'il jeta les premiers fondements de sa société par les vœux qu'il lit à Montmartre avec quelques compagnons qu'il s'était as- •ociés. Il les y prépara par un discours où il leur dit entre entre autres choses que son dessein était d'imiter Notre- Seij^neur Jésus-Christ le plus parfaitement qu'il pourrait, que ce Dieu-lloniuie n'avait eu en vue dans tout le cours de sa vie que la rédemption des hommes, que pour le suivre de près, il fallait donc travailler ;;u salut du prochain ; que la solitude avait à la vérité quelque chose rie plus doux, mais que tout devait céder aux intérêts de la gloire de Dieu; qu'au reste, en perdant un peu de repos, on gagnait une infinité de grâces et de mérites, et «ju 'après tout il n'importait pas qu'on gagnât ou qu'on ]ierdit, pourvu qu'on sauvât des âmes; que les apôtres avaient vécu ainsi à l'exemple de leur Maître, et que ce genre de vie était le plus nol)le et le plus parfait. Il leur tint ce discours avec une si vive ardeur que son visage en était tout enflammé; aussi tous ses compagnons protestèrent de tout leur cœur qu'ils avaient les mêmes intentions que lui.

Quelque temps après saint Ignace alla faire un voyage dans son pays. La première fois qu'il y prêcha, il dit à ses auditeurs ([u'unc des raisons qui l'avaient ohligé d'y revenir après une absence de plusieurs années, c'était poui' mettre sa conscience en repos sur un péché de sa jeunesse. Il raconta donc qu'un jour, étant entré dans un jardin avec d'autres jeunes gens, ils volèrent quantité de fruits et firent beaucoup de dégât ; qu'un pauvre honnne fut accusé de ce larcin, mis en prison et condaumé à réparer le dommage. Ce paysan se trouvait présent au sermon : saint Ignace l'appela ])ar son nom et lui demanda pardon publiquement. Ensuite il ajouta, élevant la voix :

10(J MÉTHODE GÉiNÉUALE DE CATÉCHISME.

(( Ouo toute l'assemblée sache qu'afin que l'iniioccul (jui « a soullei't rinjustice ait de quoi se dédominaj^er, je lui « donne deux domaines qui m'appartiennent. »

Un prédicateur qui agit de la sorte, persuade aisément. Dès qu'il eut prêché contre le luxe et l'immodestie dos femmes, on vit disparaître la richesse des hal)its et les modes indécentes. Ayant entrepris d'expliquer les dix, commandements de Dieu durant les dix jours qui sont entre l'Ascension et la Pentecôte, il s'en acquitta si bien que le second jour il extermina les blasphèmes et les faux serments qui étaient fort en usage dans le pays. Le sixième jour plusieurs filles de mauvaise vie se convertirent. Quelques-unes, par un esprit de pénitence, firent de longs pèlerinages à pied ; et la plus fameuse de toutes s'étant retirée dans un hôpital, consacra le reste de ses jours au service des malades.

Le saint prêchait avec beaucoup d'onction : son usage était d'exposer simplement les vérités de l'Évangile, et il les faisait entrer dans le cœur par le sentiment avec lequel il en parlait, et qui était la vive expression d'un cœur profondément affecté. Aussi les pei'sonnes de piété qui assistaient à ses sermons avaient coutume de dire que les paroles du salut, présentées par l'homme de Dieu d'une manière toute simple, étaient, dans sa bouche, pleines de majesté et de force.

Les délices de notre saint étaient d'appeler auprès de lui une troupe d'enfants et de leur faire le catéchisme. Son frère en eut du chagrin, trouvant qu'il s'avilissait ti'op pour un gentilhomme et qu'il déshonorait la famille; el, pour l'en détourner, il lui disait que personne ne viendrait l'entendre. « Quand il ne viendrait qu'un seul en- (( tant au catéchisme, répondit saint Ignace, ce serait « toujours pour moi un assez grand auditoire. » L'instruction des enfants fut toujours le grand objet de

Page 1