‹ Methode generale du catichisme v.2Chapitre 23 sur 65 · SAINT IGNACE · texte numérisé non relu

SAINT IGNACE

ses soins. Lorsqu'il eut été nommé général de la Société (le Jésus, il s'obligea par vœu, ainsi que ses autres compagnons, à enseigner aux enfants la doctrine chrétienne. Il commença sa charge de général par enseigner le catéchisme dans une église de Rome. Quoiqu'il ne fit ces instructions que pour les enfants, toute sorte de personnes y venaient, même des hommes et des femmes de qualité, des théologiens et des canonistes. Il expliquait en italien les mystères de la foi et les commandements de Dieu d'une manière claire et proportionnée à l'intelligence du peuple; il mêlait dans cette explication des traits de morale vifs et touchants; et quoiqu'il ne sut pas bien parler la langue italienne, il faisait tant d'impression sur les esprits, qu'après l'avoir entendu on se retirait en silence, les larmes aux yeux et la componction dans le cœur; la douleur était quelquefois si sensible que ceux qui voulaient se confesser, à la fin du catéchisme, ne pouvaient presque prononcer une parole. Il continua cet exercice durant quarante-six jours dans la même église; et c'est à son exemple que les supérieurs de la Compagnie font pendant quarante jours le catéchisme quand ils entrent eu charge.

Les bulles qui ont été données par les papes Paul III et Jules Ilï, en faveur de la Compagnie de Jésus, font mention expresse qu'une des principales fonctions de cette Société, c'est d'instruire les peuples, soit en prêchant dans la chaire la parole de Dieu, soit en enseignant les premiers éléments de la religion aux enfants et aux hommes simples et grossiers. «Yerbum Dei publiée prœdicando, '< pueros et personas rudes ea quœ ad christianam ho- « minis institutionem *unt necessaria docendo. » On y loue les sentiments de la Société, principalement sur la fonction de faire le catéchisme, qui parait la moins brillante, mais qui est la plus utile : « Primo aspectu minus

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»( speciosain, eu m tamen revora niilla sit fnietiiosior, vul *( proximis ad ledificationem, vel catecliisti? ad caritatis" « et humilitatis simul officia exercenda. »

Les règles de la Société, composées selon l'esprit de saint Ignace, et augmentées en quelque chose par la septième congrégation générale, sont un monument de sagesse, de prudence et de zèle; nous en avons fait l'extrait suivant qui renferme les règles pour les prédicateurs.

I^KGLES POUR LA l>Ri:i)ICAT10N.

1. QiU' les prédicateurs remplissent avec le plus grand soin tous les devoirs des prêtres.

2. Qu'ils se rappellent que leur vocation est de ramener les âmes à leur créateur : c'est la plus difficile de toutes les œuvres; c'est pourquoi ceux que le ciel a choisis pour, en être les instruments doivent être unis nitimement avec Dieu et agir toujours sous la direction de l'Esprit saint. Qu'ils s'appliquent donc avec un zèle infatigable à tout ce qui peut les établir dans cette sainte union avec IJieu ; et pour cela qu'ils s'attachent aux vertus solides et surtout à l'amour divin, à la pure intention de servir Dieu, à la familiarité avec Dieu dans les exercices spirituels de dévotion, et au zèle sincère du salut des âmes pour la gloire de la divine majesté.

3. Qu'ils s'efforcent, avec la grâce de Dieu, d'être le modèle des autres, afin d'attirer le prochain à toutes les vertus par l'exemple de leur vie,Mîon moins que par It force de leurs paroles.

-4. Que la lecture de la sainte Écriture et des Pères soi! leur principale occupation. Voici encore trois choses qui

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leur seront d'une grande utilité : la première, c'est d'avoir approfondi avec un soin particulier les Evangiles des dimanches et fêtes de Tannée, et d'avoir mis par écrit ce qu'ils y trouveront dont ils puissent faire usage; la seconde, c'est d'avoir fait un abrégé de l'explication des choses nécessaires à la foi et à la vie chrétienne; la troisième, c'est d'avoir rédigé en lieux communs ^ tout ce qui appartient à la louange des vertus et à la détestation des péchés.

o. Trois pratiques leur seront fort avantageuses. La première , de s'être bien remplis des préceptes qu'ont donnés sur la manière de prêcher ceux qui ont bien exercé cette fonction. La seconde, d'avoir assisté aux sermons des bons prédicateurs. La troisième, de s'être exercés à la prédication chez nous ou en d'autres lieux dans lesquels il y ait peu d'auditeurs.

6. Ils doivent désirer d'être avertis si ceux que le supérieur a députés pour cela trouvent quelque chose à reprendre dans leurs sermons, et ils doivent recevoir ces avertissements avec humilité et reconnaissance.

7. Quoiqu'ils doivent donner leurs soins avec plaisir pour les prédications même les plus éclatantes, ils doivent toujours ne pas se montrer moins disposés et moins empressés à enseigner les enfants et à instruire les autres gens grossiers.

8. S'il arrive qu'un autre veuille prêcher dans le même temps, ils lui céderont avec plaisir la place, autant qu'il sera en eux.

^ On appelle, en terme de rliétorique, lieux communs, les sources générales doù un orateur lire des pensées et des preuves. Le conseil •lue l'on donne ici, c'est donc de faire des cahiers où l'on réunisse, par ordre de matières et sous différents titres , les vérités générales qui peuvent servir à la louange des vertus et à la détestation des péchés, afin de pouvoir y recourir facilement lorsqu'on aura à annoncer la parole de Dieu.

9. Qu'ils enseij^neiit des choses proportionnées à la capacité et à l'intelligence des auditeurs, et qu'ils insistent sur les devoirs du chrétien, sur l'extirpation des vices et sur la pratique des vertus, et qu'ils s'ahstiennent des matières suhtiles.

10. Ils doivent recommander le fréquent usage de la confession et de l'eucharistie, le progrès dans les honnes œuvres et la persévérance, tout ce qui concerne le culte divin, l'observation des cérémonies ecclésiastiques, et en général l'obéissance aux supérieurs ecclésiastiques et séculiers qui tiennent sur la terre la place de Dieu.

11. Ils recommanderont aussi d'une manière particulière les œuvres de pénitence et de miséricorde, la prière et les autres exercices de dévotion, la lecture des bons livres et la bonne éducation des enfants.

12. C'est une vérité d'expérience et une maxime de notre saint père Ignace, qu'on ne retire aucune utilité des prédications où l'on s'élève en particulier contre les vices des princes et des magistrats, ou contre ceux des ecclésiastiques. Nous voulons que nos prédicateurs s'abstiennent de ces sortes de réprimandes.

l.'i. Us doivent témoigner un grand respect pour les religieux des autres ordres, et éviter tout ce qui pourrait avoir l'air de les blâmer même tacitement.

14. Les choses nouvelles, et qui ne sont pas appuyées sur des preuves solides, ne doivent jamais trouver entrée dans nos discours, quand même elles passeraient pour indubitables dans l'esprit du peuple; à plus forte raison, il faut bannir de la prédication toutes les choses douteuses et incertaines.

15. Quand ils ont à annoncer quelque chose au peuple ou à recommander certains pauvres ou d'autres œuvres de piété, ils doivent auparavant demander au supérieur de quelle manière il faut le faire.

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16. Qu'ils évitent avec soin de rendre la prédication méprisable et de faire rire les auditeurs par des plaisanteries, ou en racontant des choses inutiles. Qu'ils se gardent bien aussi de présenter aux yeux de leurs auditeurs quelque chose d'extraordinaire et d'inusité pour les exciter à la componction, à moins que le supérieur, après avoir bien pesé les circonstances, ne le juge utile dans un cas particulier pour l'édification commune.

17. Qu'avant la prédication ils préparent avec soin, autant que le temps le leur permettra, ce qu'ils ont à dire, et qu'ils recourent à Dieu par la prière.

18. Que la fierté et l'ostentation soient évitées avec le plus grand soin par nos prédicateurs; que tout dans leur extérieur porte le caractère de l'humilité profonde à la- ([uelle ils doivent s'attacher du fond du cœur. Et s'ils se trouvaient nécessités à dire quelque chose pour se justifier eux-mêmes, ou pour justifier la Société, qu'ils le fassent avec tant de modestie qu'on voie clairement que c'est la cause de Jésus-Christ qu'ils défendent et non la leur.

19. Il ne faut pas, dans la prédication, exposer les vérités de la même manière qu'on le fait dans les classes de théologie. Mais il faut que le prédicateur, en prenant soin d'instruire, dirige ses principaux efforts à persuader et à toucher le cœur. Lorsqu'il faudra traiter quelque question concernant la foi ou les mœurs, on ne proposera pas les objections d'une manière qui puisse scandaliser les simples; on pourra cependant proposer les objections avec force, si on parle devant un auditoire choisi, et que les circonstances le demandent. Hors ce cas, on se bornera à expliquer les choses d'une manière si claire, que les auditeurs y trouvent eux-mêmes de quoi résoudre facilement les objections qui leur sont venues dans l'esprit, ou qu'ils ont entendu faire à d'autres.

JiS MÉTHODE fiÉNÉRALE DE CATÉCHISME.

20. Que le style de nos prédicateurs n'ait rien d'affecté, qu'ils ne cherchent point l'élégance des paroles, et que le désir de se former à la beauté du style ne les rende point familiers avec certains livres qui ressentent quelque chose de séculier, et qui peuvent nuire aux progrès de la vie spirituelle.

21. Qu'ils évitent toute espèce de flatterie, ainsi que toute exagération dans les louanges et dans les reproches.

22. Que leurs gestes n'aient rien d'irrégulier; qu'une gravité religieuse s'y fasse constamment remarquer; que que leur voix soit toujours adaptée aux choses qu'ils traitent, et qu'ainsi ils évitent de l'élever ou de l'abaisser extraordinairement sans un motif suffisant.

- 23. Que les discours ne durent pas plus d'une heure.

24. Lorsqu'ils prêchent dans un endroit où il n'y a point de collège de la Compagnie, ils prendront leur repas dans un lieu convenable à des religieux, et s'il se peut chez un ecclésiastique. Que leur nourriture soit sobre et frugale, comme il convient à des religieux.

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