ET AUX CATÉCHISTES
Si jamais il fut un spectacle capable d'enflammer le zèle (Fun homme apostolique, ce fat celui qui s'offrit à saint François Xavier quand il aborda dans les Indes. Des peuples plongés dans Tidolàtrie n'étaient pas le seul objet sur lequel la foi eût à gémir. La plupart des chrétiens ne vivaient pas mieux que les païens ; la corruption des mœurs était portée à son comble; l'avarice avait multiplié les fraudes de toute espèce; on comptait pour rien un assassinat, et l'on s'en vantait même comme d'une belle action. L'on voyait des hommes, jusque dans Tàge le plus avancé, ignorer les premiers éléments de la religion. L'usage de la confession et de la communion était en quelque sorte aboli, et si quelqu'un, par hasard, touché des remords de sa conscience, voulait se réconcilier avec Dieu aux pieds d'un prêtre, le respect humain était cause qu'il n'osait le faire que la nuit, et secrètement.
Pour remédier à de si grands maux, saint Xavier imita rexemple des apôtres : prier avec ferveur et annoncer la parole de Dieu, voilà les armes qu'il employa pour rcn-
11 i METHODE GÉiNÉKALE b\ù CATÉCillSxME.
verser Teinpire du démon. «Nos autem orationi et ininis- « terio verbi instantes eriraus ^ »
Ce fut le 6 mai* 1542 que le saint débarqua à Goa, capitale des Indes ^ En sortant du navire, il alla prendre un logement à l'bôpital, et toutes les instances pour lui l'aire accepter une habitation plus commode furent inutiles. Là, il passait la plus grande partie de la nuit à prier Dieu, ne donnant au sommeil que trois ou quatre heures. Il se remettait en prière à la pointe du jour, et disait ensuite la messe. Toute la matinée était employée à visiter et à soulager les malades; l'après-midi, il allait rendre les mêmes devoirs de charité aux prisonniers.
En revenant, il faisait un tour par la ville, la clochetle à la main, et priait à haute voix les pères de famille d'envoyer pour Tamour de Dieu leurs enfants et leurs esclaves au catéchisme. Il était bien persuadé que, si une ibis les enfants étaient solidement instruits des vérités de la religion et formés aux exercices de la piété, on verrait peu à peu le christianisme revivre à Goa; au lieu que s'ils demeuraient sans instruction et sans discipline, on ne parviendrait jamais à ramener des gens qui suçaient l'immoralité et le vice presque avec le lait.
Les enfants s'assemblaient en foule autour du saint, soit qu'ils y vinssent d'eux-mêmes par une curiosité naturelle, soit que leurs parents les y envoyassent par le respect qu'ils avaient déjà pour lui, tout vicieux qu'ils étaient. Il les menait à l'église, et là il leur expliquait le
1 Act., VI, 4.
2 La ville de Goa est située au delà du Cfinge, dans une ile qui porte le même nom. C'était le siège de Tcvèque et du \ice -roi, et le lieu de tout l'Orient le plus considérable pour le commerce. Elle avait été bâtie par les Maures quarante ans avant que les Européens passassent aux Indes. Don Alphonse d'Albuquerque, surnommé le (iraïul, l'enleva aux infidèles l'an 1510, et la soumit à la couronne de l^ortucral.
SAIM FUAlNUJl» XAVIER. 1 15
svml)olc des apôtres, les commandements de Dieu et les pratiques de piété qui sont en usage parmi les fidèles. Ces jeunes plantes recevaient facilement les impressions qui leur étaient données par notre saint; et ce fut par les enfants que la ville commença à changer de face ; car, en écoutant tous les jours l'homme de Dieu, ils devinrent modestes et dévots : leur modestie et leur dévotion étaient une censure tacite de la dissolution des personnes avancées en âge. Ils donnaient même quelquefois à leurs pères des avis qui les faisaient rentrer en eux-mêmes et leur inspiraient une sainte confusion de leur vie criminelle.
Saint Xavier lit alors des prédications publiques, où tout le peuple accourut; et, afin que les Indiens comprissent ses instructions aussi bien que les Portugais, il s'exprimait dans un langage moitié portugais, moitié indien, ({ui était celui des naturels du pays. Il représentait la mort, le jugement et Tenfer, avec des couleurs si vives et un ton si pénétré, que ces grandes vérités frappaient profondément les auditeurs. Le silence profond avec lequel on l'écoutait, la consternation peinte sur les visages, montraient le trouble intérieur des consciences déchirées par les remords. On recevait ses paroles comme celles d'un homme descendu ciel; et, après la prédication, on voyait des pécheurs, quelquefois même les plus scandaleux, touchés de l'énormité de leurs crimes, le prier de les confesser. Leur exemple fit entièrement cesser le respect humain qui détournait plusieurs autres de la confession. Le tribunal du saint fut bientôt assiégé d'une foule de pénitents qui se jetaient à ses pieds, détestant leurs péchés, avec une voix entrecoupée de sanglots, et sollicitant par leurs larmes la miséricorde de Dieu. Le nombre en fut si grand, que dans une lettre qu'il écrivait alors, il marque que, quand bien même il aurait pu se partager
en dix endroits, il aurait eu suffisamment de quoi s'occuper partout.
Les fruits de pénitence répondirent à de si heureux commencements. On rompit les liaisons criminelles, on restitua le bien mal acquis; la piété s'établit partout, les sacrements de pénitence et d'eucharistie furent aussi fréquentés qu'ils avaient été auparavant négligés; en un mot, les chrétiens de Goa prirent de si bonnes habitudes, et changèrent tellement de conduite, qu'il semblait que ce fussent d'autres hommes.
Le saint entreprit ensuite la conversion des idolâtres. La relation de ses travaux et de ses voyages, qu'il serait trop long de détailler ici, nous montre partout un apôtre infatigable, partageant son temps entre la prière, l'instruction des peuples et l'administration des sacrements. Personne n'ignore que les fruits de ses prédications furent immenses.
Il revint à Goa le 20 mars 1548. La même année, il eut la consolation d'y voir arriver cinq missionnaires jésuites qui lui étaient envoyés d'Europe. L'un d'eux était Gaspard Barzée, flamand de nation. Saint Xavier avait déjà entendu parler de lui comme d'un excellent ouvrier et d'un très-bon prédicateur; mais il sentit bien mieux son mérite par la haute estime, la confiance, l'affection qu'avaient conçues pour lui tous ceux qui avaient fait voyage sur le môme navire, entre lesquels plusieurs gentilshommes, touchés des exemples et des discours de Barzée, vinrent se jeter aux pieds du saint pour lui demander d'être reçus dans la Compagnie de Jésus. Le capitaine du vaisseau et le gouverneur d'une des principales citadelles que les Portugais avaient aux Indes étaient du nombre. Le saint trouva de si excellentes dispositions dans quelques-uns qu'il ne différa pas de les recevoir; il remit les autres à un temps plus éloigné. Il fit prêcher le P. Barzée dès le
SALM FKAiNÇUlS XAVIER. 117
quatrième jour après son arrivée, et ce fut une f^rande consolation pour lui de voir de ses propres yeux combien il était propre à annoncer la divine parole.
Il ne le retint que quelques mois à Goa, et l'envoya ensuite à Ormuz. C'est une ville considérable, qui est à l'entrée du golfe Persique ; elle était alors remplie de vices énormes, que le mélange des nations et des sectes dilférentes y avaient introduits. Quelque idée que le saint eût de la sagesse et des vertus du P. Barzée, il ne laissa pas de lui donner par écrit des instructions particulières pour l'aider à se bien conduire dans une mission si importante.
Après le départ de Barzée, saint Xavier se mit en route pour le Japon, où il aborda le 15 août 1549. Il y resta un peu plus de deux ans, et après cela il fut obligé de revenir à Goa pour des affaires qui demandaient nécessairement sa présence.
Saint Xavier, après avoir mis ordre à toutes ses affaires de Goa, partit pour la Chine, mais il ne put pas y arriver, et il mourut dans l'Ile de Sanciam, le 1" décembre de cette même année 155:2.
Ses lettres, qu'on a recueillies avec soin après sa mort, seront un monument éternel de son zèle et de sa prudence; tout y respire un apôtre plein de prudence, de piélé et de zèle. On en pourra juger par l'extrait que nous allons donner des morceaux où le saint enseigne la manière d'annoncer la parole de Dieu.
IKS 31ÉT110DE GÉiNÉRALE X)E CATÉlUllSME.
• LETTHE r.
Je suis, avec François Mansilla, dans la chrétienté <]e Comorin, qui est très-nombreuse, et qui s'accroît de jour en jour.
A mon arrivée, je me suis empressé de m'informer exactement jusqu'où s'étendait l'instruction de ces peuplades. A toutes les questions que je leur faisais sur les dittérents points capitaux de la religion , sur la dilïerence qu'ils mettaient entre ce qu'ils croient maintenant et ce qu'ils avaient cru jadis étant païens , je n'obtenais d'autre réponse, sinon qu'ils étaient chrétiens; (ju'i- L;norant la langue portugaise, ils n'avaient pu s'instruire; des préceptes et des mystères de la religion chrétienne. (Vest pourquoi, comme nous ne nous comprenions ni les uns ni les autres, puisque je parlais l'espagnol et eux le malais, je choisis parmi eux les plus spirituels et les plus lettrés, et de ces derniers je pris encore avec soin ceux qui avaient le plus de connaissance dans les deux langues; alors, nous étant réunis plusieurs jours, nous parvînmes avec beaucoup de peine à traduire, en langue malaise, un catéchisme. Lorsque je l'eus appris, je me mis à parcourir toutes les bourgades de la côte, une clochette à la main, assemblant autour de moi les hommes et les enfants. Deux fois par jour, je leur expliquais le catéchisme. Au bout d'un mois, les enfants le savaient parfaitement par cœur. Je leur recommandais ensuite de répéter ce qu'ils avaient appris à leurs pères, à leurs domestiques et même à leurs voisins.
Le dimanche, je réunissais à l'église les hommes et les femmes, les petits garçons et les petites filles; tous s'y rendaient avec joie, tous également animés du désir de
ïALNT FllA.NÇOlS XAVJEI',. 1 lî)
s' instruire. Alors, je commençais, au nom de la sainte Trinité, à récitera haute et intelligible voix, en langue malaise, l'oraison dominicale, la salutation angélique, le symbole des apôtres; tous répétaient après moi, et ils y trouvaient un grand plaisir. Je redisais encore seul le symbole, et j'insistais sur chacun des articles; je leur demandais ensuite à chacun d'eux en particulier s'ils croyaient sans hésiter ce que leur bouche venait de prononcer; alors chacun, se croisant les mains sur la poitrine, répondait affirmativement.
J'ai soin de leur faire réciter le symbole plus souvent qu'aucune autre prière, leur répétant souvent que ceux-là seuls sont chrétiens qui croient ce qu'il renferme. Après l'explication du symbole, j'en viens au Décalogue pour leur faire voir que la loi chrétienne est renfermée dans dix lois que tout le monde est obligé d'observer exactement; que celui-là seul est bon chrétien qui en est l'exact observateur, et qu'il aura la vie éternelle; qu'au contraire, celui qui en méprise un seul point est un mauvais chrétien qui sera damné éternellement, s'il n'en fait pas pénitence. L'étonnement, soit des néophytes, soit des païens, est à son comble lorsqu'ils aperçoivent la sainteté de la loi chrétienne et sa parfaite conformité avec la raison. Ensuite, je répète avec eux le Pater et VAve, et à chaque article du symbole, mis en vers, nous recommençons encore le Pater et Y Ave. Après avoir chanté le premier article de foi, j'entonne, en langue du pays, ce canli(jue : (( Jésus, hls du Dieu vivant, laites que nous (( croyions pleinement ce premier article de foi : pour <( obtenir cette grâce, nous vous offrons cette prière que « v(His avez vous-même enseignée. »
Après le second article, nous chantons cet autre canti- <jue : « Sainte Marie, mère de Notre-Seigneur Jésus- « Christ, obtenez-nous de votre cher Fils de croire cet ar-
1^0 31ÉT1101)E GÉxNÉRALE DE CATÉGIIISME.
(( ticle de foi sans aucun doute. » C'est ainsi que nous passons en revue tous les articles du symbole.
Pour inculquer he Décalogue, voici ma méthode : nous chantons également le premier commandement : « Un c( seul Dieu tu aimeras, » etc., et nous faisons ensuite cette prière : « Jésus-Christ, lils du Dieu vivant, laites « que nous vous aimions par-dessus toute chose. » Nous ajoutons aussitôt l'oraison dominicale, puis nous chantons tous ensemble un couplet de cantique ainsi conçu : « Sainte Marie, mère de Jésus-Christ, obtenez-nous de « votre Fils d'observer soigneusement ce premier com- « mandement; » ce couplet, ainsi chanté, est suivi de la salutation angélique. Voilà Tordre que nous suivons pour chacun des commandements, en les intercalant de différents cantiques; voilà ce que je les habitue à demander à Dieu, et ensuite je leur fais comprendre que, lorsqu'ils auront obtenu du ciel toutes ces grâces, ils obtiendront toute autre chose avec plus de libéralité qu'ils ne pourraient le demander.
Je fais réciter la formule de la confession générale à tous les catéchumènes qui se disposent à recevoir le baptême, soit en général, soit en particulier. C'est surtout à ces derniers que je demande soigneusement, à chaque article du symbole, en le leur faisant réciter, s'ils le croient fermement. Sur l'aftirmative, j'ai coutume de leur faire un discours composé en malais, dans lequel je leur expose brièvement les principaux points de la doctrine chrétienne nécessaires au salut. C'est après les avoir ainsi préparés que je leur confère le sacrement de baptême. Je termine mon instruction par le Salve, lîegina, pour obtenir le secours et la protection de la sainte Vierge.
Je ne puis pas vous faire mieux comprendre le nombre de ceux qui, parle baptcme,sont agrégés à l'Église, qu'en vous disant que souvent les bras me sont tombés de fati-
SALNT FHA.NÇOIS XAVIEK. 121
gue à force de baptiser; que souvent je baptisais dans un seul jour des bourgades entières. A force de répéter le symbole et les prières, j'avais la voix éteinte, je tombais de faiblesse. Il est incroyable quel fruit on retire du baptême des petits enfants et de Tinstruction des adultes. J'ai la plus vive confiance qu'avec l'aide de Dieu ces enfants vaudront mieux que leurs pères; car ils manifestent une prodigieuse bonne volonté de s'instruire et un zèle admirable pour instruire les autres. Ils ont une telle haine pour l'idolâtrie, qu'ils ne peuvent voir les idolâtres, et qu'ils n'hésitent pas à faire des reproches à leurs parents, lorsqu'ils les voient rendre un culte quelconque à leurs idoles, et de me les dénoncer. Dès que je connais une maison où Ton a sacrifié aux dieux, j'y cours aussitôt avec une grande troupe d'enfants, qui accablent le démon de plus d'outrages et d'injures qu'il n'a reçu d'honneurs de leurs pères et de leurs parents. Ces mêmes enfants font, de leur propre mouvement, une guerre d'extermination à toutes les idoles ; ils les renversent, ils les mutilent, ils les brisent, ils les couvrent de crachats, ils les foulent aux pieds et ne leur épargnent aucun genre d'injures.
Il y avait quatre mois que j'habitais une ville peuplée de chrétiens. Pendant que j'y étais occupé à traduire le catéchisme, un grand nombre d'indigènes de différentes bourgades vinrent nous y trouver et nous prier d'aller avec eux et sans délai dans leurs maisons, pour réciter des prières sur leurs gens qui étaient malades. Le nombre des malheureux qui venaient se traîner chaque jour auprès de nous était si grand, que j'avais déjà assez de besogne à réciter l'Évangile sur chacun d'eux. Jusque-là , cette occupation ne m'avait jamais fait négliger un seul jour d'instruire les enfants, de faire le catéchisme, de répondre aux questions, d'ensevelir les morts ; mais bientôt
1^:2 MÉTllOi>K (^É.NÉHALE DE CATÉCHISME. '
rat'fluence l'ut extrême, et comme d^un côté j'avais très-à cœur de satisfaire les malades qui venaient me trouver, ou les gens qui venaient de leur part, et que, de l'autre, je craignais de ralentir leur confiance dans les secours de la religion chrétienne, je m'étais fait un point capital d(^ satisfaire à ces devoirs; cependant, cette aftluence croissait de jour en jour, et je ne pouvais suffire à tous, ni me débarrasser de leurs controverses : c'était à qui m'entraînerait le premier dans sa maison. Alors je pris un parti; ce fut celui d'envoyer çà et là des enfants à ma place, mais des enfants que je savais être propres à cela. Ceux-ci, lorsqu'ils arrivaient auprès des malades, appelaient toute la maison et tous les voisins, et, après leur avoir fait réciter le Credo, ils cherchaient à exciter dans les malades la confiance et l'espérance en Dieu, puis ils récitaient les oraisons solennelles de l'Église. Alors, qu'est-il arrivé ? c'est que Dieu, fléchi par la piété des entants et des assistants, a rendu souvent la santé aux malades, et les a guéris de leurs infirmités spirituelles.
C'est ainsi que Dieu manifestait sur des moribonds sa puissance et sa bonté; c'est ainsi que par les maladies du corps il guérissait les maladies de l'àine, et que, par force, il établissait sur la ruine des démons la confiance en Jésus- Christ, son Fils.
J'envoyais ensuite ces enfants enseigner aux ignorants, dans les maisons particulières, dans les rues, dans les faubourgs, les premiers éléments de la religion ; maintenant, lorsque je vois qu'ils ont fait assez de progrès dans im bourg, je les envoie dans un autre, et je parcours ensuite moi-même tous ces lieux les uns après les autres. Cette tournée faite, je viens reprendre mes travaux ordinaires dans le même ordre. En sortant d'un bourg, j'ai toujours soin d'y laisser un exemplaire du catéchisme, recommandant à ceux (|ui savent écrire de le copier pour
SAhM FR.VISÇUIS XAVIEU. 123
l'apprendre par cœur et pour renseigner aux autres; j'établis pour règle qu'ils doivent tous se réunir les jours de fête, au même lieu, à la même heure, et pour y chanter ensemble les rudiments de la foi chrétienne, et pour cela j'ai désigné, dans chacun de ces villages chrétiens, qui sont au nombre de trente, des hommes en état de présider à ces assemblées. Le vice-roi des Indes, Martin-Alphonse, aussi porté d'une affection tendre pour notre Société que plein de zèle pour le christianisme, a affecté, sur ma demande, une somme de quatre mille sous d'or, qu'ils appellent fanons, aux émoluments de ces présidents de paroisse. Ce respectable magistrat appelle à grands cris des membres de notre Société ; ses lettres au roi contiennent à ce sujet les instances les plus pressantes.
Une multitude prodigieuse de peuples ne sont ici plongés dans les ténèbres de l'idolâtrie que faute d'apôtres. Que de fois il m'est venu dans l'idée de me transporter en Europe, dussé-je y passer pour fou, et de parcourir les académies, et surtout celle de Paris, de crier à tous ces savants, qui ont plus de doctrine que de charité : « C'est « par votre faute qu'une multitude épouvantable d'âmes « sont exclues du royaume des cieux et sont plongées c( dans les abimes éternels ! » Ah ! plût à Dieu, me suis-je dit maintes fois à moi-même, que ces docteurs apportassent au salut des âmes la même ardeur qu'ils mettent dans la recherche des sciences humaines ! Quel compte n'auront-ils pas un jour à rendre, et de la science qu'ils ont acquise, et des talents qui leur ont été conliés ? l'eut-être cette rétlexionles ébranlerait-elle; peut-être livn*i'aient-ils quelques instants à l'oraison; peut-être enteudraient-ils la voix de Dieu; peut-être «jue, faisant un ctfort sur eux-mêmes, ils s'arracheraient à leurs cupidités charnelles, à leurs habitudes terrestres, pour se mettre tout entiers à la disposition et à la volonté de Dieu, et
s'écrieraient-ils : « Seigneur, me voici; je suis à vous, c( tout à vous; envoyez-moi où vous voudrez, lïït-ce M même dans les indes î w Grand Dieu ! quelle vie plus heureuse ne mèneraient-ils pas ! quelle plus grande tranquillité d'âme n'éprouveraient-ils pas ! avec quelle coniiance, avec quelle tranquillité ne se présenteraient-ils pas au jugement du Dieu vivant, auquel personne ne pourra se soustraire ! C'est alors qu'ils diraient un jour avec joie, comme le serviteur de l'Évangile : « Seigneur, (( vous m'avez donné cinq talents, et voilà que j'en ai ga- (( gné cinq autres. » S'ils apportaient le même zèle à cultiver le véritable arbre de la science qu'ils apportent nuit et jour à approfondir les sciences du siècle; s'ils consacraient à instruire les ignorants sur ce qui est nécessaire au salut le temps qu'ils emploient à creuser des sciences inutiles, ne leur serait-il pas plus facile de répondre un jour au Seigneur, lorsqu'il viendra tout à coup leur dire : « Rendez-moi compte de votre g-estion ? »
Ah ! je crains bien que tous ceux qui, dans les universités, se livrent avec tant d'ardeur à l'étude des belleslettres, n'aient bien plutôt pour but les honneurs, les dignités du sacerdoce, que les charges et les devoirs qui y sont attachés ! Je vois que les choses en sont venues au point, que ceux-là mêmes qui se livrent avec le plus de zèle aux études, conviennent que c'est plutôt pour s'emparer des dignités ecclésiastiques que pour consacrer leurs veilles, leurs peines, leurs talents à Jésus-Christ et à son Église. Mais quelle erreur ces misérables, qui détournent à leur profit particulier* des talents et des études qui doivent être employés à la chose publique, ne font-ils pas dans leur calcul ! Comme s'ils craignaient que Dieu ne fut sourd à leur ambition, ils n'osent lui abandonner la direction et la réussite de leurs projets. Je prends Dieu à témoin que j'ai eu dessein, ne pouvant retourner en
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Europe, d'écrire à Tuniversité de Paris, et surtout à nos docteurs Corne et Picard, pour leur faire voir que de milliers de barbares on pourrait amener à la connaissance du Christ, si les hommes s'occupaient moins d'eux-mêmes que de sa gloire.
Priez donc, mes frères bien-aimés, priez le Maître de la moisson pour qu^il envoie des ouvriers dans son champ.