‹ Methode generale du catichisme v.2Chapitre 25 sur 65 · LETTRE II · texte numérisé non relu

LETTRE II

Cochiii, 25 janvior lo4o.

Pour satisfaire au désir que vous avez tous d'avoir des nouvelles des Indes, je vais en donner. Dans le royaume de Travancor, où je suis maintenant, Dieu en a appelé plusieurs à la connaissance de son Fils. Dans l'espace d'un mois, j'ai fait plus de dix mille chrétiens. Voici la conduite que j'ai tenue et la manière dont je m'y suis pris :

Du moment que j'entre dans des villages idolâtres, où l'on m'appelle pour donner le baptême, je fais assembler sur une place hommes, femmes et enfants; puis, commençant par les premiers éléments de la foi chrétienne, je leur armonce l'unité de Dieu et le mystère de la Trinité ; je leur apprends à faire le signe de la croix; ensuite, prenant un surplis, je leur fais répéter en leur langue, à haute voix, le Confitf.'or, le Credo, le Décalogue, le Pater, \Wve, le Salve, liegina; car je sais par cœur, dans Tidiome (lu pays, tous ces éléments de notre religion. Je récite ces prières le premier, et tous, hommes, femmes et enfants, disent après moi. Cela fait, je leur explique, dans leur idiome, chaque article du symbole et du Décalogue.

Puis, lorsque je les vois assez instruits pour être admis au baptême, je leur fais faire à tous apiende honorable

12(3 MÉTHODE (iÉ.\ÉKALE DE GATÉ01JI6ME.

publique de leur vie passée, à haute voix, et cela en présence même des païens, en présence de ceux qui avaient eu jusque-là la i^ligion chrétienne en horreur, et cela pour exciter et animer les uns, conforter et confirmer les autres. Le succès est presque infaillible; les païens ne peuvent s\^mpécher d'admirer la sainteté de la loi divine et de rougir d'avoir vécu si longtemps sans la connaître. C'est avec plaisir qu'ils entendent le développement de nos mystères, et, tout pécheur que je suis, je les vois s'apprivoiser jusqu'à me respecter, et me couvrir de confusion par leur témoignage de déférence et d'honneur. Au reste, ici comme partout, la paille est mêlée parmi le grain : combien n'en vois-je pas qui, après avoir ouvert les yeux à la lumière, les ferment tout aussitôt pour se cacher et se replonger dans les ténèbres !

Lorsque mon discours est fini, je prends en particulier chaque catéchumène qui est disposé au baptême, je lui demande s'il croit pleinement et fermement tous les articles du symbole qu'il a récités. Alors tous ensemble, se croisant les bras sur le cœur, répondent à haute voix qu'ils ne doutent d'aucun. Je leur confère ensuite le sacrement du baptême, et je donne à chacun son nom par écrit. A peine sont-ils de retour chez eux que je vois arriver leurs femmes, leurs enfants, qui viennent solliciter la même faveur.

Lorsque dans les eaux du baptême, j'ai régénéré toute une bourgade, je fais abattre toutes les idoles et raser tous les temples. Je ne puis vous peindre la joie que j'éprouve en voyant tomber sous le marteau de mes nouveaux chrétiens ces statues, ces idoles naguère l'objet de leur culte, de leur adoration. Telles sont les conquêtes de la croix sur l'empire de Satan.

Dans chaque ville ou bourgade je laisse en partant un catéchisme écrit en langue vulgaire, après avoir recoin-

SAINT FKA^(;()1S XAVIEU. J27

iiiaiidé aux plus instruits et aux plus zélés do le l'aire réciter les dimanches et fêtes, avant et après midi. Tel est le plan que je me suis fait pour ramener, bourgade par bourgade, toute une contrée au bercail de Jésus-Christ. Encore une fois, ma joie et mon bonheur sont alors ausus de toute expression ; la langue, la plume sont muettes pour peindre mon ravissement.

LETTRE lU.

Aux catécliistes de la Compagnie de Jésus répamlu^ dans les Indes.

loi(i.

Mes très-chers frères,

Je viens ici vous indiquer la méthode que, d'après mon expérience, je crois être la meilleure pour enseigner aux peuples grossiers de ces contrées les premiers éléments de la doctrine chrétienne; j'espère que, si vous la mettez en œuvre, vous n'aurez pas à regretter la peine que vous vous serez donnée pour le service et la gloire de Dieu, et pour le salut des âmes.

Lorsque tout le peuple qui doit assister au catéchisnio est assemblé, le catéchiste, accompagné de deux enfants <iui auront été exercés à prononcer à haute et intelligible voix, fera d'abord le signe de croix, la tête nue; puis, les mains élevées vers le ciel, il récitera l'oraison dominicale que les enfants répéteront après lui.

Se tournant ensuite vers l'assemblée, il lui adressera ces mots : « Maintenant, mes frères, faisons notre profession de foi, faisons ensemble les trois actes principaux des trois vertus théologales, qui sont la foi, l'espérance et la charité. »

Alors, commençant par l'acte de foi, il demande aux

assistants : « Croyez-vous tous en un seul Dieu vrai, toutpuissant, éternel, immense, d'une sagesse infinie? » L'assemblée répond : « Oui, Père, par la grâce de Dieu. » Dites donc avec moi : « Seigneur Jésus-Christ, fils du Dieu vivant, faites-nous la grâce de croire fermement cet article de notre sainte foi, » et disons à cette lin un Pater, que chacun répétera en son particulier.

Le catéchiste, reprenant la parole : « Allons, mes enfants, dites après moi : Vierge sainte. Mère de Dieu, obtenez-nous la grâce de croire fermement cet article de notre sainte foi, et pour l'obtenir, récitons tous à voixbasse la salutation angélique. »

Le maître continue : « Croyez-vous, mes frères, que ce Dieu vrai est un, unique, seul Dieu en essence, et trois en personnes; que le Père est Dieu, que le Fils est Dieu, que le Saint-Esprit est Dieu ? »

L'assemblée : « Oui, nous le croyons ainsi par la grâce de Dieu. »

Alors on répète à haute voix les deux prières que nous avons données, puis on récite à voix basse le Pate-r et VAve.

Le maître : « Croyez-vous, mes frères, que ce même Dieu est le créateur de toute chose, notre Sauveur par qui nous serons g'iorifiés ? »

L'assemblée : « Oui, Père, nous le croyons lermemcnt. » On répétera les deux prières avec le Pater et VAve.

C'est ainsi qu'on parcourra tous les articles du Symbole, les uns après les autres, spécialement ceux qui concernent l'humanité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, en adressant sur chacun d'eu*x cette question : «Croyez-vous, mes frères, en la seconde personne de la très-sainte Trinité? Croyez-vous que le Fils unique de Dieu a été conçu du Saint-Eprit, qu'il s'est incarné dans le sein de la très-

pure vierge Marie, qu'il est ne de cette reine des hommes et des anges, toujours vierge? »

L'assemblée répondra : a Oui, Père, nous le croyons. » Alors on répétera les deux prières avec le Pater et VAve.

Le maître : « Croyez-vous, mes frères, que ce même Dieu fait homme a été crucifié, est mort, a été enseveli, qu'il est descendu aux enfers, qu'il en a délivré les âmes des saints Pères qui y attendaient sa venue? »

Après la réponse affirmative des fidèles, après les deux prières, et après le Pater et VAve, le catéchiste continuera : « Croyez-vous que ce même Seigneur notre Dieu est ressuscité le troisième jour, qu'il est monté au ciel , qu'il y est assis à la droite de son Père tout-puissant, d'où il viendra juger les vivants et les morts, pour récompenser les bons et punir les méchants? »

Après les réponses et les prières, le catéchiste reprendra : (( Croyez-vous qu'il y a un enfer, c'est-à-dire un feu éternel, où subiront des supplices qui n'auront poinf de fin, ceux qui seront morts hors de la grâce de Dieu? qu'il y a un paradis et une gloire éternelle destinés aux bons, c'est-à-dire à ceux qui auront terminé leur vie dans la grâce de Dieu? enfin, qu'il y a un purgatoire où les âmes, pendant un certain temps, satisferont à la justice divine en subissant la peine due aux péchés dont la coulpe aura été remise, mais dont la peine n'aura pas été acquittée? enfin, croyez-vous aux sept sacrements, à toute la doctrine enseignée dans les saints Évangiles, et tout ce que croit et enseigne la sainte Église romaine? »

Après les deux prières, les Pater et les Ave, le catéchiste dira : « Offrons au Saint-Esprit sept Pater et sept Ave pour qu'il remplisse nos âmes de ses sept dons, surtout de ceux qui sont propres à nous fortifier dans la foi de la sainte Église catholique. » Puis il dira : « Telle est, mes frères, notre profession de foi. »

130 MÉTHODE GÉNÉRALE DE f-ATÉCHTSME.

Il nous reste maintenant à tracer le mode de faire les actes d'espérance «t de charité dont nous avons parlé.

Le maître : Allons, dites avec moi : « Acte d'espérance. Jésus-Christ, mon Dieu et mon Sauveur, plein de confiance en votre miséricorde, j'espère en vos mérites que, mu et aidé de votre grâce, qu'en remplissant mes devoirs de chrétien, et observant vos commandements, je parviendrai un jour à la gloire et à la félicité pour laquelle vous m'avez créé.

« Acte d'amour. Je vous aime, mon Dieu, sur toute chose, de tout mon cœur ; je me repens de vous avoir offensé, vous seul digne de tout honneur, de tout respect, d(^ toute obéissance, je me repens, à cause du très-grand amour que je vous dois, et parce que je vous aime pardessus toute chose ; je prends la ferme résolution de ne rien faire qui puisse offenser votre divine volonté, et m'exposer au péril de perdre votre sainte grâce. Ainsi soit-il. »

Tel doit être le prélude de toutes les instructions en forme de catéchisme. Ensuite, le catéchiste abordera un des mystères ou un des dogmes particuliers de notre religion, ou sur les sacrements, ou sur les vertus du chrétien, ou sur la prière, ou enfin sur tout autre sujet qu'il <'st important de connaître. Son discours sera simple, clair, à la portée des esprits les plus grossiers, et il aura soin de toujours terminer par quelques faits historiques qui viennent à l'appui des vérités qu'il aura annoncées. Il fera ensuite réciter le Confiteor par les enfants, après avoir averti tout le monde de s'exciter du "fond du cœur à la contrition ou à la douleur d'avoir offensé Dieu, parce ([u'il est infiniment bon. Il terminera en faisant réciter à tout le monde trois Ave, Maria, dont le premier sera pour les assistants , et les deux autres seront à la disposition de chacun pour diriger son intention.

François.

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