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CHAPITRE III

De la lucditation qui doit précéder la prédication.

Que le prédicateur ne se contente point de lire, étudier avec soin et apprendre de mémoire les vérités qu'il doit annoncer; mais qu'il se ressouvienne de l'exemple d'Élie, qui, après avoir préparé tout ce qui était nécessaire pour le sacrifice, pria Dieu d'envoyer du haut du Ciel le feu qui devait consumer la victime. « Et le feu du Seigneur, « dit l'Ecriture , descendit et consuma l'holocauste, le « bois et les pierres même doutTautel était construit -. »* Qu'il prie donc aussi, et qu'il puisse dire avec Jérémie : Le Seigneur a envoyé d'en haut un feu (|ui m'a pénétré

' II Cor., IV, 7. — 2 III Reg., xvni, 38.

tout entier, et il m'a donaé rintelligence. « De excelso (( misit ignem in ossibus meis et erudivit me ^ »

Qu'il se persuade bien que s'il manque de ce feu céleste, il ne donnera à ses auditeurs qu'une nourriture fade, indigeste et sans goût. Or, ce feu il ne peut l'obtenir que par la prière et par une fervente méditation, ainsi que l'avait éprouvé le prophète lorsqu'il disait : C'est dans la méditation que je sens mon àme s'enflammer. «In medi- « tatione mea exardescet ignis -. »

Fortifié par cette méditation, il faut que le prédicateur puise dans l'Évangile qu'il tient en main, les attributs de Dieu pour les exposer aux peuples, sa puissance qui éclate dans ses innombrables merveilleS;, sa sagesse dans ses préceptes et dans ses conseils, sa bonté dans les effets de sa miséricorde. Il faut qu'il en tire aussi les vertus de foi, d'espérance et de charité, ainsi que l'humilité, la patience , la grandeur d'àme, la chasteté , la miséricorde, etc.

Qu'il en fasse l'expérience, et il éprouvera lui-même qu'il n'est aucun Évangile qui ne puisse inspirer à un homme intérieur les excellentes vertus dont nous venons de parler. Qu'il examine soigneusement toutes les pensées, toutes les paroles, quel est celui qui parle et à qui il parle, à quelle fm, en quel temps, en quelle occasion ; car si Dieu lui donne la clef de l'intelligence des divines Écritures, il découvrira dans toute la vie du Sauveur un fonds inépuisable de vérités et de lumières, et des exemples de vertus bien touchants, en sorte qu'en creusant ce trésor par la méditation, il y trouvera toujours quelque chose de nouveau à admirer et à imiter. Dieu qui est éternel nous a parlé d'abord par les prophètes, ensuite par son Fils ^, et ce divin fils ne nous tient pas dans les

^ Lament. Jérém., i, 13. — - Psal. xxxvin, 4. — ^ Hebr., i, 1.

saints Évangiles un langage muet , mais il parle avec abondance et clarté à ceux qui ont des oreilles pour entendre.

Qu^il se tigureétre présent aux discours de Jésus-Christ et qu'il les rende trait pour trait à ses auditeurs, plus par le ton de sa voix que par son geste. Qu'il se serve des menaces de Jésus-Christ pour inspirer la crainte ; qu'il rappelle avec ce Dieu sauveur les miséricordes et les bienfaits de Dieu pour porter à son amour, car la crainte nous détourne des vices, comme l'amour, au contraire, nous porte à la vertu.

Il faut que le prédicateur se pénètre bien lui-même des sentiments qu'il veut faire passer dans l'àme de ceux qui l'écoutent, et c'est en vain qu'il cherchera à émouvoir les autres, s'il n'est pas lui-même ému, touché et pour ainsi dire tout en feu. C'est ce qui a fait dire à un ancien poëte : « Si vis me flere, dolendum est primum ipse tibi. » Si vous voulez que je pleure, pleurez vous-même le premier K

Ce sera pour le prédicateur un sujet de consolation dans ses travaux, de considérer Notre-Seigneur Jésus- Christ annonçant aux peuples la parole de Dieu.

Qu'il se souvienne encore que Jésus-Christ a prié pour ceux qui entendront un jour cette divine parole - ; qu'il espère donc que ses paroles, soutenues d'une telle protection, produiront quelques fruits ; qu'il les offre à Dieu le Père, comme son divin Fils lui a offert les siennes; qu'il lui demande de vouloir bien, en véritable médecin des âmes, communiquer à ses auditeurs le remède salutaire de l'Évangile, selon leur besoin qui lui est parfaitement connu; qu'il prie ce charitable médecin de vouloir bien multiplier dans ses mains, pour la nourriture de ses au-

1 Horace, dans l'Art poétique. —• - Joaii., xvir, 20.

SAINT FRAXÇOl? BORfiîA. 201

diteurs, ce pain de la parole divine, que dans son indigence il vient distribuer aux peuples du haut de la chaire. Qu'il lui expose que, sans la bénédiction céleste, ni celui qui plante, ni celui qui arrose, ne sont capables de produire quelques fruits; qu'au contraire la prédication tournera au préjudice de l'orateur, de même qu'un médecin nuit à son malade, lorsqu'il lui administre des remèdes mal préparés, par ignorance ou par négligence.

Sur la fin de sa méditation, il faut qu'il considère combien Dieu, offensé par le péché, .éprouve de douleur, et de quel zèle il doit être lui-même animé, afin d'être prêt à mourir, soit par amour pour Dieu, soit pour le salut des âmes confiées à ses soins.

S'il reconnaît qu'il a fait quelques progrès en cela, c'est une preuve que sa méditation a produit en lui le même etïet que produisit dans l'apôtre saint Jean ce livre mystérieux dont il parle dans son Apocalypse, qui lui causa dans les entrailles une grande amertume, quoique dans sa bouche il fût doux comme du miel ^ ; qu'il sache donc que plus il répandra de larmes, plus il fera goûter à ses auditeurs l'amertume de la myrrhe, c'est-à-dire, la sévérité de la doctrine égangélique. Enfin, Dieu éclairera son esprit d'un rayon de sa lumière divine, comme il est écrit : a Declaratio sermonum tuorura illuminât et intel- « lectum dat parvulis-. » Mais il faut qu'il reçoive cette lumière sacrée avec humilité et action de grâces, et qu'il reconnaisse que c'est un pur don de la bonté de Dieu, et qu'il ne le mérite en aucune manière. Que s'il ne recevait aucun autre fruit de sa méditation que d'apprendre à s'humilier, qu'il s'en contente, se ressouvenant bien que c'est une grâce et un don de Dieu ; qu'il se persuade que s'il en fait un bon usage, il recevra de plus grandes choses.

' Apoc, X. 10. — 2 Psal. r.xviii, 130.

Qu'il n'oublie pas en outre qu'un maître ne donne point ordinairement de nouvelles leçons à ses élèves, qu'ils ne sachent 'bien la première. Cette première leçon que Dieu veut que nous apprenions, c'est l'humilité, fondement de toutes les vertus. Oui, si le prédicateur, ne sentant en lui-même aucun effet de la méditation, sait s'humilier alors à la vue de sa misère, il n'en tirera pas un léger avantage.

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