CHAPITRE V
De la préparation prochaine à la prédication.
Une mère, pour nourrir son enfant de son lait, commence par se nourrir elle-même ; elle prend un soin particulier de sa santé, et lorsqu'elle commence à mettre une nourriture solide dans la bouche de son entant, elle a soin auparavant de la broyer elle-même entre ses dents. C'est ainsi /ju'agit un zélé ministre de Jésus-Christ plein d'amour pour les chrétiens qui sont pour lui comme des enfants auxquels une nourriture spirituelle est nécessaire ; il la mâche, pour ainsi dire, lui-même avant de la leur distribuer.
Que le prédicateur célèbre donc le saint sacrifice avec dévotion, qu'il prie, qu'il jeûne, qu'il veille, qu'il pleure, qu'il châtie son corps, et que par la mortification il le dompte et le soumette à l'esprit. C'est ainsi qu'il parviendra à chasser d'un si grand nombre de personnes les péchés qui, comme autant de démons, s'en sont rendus maîtres. Car, comme a dit Jésus-Christ lui-même, ce genre de démons ne peut se chasser que par le jeune et par la prière, a Hoc « genus demoniorum non ejicitur nisi per orationem et «jejunium^ » Jésus-Christ, sur le point de quitter la
lie tromper des auditeurs peu instruits, qui, entemlant la proposition dans un sens faux, et persuadés que tout ce que dit le préilicateur est vrai, concevraient des idées fausses sur ce qui appai'tient à la doctrine catholique; en sorte que le prédicateur, au lieu de les éclairer, les aveuglerait, et c'est sans doute un motif très-puissant pour suivre l'avis que donne ici saint François Borgia, d'expliquer sur le champ ce qu'on a voulu dire.
^ Psal. XI, 17. — i Matth., xvif,2(l.
i208 MÉTHODE GÉ.NÉKALE DE CATÉCHISME.
teri'e, disait à son Père : Père saint, conservez mes dis ciples en votre nom , par votre puissance et pour votre gloire ; je ne prie pas seulement pour eux, mais encore pour tous ceux qui doivent croire en moi parleur prédication. « Pater sancte, serva eos in nomine tuo. Non pro eis au- « tem rogo tantum, sedpro eis qui credituri sunt per verce bum eorum in me^ »
Ces paroles sont comme des lettres de recommandation que Jésus-Christ nous a laissées en retournant à son Père; servons-nous-en, rappelons-les au Père céleste, il ne peut certainement que les accueillir avec bonté; unissons-nous donc avec confiance à Jésus-Christ, priant pour ceux auxquels nous allons adresser la divine parole-.
Que le prédicateur implore aussi avec instance le secours des saints anges, qu'il demande aux séraphins leur amour, aux chérubins leur science et leur lumière, qu'il prie tous les autres chœurs de lui faire part des dons particuliers que Dieu leur a donnés; mais surtout qu'il demande aux anges gardiens de ses auditeurs la permission d'enseigner ceux qui sont confiés à leurs soins. Qu'il rougisse en même temps d'oser ainsi enseigner des personnes à qui Dieu a donné de tels maîtres et de tels gardiens; ah 1 si les soins de ces bons anges ont été sans fruit auprès d'eux, comment pouvez-vous espérer que les vôtres leur soient profitables, vous qui êtes sans expérience et un misérable pécheur. Priez-les donc de vouloir suppléer par leurs saintes inspirations à ce qui manquera à vos instructions par votre incapacité et par votre ignorance.
Enfin, pour que vous ne méritiez pas d'entendre de votre ange gardien lui-même ces paroles : « Medice, cura te ipsum; » Médecin, guérissez-vous vous-même : observez la loi que vous prêchez aux peuples^ et faites vous-
i Joan., xvii, 13, 20. — 2 Jérém.,, xv, 19.
SALNT FRANÇOIS BORGIA. 209
iiiême le premier ce que vous recommandez aux autres. C'est ainsi que vos discours seront pour le salut de votre àme d'une grande utilité.
Donnez donc tous vos soins à vous acquitter de la charge d'un bon instituteur, qui suit lui-même les préceptes qu'il donne. C'est ce que nous avons appris de Jésus-Christ, le docteur venu du ciel , duquel il est dit qu'il commença à faire, et ensuite à enseignera
Lorsque vous voudrez recommander plus spécialement la pratique de quelque vertu, implorez auparavant le secours particulier d'un saint qui y aura excellé pendant le cours de sa vie ; ainsi parlez-vous de la patience, recommandez-vous au saint homme Job ; traitez-vous de la pénitence, invoquez sainte Magdeleine; s'agit-il de la chasteté, recourez à saint Joseph ; et si la charité est le sujet de votre discours, adressez-vous au disciple que Jésus aimait. Car leurs mérites et leur intercession auprès de Dieu sont très-efficaces pour obtenir les vertus dont ils nous ont laissé de si grands exemples.
Ayez donc recours à eux pour que Dieu dans sa miséricorde fasse que le peuple qui vous écoute, non-seulement entende la divine parole, mais la mette en pratique.
Mais comme la vanité attaque ordinairement les prédicateurs, et ne parvient que trop souvent à se glisser dans leur âme, surtout si pour les entendre il se fait un grand concours de peuple, il faut que le ministre de Jésus-Christ se munisse des armes nécessaires, et qu'il combatte fortement cet ennemi qui, semblable à la vipère, distille un venin subtil, capable de corrompre le cœur le plus sain et le sang le plus pur : or, voici par quel moyen vous pourrez vous en défendre. Avant de monter en chaire, pénétrez-vous de honte et de confusion comme si vous alliez
1 Act., I, 1. •
:ilU MÉTHODE GÉNÉRALE DE CATÉCHISME.
désavouer votre conduite passée et rétracter tout ce que vous avez dit jusc^u'alors.
Et en efFct^ si vous examinez bien la chose, n'est-ce pas une rétractation que vous faites, lorsque vous louez la vertu et que vous la recommandez aux tidèles? Ne désavouez-vous pas alors ces actions criminelles que vous avez commises autrefois dans le temps où vous offensiez Dieu si souvent? Que le prédicateur donc soit, pour luimême et pour ses œuvres, accusateur et juge; qu'il soit encore et le héraut qui publie la sentence et le ministre qui l'exécute. Après cela, ô cendre malheureuse, comment pourrais-tu t^enorgueillir dans le moment même où tu rétractes publiquement tes égarements passés? et prendrais-tu sujet de te glorifier, lorsque tu condamnes toimême ton ancienne vie?
Pendant les trois jours qui précéderont la prédication, ayez soin de vous recommander spécialement à chacune des trois personnes de la sainte Trinité. Le premier jour, recommandez votre mémoire à Dieu le Père, et priez-ie aussi de graver vos instructions dans la mémoire de vos auditeurs. Le second jour, recommandez votre intelligence à Dieu le Fils, et suppliez-le d'éclairer vos auditeurs de ses divines lumière. Le troisième jour, consacrez votre volonté au Saint-Esprit, et priez-le qu'il éclaire et qu'il embrase la volonté de vos auditeurs. Cette pratique est très-sainte; et ceux qui y seront fidèles en ressentiront bientôt les heureux effet.
Si, comme il arrive quelquefois, votre mémoire a de la peine à retenir ce que vous voulez lui confier, adressezvous au Père céleste ; si vous avez à expliquer quelque passage difficile, et si vous voulez développer quelque secret de la sainte Écriture, ayez recours au Fils; lorsqu'enfm vous vous sentirez aride et sans dévotion, suppliez le Saint-Esprit d'allumer dans votre cœur le feu de
SAINT FKANÇOIS 15UKGIA. 211
son amour. Et de cette manière , toutes les puissances de votre àme étant consacrées à Dieu deviendront, entre vos mains, des instruments bien plus propres à publier ses louanges et à procurer sa gloire.
CHAPITUE VI.
De lu préparation immctliatc à la prédication.
Le prédicateur, sur le point de monter eu chaire, doit penser surtout à la pureté de son âme, examiner si ses intentions sont bien pures et sa conscience en l)on état, se rappeler le compte rigoureux qu^il rendra de la prédication qu'il va faire, et se transporter en esprit au tribunal où le Dieu de justice lui prononcera un jour sa sentence. Il est donc de la sagesse de celui qui va prêcher d'épurer sa conscience par la contrition, comme s'il allait mourir; et il doit en effet être prêt à mourir pour la déicnse des vérités qu'il va prêcher.
Qu'il se souvienne donc que Jésus-Christ , le Fils de Dieu, est monté sur la croix comme sur une chaire pour y recevoir la mort. Qu'il se souvienne aussi que l'apôtre saint André a prêché du haut de sa croix, qu'il l'a com- ])lée auparavant de louanges et qu'il a rendu sur cette croix son dernier soupir'. C'est ainsi que le véritable prédicateur de Jésus-Christ crucifié doit être en chaire dans la disposition de souffrir toute espèce de tourment ; il doit même désirer de mourir, en témoignage et pour la défense de la parole de Dieu qu'il annonce, et de l'Église catholique romaine, notre mère et notre maîtresse.
Qu'il se regarde aussi comme un instrument, une ma-
' Ces circonstances de la mort de saint André sont fort incertaines ; elles sont tirés des actes de son martyre, qni ont paru suspects à Tilleniont et à plusieurs autres habiles critiques. -
chine de guerre , dont Dieu veut se servir pour renverser et abattre les murs de la superbe babylone. Qu'il se considère encore comiîie la poudre à canon qui est une matière vile, noire, sale, qui souille les doigts de ceux qui la touchent, et qui ne peut servir que quand on y met le feu ; qu'ail sente le besoin qu'il a que le Saint-Esprit allume en lui le feu céleste, qu'il l'enflamme comme il enflamma le cœur des apôtres au jour de la Pentecôte. Pour obtenir ce don précieux, ce feu surnaturel, cette divine lumière, qu'il récite avec humilité et avec confiance le Veni, Creator S piritus, etc.