CHAPITRE PREMIER
Di'S secours qui uous aidcut à atteindre le but de la prédication.
1. Le premier, c'est une réputation de vertu et de sainteté; car, comme remarque saint Augustin, «la vie du « prédicateur parle plus éloquemmcnt que ses discours « pour engager ses auditeurs à lui obéira » Que tout en nous soit donc édifiant ; évitons avec le plus grand soin tout ce qui pourrait ressentir l'esprit de dissipation, le trop grand soin de notre corps, l'amour des louang-es, en un mot, tout ce qui s'écarterait des règles de la perfection évangélique ; car, quoique les séculiers ne soient pas exempts de ces défauts, néanmoins quand il les aperçoivent dans un prédicateur, cela diminue beaucoup leur estime pour lui. Pour la même raison, il faut avoir soin de ne pas vivre familièrement avec les laïques et de ne leur parler qu'autant que leur utilité spirituelle le demande, parce que plus ils nous verront de près, plus ils s'apercevront de ce (ju'il y a en nous de défectueux.
Le second secours consiste dans des études bien réglées et d'où l'on éloigne autant que possible tout ce qui pour-
^ llabct auteni ut obcdieuter audiatur, quantacuniquc granditatc dictionis majiis pondus vita diceutis. ])c Doctr. Christ . lib. lY, cap. XXVII.
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l'ait être un sujet de distraction. C'est le moyen d'acquérir une doctrine solide et de pouvoir parler avec assurance. Car quel est l'honyne de bon sens qui ne serait pas timide, s'il avait à parler touchant une question qu'il n'aurait pas profondément étudiée, et sur laquelle il craindrait avec raison de dire des choses peu exactes?
Le troisième secours consiste dans l'étude de la sainte Écriture et dans la lecture des Pères.
Le quatrième secours est dans les bons livres composés par des auteurs catholiques, soit pour l'explication de l'Écriture sainte, soit sur d'autres matières de piété , dans lesquels on peut puiser avec peu de travail de grands trésors.
Le cinquième secours consiste dans les avis qui nous sont donnés par des hommes expérimentés et judicieux.
La sixième, c'est d'assister aux sermons des bons prédicateurs. Mais il faut bien prendre garde de ne pas s'y tromper, et de ne pas prendre pour un vrai mérite ce qui ne serait qu'un faux brillant; car il en arriverait que les jeuues prédicateurs, en fréquentant ces sermons, se gâteraient le goût, au lieu de le former.
Le septième secours consiste dans la matièi'e dont nous parlons, dans les auditeurs auxquels nous adressons la parole, et dans l'autorité divine du ministère que nous remplissons. Les plus célèbres orateurs de l'antiquité profane, les Démosthènes, les Cicéron, ne parlaient que pour les intérêts de quelques particuliers, ou tout au plus pour les intérêts temporels de la république; mais le prédicateur parle de l'affaire la plus importante, ou plutôt la seule importante pour chacun de ses auditeurs.
Aussi quelle facilité n'a-t-il pas à atteindre les trois fins de l'orateur, qui sont d'enseigner, de plaire et de toucher! Qu'enseigne-t-il en effet? une doctrine divine! à qui? à des hommes élevés dans le sein de la religion, à des
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hommes que leur foi rend attentifs et dociles, et dispose à recevoir facilement les enseignements qu'on leur donne.
Pour ce qui concerne le soin de plaire, il faut disting'uer. Il y a un plaisir attaché à la parole de Dieu, qui faisait dire au prophète : « Dilexi mandata tua super au- (( rum et topazion; » et encore : « Quam dulcia faucibus « meis eloquia tua! super mel ori meo. n Outre cet agrément attaché pour tout enfant de Dieu aux paroles de la sainte Écriture, même les plus simples, qui sont toujours les paroles de notre bon père, on trouve encore dans les livres saints une variété d'histoires dont les prédicateurs peuvent faire un excellent usage pour rendre leurs instructions agréables aux auditeurs. On y trouve de plus^ dans la beauté des métaphores, dans la poésie des psaumes, dans les sentences des livres sapientiaux, une source abondante de choses propres à faire une impression agréable sur l'esprit des auditeurs. C'est par là qu'un prédicateur chrétien plait à son auditoire.
Mais il est une autre sorte d'agréments qu'un prédicateur doit fuir : ce sont ceux qui consistent dans des paroles fleuries et harmonieuses; il n'est pas de la dignité d'un orateur sacré de chercher à plaire par de tels ornements : « Nec illa suavitas, » dit saint Augustin, « delec- « tabilis est qua exigua et frigida spumeo verborum am- « bitu ornantur, quali nec magna et stabilia decenter et « graviter ornarentur ' . »
Si nous considérons enfin la troisième fin et la principale de l'orateur, qui est de persuader et de toucher le cœur, peut-on douter que la parole de Dieu ne soit comme une flèche aiguë et perçante, « sagittae tuœ acutœ? » Saint Augustin témoigne que les philosophes même et les rhéteurs ont reconnu que celui qui parle avec sagesse
* De Dort)', Christ., lib. IV, cap. v.
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('st préférable à celui qui parlerait avec éloquence, mais sans sagesse; or, continue ce père, « sapicnter dicit lionio « tanto niagis vel minus , quanto in Scripturis sacris (( profecit. »
Qu'est-ce que toucher l'auditeur? « C'est, répond enc( core saint Augustin, lui l'aire aimer ce que vous pro- « mettez, lui faire craindre ce dont vous le menacez, lui « faire haïr ce que vous condamnez, lui faire embrasser « ce que vous recommandez '. » Voilà sans doute une ample matière pour l'orateur chrétien, et on doit convenir qu'il a, pour parvenir à ce but, de grands moyens que n'ont pas les orateurs profanes.
Mais ce qui achève de lui donner beaucoup d'avantages au-dessus d'eux, c'est qu'il parle dans la chaire de vérité au nom du Seigneur et du souverain Maître, en qualité d'ambassadeur de Jésus-Christ : « Pro Christo legatione « fungimur, tanquam Deo exhortante per nos"^ » Les choses qui sont traitées par les orateurs séculiers sont quelquefois petites, quelquefois plus grandes; mais tout ce qui lait la matière de nos discours est infiniment grand, puisqu'il s'agit toujours des intérêts éternels de l'homme.
Je terminerai ce chapitre par ces belles paroles de saint Bernard : « Bien penser, parler en digne ministre de Jé- « sus-Christ, confirmer nos discours par la sainteté de nos « œuvres, voilà un triple cordeau difficile à rompre, et (( très-puissant pour arracher les âmes à la captivité du (( démon et les tirer à notre suite dans le royaume céc( leste ^. »
1 Sicut (Icleclatur auditor, si siuwiter loquaris; ita flcctitur si amct (liiod polliceris, linieat quod minaris, odcrit qu» arguis, qua; coniiiu'iidas amplcctatur. De Dodr. Christ., lib. IV, cap. XIJ.
Ml Cor., V, 20.
'^ Est funiculus triplex, qui difficile rumpitur ad extralicndas animas do carcerc diaboli , et tralieiidas post se ad régna cœlcstia, si rccte scntias, si digne proloquaris, si vivendo «.onfiimcs. lu Confie, sorm. 1G.