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CHAPITRE III

Des industries pour atteindre le but de la prédication.

La première est de prendre le contre-pied de tous les obstacles que nous venons de signaler dans le chapitre précédent. Ainsi, puisqu'il faut éviter une étude légère, vague et superficielle, il faudra mettre beaucoup de soin, d'ordre et de constance dans ses études. Puisqu'il n'est pas à propos de lire l'Écriture sainte sans la méditer, il fau-

^3() MÉTHODE GÉiNÉllALE J>E CATÉCHISME.

dm lire rËcritiire sainte avec application, la ruminer et se la rendre propre par des considérations approfondies, etc.

La seconde indYistrie est de bien se mettre dans Fesprit cette vérité d'une expérience constante , qu'on voit trèssouvent des prédicateurs qui, avec une science médiocre et une grande piété, produisent de grands fruits, tandis qu'ordinairement ceux qui ont de grands talents, mais une piété médiocre, ne font que peu d'effet pour le salut et la sanctification des âmes. C'est donc à avancer dans la piété que le prédicateur doit principalement s'appliquer; c'est le véritable moyen de donner à ses sermons un principe de vie et de salut.

La troisième industrie regarde la manière de se servir de l'Écriture sainte. Il est bon de comparer ensemble les divers textes qui ont rapport au môme objet. Car, outre l'appui que l'un donne à l'autre, ils s'expliquent mutuellement et donnent au discours plus de force et de grâce. Il faut lire avec soin ce que les saints Pères ont dit sur les textes de l'Écriture sainte qu'on veut employer. Dans l'application des textes des livres saints, il est bon de s'appliquer surtout au sens littéral qui est le plus propre à persuader ; il ne faut pas négliger cependant les sens allégoriques, moraux et anagogiques, qui souvent font un très-bon efPet. Ce n'est pas qu'il faille les employer tous les uns après les autres , mais il faut examiner si quelqu'un d'entre eux peut convenir à notre sermon, et alors il faut nommer l'auteur de qui ce sens est tiré.

On peut encore utilement examiner de quelle manière ce verset est traduit dans les différentes versions , et les conférer avec le texte hébreu ou grec, non qu'il soit jamais permis d'abandonner la version vulgate, mais on se sert des autres pour éclaircir quelque mot ou pour lui donner plus de force et d'énergie. Ainsi, en expliquant le

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commencement du psaume xvii, « Diligam te, Domine, « fortitudo mea, » on peut faire observer que le mot hélireu, traduit par a diligam, » signifie : «Je cacherai dans « mes entrailles, » ou «j'aimerai du fond de mon cœur, » ce qui est plus énergique que de dire simplement « diligam. » Dételles observations doivent cependant être très-rares, pour éviter tout soupçon de faire parade de science; cinq ou six dans un sermon seraient trop. Il faut éviter aussi de descendre sur cet objet dans des discussions minutieuses qui conviennent mieux à une classe d'Écriture sainte qu'au sermon ; car l'auditeur se lasse bien vite de tout ce qui a un air grammatical.

La quatrième industrie est de s'arrêter à deux ou trois points sur lesquels roule tout le sermon, et qu'on s'applique uniquement, ou à persuader, comme l'aumône, la prière , le fréquent usage des sacrements ; ou à dissuader, comme l'avarice, la haine, la sensualité. Il faut ramener là tout son discours et faire un choix de bonnes et fortes raisons capables de convaincre l'auditeur, auxquelles on joindra tout ce qui pourra lui inculquer les vérités que l'on prêche et les graver profondément dans son cœur. Il faudra donc éviter le défaut de quelques prédicateurs qui croient avoir assez fait pour la conversion des péclieurs en proposant, une fois ou deux, une vérité capable de faire impression. Il arrive d'ordinaire que cette impression s'efface bien vite, et le but de la prédication se trouve manqué. Il faut donc imiter saint Chrysostome, qui s'arrête longtemps sur une même vérité, en ayant soin de la proposer et de la prouver de plusieurs manières différentes. Par là on fait entrer la vérité dans l'esprit de l'auditeur, et on l'y enfonce si profondément, qu'il est difficile qu'elle en sorte ; de même que pour enfoncer un clou dans une poutre, on ne se contente pas de donner un ou deux coups lie marteau, mais on en donne plusieurs, et en d'autant

plus grand nombre que la poutre est plus dure et q\i'on veut que le clou y tienne plus solidement.

La cinquième ^industrie est d'éviter le respect humain qui porte à flatter les auditeurs, au lieu que le jiiinistère ecclésiastique est établi pour les reprendre de leurs défauts avec une liberté et une confiance évangélique. Il faut cependant éloigner avec soin toute personnalité, soit qu'elle tombe sur un particulier, soit qu'elle tombe sur un état spécial, par exemple, sur les évéques ou sur les magistrats; on ne doit jamais faire qu'en particulier les corrections personnelles, mais on peut et l'on doit reprendre en chaire les péchés qui se commettent généralement par des personnes de tout état; et encore faut-il, en ces occasions, user d'une grande circonspection et bien peser les termes dont on se sert; car il faut bien prendre garde de ne pas irriter les pécheurs au lieu de les convertir.

La sixième industrie est de ne point parler sans une grande préparation, et sans avoir bien prémédité les choses que l'on doit dire et la manière dont on doit les dire. Il est cependant utile de ne pas s'babituer à tout écrire. La contrainte de la mémoire diminue ordinairement le feu du débit, et nuit à un certain abandon qui sert beaucoup à prouver à l'auditeur qu'on parle du fond du cœur. D'ailleurs, si on s'habitue à étudier tout au long ce que l'on prêche, il peut arriver que la mémoire vienne à manquer, et alors on se trouve tout dérouté. Que si l'on tire son cahier, on se fait regarder par les auditeurs comme un homme qui ne prêche pas des vérités dont il soit intimement pénétré ; et cette pensée est très-nuisible au fruit de la prédication.

La septième industrie est de rédiger en lieux communs et sous certains titres tout ce qu'on trouvera, dans ses différentes lectures, d'utile pour les sermons, afin de l'avoir

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SOUS la main toutes les fois qu'on aura une prédication à préparer.

La neuvième industrie est d'observer exactement l'instruction pour les prédicateurs.

La dixième est un conseil donné aux jeunes prédicateurs de choisir un sermon remarquable de quelque saint, de le traduire et de le débiter en langue vulgaire, comme son propre ouvrage, en présence du supérieur qui examinera avec soin de quelle manière on s'acquitte de cette prédication.

La onzième industrie est de lire avec soin deux ouvrages qui ont été faits pour l'instruction des prédicateurs par deux hommes très-versés dans la prédication. Le premier qui est le plus long et très-utile, a pour auteur le P. Charles Régius. Le second, qui est très-court, mais recommandable par sa méthode et ses excellents avis, a été composé par le P. ^lazarin.

La douzième industrie regarde les supérieurs auxquels on recommande de veiller avec le plus grand soin à former de bons prédicateurs, et à faire surtout observer trèsexactement tout ce qui a été réglé sur les études, sur la manière d'étudier et sur le temps qu'on doit y employer. On leur recommande aussi de choisir un bon préfet des études, d'avoir l'œil à ce qu'on donne aux jeunes prédicateurs des avis sérieux pour les corriger de leurs défauts, et d'éloigner de la prédication les esprits superficiels, ainsi que ceux qui courent après des ornements affectés, s'ils ne se corrigent pas.

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