‹ Methode generale du catichisme v.2Chapitre 60 sur 65 · BIEN FAIRE LE CATÉCHISME · texte numérisé non relu

BIEN FAIRE LE CATÉCHISME

Ceux qui ont (|uel({ue oxpévieuce des Ibuctioiis eccléliastiques, et quelque zèle pour le salut des âmes, sont jnsiblement touchés de l'ig-norance de la plupart des chrétiens. Cène sont point senlemént les paysans, les ouvriers, les gens grossiers, sans esprit, sans éducation; ce sont les gens du monde, polis et éclairés d'ailleurs, souvent même les gens de lettres, que l'on trouve fort mal instruits et des mystères et des règles de morale. On voit des personnes dévotes, qui ont lu beaucoup de livres spirituels et savent grand nombre de pratiques de piété, mais qui n'ont pas encore bien compris l'essentiel de la religion. On voit, qui le pourrait croire! des religieux, des prêtres et des théologiens, à qui l'Écriture sainte n'est pas iamilière, et qui ne se sont pas assez appliqués à entendre le corps de la doctrine chrétienne, et la suite des desseins de Dieu sur nous.

Cette ignorance est une des principales sources de la corruption des mœurs. Rarement la dépravation du cœur est-elle si grande, que l'on résiste ouvertement à la lu- II. '2U

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mière de la vérité et de la justice : mais on ne peut l'aire que par hasard Iq bien que l'on ne connait pas. La dévotion ne peut jamais être que superficielle, quand elle n'est point fondée sur des principes solides et sur une pleine conviction de l'excellence de la loi de Dieu ; et un théologien, qui ne s'attache qu'aux questions particulières que l'on agite dans les écoles et aux détails de la pratique présente, ne sera jamais capable de bien instruire les entants de l'Église, ni de bien combattre ses ennemis.

Le libertinage même et le mépris de la religion ne vient que d'ignorance ; car il est impossible de connaître la doctrine chrétienne telle qu'elle est, sans l'admirer et l'aimer. La plupart des libertins le sont sans connaissance de cause, par emportement ou par préoccupation : et si quelques-uns ont de l'étude, ce sera de la philosophie purement humaine, ou la lecture de quelque auteur extravagant, qui combat toutes les maximes établies. Mais il n'y en a point qui ait examiné les preuves avant les objections, et qui se soit donné la patience de sonder les fondements de la religion, et d'en considérer attentivement toute la suite.

Il ne faut pas chercher bien loin la cause de cette ignorance. L'ignorance naît avec nous, et c'est une des suites de la corruption de la nature. Ce n'est pas de ces maux auxquels on puisse remédier une fois pour une longue suite d'années, puisque, tous les jours, des enfants viennent au monde, et y viennent entièrement ignorants. Il leur sert peu de naître dans le sein de l'Église et de parents éclairés, si l'on ne prend soin de les instruire chacun en particulier, et si de leur côté ils ne s'affectionnent aux instructions; si la corruption du genre humain résiste à l'un et à l'autre. A moins que la grâce n'opère puissamment, nous ne sommes point touchés des choses de l'autre vie, parce qu'elles ne frappent point nos sens ;

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toutes nos applications se portent aux choses temporelles. Avec combien de soins, do travail et de patience, les hommes les plus grossiers s'appliquent-ils à apprendre dos métiers pour subsister! Combien donne-t-on à l'étude de la jurisprudence, de la médecine, des mathématiques et dos autres connaissances utiles au commerce de la vie? Il n'y a point do financier, de marchand, de riche bourgeois, qui n'étudie soigneusement ses comptes et ses papiers, qui n'ait de la pénétration dans ses afïaires et n'y raisonne juste. 11 n'y a paysan si grossier qui, sans savoir lire ni écrire, ne suppute exactement ce qui lui est dû, ce qui lui doit venir d'un tel travail, ce qu'il doit gagner sur une telle marchandise. Chacun a de la curiosité, de l'ouverture desprit, de la mémoire pour l'objet de ses passions, soit le plaisir, soit l'intérêt. 11 n'y a que la morale et la religion que tout le monde trouve difficile à comprendre et à retenir. On n'aime pas à en parler, on prend tout autre sujet de conversation.

La plupart mémo ne croient pas avoir besoin de s'en instruire. Je sais plus de bien que je n'en veux faire, dira l'un ; je me contente de mon catéchisme , dira l'autre. Je veux croire, dira celui-ci, sans approfondir; les vérités de la religion doivent être respectées; il est dangereux de raisonner sur ces matières'. Vous diriez ({u'ils craignent de trouver le faible de leur religion, s'ils s'en instruisaient plus à fond. Mais tous ces discours no sont que de vains prétextes dont se couvrent l'ignorance et la paresse. La vraie religion ne craint point d'être connue ; elle n'enseigne rien qui ne se soutienne au plus grand jour. La même Ecriture, qui nous ordonne de recevoir avec soumission les vérités révélées de Dieu, de caj>tiver notre entendement, d'obéir à la foi, nous commande

1 S. Clc-m. Alex., t. VI, p. 655 A; Deut., iv, i, etc.; II Petr., 1. :21 ; 1 Tlicss.. n, lo ; Honi , xvi, 10; II Cor..-x, 5.

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expressément de méditer sa loi jour et nuit, de nous appliquer de toutes nos forces à Tétude de la science et de la sagesse, et de travailler toute notre vie à connaître la volonté de Dieu le plus distinctement qu'il est possible K

En effet, quoique le catéchisme contienne ce qui est le plus nécessaire à savoir, il en est comme de tous les autres abrégés que Ton ne sait jamais bien si l'on n'étudie rien au delà. Pour entendre et retenir ce peu que contient le catéchisme, il faut en peser toutes les paroles, et pénétrer, chacun selon sa portée, la profondeur de la doctrine qu'elles renferment. Quant aux vérités de morale, il est vrai que la meilleure manière de les étudier est la pratique, et que nous ne savons comme il faut que celles que nous observons; mais il ne s'ensuit pas que nous ne devions les apprendre qu'à mesure que nous les mettons en œuvre. Les occasions d'agir ne se présentent pas par ordre; et si j'attends que j'aie exécuté tous les commandements de Dieu pour connaître les conseils, je ne les connaîtrai peut-être de ma vie, quoiqu'ils soient donnés pour faciliter l'observation des commandements. La négligence à garder les préceptes que nous savons déjà ne nous donne donc pas droit d'ignorer les autres; nous sommes obligés à les garder tous, et par conséquent à les savoir tous.

Enfin, la vraie religion n'est pas comme les fausses, qui ne consistent qu'en un culte extérieur et en de vaines cérémonies : c'est une doctrine, une étude, une science -. Les fidèles étaient nommés disciples, avant qu'ils eussent reçu à Antioche le nom de chrétiens '^ ; les évêques sont nommés docteurs chez tous les anciens, et Jésus-Christ, fondant son Eglise, dit aux Apôtres : Allez, instruisez

* Dcut., VI, G, 18; Psal. i, 2, cxvuF, etc.; Prov . i, ii, m, etc.; Ronij, xir, 2; Eplies., v, 17; Coloss., i, 9, 10. — - Dent., iv, 7. — 3 Act., xij. G; Mattli., xxviii, l'i.

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toutes les nations. 11 est donc impossible d'être chrétien et d'être entièrement ignorant; et celui-là est le meilleur chrétien, qui connaît le mieux et pratique le mieux la loi de Dieu. Or, quoiqu'on puisse la connaître sans la pratiquer, il est impossible d'en pratiquer tout ce que l'on en connaît.

Mais il faut avouer que les particuliers ne sont pas seuls coupables*de l'ignorance qui règne depuis longtemps dans l'Eglise : il y a bien de notre faute, je dis de nous autres prêtres, et de tous ceux qui sont établis pour instruire. Ouoique l'on prêche très-souvent, et qu'il y ait une inlinitê de livres qui traitent de toutes les parties de la religion, on peut dire qu'il n'y a pas assez d'instruction pour les chrétiens, même pour les mieux intentionnés. Les livres sont de plusieurs sortes : des traités de théologie, pleins de questions curieuses dont le commun des Mêles n'a pas besoin, écrits en latin et d'un style qui n'est intelligible qu'à ceux qui ont fréquenté les écoles ; des commentaires sur l'Écriture, la plupart fort longs et presque tout en latin ; des vies des saints qui ne vont qu'à montrer des exemples particuliers de vertu ; des livres spirituels qui donnent de bonnes pratiques pour sortir du péché et pour avancer dans la vertu et dans la perfection, mais qui supposent des chrétiens suffisamment instruits de l'essentiel de la religion, et qui, par la longueur du style et la grosseur des volumes, ne sont pas à l'usage des gens occupés ou peu attentifs. Il en est de même des sermons. On n'y traite que des sujets particuliers, détachés le plus souvent les uns des autres, selon la fête, l'évangile ou le dessein du prédicateur ; on y explique rarement les premiers principes et les faits qui sont les fondements de tous les dogmes : on y parle des histoires contenues dans l'Écriture sainte, comme de choses connues de tout le monde.

De là vient que les lectures publiques de l'Écriture, qui font partie de Foffice de l'Église, servent si peu pour l'instruction des fidèles, pour laquelle on les a instituées. Tout le monde n'entend pas le latin ; peu de gens se servent des traductions; et elles ne suffisent pas, si l'on ne connaît les livres saints d'où les leçons sont tirées, et si on ne les y lit dans leur suite. On devrait suppléer à ce défeut par les sermons; mais ce n'est pas expliquer un évangile que d'en prendre un mot pour texte, et y faire venir à propos tout ce que l'on veut. Ainsi, on trouve partout de bonnes gens qui, fréquentant les églises depuis quarante ou cinquante ans et étant fort assidus aux offices et aux serinons, ignorent encore les premiers éléments du christianisme.

Il n'y a que les catéchismes qui descendent jusqu'à ces premières instructions, si nécessaires à tout le monde : ■ mais il semble qu'ils ne sont pas assez estimés. La plupart croient savoir le catéchisme, parce qu'ils l'ont appris en leur enfance, et ils ne s'aperçoivent pas qu'ils l'ont oublié, ou qu'ils ne l'ont jamais bien entendu. D'autres ont honte d'avouer leur ignorance et leur mauvaise éducation, et ne peuvent s'abaisser jusqu'à ces instructions qui les remettraient, ce semble, aux petites écoles. Les ecclésiastiques, je dis ceux qui cherchent leurs intérêts plutôt que ceux de Jésus-Christ, méprisent cet emploi, parce qu'il est pénible, obscur et infructueux. S'ils croient avoir de grands talents, ils cherchent de la réputation par l'éloquence de la chaire; s'ils en ont moins, ils s'appliquent au confessionnal et à la direction. Mais une des plus grandes difficultés de la confession est l'ignorance des chrétiens; et qui les instruirait l)ien, trancherait beaucoup de péchés par la racine.

Il est vrai que la forme et le style des catéchisujes a peu d'attrait pour ceux qui l'apprennent; car pour ceux

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qui l'enseig-nent, il ne faut pas espérer qu'ils prennent jamais grand plaisir à répéter souvent des vérités qui leur sont familières : trouvant toujours de nouvelles difficultés de la part des auditeurs, il n'y a que la charité qui puisse en faire l'agrément. Mais pour les disciples, comme la plupart sont des enfants qui ne peuvent voir l'utilité de ces instructions, il serait fort à souhaiter qu'elles eussent quelque chose de plus engageant qu'elles n'en ont pour l'ordinaire. Car il semble que ceux qui, dans ces derniers temps, ont composé des catéchismes, n'ont pas eu cette vue, ou n'ont pas cru qu'il fût possible d'y réussir. Ils ont seulement cherché à renfermer en peu de paroles le plus essentiel de la doctrine chrétienne, à le distribuer suivant un certain ordre, et à le faire apprendre aux enfants par des questions et des réponses, qui s'imprimassent fortement dans leur mémoire, et c'est en effet le plus nécessaire. Aussi ces catéchismes ont-ils fait de très-grands fruits : et quelle ignorance qui reste parmi les chrétiens, elle n'est pas comparable à celle qui régnait, il y a deux cents ans, avant que saint Ignace et ses disciples eussent rappelé la coutume de catéchiser les enfants.

Mais enfin, on ne peut nier que le style des catéchismes ne soit communément fort sec, et que les enfants n'aient beaucoup de peine à les retenir et encore plus à les entendre. Cependant les premières impressions sont les plus fortes, et plusieurs conservent toute leur vie une aversion secrète de ces instructions qui les ont tant fatigués dans leur enfance. Tous les discours de religion leur paraissent tristes et ennuyeux. S'ils écoutent des sermons, s'ils lisent des livres de piété, c'est avec dégoût et ù contre-cœur, comme on prend des médecines salutaires, mais désagréables. La religion leur semble une loi dure ; ils ne la suivent que par crainte, sans goût et sans affecion, la mettant où elle n'est pas, et ne s'-attachant qu'aux

formalités. D'autres, plus emportés, s'écartent tout à fait : prévenus des fausses idées que leur ont données la dureté des catéchismes 'et la simplicité des femmes qui ont été les premières à leur parler de religion, ils ne veulent rien écouter, et supposent, sans s'éclaircir, que tous ces discours ne méritent pas seulement d'être examinés. C'est ce que font les libertins, principalement quand leurs passions et leurs mauvaises habitudes leur rendent odieuses les vérités de la religion; quand ils ont intérêt de les détruire au moins dans leur esprit, pour apaiser les remords qui les tourmentent. Et voilà jusqu'où peuvent aller les mauvais effets des instructions désagréables.

Cherchons donc, avec l'aide de Dieu qui veut le salut de tous les hommes, s'il y a quelque moyen de remédier ou de suppléer à la sécheresse des catéchismes ; et premièrement tâchons d'en découvrir la cause. Elle vient, si je ne me trompe, de ce que les premiers qui les ont composés étaient des théologiens nourris dans l'école, qui n'ont fait qu'extraire de chaque traité de théologie les définitions et les divisions qu'ils ont jugées les plus nécessaires, et les traduire en langue vulgaire, sans en changer le style. Ils ont aussi suivi la méthode scolastique , et ont voulu faire apprendre aux enfants les raisons de la suite des traités ; c'est pourquoi on parle des vertus et des sacrements, après avoir traité des mystères, et ainsi du reste. Mais je crains qu'ils n'aient pas assez fait réflexion sur l'état de ceux qu'ils entreprennent d'instruire ; et en effet, il est difficile que des hommes qui ont étudié longtemps, et qui sont fort exercés dans toutes les subtilités d'une science, puissent bien se représenter jusqu'où va l'ignorance de ceux qui n'en ont aucune teinture.

La méthode et le style de la théologie scolastique est fort propre à ceux qui ont étudié la logique et les autres parties de la philosophie, tels que sont ordinairement les

théologiens ^ Quand on leur propose crabord que Dieu peut être considéré en soi, ou par rapport aux créatures : en soi, ou quant à Tessence, ou quant à la distinction des personnes ; à l'égard des créatures, ou comme leur principe, ou comme leur fm; que les moyens par lesquels la créature raisonnable peut arriver à cette fin , sont les vertus et la grâce que Jésus-Christ nous a méritée,^ et q\ii nous est communiquée par les sacrements : quand, disje, vous proposerez tout cela à un homme instruit de la philosophie, il vous entendra fort bien, et ce plan général lui fera prévoir agréablement tout ce qu'il doit apprendre ensuite. Mais si vous dites la même chose à un marchand ou à un homme d'affaires, qui n'a point été au collège, il ne vous entendra point et il ne se formera qu'une idée confuse d'un discours qui regarde Dieu et la religion. 11 n'est point accoutumé à ces divisions méthodiques; il n'entend point ces termes d'essence, de principes, de fm, de moyens ; il faudrait bien des paroles et bien du temps pour lui expliquer tout cela. Ce sera bien pis si vous parlez à un paysan, à une femme de ménage, à un enfant qui ne sait pas encore toute la langue, et qui n'a pas encore toutes les idées des choses communes de la vie.

La meilleure méthode d'enseigner n'est donc pas celle qui nous paraît la plus naturelle, quand nous considérons les vérités abstraites et en elles-mêmes; mais celle que l'expérience fait connaître pour la plus propre à faire entrer ces vérités dans les esprits de ceux à qui nous parlons. Or, il me semble que nous devons faire grand cas de l'expérience de tous les siècles. Et, remontant jusqu'à sept ou huit cents ans, qui est à peu près le temps où la plus grande ignorance s'est répandue dans le christianisme, au-dessus de ces temps misérables jusqu'au com-

1 S. Thoni., part, i, qiirest. 2.

menceinent du monde, je trouve que Ton a toujours suivi à peu près la mèjiie méthode pour enseigner la religion, et que Ton s'est servi principalement de la narration et de la simple déduction des faits^ sur laquelle on fondait les dogmes et les préceptes de morale.

En effet, pendant les premiers deux mille ans, la vraie religion se conserva sans Écriture, par la seule tradition ; et cette tradition n'était autre chose que le soin religieux qu'avaient les pères de raconter à leurs enfants les merveilles de Dieu, qu'ils avaient vues de leurs yeux ou apprises par le récit de leurs pères; et que ces enfants, également pieux et fidèles , avaient soin à leur tour de raconter à leurs enfants. Ainsi Adam avait instruit ce grand nombre d'enfants dont il commença à peupler la terre. Il leur avait dit souvent, l'ayant appris de Dieu même, comment le monde fut créé, comment lui et sa femme furent formés ; il leur avait raconté le bonheur de leur premier état, leur péché, leur peine. Ainsi Noé avait enseigné à ses enfants tout ce qui s'était passé de mémorable avant le déluge ; et ses trois fils répandirent par toute la terre la mémoire de ce fameux événement. Qui peut douter qu'Abraham n'ait pris grand soin de raconter à Isaac tout ce que Dieu avait fait avant lui pour le genre humain, et les grâces particulières que lui-même en avait reçues, puisque l'Ecriture marque expressément son zèle pour l'instruction de sa famille ^7 Et qui peut douter que les autres patriarches ne l'aient imité?

Moïse, inspiré de Dieu, recueillit et écrivit toutes ces anciennes traditions dans le livre de la Genèse; et dans les livres suivants, après avoir raconté fort au long les grands miracles que Dieu avait faits pour tirer son peuple delà servitude d'Egypte, il recommande à tous les Israé-

1 Gen., xviH, 18.

lites, qui le? avaient vus comme lui, de les raconter à à leurs enfants; et répète souvent, de la part de Dieu, ce rommandement, comme celui de lire, relire et méditer lontinuellement sa loi, c'est-à-dire tout ce qu'il leur donnait par écrit ^ Josué, Samuel et les autres prophètes écrivirent de temps en temps les miracles, les prédictions et toutes les autres choses qui servaient à la religion ; ce qui fut continué sans interruption jusqu'à la captivité de Babylone. Au retour, Dieu suscita le savant Esdras pour recueillir avec soin tous les livres précédents et y ajouter l'histoire du rétablissement. Enfin, après un assez longintervalle, où il ne s'était rien passé de mémorable pour la religion, on écrivit l'histoire de Judas Machabée et de ses frères, qui l'avaient défendue si vaillamment contre les infidèles acharnés à la détruire et à faire périr les livres sacrés ; et cette histoire nous mène fort proche du temps du Messie. Cependant l'Écriture ne nuisait pas à la tradition ; elle ne servait qu'à la rendre plus certaine ; et les fidèles n'avaient pas moins de soins que dans les premiers temps de raconter à leurs enfants et à leurs petitsenfants ce qu'ils avaient appris de leurs pères et de leurs aïeux, et de leur recommander de le faire passer à leur postérité. Ce devoir est marqué dans tous les livres de morale, et particulièrement dans les psaumes ^ Il est donc vrai que pendant tout l'Ancien Testament la religion s'est conservée par les narrations et par les histoires, La publication de la nouvelle alliance n'a rien changé à cette méthode ; on a seulement ajouté à l'histoire des anciennes merveilles celle des nouvelles encore plus grandes; la naissance et la vie de Jésus-Christ, ses discours, ses miracles , sa résurrection , l'établissement de son Église ; et Dieu a fait écrire ces prodiges nouveaux ,

* Exotl., XHf, U; Deut., iv^ 10; vi, 7; xi, 10. — ^ Psalm. XLir, 1; LXVTi, 3, etc.; Prov., ], 8; iv^ 1 ; EccK, ni, i, etc.

comme les anciens, par ceux qui en étaient témoins oculaires K Le sermctn de saint Etienne et la plupart de ceux des apôtres, que TÉcriture nous rapporte, font voir que leurs disputes contre les Juifs et les instructions qu'ils donnaient aux païens, étaient toujours fondées sur la déduction des faits. Il fallait faire souvenir les Juifs de ce que Dieu avait fait pour leurs pères, et de ce qu'il leur avait promis, pour leur en montrer Taccomplissement; et il fallait enseigner aux infidèles que Dieu avait créé le monde, qu'il le gouvernait par sa providence, et qu'il devait envoyer un homme extraordinaire pour le juger.

Nous voyons la même conduite dans les siècles suivants. Entre les ouvrages des Pères, nous avons grand nombre d'instructions pour ceux qui se voulaient faire chrétiens. Elles sont la plupart fondées sur les faits; et le corps du discours est d'ordinaire une narration de tout ce que Dieu a fait pour le genre humain, depuis l'origine du monde jusqu'à la publication de l'Évangile. Rien n'est plus clair que ce que saint Augustin a écrit dans le livre de la Vraie Religion ^ et dans celui qu'il a composé exprès, de la manière dont on devait catéchiser les ignorants. Il parle toujours de narration; il suppose toujours que l'instruction doit se faire eu racontant des faits et en les étendant plus ou moins, selon leur importance et la capacité du disciple ; et le modèle de catéchisme qu'il donne luimême à la fm de ce traité est un abrégé de toute l'histoire de la religion, mêlé de diverses réflexions. Il en donne encore un semblable dans l'épitre à Yolusien, commençant à la vocation d'Abraham et finissant à son temps. 11 est vrai qu'en tous ses ouvrages, saint Augustin ne parle que de l'instruction des personnes raisonnables, qui, ayant passé une partie de leur vie hors de l'Église, de-

1 Act. VIT, 10, 37; xiii, 17; xvii, 22. -^ 2 De Vera Reli^., c. vu, n. 13.

mandaient à être instruites de la religion chrétienne ; il ne parle point des enfants baptisés, et, ni dans ce Père ni dans aucun autre, nous ne voyons point de catéchisme pour eux. Cela vient de ce que ceux qui étaient baptisés en enfance étaient enfants de chrétiens, qui avaient été eux-mêmes bien instruits avant que d'être baptisés, et qui ensuite avaient grand soin d'instruire leurs enfants chez eux et de les mener à l'église, où ils assistaient au catéchisme de ceux qui demandaient le baptême. Ainsi, rhistoire de la religion et toute la doctrine chrétienne leur étaient tant de fois répétées, et en public et en particulier, qu'ils ne pouvaient manquer de la bien savoir, pour peu qu'ils y eussent d'affection.

Il ne faut pas douter néanmoins que l'instruction des enfants baptisés n'ait toujours commencé d'une autre manière que celle des catéchumènes plus âgés. Avant que de donner le symbole à ces derniers et leur expliquer les mystères, il fallait les préparer par plusieurs discours, pour s'assurer de leur conversion, et pour leur inspirer la soumission qui est due à l'autorité de l'Église, en sorte qu'ils fussent prêts à recevoir sans examen toutes les vérités qu'elle leur proposerait à croire. Les enfants baptisés n'avaient pas besoin de ces préparations ; ils avaient déjà la foi, ils avaient la docilité, non- seulement par la crédulité naturelle à leur âge, qui n'eût produit tout au plus qu'une foi humaine, mais par la grâce du baptême qui leur avait imprimé dans l'esprit l'autorité de Dieu et de son Église. Ainsi on leur enseignait d'abord le symbole, comme nous faisons encore ; mais on était plus soigneux que nous ne sommes de le leur expliquer, et de fortifier leur foi par toutes les instructions que j'ai marquées, et dans les maisons et à Téglise *.

1 Acta S. Bcned., t. II, p. 224; ibicl., t. V, p. 700, c. xxsix.

Il est à croire que cette manière d'instruire a duré tant que Tancienne discipline de TÉglise s'est conservée, c'està-dire jusque vers le neuvième siècle, puisque l'on voit durerjusqu'à l'usage de catéchiser et d'examiner plusieurs fois pendant le carême ceux que l'on devait baptiser à Pâques. J'en trouve dans le septième siècle deux exemples remarquables : un sermon de saint Gai , aux infidèles d'Allemagne, vers l'an 620, et un de saint Wilfrid, aux Anglais de Sussex, l'an 680. Enfin, lorsqu'on commença à ne baptiser plus que des enfants , ces instructions publiques dégénérèrent en formalités '; et la misère des temps ayant introduit une grande ignorance même dans le clergé, l'instruction eifective fut fort négligée. On ne le voit que trop par les plaintes qu'en font les évêques au concile deTrossé, l'an î)01) ^ Depuis un siècle on était réduit à ordonner en plusieurs conciles, que les évêques et les prêtres enseigneraient aux peuples, du moins le symbole et l'oraison dominicale. Par là ils marquaient tout le catéchisme. Expliquer ou donner le symbole; selon les anciens, c'est catéchiser, parce que le symbole est l'abrégé de toute la doctrine. En effet, ces conciles veulent que l'on envoie les enfants aux écoles, pour recevoir cette instruction; ce qui serait inutile s'il ne s'agissait que de retenir par cœur ce peu de paroles ; et ils veulent que les fidèles apprennent le symbole et l'oraison au moins en leur langue vulgaire, afin qu'ils l'entendent, et en sorte qu'ils puissent l'enseigner aux autres. Depuis ce temps-là, c'est-àdire environ depuis le dixième siècle, on s'est réduit à cette manière d'instruction, et l'on a cru que, pourvu que les chrétiens entendissent médiocrement le symbole, ils pouvaient se passer pour la plupart de la connaissance des faits que les anciens étaient si soigneux de leur ra-

2 Capit.. art. 802, c. 2j; Concil.

1 C. XV, t. 8, concil,, p. 62.

Mogiint., an. 813, eau. 45.

conter. Cependant quand nous n'aurions pas Tautorité de l'Écriture et les exemples de tant de siècles, il serait aisé de voir que la narration et la déduction des faits est, généralement parlant, la meilleure manière d'enseigner la religion.

On peut, à la vérité, prouver par des raisons convaincantes, qu'il y a un Dieu créateur de toutes choses , qui les conserve et les gouverne par sa providence ; que la nature humaine est corrompue; que l'àme est immortelle, et qu'elle ne peut trouver de honheur en cette vie. Les Pères l'ont fait quelquefois et le devaient, ayant à convertir des hommes en âge de raison, et souvent des hérétiques ou des philosophes. C'est de cette e3pèce de catéchisme que saint Grégoire de Nysse nous a donné un excellent modèle. Mais les enfants et la plupart des hommes grossiers et peu attentifs, ne sont point capahles d'entendre et de suivre ces raisonnements. Ceux même qui raisonnent le mieux ne peuvent arriver à ce qui est au-dessus de la raison, comme la Trinité, l'incarnation, la prédestination, en un mot, les mystères, dont toutefois la connaissance est nécessaire pour nous faire voir ce que nous devons à Dieu. C'est pourquoi Dieu, qui nous connaît parfaitement, a tonde la doctrine de sa religion sur des preuves dont tous les hommes fussent capables , c^est-àdire, sur des faits et sur des faits évidents, illustres, sensibles, tels que sont la création du monde , le péché du premier homme, le déluge, la vocation d'Abraham, la sortie d'Egypte.

Alin que la vérité de ces faits ne put être révoquée en doute par ceux qui ne les auraient pas vus, Dieu a de temps en temps rendu témoignage à ceux qui les racontaient, par d'autres faits extraordinaires, c'est-à-dire par des miracles, tels que ceux de Moïse et des prophètes, et enfin de Jésus-Christ et de ses disciples. En sorte que

pour croire à ceux que Dieu a envoyés, il n'a été besoin que de ce raisonnement si facile : 11 faut bien que ce soit Dieu qui nous paxle par ces hommes, puisqu'en son nom ils ressuscitent des morts , et font d'autres merveilles que lui seul peut faire.

C'est ainsi que Taveugle-né raisonnait sur les miracles de Jésus-Christ, et faisait le même raisonnement que Nicodème, docteur en Israël ^

Cette manière d'instruire n'est pas seulement la plus sure et la plus proportionnée à toutes sortes d'esprits, c'est encore la plus facile et la plus agréable. Tout le monde peut entendre et retenir une histoire où la suite des faits engage insensiblement , et où l'imagination se trouve prise; et quoique plusieurs se plaignent de leur mémoire , elle est toutefois moins rare que le jugement. De là vient la curiosité pour les nouvelles, l'amour des romans et des fables. Surtout, ce sont les enfants qui en sont les plus avides, parce que tout a pour eux l'agrément de la nouveauté; et comme d'ailleurs les personnes âgées aiment naturellement à raconter les faits dont elles ont la mémoire pleine , rien ne serait si facile que d'instruire les enfants dans la religion, si les pères et les mères en étaient bien instruits, et s'ils voulaient s'appliquer à raconter les merveilles de Dieu comme ils faisaient autrefois.

Ceux qui ont composé nos catéchismes modernes, ont bien vu cette utilité des faits , pour arrêter l'imagination des enfants, et pour leur rendre les instructions agréables : et plusieurs ont établi pour règle de leur méthode, de finir chaque leçon par une histoire. Mais comme ils n'ont pas trouvé, dans l'Écriture et dans les livres de grande autorité, des histoires courtes qui s'ajustassent à leurs

1 Joan., ni, 2.

leçons, ils en ont pris où ils ont pu, et souvent il les ont tirées de la Fleur des exemples, du Pédagogue chrétien, ou de quelques vies des saints peu correctes; en sorte que la plupart de ces histoires contiennent des visions ou des miracles peu certains , ou môme peu vraisemblables. On croit que tout est bon pour les enfants ; mais ils deviendront hommes , et ces premières impressions peuvent les rendre trop crédules, ou leur donner du mépris pour tout ce qu'ils ont appris dans Tenfance , sans distinguer le solide. De plus, le catéchisme se fait en public et à la face des autels : c'est la parole de Dieu , où il n'est pas permis de rien mêler qui ne puisse se soutenir devant les hommes les plus savants et les mieux sensés, et qui ne soit digne de la majesté de la religion.

Un autre moyen pour suppléer à la sécheresse des catéchismes, bien plus approchant de l'ancienne méthode, sont les abrégés de l'histoire sainte de l'Ancien et du Nouveau Testament, accompagnés de figures. L'invention en est excellente; les images sont très-propres à frapper l'imagination des enfants, et à fixer leur mémoire; et c'est l'écriture des ignorants. Mais il serait à désirer que ceux qui ont fait ces abrégés, au moins ceux dont j'ai connaissance, y eussent observé plus de choix et plus de méthode. Ils ont mis bien plus au long les histoires de la Genèse , que des autres livres historiques : ils en ont mis plusieurs qui ne servent de rien à l'essence de la religion, comme la punition d'Adonibezec et d'Agag, la révolte de Zambri et d'autres semblables ; et ils en ont omis d'importantes , comme les promesses du Messie faites à David, la vie des prophètes ; surtout, il ne parait pas qu'ils aient pris soin de faire voir la suite et le rapport de tous ces faits : et véritablement c'est ce que les enfants entendent le plus tard, mais c'est pourtant à quoi l'on doit toujours tendre. Enfin , les livres pleins de figures sont de trop grand prix H. 2.].

iï2 MÉTHODE GÉ.\ÉRALi: DE CATECHISME.

poiu' ôti'c à l'usage des pauvres, qui ont le plus besoin de ces instructions; et le discours qui n'est fait que pour expliquer les figures, n'est plus si clair quand elles sont otées. Cependant elles m'ont paru d'une si grande utilité, que j'ai cru devoir les mettre à ce catéchisme, afin qu'il puisse servir tout ensemble de catéchisme et de figure de l'histoire sainte. Mais je les y ai jointes de telle sorte qu'il n'en dépend aucunement, et que les figures ont plus besoin du discours, que le discours des figures.

Je sais bien que l'on a composé les catéchismes sans narrations, par le désir de se réduire au plus nécessaire, fondé sur la connaissance que l'on avait de l'ignorance crusse de la plupart des chrétiens, de leur peu d'application, et de leur incapacité. On a cru qu'ils pouvaient ignorer les noms des patriarches et des prophètes, l'alliance avec Abraham, la servitude d'Egypte et de Babylone , pourvu qu'ils sussent qu'en Dieu il y a trois personnes, que la seconde s'est faite homme, qu'il y a sept sacrements, et le reste. Cependant on n'a pu éviter de mêler beaucoup de faits à la doctrine. On ne peut expliquer le premier article de ce symbole, sans parler de la création; ni le baptême, sans parler du péché de notre premier père ; ni le commencement du Décalog'ue, sans parler de Moïse, de l'occasion et de la manière dont la loi lui fut donnée. On ne peut s'exempter de raconter assez en détail la naissance de Jésus-Christ, ses principaux miracles, sa passion, sa résurrection, son ascension, quand ce ne serait que pour rendre raison des fêtes par lesquelles on honore ces mystères; ce qui est une des instructions dont le peuple a le plus besoin. Or, ces faits seraient bien plus intelligibles et plus agréables , s'ils étaient racontés de suite, dans leur ordre naturel et avec une étendue raisonnable, qu'ils ne le sont quand on ne les dit que par occasion, suivant Tordre des parties du catéchisme ; quand

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OU ne les dit qu'en passant, et comme à regret, craignant d'y perdre du temps.

C'est ce qui mérite d'être fort considéré ; car je crains que les catéchismes les plus courts ne contiennent plusieurs choses moins nécessaires que ces narrations. Il nV en a guère qui ne disent rien au delà de ce qui est précisément de la loi, et ce surplus est tiré, pour l'ordinaire, ou des opinions de l'école, ou des méditations des spirituels. Il n'y en a point qui ne soient remplis de termes de scolastique qui demandent une grande explication pour pouvoir être entendus du peuple : vertus infuses , vertus théologales, cardinales, culte de latrie, de dulie, d'hyperdulie. Mais quand on pourrait, sans connaissance des laits, savoir les vérités les plus absolument nécessaires au salut, ne faut-il pas songer à rendre les chrétiens capables de profiter des livres de piété , des sermons , de l'Écriture même, s'ils peuvent y arriver? Ne faut-il pas qu'ils entendent, autant qu'il est possible, ce qui se lit publiquement, et ce qui se chante à la messe et aux autres offices, et ce qui est signifié par les saintes cérémonies de l'Église? Or, que peuvent y entendre ceux qui n'ont jamais ouï parler ni de patriarches, ni de prophètes, ni d^Abraham, ni d'Israël, ni de Moïse, ni de David, ni de Jérusalem, ni du temple, ni des sacrifices anciens ; ou qui en ont ouï parler si confusément, qu'ils n'en ont aucune idée claire?

Voilà les motifs qiii m'ont fait entreprendre ce catéchisme, dont le but est de soutenir, par la connaissance des faits, l'explication du symbole et des autres parties de la doctrine chrétienne. L'expérience a déjà fait voir que cette méthode n'est pas inutile; et ce qui m'en a fait bien espérer d'abord, est qu'elle approche de celle que Dieu même nous a enseignée dans la suite des saintes Écritures. Les premiers livres et les plus anciens, ne sont la

plupart que des histoires : les préceptes de morale viennent après , puis les livres des prophètes , mêlés d'exhortations et de prédictions : partout Fordre des temps est suivi. Il en est (fe même dans le Nouveau Testament. D'abord est Thistoire, dans les évangiles et les actes des apôtres ; puis les instructions et les exhortations dans leurs épitres ; et enfin les prédictions dans l'Apocalypse : en sorte que Tordre des Écritures renferme toute la suite des desseins de Dieu. Le premier livre commence par la création du monde ^ et le dernier finit par l'espérance du dernier avènement de Jésus-Christ.

Si tous les chrétiens étaient encore capables , comme dans les premiers temps^ de lirerÉcritureetdeTentendre, il ne leur faudrait point d'autre instruction , puisque ce serait Dieu même qui les instruirait, parlant par ses prophètes. Mais il n'est que trop évident que toutes sortes de gens ne sont pas en état de lire utilement l'Écriture. La plupart sont arrêtés à toutes les pages, par les manières de parler et par les locutions hébraïques, que l'on ne peut éviter dans les meilleures traductions, ou par les mœurs des anciens Orientaux, si différentes des nôtres. Quoique chacun des livres soit court, tous ensemble font un assez gros volume ; et le commun des chrétiens ont peu de loisir pour lire , peu d'application ou peu de mémoire. De plus, quoique toute l'Écriture soit très-utile pour notre salut, toutes ses parties ne sont pas nécessaires à tous. Les livres purement historiques sont plus nécessaires que Job , le cantique et les prophètes ; le Nouveau Testament plus que l'Ancien, quoique l'on ne puisse bien entendre l'un sans l'autre. Dans la Genèse et dans les autres livres d'histoire, il y a bien des faits qui ne nous importent pas autant qu'à ceux pour qui ils ont été premièrement écrits, comme les origines des nations et les généalogies. Dans la Loi nous avons bien plus besoin des préceptes de morale,

que des cérémonies qui sont abolies. Or, il est impossible de démêler d'abord tout cela, si Ton n'est averti par quelqu'un qui ait bien lu rÉcriture.

L'obscurité de TÉcriture est encore un obstacle considérable. Car, sans parler de ce qui a été écrit obscurément tout exprès, pour exercer notre foi et notre soumission et pour exciter notre attention; ce qui était écrit le plus clairement, est devenu obscur en plusieurs endroits par des causes fort naturelles; par l'imperfection des traductions , qui ne peuvent jamais atteindre à la force des expressions originales, par la différence des mœurs; par la longueur du temps, qui a fait perdre la tradition de mille circonstances des lieux et des personnes. On ne peut lever ces difficultés que par une longue étude et une grande application, qui doit être le partage des prêtres et des pasteurs. C'est à eux d'étudier continuellement la loi de Dieu, pour l'expliquer en public et en particulier, au peuple, qui a droit de la chercher dans leur bouche. Mais avant d'en venir au détail de chaque livre et de chaque passage, il est nécessaire de leur montrer en abrégé le sommaire de la doctrine que contiennent ces livres divins, pour les conduire à la lecture qu'ils en pourront faire ensuite, leur marquant ce qu'ils y doivent principalement chercher, ce qu'ils doivent lire d'abord, et où il faut le plus s'arrêter. Or, j'espère que ce catéchisme pourra servir à cette sorte d'instruction.

Après avoir rendu compte du dessein que je me suis proposé, je crois devoir expliquer la méthode dont je voudrais me servir pour le réduire en pratique. Je ne prétends pas que ce catéchisme doive être regardé comme un livre fait simplement pour être lu, ou même pour être appris par cœur, ce doit être plutôt un modèle d'instruction , que le prêtre, ou tout autre qui enseigne, puisse suivre selon son talent, sans s'y attacher scrupuleusement,

ii(i MÉTHODE GÉNÉRALE DE CATÉCHISME.

changeant et diversifiant suivant les personnes et les occasions. Autre doit être l'instruction des enfants; autre, celle des personnes raisonnables, mais ignorantes de la religion : à des gens polis et éclairés d'ailleurs, il faut parler autrement qu'à des ouvriers et à des paysans. Ne pouvant marquer toutes ces différences dans ce modèle, je me suis contente d'y marquer la principale, et de donner deux catéchismes; un petit pour les enfants, qui pourra servir aux hommes moins instruits; et un plus grand, pour les personnes plus éclairées et plus capables. Le premier catéchisme ne sera pas nécessaire à ceux qui seront en état d'entendre d'abord le second ; mais ceux qui se serviront du premier, doivent ensuite étudier l'autre, puisqu'encore qu'il aille un peu au delà de ce qui est absolument nécessaire, je ne crois pas toutefois y avoir rien mis qui ne soit fort utile à tous les chrétiens.

Au reste, afin que le grand catéchisme put être seul une instruction suffisante, je n'ai pu éviter d'y comprendre tout ce que contient le petit, et je n'ai pas craint que cette répétition fut inutile. Ceux qui commencent à apprendre, ne sont jamais si apprentifs, qu'il suffise de leur dire les choses une fois : on est bien heureux s'ils la retiennent à la troisième ou à la quatrième répétition ; et je crois que c'est la cause des fréquentes redites que nous trouvons dans l'Écriture, particulièrement dans la Loi. Dieu parlant par Moïse ne se contente pas de proposer ses volontés une fois à son peuple : il les leur redit plusieurs fois en différentes occasions , et les fait écrire comme il les avait dites, particulièrement celles qui étaient les plus importantes, comme la défense de l'idolâtrie. Ainsi je crois qu'il sera bon qu'un enfant qui aura d'abord appris de son père ou de sa mère les paroles du symbole, avec quelque légère explication , apprenne l'histoire du petit catéchisme, avec les questions et les réponses de cha-

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que leçon; qu'il revoie, dans Texplication des dogmes, ce qu'il doit le plus retenir ; et qu'il passe ensuite au grand catéchisme, oîi il verra encore les mêmes faits et les mêmes dogmes, mais avec plus d'étendue. A force d'entendre dire ces mêmes vérités en tant de manières différentes, peut-être enfin lui demeureront-elles dans l'esprit; peut-être y prendra-t-il goût, et s'afïêctionnera-t-il à s'instruire plus à fond tout le reste de sa vie par la lecture de l'Écriture sainte et des autres livres spirituels, par les sermons et les entretiens familiers. Je sais qu'il peut y avoir plusieurs degrés de capacité entre ceux à qui le petit catéchisme est nécessaire, et ceux qui peuvent d'aboixl se servir du grand : c'est au catéchiste à s'accommoder de ces différences, avec jugement et discrétion. Il doit étendre ou resserrer les narrations selon la portée de ses disciples ; leur éclaircir ce qu'ils trouveront obscur, satisfaire à leurs difficultés; enfin ne point quitter cjiaque sujet, qu'ils ne l'entendent autant qu'ils en sont capables. Il est évident par là que le catéchiste doit en savoir beaucoup plus que ce qui est écrit ici. Il doit avoir bien lu lÉcriture sainte, particulièrement les livres historiques; il doit, pour bien faire, avoir vu dans les sources tout ce que j'ai tiré des auteurs ecclésiastiques marqués dans les marges. Je n'ai dit dans chaque leçon que ce que je crois nécessaire; mais afin que le disciple puisse retenir ce peu que j'y ai mis, il lui en faut dire bien davantage. Donc, dans la partie historique, il faudra étendre les narrations , y ajoutant les circonstances que j'ai retranchées, du moins celles que l'on jugera les plus utiles; et je crois que le plus souvent il n'y aura qu'à lire, en ces endroits, le texte de l'Écriture. Dans la partie dogmatique , on pourra s'étendre par des raisonnements, des comparaisons, des exemples, toujours bien sensibles et bien proportionnés à l'auditeur.

Mais en ruiie et en l'autre partie, il faut bien prendre garde à ne rien ajouter qui ne soit exactement vrai, et d'une autorité incontestable. Gardez-vous de mêler aux vérités de TEcriture les opinions qui partagent Fécole, touchant les circonstances de la création du monde, les anges, l'état d'innocence ; de vouloir déterminer le temps qu'Adam passa dans le paradis terrestre, l'âge d'Abel, et comment Gain mourut. Ne vous arrêtez pas aux questions que les disciples pourraient faire sur ces circonstances et sur d'autres plus inutiles. Accoutumez de bonne heure les enfants à borner leur curiosité, naturellement infinie, et à se contenter de ce que Dieu a voulu que nous sachions. En expliquant ce qui regarde Jésus-Ghrist , on doit se défier de certaines méditations , qui ajoutent aux histoires plusieurs circonstances, inventées sous prétextes de vraisemblance ; comme ces discours de la sainte Vierge avec son Fils, ou avec les anges ; qu'elle était présente à l'ascension ; que les apôtres assistèrent à sa mort, et mille autres particularités semblables dont l'Écriture ne dit rien. Tout de même sur les dogmes, on ne doit pas mêler les opinions probables avec les décisions de foi. Vous trouverez assez de choses nécessaires à dire avant que de parler de la qualité des peines du purgatoire, de l'âge auquel nous devons ressusciter et d'autres articles semblables, sur lesquels l'Église n'a rien prononcé, et dont plusieurs s'embarrassent , tandis qu'ils en ignorent d'essentiels à la religion.

Il serait à souhaiter que l'on usât, à proportion, de la même retenue et de la même sobriété dans les pratiques de religion que l'on enseigne, et que l'on se contentât de celles que l'usage public de l'Église a autorisées, sans y en ajouter de plus nouvelles ou de moins générales. Ainsi, pour la prière du matin, je me voudrais régler sur l'office

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de Prime ; et pour celle du soir, sur les Complies, afin de ne proposer au peuple que des prières qui en fussent tirées , ou composées dans le même esprit. En un mot , il me semble que le plus sûr serait de se servir, autant qu'il serait possible, des prières qui se trouvent dans le bréviaire, le missel, le rituel on le pontifical. Il y en a à choisir pour toutes sortes de sujets, et on ne peut pas trop s'appliquer à conserver l'uniformité, et à retrancher la démangeaison des dévotions nouvelles et singulières. J'ajoute le chapelet, principalement en faveur de ceux qui ne savent pas lire.

Quelqu'un croira peut-être que je veux ici blâmer l'usage des formules , comme sont les actes de contrition , d'offrande, de remerciement, et les autres. Mais au contraire, je prétends les établir avec bien plus d'autorité ; car tous ces actes se trouvant dans les prières ecclésiastiques, il n'y a qu'à les y savoir reconnaître. Le symbole tout entier n'est qu'un acte de foi, ou si l'on veut, ce sont autant d'actes que d'articles. Le Confit eoi' ne contient-il pas l'acte de contrition ? Quand je frappe ma poitrine pour me punir moi-même, répétant jusqu'à trois fois, que j'ai offensé Dieu, par ma faute, sans y chercher d'excuse, et implorant le secours de tous les saints, et dans le ciel et sur la terre , n'est-ce pas assez témoigner que j'ai regret de mes péchés? Que si quelqu'un n'est pas content de cette formule de contrition, il en trouvera suffisamment dans le Miserere, dans les six autres psaumes que l'Église a consacrés à la pénitence, et dans les oraisons qui suivent les litanies des saints. Qu'est-ce que le Gloria Pat ri ^ sinon un acte d'adoration? et le-Beo grafias, sinon un acte de remerciement ? Il faut être bien grossier pour ne pas reconnaître ces actes, s'ils ne sont intitulés et s'ils ne contiennent formellement le mot de remerciement, d'offrande, d'adoration. Presque tous les versets des psaumes sont au-

tant d'excellents modèles de tous les actes de religion des plus parfaits; et c'est par cette raison que TÉglise les a choisis entre toutes les parties de TÉcriture, pour nous les mettre continuellement à la bouche; afin, dit saint Athanase ^, de former nos sentiments et nos atfections sur ces excellents modèles. Les oraisons qui terminent toutes les parties de l'office sont encore de très-belles formules de toutes sortes d'affections. On y est si accoutumé, qu'il semble à plusieurs qu'elles ne signifient plus rien; et c'est peut-être ce qui a fait composer ces formules modernes, pour rendre sensibles les mêmes actes par d'autres paroles. Mais il est à craindre que l'on ne s'y appuie trop; que plusieurs croient avoir fait un acte de contrition quand ils ont prononcé bien distinctement quoique froidement : Mon Dieu, j'ai grand regret de vous avoir offensé, et le reste ; et qu'il n'y en ait d'assez simples pour croire qu'ils auraient perdu la contrition , s'ils avaient oublié leur formule. L'importance est de toucher les cœurs. Quand les sentiments y seront imprimés, les paroles ne manqueront pas; et quand elles nous manqueraient. Dieu ne nous entendrait pas moins.

Lorsque le catéchiste se trouvera obligé de descendre dans le détail de ce que l'on doit faire en se levant et en se couchant, et dans les autres actions ordinaires de la vie, il doit bien prendre garde à le faire avec une telle discrétion , qu'il ne donne pas occasion aux gens simples et grossiers, de devenir scrupuleux ou superstitieux; qu'ils ne croient pas avoir fait un grand péché, s'ils ont manqué à dire certaines paroles en s'éveillant; ou qu'ils ne croient pas avoir tout fait quand ils ofrt satisfait à l'extérieur. S'ils ont de la piété, ils n'y manqueront pas ; mais il n'y en a que trop qui le font par coutume, sans véritable religion.

' Athanas., Kp. ad Marcollin.

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Voilà les choses que Ton doit enseigner : venons à la manière, et premièrement au style. J'ai déjà marqué l'inconvénient du style scolastique des catccbismes, et il est plus grand qu^on ne pense. Ce n'est pas croire, que de savoir par cœur certaines paroles sans en entendre le sens. Ce n'est pas de la bouche que l'on croit, c'est du cœur; et la bouche ne fait que proférer au dehors ce que le cœur croit. Encore que la foi soit une connaissance obscure, parce que nous croyons ce qui n'est ni proposé à nos sens, ni clair à notre raison ; c'est toutefois une connaissance, et une connaissance certaine. Quand je dis qu'il y a un seul Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, je crois distinctement que chacun de ces trois n'est point l'autre, et que tous trois sont le même Dieu. Je ne comprends pas comment cela est, mais je sais certainement qu'il est, et c'est assez pour la foi. Mais on ne peut dire que je crois ce mystère, si je n'en ai aucune idée, si j'ai seulement ma mémoire chargée d'un son de paroles, qui me soient aussi inconnues que celles d'une langue étrangère. Or, tel est le langage scolastique, à l'égard de tous ceux qui ne l'ont pas étudié.

Il y a des catéchismes où, pour la définition de Dieu, on dit que c'est un être pur, sans mélange de puissance. A quiconque entend le langage de l'école, cela signifie que Dieu ne peut être que ce qu'il est, et possède actuellement toutes les perfections possibles. Mais à ceux qui ne savent que le français, ces mots pourraient faire imaginer que Dieu n'a point de pouvoir. Les mots d'essence et de substance signifient tout autre chose au peuple qu'aux savants. Acte, puissance, qualité, disposition, habituel, virtuel : tous les mots qui signifient des abstractions, ou de secondes intentions, connue on les nomme dans l'école, tout ce langage est inconnu à la plupart des gens. Il vaudrait autant leur laisser dire le symbole en

latin, que de le leur expliquer de la sorte : rexpérience le fait voir. Après que vous vous êtes bien fatigué à faire répéter cent et cent f(îis à des enfants ou à des paysans, qu'il y a en Dieu trois personnes en une nature, et en Jésus-Christ deux natures en une personne ; toutes les fois que vous les interrogerez, vous les mettrez au hasard de dire deux personnes en une nature, ou trois natures en une personne. On sait des exemples de gens âgés et éclairés d'ailleurs, qui disaient, se plaignant que Ton voulait les remettre au catéchisme : Ne savons-nous pas bien qu'il y a trois Dieux en une personne? Cela vient de ce que n'ayant aucune idée dans Tesprit qui réponde à ces mots de nature et de personne, ils en sont embarrassés; ils les brouillent aisément, et y joignent indifféremment un ou trois, selon qu'il leur vient à la bouche. Cependant les hérétiques et les impies en prennent prétexte de calomnier la religion, et de dire que nous la faisons consister en des subtilités ^ dont peu de gens sont capables.

Mais, dira-t-on, comment expliquer les mystères, sans tous ces termes consacrés à la religion depuis si longtemps? peut-être ne peut-on pas s'en passer entièrement; mais peut-être aussi que la coutume nous en impose. Il est bien plus aisé, je l'avoue, de proposer au peuple la doctrine chrétienne, avec les mêmes termes que nous avons lus dans les livres de théologie; mais il ne faut pas plaindre notre peine, si nous pouvons trouver des expressions qui leur fassent mieux entendre les mêmes choses. Or, il n'est pas nécessaire pour cela d'en inventer de nouvelles : il n'y a qu'à bien étudier celles dont on se servait avant que les subtilités des hérétiques eussent forcé les théologiens à emprunter ce langage d' A ristote et des autres philosophes. Encore n'en trouvera-t-on guère dans les Pères des quatre ou cinq premiers siècles, quoique l'on eût déjà bien disputé sur toutes les parties de la doctrine

chrétienne : ils s'attachaient religieusement au langage de l'Écriture sainte.

Suivons leur exemple; imitons autant que nous pourrons, selon notre langue et nos mœurs, le style de Jésus- Christ, des apôtres et des prophètes. Ils parlaient le langage commun des hommes : leurs expressions étaient simples, nettes, solides, et ne laissaient pas d'être grandes et nobles. Ils donnaient des idées claires et vives, et agissaient beaucoup sur l'imagination, parce qu'il y a peu d'hommes capables de penser sans s'en aider. Plus les Pères sont anciens, plus ils tiennent de cette noble simplicité. Servons-nous des expressions que l'Église a consacrées par ses décrets et par ses prières, et particulièrement de celles des symboles e't des autres professions de foi qu'elle a faites de temps en temps, pour conserver sa doctrine contre les hérésies, à mesure qu'elles se sont introduites; car c'est le langage qu'elle a voulu mettre en la bouche de tout le peuple. Les termes scientifiques seront toujours d'usage dans les écoles, entre les théologiens de profession ; mais à quoi bon en fatiguer les simples, qui ne demandent qu'à s'instruire sans disputer, et à qui il importe de savoir les choses qu'ils doivent croire, et non pas les mots dont se ser\;ent les savants pour les expliquer ?

Or, je prétends que la méthode historique sera fort utile pour faire entendre le fond des choses sans s'arrêter aux paroles. Je suppose qu'un enfant, sitôt qu'il a su parler, a appris par cœur le symbole et, si l'on veut, quelqu'un des catéchismes ordinaires, le plus court et le plus clair; quand après cela, pendant un long temps, comme de six mois, on lui aura parlé de la création du monde, de la providence de Dieu, de ses miracles, de ses bienfaits, des terribles effets de sa justice et de tout le reste que je raconte dans la première partie; la seconde sera

bien préparée et les dogmes seront beaucoup moins difficiles. Il doit naturellement rester de tous ces faits l'idée d'un Dieu tout-puissant, bon, juste et sage. Il ne sera pas nécessaire de demander combien il y a de dieux; il ne viendra pas dans l'esprit qu'il puisse y en avoir plusieurs; vu principalement que ni les hérétiques qui nous environnent, ni les infidèles les plus proches de nous, qui sont les juifs et les mahométans, ne prêchent que l'unité de Dieu.

Dans la même suite d'histoire on aura souvent parlé du Messie, Fils de Dieu, longtemps promis et attendu. On aura raconté sa venue, sa vie, ses miracles, sa doctrine, sa passion. On aura parlé plusieurs fois du Saint-Esprit, à l'occasion des prophètes'et des apôtres. Après tous ces faits bien expliqués, il ne sera pas difficile de faire enten-» dre que Dieu est Père, Fils et Saint-Esprit; que Jésus- Christ est vrai Dieu et vrai homme, et que toutefois ce ne sont pas deux, mais un seul Jésus-Christ. U ne sera pas nécessaire de parler, si l'on ne veut, de subsistance ni d'union hypostatique. Tout de même, dans les sacrements, je crois qu'absolument parlant, on pourrait se passer des mots de matière, de forme, de substance et d'accidents, dont l'Église, en effet, ne se sert point dans son office public. 11 suffirait de décrire exactement comment les sacrements sont administrés, et d'observer soigneusement quelles actions extérieures et quelles paroles y sont les plus nécessaires. Que si après avoir instruit longtemps et avoir essayé tous les moyens que la charité peut suggérer, on trouve des hommes si grossiers qu'ils ne puissent entendre les vérités nécessaires au salut, je no sais si on ne doit point les regarder comme des imbéciles, et les abandonner à la miséricorde de Dieu, se contentant de prier pour eux, sans se tourmenter à leur apprendre par cœur des paroles qui ne les sauveront pas toutes seules.

Outre les mots, il faut encore prendre garde aux phrases. Ceux qui écrivent dans leur cabinet ne manquent guère de donner à ce qu'ils composent un tour de période, principalement s'ils savent écrire en latin. Mais nous ne parlons point ainsi, notre style naturel est tout coupé, et celui des enfants bien plus que des autres. Tls ne peuvent pas embrasser à la fois plusieurs idées, ni en connaître les rapports. Aussi, quand on fait dire à un enfant que le chrétien est celui qui, étant baptisé, fait profession de la doctrine chrétienne, est-il embarrassé de ce mot étant, qui suspend le sens et lie la période; il dirait plutôt séparément : Un chrétien est un homme qui est baptisé, et qui fait profession de la doctrine chrétienne. Encore ces mots de profession et de doctrine sont bien grands pour des enfants. De là vient que n'entendant point ce qu'ils apprennent, ils ne le disent point naturellement comme quand ils parlent d'eux-mêmes, mais le récitent avec précipitation, comme pour s'en décharger, et élèvent la voix en finissant. J'ai suivi en cette remarque le génie de la langue française, et on en peut faire de semblables en chaque langue.

Le catéchiste doit prendre sur lui toute la peine, se faire petit avec les enfants; et, avec les simples, étudier leur langage et entrer dans leurs idées pour s'y accommoder autant qu'il sera possible; mais il ne faut pas donner dans la bassesse. Pour se faire entendre des enfants, il n'est pas nécessaire de parler comme leurs nourrices, ni de bégayer avec eux; pour s'accommoder au petit peuple, il n'est pas besoin de faire comme lui des solécismes, d'user de ses quolibets et de ses proverbes. Il faut toujours conserver la majesté de la religion et attirer du respect à la parole de Dieu. Il n'y a qu'à bien étudier l'Écriture sainte; on y trouvera les moyens d'être simple, non-seulement sans bassesse, mais avec grande'dignité.

On s'étonnera peut-être du discours suivi que j'ai mis à chacune des leçofls du petit catéchisme, avant les questions et les réponses. La méthode historique m'y a engagé; car une histoire s'entend mieux, racontée de suite, que coupée par des interrogations. Outre qu'il pourrait sembler étrange d'interroger un enfant avant que de lui avoir rien appris, et de lui faire dire toute la doctrine comme s'il instruisait le maître qui l'interroge, il semblerait plus naturel que l'enfant, qui ne sait rien, fit des questions pour s'instruire. Je sais bien que l'ignorance des enfants va jusqu'à ne savoir pas qu'il y ait quelque chose à apprendre, et que bien qu'ils fassent souvent des questions, ils les font sans ordre et sans choix. C'est pourquoi le plus raisonnable, à mon avis, est qu'un père ou un maître prenne un enfant quand il le trouve en état d'entendre, et qu'il lui raconte une histoire ou lui explique un mystère, et qu'ensuite il l'interroge pour voir ce qu'il a retenu et pour le redresser s'il a mal entendu quelque chose ou s'il ne s'est pas attaché au plus essentiel.

J'ai fait les réponses les plus courtes que j'ai pu pour fatiguer moins les enfants et pour imiter mieux la nature; car ils ne parlent pas longtemps de suite. J'ai mieux aimé les interroger à plusieurs fois, et je désire que l'on en use ainsi, autant que l'on pourra. Quoique quelquefois, pour écrire moins, j'aie fait des réponses un peu longues, j'ai aussi évité de les faire trop souvent répondre par oui et par non, de peur qu'ils ne soient pas attentifs à ce qu'ils affirment ou nient. Enfin, je me suis efforcé de les interroger de telle sorte qu'ils ne puissent répondre aux choses que ce que j'ai mis, ou qu'ils n'y changent que les paroles; et j'en ai fait quelques expériences sur des enfants de bon esprit.

J'aurais souhaité que l'on eût pu enseigner ce catéchisme sans le faire apprendre par cœur, ou que l'on

n'eût fait apprendre an plus que les questions et les réponses, après avoir plusieurs fois récité ou fait lire le discours et Tavoir bien expliqué. Mais il en coûterait trop au maître, et les enfants ont la mémoire si facile, que c'est plutôt fait de leur laisser apprendre tout, même le discours suivi. Je voudrais du moins ne les point assujettir à redire les mêmes mots qu'ils auront appris. J'aimerais mieux qu'ils les changeassent, sans changer le sens, puisque ce serait une preuve assurée qu'ils auraient compris la chose; au lieu qu'il y a sujet d'en douter quand ils disent les mêmes paroles. Au reste, je prétends que le catéchiste se donne toute la liberté nécessaire pour augmenter ou retrancher dans les questions aussi bien que dans le discours, pourvu qu'il observe les règles que j'ai marquées, et qu'il ne dise rien que de conforme à cette doctrine qui a été soigneusement examinée.

Quand au grand catéchisme , j'en ai retrranché les questions et les réponses^ parce que les personnes plus raisonnables et plus âgées ne s'y assujettiraient pas volontiers, et n'en ont pas tant besoin. Ils sont d'ordinaire plus faibles que les enfants, ils ont l'esprit plus suivi et voient mieux l'utilité de ce qu'ils apprennent. Il suffira de le leur faire lire ou le lire en leur présence, et leur expliquer ce qui ne sera pas assez clair pour eux. S'ils peuvent lire la sainte Écriture, il sera bon -de leur indiquer les lieux d'où la leçon est tirée, et ceux qui y ont le plus de rapport. On pourra leur choisir quelques endroits des Pères les plus propres à leur édification ; leur faire lire quelques actes des martyrs et quelques vies des saints les plus certaines et les mieux écrites. Dans l'explication des sacrements, la lecture du rituel et du pontifical sera fort utile. Enfin, il faut, autant qu'il est possible, faire voir au disciple la doctrine dans les sources où nous l'avons prise, afin de le rendre capable d'enseigner à son tour les autres. II. 20

Car les meilleurs catéchistes seraient les pères de famille, si chacun était bien instruit et soigneux d'instruire ses enfants et ses* domestiques. Ils feraient beaucoup plus de bien que ne peuvent faire les prêtres et les pasteurs, Nous ne parlons aux enfants qu'à Féglise, à certains jours, pendant peu de temps. Les enfants y sont plusieurs ensemble, extrêmement dissipés par la compagnie, par les divers objets qui les frappent de tous côtés, et qui ne leur sont pas familiers. De là vient la peine que Ton a à les rendre attentifs; les interruptions et les réprimandes qui emportent la moitié du temps destiné au catéchisme, Pendant que vous êtes tourné d'un côté, l'autre se dérange; si vous vous appliquez à un enfant, dix autres badinent : c'est toujours à recommencer. Au contraire, dans la maison, les enfants sont plus recueillis, parce qu'ils sont plus libres. S'ils n'ont pas cette crainte, qui les rend quelquefois immobiles à l'église, leurs penséoi sont plus tranquilles, ils ne voient rien qui leur soit nouveau. Un père, qui n'en a que deux ou trois accoutumés à le res» pecter, n'a pas de peine à les tenir dans le devoir; il les a tous les jours auprès de lui, il peut prendre le temps où ils sont plus dociles; il connaît la portée de leur esprit, leur génie, leurs inclinations. Il peut les instruire tout à loisir, et y donner tout le temps nécessaire, et ce temps doit être long; car, comme les enfants ne peuvent s'appliquer beaucoup de suite, il faut y revenir souvent, et continuer l'instruction pendant plusieurs années, avançant à mesure que leur esprit et leurs mœurs se forment. Ce que je dis des pères doit s'entendre des mères à proportion, principalement à l'égard des filles, et je ne dis rien ici que je n'aie vu et que je ne sache par expérience.

Je connais un homme, entre autres, qui est passablement instruit de sa religion, sans jamais avoir appris par cœur les catéchismes ordinaires, sans avoir eu pendant

reiifaiice d^autre maître que son père. Dès l'âge de trois ans, ce bon homme le prenait sur ses g-enoux, le soir après s'être retiré, lui contait familièrement, tantôt le sacrifice d'Abraham, tantôt l'histoire de Joseph ou quelque autre semblable; il les lui faisait voir, en même temps, dans un livre de figures, et c'était un divertissement dans la famille de répéter ces histoires. A six ou sept ans, quand cet enfant commença à savoir un peu de latin, son père lui faisait lire l'Évangile et les livres les plus faciles de l'Ancien Testament, ayant soin de lui expliquer les difficultés. Il lui est resté toute sa vie un grand respect et une grande affection pour l'Écriture sainte et pour tout ce qui regarde la religion.

Je sais bien qu'il y a peu de pères et de mères qui veuillent prendre cette peine. On trouve plus commode de mettre les filles en pension chez des religieuses, et les garçons au collège, ou de payer des maîtres et des maitresses; mais il est difficile que des étrangers fassent par charité ou par intérêt ce que des pères et des mères feraient par l'amour que Dieu leur donne naturellement pour leurs enfants, s'ils savaient le bien appliquer. Quelque occupé que soit un père, il a peu d'affaires aussi pressantes que celle-ci ; et ses enfants gagneraient beaucoup si, pour leur laisser une meilleure éducation, il leur laissait moins d'argent. On ne voit que trop de pères qui ne savent à quoi s'occuper après avoir mis leurs enfants hors de chez eux, et qui ne les éloignent que pour n'en point avoir l'embarras et se donner plus librement à leurs plaisirs. Il ne faut pas s'étonner si ces enfants ont peu d'amitié et même peu de respect pour leurs parents, et c'est un grand bonheur quand ils deviennent honnêtes gens et bons chrétiens. Au contraire, on voit ordinairement réussir ceux dont les pères sont vertueux, capables et soigneux de les bien instruire.

Tout le catéchisme se rapporte à Famour de Dieu. « Ra- « contez, dit saint Augustin, de telle sorte que l'auditeur (( croie en écoutant, qu'il espère en croyant, et qu'il aime « en espérante » Or, l'amour de Dieu, l'espérance ou la crainte ne s'inspirent pas d'ordinaire en disant seulement qu'il faut aimer, craindre ou espérer, quoiqu'on le répète plusieurs fois, principalement si on le dit d'une manière sèche et désagréable. Il faut dire des choses qui inspirent effectivement l'amour ou la crainte, soit que vous les nommiez ou non, puisqu'il importe bien plus au disciple de les avoir que de les connaître. La crainte de Dieu entrera dans les esprits, si l'on sait bien représenter la création, les miracles du désert et les autres faits qui montrent sa grandeur et sa toute-puissance; si l'on raconte bien le déluge, l'embrasement de Sodome, les plaies d'Blgypte, la captivité de Babylone et les autres effets de sa justice : la seule déduction de ces faits rendra Dieu terrible, même sans dire qu'il le soit. Au contraire, on le fera voir aimable par les biens qu'il a faits à Abraham, par le soin qu'il a eu du peuple dans le désert, par sa fidélité à accomplir ses promesses, par la prospérité de David et de Salomon, par le retour de Babylone; mais bien plus sans comparaison par l'incarnation de son Fils, par la vie et la passion de Jésus-Christ. Après avoir raconté fidèlement tout cela, quand même vous ne diriez point à vos auditeurs qu'ils doivent aimer Dieu, ils l'aimeront, ou ils seront insensibles. Mais tant qu'ils ne sauront point tous ces faits, ou qu'ils n'en auront ouï parler que légèrement et confusément, en sorte que l'impression en sera faible, quoique l'on s'échauffe en leur disant qu'il faut aimer Dieu , quoiqu'on leur fasse apprendre par cœur divers motifs d'amour, quoiqu'ils en pro-

• Do Catech. rudib., c. iv, in fine.

nonceiit des actes, il est à craindre qu'ils ne demeurent aussi froids qu'auparavant.

La manière d'enseigner y fait encore. Si le catéchiste parle des mystères de la religion sèchement et froidement, comme de choses indifférentes; s'il marque de Fennui ou du dégoût; s'il s'impatiente et se met en colère; s'il se familiarise trop, s'il lui échappe quelque parole ou quelque geste indigne du personnage qu'il fait, il ne faut pas attendre grand fruit de son instruction. Les enfants, avant que d'entendre la langue de leur pays, entendent ce langage naturel et commun à tous les hommes, qui consiste dans les mouvements des yeux, du visage et de tout le corps, dans le ton ou le mouvement de la voix ; et qui , sans parole, exprime toutes les passions. Ainsi ils voient fort bien si l'on agit sérieusement ou si l'on se joue; si on les flatte, si on les menace, si on est tranquille ou passionné. Ils reçoivent mieux l'impression des mouvements que des paroles. Si vous voulez donc leur inspirer la crainte et l'amour de Dieu, il faut que vous leur paraissiez pénétré de ces sentiments ; et pour le paraître, il le faut être en effet. Quand ils vous verront raconter les merveilles de Dieu avec un profond respect, montrant naturellement par vos gestes que vous êtes saisi d'admiration et de crainte, ils suivront vos mouvements. Il en sera de même de l'espérance ; si vous leur paraissez frappé de l'attente du royaume de Jésus-Christ; si levant les yeux et les mains au ciel, vous soupirez après cette bienheureuse éternité; si vous représentez dignement la gloire des corps ressuscites et la joie du paradis. Il en sera de même de l'amour, si vous savez bien peindre les souffrances du Sauveur; si vous les décrivez avec tendresse; si vous êtes pénétré jusqu'à verser des larmes. Or, tout cela viendra de soi-même, si vous êtes bien touché des vérités de la religion ; et vous le serez, si vous êtes homme d'oraison, u. 2G.

C/est par ce conseil que je finis Tinstruction de qiiiconcontxiie se voudra servir de ce catéchisme. On ne peut bien écrire une méthode qui doit varier infiniment selon les sujets et les occasions; mais Ton est assuré que Ton fera bien, si l'on a une véritable charité pour Dieu et pour le prochain ; et c'est par la prière qu'elle s'acquiert et se fortifie. Prions donc sans cesse et de toutes nos forces, que Dieu envoie de dignes ouvriers dans sa moisson, qu'il leur donne les lumières nécessaires pour instruire les simples, la charité et toutes les vertus qui doivent soutenir ces instructions. Puisque nous sommes appelés à une fonction si noble, prions que nous ne la déshonorions pas par notre négligence à nous en acquitter, et par notre vie peu édifiante. Demandons un zèle ardent qui nous fournisse mille saintes inventions, pour attirer les petits et les grands, les simples et les sages, et qui nous fasse être toujours prêts à donner des instructions à ceux qui voudront les recevoir. Demandons une patience invincible pour supporter leurs défauts et la fatigue de l'instruction ; enfin, une humilité solide, qui nous persuade sincèrement que nous y commettons une infinité de fautes , et que nous ne faisons que gâter l'œuvre de Dieu. Nous devons aussi beaucoup prier pour ceux que nous instruirons ; demander à Dieu qu'il nous fournisse les oc^ casions et nous ouvre les portes ; qu'il donne à ceux qui nous écoutent, la docilité, l'intelligence, l'affection, la persévérance. On peut se servir très-utilement, à cette fin, des prières que l'Église a instituées pour les catéchumènes, et que nous avons encore dans le rituel au commencement de la cérémonie du baptême.

Vl^ DE FLELUV. v^T^-jrw

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