‹ Methode generale du catichisme v.2Chapitre 61 sur 65 · FAIRE ÉTUDIER SÉRIEUSEMENT LA RELIGION · texte numérisé non relu

FAIRE ÉTUDIER SÉRIEUSEMENT LA RELIGION

I. La religion chrétienne est un saint commerce entre Dieu et l'homme, dont Jésus-Christ même est le lien, dont la sanctification de l'homme est le fruit, et dont la vie éternelle est la fin. Il n'est donc rien qui touche de plus près un chrétien, que la religion dont il fait profession, de quelque manière qu'on la considère, soit dans les vérités et les mystères qu'elle enseigne, soit dans les biens qu'elle promet, soit dans les devoirs qu'elle prescrit. Dans toutes les autres religions, ceux qui parlent et qui instruisent, sont des hommes environnés de ténèbres, qui trompent les autres, ou par erreur ou par malice. Dans le christianisme, c'est Dieu même, la lumière et la vérité éternelle, qui daigne parler aux hommes par son Fils unique, se faire connaître à eux, et leur apprendre ce qu'il demande d'eux, pour les rendre heureux par la possession du souverain bien, qui n'est autre que lui-même.

Comment donc se peut-il faire que parmi ceux qui portent le nom de chrétiens, il y en ait si peu qui travaillent sérieusement à s'instruire de leur religion; si

peu qui donnent à cette étude la préférence qui lui est due sur toutes les autres, et qui la mettent au nombre de leurs plus essentielles obligations?

Une négligence si étonnante vient de ce que nous n'estimons pas assez le bonheur que nous avons d'être chrétiens, ni la grâce que Dieu nous a faite de nous appeler à la connaissance et à la pratique de la vérité. De là le peu de zèle de plusieurs pasteurs pour Tinstruction des fidèles, et le peu de goût d'un grand nombre de chrétiens pour les vérités du salut. Ainsi, les uns n'ayant tout au plus qu'un faible désir d'apprendre ; et les autres négligeant de mettre en œuvre les moyens d'animer ce désir, et d'exciter l'émulation; il arrive que la plupart des chrétiens passent toute leur vie dans l'ignorance de ce qu'il y a de plus nécessaire à savoir. On est cependant fort en repos là-dessus : et comme nous nous aveuglons volontiers nous-mêmes sur les devoirs que nous n'aimons point; on se paie des raisons les plus frivoles, pour se persuader que l'étude de la religion n'entre pas dans les devoirs du chrétien.

Cette pensée (nous ne craignons pas de le dire) est trèsfausse , et d'une conséquence infinie dans la pratique. Nous proposerons ici quelques-unes des raisons qui la combattent. Mais il est nécessaire, avant toute chose, de fixer l'état de la question, et de la réduire à des termes clairs et précis, en écartant les idées peu exactes de plusieurs personnes sur ce qu'on appelle l'étude de la religion, pour y substituer celle qu'on en doit avoir.

II. Il y a sur cela deux extrémités opposées, qu'on doit éviter également. Les uns donnent trop d'étendue à cette étude, les autres la réduisent à rien : mais les uns et les autres se réunissent dans la conséquence qu'ils tirent, qui est que l'étude de la religion ne les regarde pas.

Les premiers confondent cette étude avec celle qui est

propre aux docteurs, et aux théologiens de profession : et sur ce fondement, les laïques renvoient l'étude de la religion aux ecclésiastiques; et le commun des ecclésiastiques s'en décharge sur ceux qui veulent prendre, ou qui ont pris le bonnet de docteur.

Les seconds entendent par l'étude de la religion, celle du catéchisme ; et savoir son catéchisme, selon eux, c'est être en état de répondre qu'il y a un Dieu en trois personnes ; que le Fils de Dieu s'est fait homme, et est mort sur la croix pour nous racheter, et nous mériter la vie éternelle : c'est savoir le symbole des apôtres, l'oraison dominicale, les commandements de Dieu et de l'Église, et les définitions des sacrements. Voilà à peu près les connaissances qu'ils jugent nécessaires : et comme ils les ont, ou qu'ils se flattent de les avoir, ils ne voient plus rien à faire, ni rien de nouveau à apprendre pour eux, Ils savent leur religion, ou, comme ils parlent, leur croyance ; c'est tout ce qu'il faut pour être sauvés. Nous en savons assez, disent-ils, et plus que nous n'en ferons : si nous faisions tout ce que nous savons, nous serions de grands saints. C'est à quoi ils s'arrêtent, sans vouloir aller plus loin.

Je dis que toutes ces personnes n'ont que de fausses idées de l'étude et de la science de la religion.

1° Il est faux que cette étude consiste à approfondir les difficultés de l'Elcriture, qui exercent les savants; à chercher les dogmes de l'Église dans la tradition de tous les siècles, et l'éclaircissement des points d'histoire et de critique dans les auteurs qui ont traité ces matières; à étudier les cas de conscience, et la controverse : ce n'est rien de tout cela, ni rien qui en approche.

2*» Il est faux qu'étudier la religion soit simplement apprendre le catéchisme des enfants : et c'est se tromper grossièrement, de croire qu'on soit suffisamment instruit,

et dispensé cV aller plus loin, lorsqu'on sait son catéchisme de la manière qu'on vient de dire.

Ce qu'on appelle étudier la religion, c'est travailler par tous les moyens possibles à s'avancer de plus en plus dans la connaissance de Dieu, de ses divines perfections, des œuvres de sa puissance, de sa sagesse, de sa justice, et de sa miséricorde; à s'avancer dans la connaissance de Jésus- Christ, de ses mystères, de sa doctrine, de ses exemples, et des exemples de ses serviteurs qui l'ont imité plus parfaitement ; à se remplir des vrais principes de la morale chrétienne, des règles de l'Église touchant la réception des sacrements, et de tout ce qui peut contribuer à former une piété solide; enfin, à recueillir tous les rayons de lumière qui peuvent éclairer nos pas durant la nuit de la vie présente, jusqu'à ce que le grand jour de l'éternité commence à luire, et pour tout dire en un mot, étudier la religion, c'est étudier Jésus-Christ.

J'ai dit, travailler par tous les moyens possibles; parce que ces moyens ne sont pas les mêmes pour tous. Tel est à la portée de l'un, qui n'est point praticable à l'autre : c'est à chaque particulier à voir ce qu'il peut et ce qu'il ne peut pas, et à faire usage des moyens que la Providence lui a mis en main. Mais il est certain, et je le ferai voir dans la suite, qu'à l'égard d'une infinité de chrétiens, ce ne sont pas les moyens de s'instruire qui leur manquent, mais la volonté.

§ 1. On établit l'obligafion où sont les chrétiens d'étudier la religion.

1. Les hommes sont partagés en différentes professions, et chacun d'eux travaille à se rendre habile dans celle où il s'est engagé. Un négociant étudie les règles du commerce : un avocat s'applique à la jurisprudence : un

NÉCESSITÉ DU CATÉCHlSafE. M,{)

Iiomme de guerre ne néglige rien de ce qui peut le perfectionner dans la connaissance de l'art militaire. Il en est de mémo des antres professions. Quiconque veut y réussir, ne s'en tient pas aux premiers éléments. Que penserait-on d'un avocat qui ne saurait que ce qu'il a étudié pour répondre aux examens, et pour soutenir ses thèses? d'un médecin qui se contenterait de quelques notions générales d'anatomie, et qui ne voudrait savoir des maladies et des remèdes, que ce qu'on peut en apprendre en deux ou trois mois? d'un officier qui s'en tiendrait à ce qu'on lui a enseigné? On dirait d'eux qu'ils renoncent à leur profession, ou du moins à tous les avantages aux- «{uels le mérite peut prétendre dans chacun de ces états. Kn un mot, c'est un principe universellement reçu, qu'on doit étudier sa profession, et tâcher de s'y rendre habile.

Or, au milieu de tant de professions différentes, il y en a une qui est commune à tous, la plus importante, la plus nécessaire, à laquelle toutes les autres sont subordonnées, et sans laquelle elles ne mènent à rien : c'est relie du christianisme. Cette profession a ses règles et ses devoirs, qui sont d'une grande étendue. Il est donc nécessaire à tout chrétien de l'étudier, et, si je puis parler ainsi, de s'y rendre habile : il n'y a personne qui ait le droit de s'en dispenser. Car comme tout chrétien est obligé d'aimer Dieu, et de croître dans cet amour; tout chrétien est de même obligé de le connaître, et de tendre à s'avancer dans cette connaissance.

II. Nous sommes tous disciples de Jésus-Christ. Il est notre maître et notre unique maître : Magister rester unm est Christus ^ Notre pretnier devoir est donc d'écouter ses leçons, d'étudier sa doctrine, et de nous en remplir. Qu'est-ce qu'un disciple de Platon, d'Aristote, de

1 Mattli., xxni, 10-

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