‹ Méthode lexicologique. ABC du style et de la composition; petits exercices pour amener insensiblement les élèves à rendre leurs pensées; synonymie des mots; propriété des mots;Chapitre 92 sur 101 · OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES

Dans les devoirs précédents, les élèves ont eu à remplace! tantôt un tiret par un mot, tantôt un mot par un auti'e mot synonyme, ils Font fait, dans ces deux cas, en se conformant seulement au sens de la phrase, et sans avoir à se préoccuper de la forme, de la physionomie des mots qu'ils employaient, du plus ou moins de syllabes dont ceux-ci étaient composés. Ainsi, dans ce double exemple :

La — de donner vaut mieux que ce qu'on donne.

La manière ( façon ) de donner vaut mieux que ce qu on donne,

ils avaient la faculté de remplacer, dans le premier cas, le tiret par le mot manière ou façon indifféremment; dans le deuxième cas, le mot manière par le mot façon, sans s'inquiéter si ce second mot a plus ou moins de syllabes que le premier.

Il ne pourra pas en être ainsi dans les devoii^ suivants, et ce sera une difficulté de plus ajoutée à celles que renfermaient nos exercices en prose. Le vers étant soumis à certaines régies dont fa pins importante est celle qui concerne la mesure y c'est-à-dire le nombre des syllabes dont U est composé, il est évident qu'on ne pourra remplacer le tiret que par un mot rentrant dans cette règle, et une expresr

sion que par une autre expression du même nombre de syllabes. Nous sommes donc obligé de donner ici , sommairement, (es principes dont la connaissance est nécessaire aux élèves pour l'intelligence de ces nouveaux devoirs. Pour observer une loi, il faut la connaître.

Dans les vers français, chaque syllabe se nomme pied. Ainsi, au lieu de dire un vers de douze syllabes, on dit plus généralement un vers de douze pieds. Il y a aussi des vers de dix, de huit, de sepl, de six, de cinq, de quatre, de ti'ois, de deux, et même d'un seul pied.

Une syllabe muette ne compte pas à la lin d'un vers :

Aucon chemin de fleurs uq conduit à la gloire ;

ni dans le corps du vers quand elle est suivie d'un mot qui commence par une voyelle ou un h muet; exemple :

Ma ttl/d, il faut céder : \otre heure est arrivée ;

mais ces syllabes comptent devant une consonne ou un h aspiré :

Le masque tombe, Vhomme reste Et le héros s'évanouit.

Si Ve muet est suivi des lettres s, ni, il ne compte pas pour une syllabe à la fin du vers, mais il compte toujours dans le corps du vers, même quand il est suivi d'une voyelle ou d'un h muet :

— Craignez d*un vaiU plaisir hs trompeuAe.y amorces.

— Ni l'or ni la grandeur ne nous rendent hetueui.

Dans les vers de douze pieds, on doit observer un repos entre la sixième et la septième syllabe, c'est-h-dire au milieu (lu vers. Ce point de repos se uonmie ces are, et chaque moitié de vers s'appelle Jiémistiche :

Aux petits des uiiieuux — Dieu douiie la pâturât

DByoï^s poÉTiQrBs 135

La césure est défectueuse ;

1 ° Si elle coupe un mot en deux :

Que peuvent tous les fai — bles humains devant Diftul

2« Si elie tombe sur une syllabe muette qui ne s'(^lirle pas:

La bonne fortune — rend le cœnr orgueilleux.

Mais s'il y a élision, c'est-à-dire si le second Iit5mistiche commence par une voyelle, la césure est bonne :

C*est en vain qu'au Paraasse — un téméraire auteur...

On appelle hiatus y en poésie, la rencontre, le choc de deux voyelles dont l'une termine un mot et l'autre cpfpmence le mot suivant, comme tu aimes, il a amassé.

L'hiatus est une faute en poésie. On ne pourrait donc faire entrer dans un vers les mots suivants : loi éternellej vérité immortelle y chanté évangélique.

La conjonction et y suivie d'une voyelle, est également considérée comme faisant hiatus.

Si la voyelle qui termine le mot est un e muet, cette lettre se fondant avec la voyelle du mot suivant, il n'y a pas d'hiatus. Ainsi Ton peut dire :

La nature et la mort, en^mble ont fait un bail.

Les mots qui ont une voyelle avant Ve muet final, comme t)?'e, joie, boue, aimée^ ne peuvent entrer dans le corps du vers, à moins que le mot suivant ne commence par une voyelle. Aussi les vers suivants seraient faux :

— Anselme» mon ami, crte Laurence à toute heure...

— Ma parole est à vous, ma i^eihièe m'appartient.

Ils devie.ment bons si l'on dit :

— Anselme, mon ami, crie Agnès à toute heure...

— Ma parole est à vous, ma pensée est à moi.

Vh muet n'empêche pas l'hiatus; on ne saurait dire en vers : tu habites, vrai honneur.

Mais Yh aspiré rentre dans la loi commune à toutes les consonnes; ainsi l'on dira sans hiatus :

Chacun s*arme au Aasard du livre qu'il rencontre.

Ces règles sur la mesure, la césure et l'hiatus, sont les seules que l'élève ait besoin de connaître pour faire convenablement les devoirs suivants. Ces exercices en vers, on Ta compris, exigent plus de réflexion que nos exercices en prose, à cause des entraves qu'y apporte la poésie. Seulement, et c'est une compensation, les élèves ne seront plus tenus à remplacer ici un mot par un synonyme rigoureux; il suffira, pour que la solution soit acceptable, que le vers ne soit pas défectueux, et que la substitution d'un mot à un autre n'amène pas un non-sens ou une absurdité. Ainsi , ce vers :

Pour un âne enlevé deux voleurs se battaient...

peut être remplacé par celui-ci :

Pour un âne enlevé deux hommes se battaient...

Dans ce dernier cas, le sens est moins précis; hommes n'est pas, évidemment, synonyme de voleurs; mais le vers reste construit suivant les règles, et présente une idée également raisonnable.

DEVOIRS POÉTIQUES i37

t5&« EXERCICE

LE PREMIER VOL DE l'OISEAU

U élève remplacera les tirets par les mots que réclament le sens et les règles de la versification.

Nota. Dans les exercices suivants, tous les vers t^ont de douz» p.eds.

Voyez avec quel — et quel zèle nouveau

Les — à voler forment le — oiseau.

C'est aux — du soir, lorsque dans la nature

Tout est repos, — , et parfum, et verdure ;

L'adolescent, ravi de ce — horizon,

S'agite dans son — devenu sa prison;

Il sort, et, balancé sur la — pliante,

Il hésite, il — une aile encor tremblante.

Le couple, en voltigeant, — son essor,

Gourm tnde sa — , l'appelle et vole encor.

Enfin il se — , et, — ses ailes.

Non sans crainte, il se fie à ses — nouvelles.

L'air — ce doux poids; il touche le gazon;

Ses — enchantés répètent la leçon.

D'une aile moins — alors le jeune élève

S'enhardit, — l'essor, — et se relève ;

Enfin, sûr de sa — et plus audacieux,

II — ; tout est fini, tous se — leurs adieux.

CORRIGÉ DU DEVOIR

Voyez avec quel .soin et quel zèle nouveau Les yarents à voler forment Xq jeune oiseau*

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