‹ Méthode nouvelle pour le traitement des déviations de la colonne vertébrale; précédée d'un examen critique des divers moyens employés par les orthopédistes modernesChapitre 5 sur 11 · PREMIÈRE OBSERVATION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE OBSERVATION

Françoise Parker , âgée de quatre ans et neuf mois , née de parens sains , était affectée depuis deux ans d’une excurvation très-anguleuse de l’épine lorsqu’elle fut admise dans l’hospice de Marie-la-Bonne. La déviation

s’était prononcée par degrés, une seule des apophyses épineuses ayant d’aliord paru faire saillie en arrière; mais les trois vertèbres dorsales inférieures et les quatre lombaires supérieures avaient fini par être comprises dans la courbure vicieuse de l’épine. Le point le plus proéminent correspondait à la quatrième lombaire ; entre l’apophyse épineuse de cette vertèbre et celle de la suivante on pouvait introduire facilement le doigt. Lorsque la malade marchait, ce qu’elle ne pouvait faire que pendant quelques instans , il était facile de reconnaîti’e une faiblesse générale des muscles , et particulièrement de ceux de la partie postérieure du tronc , car elle restait constamment courbée en avant , les mains appuyées sur les genoux. Le pied droit était tourné en dedans, et les fléchisseurs de la jambe du même côté paraissaient contractés. Les chutes étaient fréquentes, et souvent de vives douleurs forçaient tout-àcoup la jeune malaile à se jeter à terre, même dans la rue. Tout mouvement brusque, imprimé à l’épine , augmentait les souffrances; le plus léger exercice causait de la dyspnée ;

l’appétit était mauvais , le sommeil inte^fompu , et le corps émacié.

La malade avait été soumise à difïérens plans de traitement , et depuis le mois de janvier 1821 elle était assujétie à rester étendue sur le dos. Des vésicatoires successivement appliqués avaient ulcéré la peau dans une grande étendue , et causé une éruption de larges pustules , sans amener aucune amélioration. C’est dans cet état quelle fut soumise, au mois de mars, à l’examen du docteur Bampfield, qui s’abstint de prescrire aucun moyen jusqu’à la guérison des pustules et des ulcères.

Le 22 septembre , il commença le traitement que nous allons indiquer. La malade fut étendue en pronation sur des oreillers laissant entre eux un léger intervalle correspondant au point de la plus grande saillie de l’épine en arrière. Une compresse , un coussinet etune plaque furent appliqués sur la partie proéminente de la colonne vertébrale , et on les maintint par le moyen d’une longue bande. La mère de l’enfant eut ordre de la retenir constamment dans la même po-

sition. Cependant, dans la nuit, elle se remit sur le dos, et une croule de pain s’etant introduite accidentellement entre la compresse et le point le plus saillant de la gibbosité, il en résulta une vive douleur; et lorsque l’appareil fut enlevé le 24 , on découvrit que la pression du corps étranger avait occasioné une ulcération si profonde, que l’apophyse épineuse de la quatrième vertèbre lombaire était à découvert. On supprima l’appareil; la malade fut retenue en pronation , avec un support pour empêcher la pression des couvertures sur la partie ulcérée, qui'ne fut parfaitement cicatrisée qu’au bout de trois mois. Pendant ce temps , on pratiqua fréquemment l’extension de l’épine, et l’on a<lministra quelques laxatifs combinés avec le carbonate de soude. Le 20 décembre, on remarquait une diminution sensible de la difformité. On revint de nouveau a l’appareil , on continua l’extension , et des pressions furent exercées sur les apophyses transverses des vertèbres lombaires et sur Les apophyses épineuses situées au-dessus de la cicatrice. La sanU' de l’enfant s’était amé-

îioi’ée *, le sommeil était devenu tranquille , les douleurs moins vives et moins fréquentes, avec retour des forces et de l’embonpoint. Continuation des mêmes moyens mécaniques, autant que l’enfant peut les supporter sans violente douleur. En mars 1822 , la malade, peu docile , se refuse à garder le lit. Examinée à cette époque , elle pouvait se tenir droite ; elle exécutait sans peine tous les mouvemens du corps', le tronc, au lieu d’être incliné en avant , était plutôt renversé en arrière. L’apophyse épineuse de la quatrième vertèbre lombaire se projetait encore d’un quart de pouce hors de la ligne spinale \ mais cette saillie diminua progressivement, et, le 3 août , la malade jouissait d’une santé parfaite. L’attitude était droite, les forces musculaires étaient rétablies , et l’épine, à sa partie inférieure , présentait , au lieu d’une excurvation , la eourbure qui lui est naturelle. L’apophyse épineuse de la quatrième dorsale était encore un peu plus volumineuse que dans l’état naturel. Pendant le cours du traitement, l’inclinaison du pied droit en dedans et la roideur des jarrets avaient disparu.

En iliscutant les circonstances de cette d)» servation , on ne peut méconnaître que , si la malade doit beaucoup au médecin, elle doit aussi quelque chose au hasard. L’ulcération profonde survenue accidentellement a rempli évidemment les fonctions d’un exutoire plus efficace que les vésicatoires employés d’ahord , et l’on peut même ajouter qu’elle s’est montrée utile, autant par le mal qu’elle a empêché que par le bien qu’elle a produit; car, si elle n’eùt pas existé , on aurait , dès l’origine , exercé sur l’épine les pressions et les tiraillemens qui , dans la seconde période , n’ont pu détruire les résultats d’une révulsion salutaire et d’une position favorable.

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