TROISIÈME OBSERVATION
IVIiss DoAvnes, de Long Acre*, affectée d’une déviation antérieure de l’épine , fut assujétîe pendant dix mois à rester étendue, en supination , sur un plan incliné. Durant ce laps de temps il lui survint une paraplégie j la diflbrmité fit desprogi ès, la malade était tourmentée de dyspepsie, ses urines étaient morbides. Ayant adopté une attitude inverse sur un plan horizontal , tous ces accidens avaient disparu au lK)ut de trois mois.
Quel que soit le mode de traitement que l’on ait suivi , lorsque la carie a déjà détruit quelques-uns des ligamens intervertébraux, ou le corps d’une ou plusieurs vertèbres , la guérison ne peut arriver que par la soudure des pièces osseuses qui les comprennent , et
1 ankylosé de leurs apophyses articulaires. Un des soins principaux de l’art doit être de favoriser cette réunion , en maintenant les parties à une distanee relative qui conserve à la colonne sa forme naturelle , et entrave le moins possible l’exercice de ses fonctions \ mais , avec quelque succès qu’on ait rempli cette indication , l’épine aura toujours perdu nécessairement de sa solidité et de sa flexibilité ^ l’espèce de ciment osseux que la nature interpose pour rétablir la continuité de l’axe, ne peut suppléer à la substance élastique qui a été détruite, et sa résistance aux violences extérieures est bien moindre.
La collection anatomique de M . Charles Bell renferme un cas de fracture de l’épine , où la disjonction des vertèbres a eu lieu précisément sur la ligne d’ankylose. Que faut-il donc penser des tentatives que l’on ferait pour redresser la colonne vertébrale déviée à la suite d’une afifection essentielle des os ? En exerçant sur elle , par les procédés que nous indiquerons plus tard , une extension prolongée, on pourrait, à la vérité, produire un allongement des fibres ligamenteuses qui réunissent
entre elles les vertèbres restées saines, et diminuer ainsi la courbure générale de l’épine ; mais ce procédé n’est pas sans danger. Lors même qu’on ne s’exposerait point à rompre violemment les soudures p)eu solides qui remplacent les cartilages intervertébraux , on courrait le risque très -probable de raviver une inflammation scrophuleuse mal éteinte , et toujours imminente dans les constitutions lymphatiques. D’ailleurs, suffirait-il d’avoir produit un retlressement passif du rachis, par la distension de ses ligamens, pour remplir le but qu’on se propose ? N’est-il pas évident qu’on n’aurait obtenu ainsi qu’une amélioration apparente et momentanée ? En supprimant le moyen d’extension , on verrait presque aussitôt l’épine s’affaisser de nouveau et la difformité reparaître plus grave, plus choquante qu’auparavant , à moins que le malade ne s’assujétît à porter constamment un de t'es appareils , plus ou moins incommodes , par lesquels on peut maintenir le redressement de la colonne vertébrale. Il ne serait pas exact de dire qu’on opère de cette manière la guérison des déviations de l’épine*.
on parvient seulement à les dissimuler , et peut-être à remédier à quelques-uns des symptômes qui les accompagnent *, mais on ne doit pas oublier que cet avantage peut être acheté par quelques chances périlleuses. Un moyen plus sûr , plus conforme aux véritables notions physiologiques , est de développer Faction des puissances musculaires qui paraissent les plus propres à déterminer et maintenir une rectitude parfaite du tronc. Mais en cherchant à obtenir ce résultat, on doit éviter soigneusement les exercices gymnastiques qui pourraient produire des' commotions trop violentes et supérieures à la force de résistance que conserve la colonne vertébrale ; nous indiquerons dans la suite de ce mémoire ceux qui peuvent être conseillés sans inconvénient.
DÈVIATIOJ^S
DS