‹ Méthode nouvelle pour le traitement des déviations de la colonne vertébrale; précédée d'un examen critique des divers moyens employés par les orthopédistes modernesChapitre 8 sur 11 · PAB LE RAMOLLISSEMENT PATHOLOGIQUE DES OS · texte numérisé non relu

PAB LE RAMOLLISSEMENT PATHOLOGIQUE DES OS

Dans l’état normal du système osseux , les parties solides qui constituent l’épine opposent , en général , à la pression eïerct*e par le poids des organes, et à l’action musculaire, une résistance suffisante pour maintenir sa fcfrme primitive ; mais il existe certaines dispositions morbides, plus connues par leui-s effets que par leur natime, qui peuvent altérer la nutrition au point de leur faire acquérir un degré de mollesse ou de friabilité qui les rende tout-à-fait incapables de soutenir les efforts que supposent les divers genres de locomotion. L’une de ces dispositions a été dé-

signée sous le nom de rachitisme^ bien impropre, sans doute, puisqu’il n’indique qu’une affection du système osseux des vertèbres, quoique toutes les parties dures y soient exposées. La trame de l’organisation des os est un tissu eellulairequi admet dans ses interstices une substance terreuse, composée de phosphate et de carbonate de chaux , déposée par les artères j ils sont sujets, ainsi que tous les organes , à ce mouvement de composition et de décomposition qui en renouvelle , dans un certain temps , tous les élémens , comme l’ont démontré les belles expériences de Duhamel. Quoique l’anatomie n’y ait pas encore découvert de vaisseaux lymphatiques , il faut cependant supposer qu’ils en reçoivent , pour reprendre les matériaux apportés par les artères. Lorsqu’un équilibre parfait se maintient entre le pouvoir qui sépare du sang la substance calcaire des os , et celui qui est chargé de Ven saisir , leur solidité reste la même ; mais s’il arrive que la première de ces puissances devienne relativement plus faible , alors les parties les plus dures peuvent être ramenées à la mollesse de la cire.

Le rapport entre la sécrétion ilu phosphate (le chaux, par le système artériel , et sa résorption , au moyen des lymphatiques , peut être diminué de difierentes manières ; soit que les vaisseaux sanguins conservant leur tonicité naturelle, celle des absorbans ait augmenté , ce qui constitue , dans une certaine limite de cette inégalité , le rachitisme symptomatique ; ou que les lymphatiques ne dépassant point leur action accoutumée, celle des capillaires artériels soit alfaiblie; d’où l’on volt naître le rachitisme essentiel. Telle est l’opinion la plus vraisemblable que l’on puisse se former sur la nature et les variétés de l’ostéomalaxie , lorsqu’on étudie avecsoin les phénomènes qui l’accompagnent , et qu’on a présentes à l’esprit les recherches des physiologistes sur l’ostéogénie. On se rend compte, par cette hypothèse , des affinités qu’elle présente avec les scrophules; de l’influence qu’exercent quelques maladies sur son développement , et de son apparition spontanée dans certainc*s circonstances de climat, de régime ou de filiation.

Si l’on veut arrêter son attention seule-

ment sur le rachitisme essentiel , pour reconnaître ses causes prédisposantes, on voit qu’une température humide et froide est la plus énergique de celles que l’observation nous a signalées. Dans les pays chauds, où le réseau capillaire cutané est constamment excité par les rayons d’un soleil brûlant , rarement on observe le ramollissement pathologique des os ; mais , si les habitans de ces contrées sont transportés sous un ciel brumeux , et soumis à de fréquentes alternatives de température , on les voit s’étioler , comme des plantes privées de lumière ^ et souvent , dans un laps de temps très-court , ils contractent les maladies qui annoncent la prédominance du système lymphatique. C’est ainsi que les nègres de l’Afrique et les colons des Indes- Orientales , amenés en Angleterre, y deviennent scrophuleux ou rachitiques , plus fréquemment encore que les indigènes. L’autre extrême de température semble de même éloigner la prédisposition au rachitisme ] sans doute parce que le froid , lorsqu’il n’a pas une. trop grande intensité , oblige à un exercice musculaire violent , active les fonctions

digestives , et favorise ainsi la nutrition. Si l’on recherche dans quelles conditions de la société cette espèce d’altération se rencontre le plus ordinairement, on trouve que les deux extrêmes la présentent dans une proportion beaucoup plus grande que la moyenne^ Enervé*es par la mollesse, les classes supérieures, et sur-tout lescastes privilégiées qui ne s’allient qu’entre elles, ne transmettent trop souvent à leur descendance qu’une faible étincelle de ce feu de la vie qu’elles ont épuisé dans des jouissances sans mesure. Le peuple des grandes cités, livré à la pratique des arts sédentaires, mal nourri, mal logé, cherchant dans l’excès des liqueurs fortes l’oubli momentanc* de ses peines, ne se perpétue de même que par des rejetons disposés à toutes les infirmités , lorsqujils n’apportent pas , en naissant , des vices héréditaires.

Quoique le rachitisme puisse se déclarer à tous les âges , cependant c’est dans l’enfance qu’il sévit d’ordinaire , entre le huitième mois de la naissance et la fin de la seconde année. Comme cette époque est celle de la première dentition, on a supposé que, parmi

les causes déterminantes du ramollissement des os, on devait placer l’éruption desdentSi Les orages qu’elle suscite souvent dans toute l’économie , tels que l’irritation du cerveaü et de la moelle épinière , peuvent donner quelque probabilité à cette opinion ; cependant il semble plus rationnel d’attribuer cette aberration des fonctions nutritives au changement trop brusque d’alimentation qu’éprouvent beaucoup d’enfans à l’époque du sevrage .'Nourris jusqu’alors d’un liquide doucement animalisé , et dont l’assimilation ne demandait qu’un faible travail de la part des organes digestifs , comment leur estomac pourrait-il élaborer ces pâtes réfractaires dont on les sature sans transition ? Outre qu’il ne fournit plus aux organes les élémens d’une réparation suffisante , l’irri tation dont il de-* vient le siège dérive sur lui leur part de vitalité. Une observation empruntée à l’histoire naturelle des animaux, et où le même phénomène est dégagé de toutes les circonstances qui pourraient laisser quelque doute sur sa véritable cause , démontre évidemment qu’une alimentation disproportionnée aux

loi ces digestives peut produire tous les symptômes du rachitisme. On a déjà remarqué que les oiseaux dont l’art des gastronomes engraisse le foie pour le luxe de nos tables, tombaient dans le dernier degré du marasme; mais une particularité moins connue, c’est <jue leurs membres deviennent très- souvent difformes ; il en est de meme de ceux qu’on fait éclore artificiellement.

L’usage d’emmailloter les enfans a été regardé , avec raison , comme une des*causes qui nuisent le plus au développement de ceux qui sont nés faibles , et les disposent davantage à contracter des difformités. La constriction exercée par les bandes dont on les entoure, s’oppose à l'ampliation de la poitrine et rend la respiration et l’hématose moins complètes. En privant les membres du mouvement qui leur est nécessaire, elle empêche l’accroissement des muscles, et entrave consécutivement la nutrition des parties dures sous-jacentes. Les vaisseaux qui pénètrent dans le tissu des os n’y sont point soumis à ces pressions latérales qui activent la circulation dans le parenchyme des organes mous.

là progression des fluides ne doit donc s y faire qu’avec lenteur et difficulté , lorsque les fibres contractiles qui s’insèrent à ces leviers et les embrassent de toutes parts restent dans l’inaction; mais«si elles sont appelées à un exercice fréquent , leur tension et leur relâchement alternatifs expriment , en quelque sorte, le sang des artères d’oii partent les divisions plus déliées qui s’introduisent dans ^ l’intérieur des os, et accroissent ainsi l’afflux des matériaux nutritifs.

Nous avons un exemple de l’influence de l’action musculaire sur la solidité du tissu osseux dans les animaux qui , par leur nature ou l’éducation , sont très-vites à la course. On sait que les os des jambes des cerfs, des daims et des chevaux arabes ou anglais ont une dureté qui approche de celle de l’ivoire. Beaucoup d’observations prouvent , au contraire , que le défaut d’exercice frappe d’atrophie les parties dures , et altère leur constitution comme celles des parties molles. M. Larrey a vu , par suite d’une luxation nonréduite , la tête de l’humérus diminuée de volume et transformée en un tissu spongieux.

Une mauvaise alimentation, des pratiques vicieuses ne sont pas les seules causes déterminantes du rachitisme chez les sujets qui y sont prédisposes. Les diverses maladies de l’enfance , telles que les affections éruptives, soit qu’on les regarde comme essentielles ou seulement comme des symptômes d’une irritation des organes digestifs , les congestions du cerveau ou de la moelle épinière , si fré- *quentes à cet âge, peuvent encore altérer la nutrition des os.

L’époque de la vie à laquelle se déclare le rachitisme peut faire varier beaucoup la forme des courbures anormales que l’épiue contracte sous son influence, et, par suite ^ le» symptômes qui accompagnent ces déviations. Lorsqu’il se manifeste dans les premiers mois qui suivent la naissance , et avant que les muscles aient acquis assez de force pour réagir d’une manière quelconque contre l’imr; pulsion de la pesanteur , l’inflexion vicieuse se fait directement d’arrière en avant, parce que c’est dans ce sens que la résultante des forces de la gravité tend à précipiter le tronc entraîné par le poids de la tête , relativement

Irès- volumineuse. La courbure dorsale s’exagère d’abord, et projette antérieurement le sternum par le redressement des côtes , ces arcs osseux et les ligamens qui les terminent ne pouvant , à cette époque, opposer une résistance suffisante à l’excurvation de la paroi postérieure du thorax.

Tel est le premier changement* qui se manifeste dans la forme de l’épine ; mais , plus tard , lorsque les muscles commencent à prendre un peu de force, l’enfant voulant essayer de se maintenir dans la station debout , il ne peut y réussir qu’en portant fortement la tête en arrière , et contractant avec énergie les faisceaux musculaires qui vont du bassin aux dernières vertèbres dorsales et premières lombaires. Du concours de ces doux actions résultent de nouvelles inflexions inverses à celle qui s’était formée dans la région dorsale j une forte cambrure se prononce au bas des lombes, et la tête pai’aît enfoncée entre les épaules. Quelquefois l’occiput s’approche de la région supérieure du dos , à tel point que la main a peine à s’introduire dans l’intervalle qui les sépare.

Les individus aft’ectés de cette espèce de difformité, qui consiste dans l’exagération plus ou moins prononcée des coimbures naturelles de l’épine, ne sont pas rares; cependant, en général, les gibbosités produites par le rachitisme offrent une apparence moins simple. Lorsque le ramollissement attaque les os à un âge où l’enfant peut déjà se livrer aux divers genres de locomotion , les déviations de l’épine ne se font plus directement d’arrière en avant ; mais elles se compliquent d’inclinaison latérale par l’attraction habituelle qu’exerce l’un des membres thoraciques. Le plus ordinairement , la région dorsale convexe en arrière est aussi déviée à droite ; une inflexion latérale inverse se prononce dans la région lombaire avec une torsion plus ou moins sensible de l’épine autour de son axe. Le mécanisme par lequel sont produites ces transformations sera expliqué en détail lorsque nous traiterons des difformités dont la cause première est dans le jeu irrégulier de certaines classes de muscles.

11 est facile de prévoir quel embarras doivent apporter , dans l’exercice des fonctions

les plus importantes, les changemens que nous venons d’indiquer. La flexion de la région cervicale , qui n’oppose qu’un faible obstacle à l’abord du sang artériel vers le cerveau, parce que le voisinage du centre de la circulation conserve à ce fluide presque toute la force d’impulsion qu’il a reçue, diminue nécessairement la facilité de son retour par le système veineux. De là, une prédisposition très-grande à des congestions graves , à des épanchemens mortels. Le redressement des côtes et le rapprochement de leurs bords ne nuisent pas seulement aux fonctions des poumons en diminuant la capacité de la poitrine , ils entravent encore le jeu de la respiration d’une autre manière.. On sait que l’ampliation transversale du thot rax dépend du mouvement de révolution que les côtes exécutent autour de la corde qui soutend l’arc qu’elles forment par les contractions alternatives des intercostaux internes et externes (i) : or, la courbure de ces os étant diminuée, et les muscles qui s’y at-

(i) Uambergvr.

tachent ayant |>eidii de leur puissance par le l’accourcissement des fibres et leur direction plus oblique, l’agi’andisscment de la poitrine selon le diamètre transversal est presque annulé.

Les individus affectés de gibbosité considérable doivent être fatigués d’une dyspnée presque habituelle , et c’est en efièt ce que l’observation confirme. Ils sont encore sujets à de fi-équentes palpitations , soit que le cœur éprouve une compression qui le sollicite à se «'ontracter avec plus de force, ou que le diaphragme, ayant changé de forme avec le périmètre de la base de la poitrine, livre à l’aorte un passage plus étroit, et gêne ainsi la circulation. Ces incommodités, qui peuvent se résoudre en maladies formelles, sont d’autan tpi us sensibles, que les déviations de l’épine se sont manifestées à une époque plus avancée de la croissance ; parce que les viscères, ayant ac<)uls une partie de leur développement, ne peuvent se rtiouler avec facilité à la configuration des cavités solides qui les renferment, «'omme il arrive lorsque le ramollissement des os se prononce dès les premiers temps delà vie.

Combattre l’affection spécifique qui a été la cause du ramollissement des os, ou travailler directement à restituer aux fonctions nutritives l’énergie que leur ont enlevée des influences débilitantes , avant que la conformation du squelette ait été modifiée d’une manière grave , tel est le rôle auquel l’art se trouve à-peu-près réduit ; car il a peu de prise pour réformet les directions vicieuses que l’épine a une fois contractées sous l’influence du rachitisme. Lorsqu’un membre s’éloigne de sa forme naturelle, nous pouvons chercher à rétablir sa rectitude par des moyens mécaniques agissant en sens contraire de la déviation , parce qu’il est facile d’appliquer la puissance de la manière la plus favorable , et qu’en limitant ou suspendant le mouvement de la partie on ne nuit point à la constitution générale du sujet. Mais il n’en est pas ainsi de l’épine : sa connexion avec tous les viscères , la multiplicité de ses pièces, dont le jeu habituel est indispensable à l’intégrité de ses fonctions propres, et à celles de la plupart des organes , ne permettent pas de la cttndamiler à l’immobilité , sur-tout

dans une affection remarquable par l'affaiblissement général de tout le système. En cherchant à effacer les résultats , on donnerait à la cause qui les a produits une activité nouvelle. Ces considérations sont jjarticulièrement applicables aux très-jeunes sujets, pour qui le mouvement est une condition plus urgente de conservation. On peut donc affirmer, en général, que les procédés mécaniques inventés par les orthopédistes sont nuis ou dangereux dans le premier âge. Le médecin doit se borner aux moyens hygiéniques ou thérapeutiques qui peuvent activer la séci’étion du phosphab* calcaire , en même temps qu’il éloigne, autant que possible, l'habitude des mouvemens ou des attitudes qui favoriseraient la déviation des os, sous les efforts de certaines puissances muscuiaires et l’action de la pesanteur.

De tous les préceptes qu’on a donnés pour remplir la première indication , le seul que nous discuterons est celui de l’usage fréquent du bain froid , parce qu’il a été recommandé avec confiance par un grand nombre de savans praticiens , et que d’autres médecins

non moins éclairés ont contesté ses avantages. W. Hunter, qui avait sur les maladies des enfans une expérience très-étendue , le plaçaitau premier rang des moyens propres à fortifier la constitution. Le docteur Wilson (i) assure qu’il l’a vu, dans tous les cas, produire une amélioration sensible , et souvent obtenir un succès complet. M. Portai a rapporté, dans son excellent ouvrage, plusieurs observations qui tendent à confirmer son efficacilé. Enfin il est devenu , en Angleterre , où le rachitisme est presque endémique , la base du traitement de cette maladie.

L’eau de mer , par les sels qu’elle tient en dissolution et l’espèce de bitume dont elle est chargée , paraît posséder une propriété tonique supérieure à celle de l’eau douce (2) ; c’est donc sur les côtes méridionales de leur île que les médecins anglais envoient leurs malades se baigner pendant la belle saison :

(1) Wilson , on the bones and joints.

(3) 11 est probable que l’eau de mer doit ses propriétés les plus éncrpques à la substance supposée simple que l'analyse chimique y a découverte récemment, et à laquelle on a donné le nom de murine. Une seule goutte de ce liquide suffit pour donner la mort aux animaux.

pour ceux à* qui ce déplacement serait impossible, ils trouvent dans la capitale le moyen dy suppléer. Des barques remontant la Tamise ont d’abord apporté à Londres de l’eau de mer ; mais les frais de transport devaient rendre ces bains assez dispendieux. En i8i4 j une société de spéculateurs conçut le projet de faire venir l’eau de mer, par des tuyaux de fonte , depuis Brightelmstone , c’est-à-dire d’une distance d’environ vingt lieues de France, et d’établir à Lambetb, faubourg près du port de Westminster , de grands réservoirs qui se renouvelleraient journellement. Nous ne doutons point qu’il n’ait été mis à exécution d’après l’esprit d’une active industrie qui anime nos voisins. Peut-être ne devonsnous pas désespérer de voir un jour imiter , pour Paris, une semblable entreprise, qui paraîtrait aujourd’hui gigantesque, mais qui sera singulièrement facilitée si l’on creuse le canal qui doit faire de cette capitale un port de mer.

Pouteau , et ceux qui avec lui rejettent l’emploi des bains froids, se fondent sur le ilanger de produire à l’intérieur des conges-

lions graves par le refoulement des fluides de la circonférence vers le centre. Le danger serait réel si l’on ne proportionnait l’intensité et la durée du froid à la force du sujet. Cette précaution a été recommandée par Hunter et tous ceux qui ont adopté la même pratique, avec des vues éelai^pes. Le docteur Wilson veut qu’on plonge l’enfant, une seule fois par jour, dans de l’eau de source, dont la température est plus constante que celle de rivière , et qu’on le retire aussitôt pour l’essuyer soigneusement. On doit ensuite le frictionner sur toutes les parties du corps avec un linge un peu rude , ou le tenir longtemps enveloppé dans de la flanelle. A l’immersion dans l’eau , les Anglais substituent quelquefois ce qu’ils appellent une bain d’ondée , sho-wer-hath. On le prend dans une sorte de guérite semblable à celle qui abrite les sentinelles ; elle est fermée par un rideau, et le plafond est percé, comme un crible, d’une infinité de petits trous. Au-dessus est placé un assez grand vase rempli d’eau , porté par un axe horizontal sur lequel il tourne librejnent \ une corde y est attachée de manière à

lui faire faire la bascule. Loi'sque le baigneur est placé clans la guérite, on tire la corde et il reçoit à l’instant, sur la tête, une forte ondée qui le mouille aussi complètement que s’il s’était plongé dans une cuve. Par ce moyen très-simple, on évite l’impression désagréable ^ue cause l’immersion dans l’eau froide , ainsi que l’effroi et le saisissement qui en contrarient les effets.

Lorsque le bain froid est administré avec les précautions convenables, les jneonvéniens qu’ont exagérés des praticiens trop timides disparaissent, et ce moyen exerce sur les constitutions débiles une influence énergique et salutaire dont il est facile de se rendre compte. Les physiologistes regardent un développement considérable du système capillaire comme la condition et le signe d’une complexion robuste et vivace ; or, rien ne semble plus propre à le produire que le resserrement et la dilatation alternatives qu’un abaissement brusque de tempc'rature et la prompte reproduction du calorique amènent dans le tiSvSu des vaisseaux. La fibre se contracte d’al>ord par le froid comme une substance inor-

ganique à qui on enlève la matière de la tchaleur j mais à ce phénomène de physiqile générale succède bientôt un phénomène physiologique inverse. La puissance vitale, sollicitée par l’aggression d’une cause qui tendrait à l’anéantir si son action était continue , réa- 'git bientôt contre elle avec plus ou moins d’énergie, dilate le tissu qui avait été contracté , et y rappelle les fluides. Cette succession d’efiets opposés a lieu constamment , si l’on a mesuré la force d’astriction à la puissance expansive de la vie. On conçoit que le retour fréquent de ces oscillations doit accroître la tonicité des vaisseaux , comme l’exercice de tout autre organe augmente son aptitude à remplir ses fonctions. Le sang exprimé avec énergie par chaque ramuscule , parcomt avec plus de rapidité le cercle qui tloit le ramener au foyer de revivification ; une abondance considérable de substance nutritive arrive donc aux organes dans un temps donné, outre qu’élaborée avec une perfection plus grande , elle leur imprime plus de vigueur.

Aux moyens qui paraissent propres à

rétablir lu nutrition dans son rhythme na« turel , il faut ajouter les soins qui peuvent prévenir ou atténuer mécaniquement l’influence du ramollissement des os sur la conformation de l’épine. Ainsi les enfans seront couchés sans oreiller sur des lits composés de plantes aromatiques, et assez résistans pour que l’axe de la colonne vertébrale n’y éprouve pas de flexion sensible. A ce précepte il faut joindre celui de varier le décubitus. Orra vu des déviations latérales produites par la seule habitude de se coucher constamment sur le même côté. Le docteur Bampfield a rapporté l’histoire de deux jeunes socui's qui , partageant le même lit, où elles s’endormaient dans une position inverse , avaient contiacUi une inflexion vicieuse de l’épine, l’une à droite et l’autre à gauche. Elles furent guéries, en changeant leurs places accoutumées , la plus jeune en trois mois, et l’ainée en six.

Le coucher en pronation est très-propre à prévenir l’excui’vation de la région dorsale et la déformation cous^'^cutive des côtes, mais il est assez difliciled’y maintenir les enfans^ ou ne peut y parvenii’ qu’eu leur faisant porter.

la nuit, un corset non baleiné , que l’on fixe de chaque côte aux panneaux du lit par des cordons.

Lorsqu’on ne s’est point opposé d’une manière efficace aux déviations qui sont trop souvent le résultat d’un défaut de résistance du système osseux , il est presque impossible d’y remédier après qu’il a repris sa solidité. Les muscles et les viscères qui se sont accommodés, pendant la croissance, à la configuration du squelette , apportent un obstacle presque invincible au rétablissement de sa régularité. Quelquefois cependant la nature , par un efibrt spontané , parvient à lui restituer ses formes normales , lorsqu’elles n’ont pas été altérées trop profondément. On a remarqué que cette heureuse révolution coïncidait toujours avec la puberté et l’invasion d’une maladie accidentelle j on ne peut douter qu’elle ne soit provoquée par l’impulsion que la croissance du tronc reçoit à cette époque, et secondée par le décubitus forcé dans lequel le corps est maintenu. L’art, saisissant cette indication , doit mettre à profit le changement qui s’opère, à l’entrée de l’adoles-

cence , clans les dimensions de la poitrine et de la colonne vertébrale. C’est alors qu’il importe de supprimer l’action de la pesanteur par une attitude convenable, et sur-tout de développer le jeu régulier de tous les muscles, par des exercices appropriés. Enclavé entre leS autres parties du squelette, le rachis offre peu de prise aux agents mécaniques qu’on veut lui appliquer j ils ne peuvent le saisir que par ses extrémités , tandis cpi’il serait nécessaire de les exposer immédiatement aux flexions vicieuses , vers le centre de leur courbure. Les muscles, au contraire, coordonnés dans la direction et l’insertion de leurs fibres , à la forme des diverses pièces qui composent la colonne vertébrale, disposés par couples dont l’action tend à se balancer, oft’rent l’intermédiaire le plus favorable poiu' agir sur elle, , vers le point précis qu’indique la nature de la difformité qu’on entreprend de corriger. Ajoutez à cela que , par les exercices gymnastiques , on est moins exposé à dépasser la mesure d’action qu’on peut déployer, sans inconvénient, sur des parties très-sensibles, et dont les rapports naturels ont été détruits.

Si

Cette considération paraîtra d’une grave importante , si l’on remarque que les déviations de l’épine n’amènent pas toujours des changemens correspondans dans toutes les parties molles qui s’y attachent. Dans un cas de difformité rapporté par M. Charles Bell^ l’aorte s’était accommodée aux inflexions vicieuses du rachis, tandis que l’œsophage procédait directement du cou au diaphragme , et ne présentait qu’une longueur de trois poucés. Il est facile de concevoir les suites dangereuses que pourrait avoir l’extension passive de l’épine dans des cas semblables. Concilier l’efficacité des moyens pour obtenir le résultat immédiat qu’on se propose , et leur innocuité à l’égard de l’état général des fonctions , tel est le point difficile à saisir; nous verrons par quelles précautions on peut espérer de l’atteindre, lorsque nous comparerons les divers procédés de traitement que l’on a mis en usage pour corriger les difformités de l’épine.

La distinction que nous avons établie entre les diverses aberrations de la nutrition qui peuvent faire perdre aux os leur solidité naturelle , se justifie par la comparaison des

symptômes du rachitisme^ tels qu’ils ont etc décrits par les auteurs , et ceux d’une autre maladie plus rare , qu’on a désirée sous le nom de mollitiet os sium. Elle n’attaque que les individus qui ont atteint le milieu de la vie, et paraît se rencontrer plus souvent chez les femmes que chez les hommes. Ce n’est pas seulement par ces circonstances qu’elle diffère du rachitisme proprement dit, elle en est encore distincte par l’espèce d’altération materielle que présente le squelette. Outre que les os contiennent une proportion beaucoup plus faible du phosphate calcaire, la substance animale qui en forme la trame semble avoir éprouvé elle-même une absorption considérable. Us sont presque réduits à une simple enveloppe mince et flexible : de larges cavités remplies d’un fluide huileux sont creusées dans leur intérieur.

Le degré de ramollissement peut offrir des variétés , mais il est toujours assez considérable. Le docteur Bostock a publié , dans les Transactions médico - ckirur^ales , quelques expériences cpi’il a faites pour constater lai'quantité relative du phosphate de chaux

dans les os attaqués de cette altélation. L’analyse des vertèbres dorsales d’une femme , dont le squelette avait été trouvé très- ramolli , lui a fait voir qu’elles ne contenaient que la sixième ou même la huitième partie de leur poids de substance terreuse , tandis que , dans l’état ordinaire , elles en contiennent plus de la moitié. C’est presque toujours à la suite de maladies graves ^ de grossesses pénibles, que cette maladie singulière se manifeste; elle est accompagnée de douleurs profondes et continuelles.

Tous les médecins connaissent l’histoire de la femme Supiot, rapportée par Morand ; les recueils de la science en contiennent plusieurs autres semblables. Une des plus singulières est celle que M. Charles Bell a consignée dans les Transactions médico-ckirurgicales. Le sujet était une femme qui, pendant la longue durée de sa maladie, et malgré des douleurs continuelles, devint enceinte plusieurs fois. L’accouchemtent , de plus en plus laborieux par la déformation croissante du bassin , parut tout-à-fait impossible à la fin de la septième grossesse; on 'fut obligé de

pratiquer l’opération césarienne, à laquelle la mère succomba , mais qui sauva l’enfant; tous les autres fœtus étaient venus sans vie. Pendant tout le cours de cette maladie les urines déposèrent une grande abondance de phosphate de chaux ; on trouva , à l’autopsie, les os tellement ramollis, qu’en s’efforçant de détacher le périoste, le scalpel pénétrait dans leur substance. L’épine, la poitrine et le bassin étaient les parties les plus déformées. Les trois dernières vertèbres lombaires s’étaient afl’aissées au point d’occuper ime grande partie de la cavité pelvienne, dont le diamètre sacro-pubien était réduit à un quart de pouce, et le transversal à un demi-pouce.

Une irritation particulière du système absorbant, qui accroît outre mesure l’activité du mouvement de décomj>osition , et rompt ainsi l’équilibre des forces rénovatrices , paraît être la cause du ramollissement des os dans les cas de cette nature , ce qui les distingue du rachitisme essentiel, où le mouvement inverse , celui de composition, est ralenti. Tous les secours de la médecine se sont montrés ineffîtaces dans celle terrible maladie.

Les nosologistes ont mentionné un état particulier des os, dans lequel ils les supposent privés en grande partie de leur gélatine , et devenus friables comme s’ils eussent été soumis à l’acjion du feu. Ils expliquent, par cette altération , la fragilité qu’ils présentent dans la vieillesse. Des recherches savantes faites par M. Ribes et d’autres observateurs ne permettent pas d’adopter cette hypothèse. Sans doute , les progrès de l’âge modifient la composition des os et diminuent leur ténacité , puisqu’on les voit se fracturer sous les moindres efforts et ne se réunir qu’avec une extrême lenteur ; mais ils ne sont pas réduits à leur substance terreuse, comme on l’a* dit. Leur défaut de solidité ne dépend point d’une rupture de l’équilibre des fonctions nutritives , qui rendrait proportionnellement moins abondant l’un des principes qui les constituent j elle est plutôt le résultat d’une sorte d’atrophie semblable à celle qui atténue tous les organes lorsque la puissance vitale ne suffit plus à réparer leurs pertes.

Des changemens remarquables s’opèrent, dans la forme de l’épine , soiis l’influence de

cette cause , et Tafia i 1)1 isscnient simultané des forces musculaires. Lorsque ces dernières ne s’opposent plus qu’avec peine à l’action de la pesanteur qui tend à précipiter le corps en avant, une pression constante est exercée sur le bord antérieur des vertèbres , et bâte leur absorption en ce point •, de là , Texcurvation plus ou moins anguleuse que le rachis contracte cliez les vieillards. Les pei'sonnes du sexe, qui , ayant porté long-temps des corps très-serrés, viennent à les quitter vers Tàge de retour , lorsqu’elles attachent moins d’importance aux agrémens extérieurs, sont particulièrement exposées à se courber prématurément , parce que les muscles extenseurs du tronc , dont le développement a été eontrarié par la compression exercée sur eux dès Tenfance , luttent avec plus de désavantage contre la pesanteur. JM. Portai , qui a le premier fait cette observation (i)) ajoute avec beaucoup de raison que s’il est contraire aux lois de la, nature d’étreindre le corps dans des appareils destinés à lui donner des formes de

(i) Mi'oioire 1)111 les (lifTormité^ d« la taille.

convention , il est dangereux de les supprimer , lorsque par l’habitude ils sont devenus des espèces d’étaîs qui suppléent les forces dont ils ont empêché le développement.

! DEVIATIONS

.ilJ'Utl»!

PRODUITES PAR l’iNÉGALE DISTRIBUTION DES PUISSANCES QUI AGISSENT HABITUELLEMENT SUR LA COLONNE A'ERTÉBRALE.

Il ne suffît pas , pour le maintien des formes normales du corps humain , que les divers clémens qui le composent reçoivent de l’exercice régulier de la nutrition le degré de résistance dont ils sont doués dans l’état le plus favorable de l’organisme. Quelque solides qu’on les suppose , ils peuvent être altérés dans leur conhguration et leurs rapports , si une force constante s’applique à agir sur quel- (jue point de leur surface , dans une direction déterminée. L’obsen’ation nous offre à chaque instant des exemples de la possibilité de ces changemens dans les individus qui se livrent fréquemment à la répétition des mêmes

actes. Sur nos places publiques et nos théâtres 5 des bateleurs exécutent des tours et prennent des postures qui seraient absolument impossibles , si , par une longue habitude des mêmes exercices , quelques pièces du squelette et les ligamens qui les unissent n’avaient changé de forme , ou ne s’étaient coordonnés dans de nouveam? rapports. Chez les danseurs , qui nous étonnent par la hardiesse de leurs écarts , la rapidité de leurs pirouettes, et la facilité avec laquelle ils soutiennent la station sur l’extrémité des orteils, la connexion des surfaces articulaires a été aussi modifiée par l’extension forcée des fibres ligamenteuses , en même temps que certains muscles ont acquis un développement extraordinaire. Si l’on examine la conformation de leurs pieds, on voit que le relâchement des articulations est devenu tel , qu’elles se prêtent à tous les mouvemens qui leur sont imprimés, avec autant de facilité que celles de la main. La courbiîre plantaire est effacée presque entièrement. Ces transformations les rendent capables , il est vrai , de prendre momentanément des attitudes et d’exécuter

des mouvemens qui nous semblent gracieux,, mais il s’en faut bien qu’ellés soient un perfectionnement réel : leur inconvénient se montre dans le mode ordinaire de progression , lorsqu’un déjdoiement exagéré des forces musculaires ne maintient plus le rapport des parties. C’est alors que la démarche des danseurs devient pénible et ofire l’apparence d'une sorte de claudication.

Tous les arts dont l’exercice exige la continuité d’une même attitude amènent une altération correspondante dans la forme du corps ; c’est ainsi que les peintres , les graveurs , les horlogers, dont le tronc , pendant le travail , est maintenu fléchi vers la partie moyenne de sa longueur , contractent souvent une excurvation permanente de l’épine. Les muscles extenseurs, dont la contractilité s’épuise lorsqu’elle est mise en jeu sans alternative de repos , abandonnant aux ligamens la fonction de lutter contre la pesanteur , ceux-ci cèdent, à la loif^e, à l’elfort exercé contre eux \ ils s’étendent , permettent aux vertèbres de s’affaisser les unes sur les autres vers leur partie antérieure, et favorisent ainsi

leur absorption en ce point. La même cause amène les mêmes résultats chez les laboureurs, les \ignerons, les moissonneurs, les porte-faix, courbés, dès la naissance du jour, sous le poids de leurs pénibles travaux.

Certaines classes d’artisans soumis à des attitudes en apparence analogues, échappent néanmoins à l’espèce de difformité que nous venons d’indiquer. Pour en citer quelques exemples , on voit les tailleurs , qui s’asseient à la manière des orientaux , et qui travaillent penchés sur leur établi, conserver hors de leurs occupations une attitude trèsdroite^ il en est de même des cordonniers, qui se distinguent par la roideur de leur démarche et la position presque renversée du tronc. On s’expliquera facilement cette particularité , si l’on remarque que , dans l’exercice de ces dernières professions , les vertèbres ne restent point pressées les unes contre les autres d’une manière continue comme dans les précéalentes , où la rotation du bassin sur la tête du fëmur constitue le mouvement le plus étendu de ceux qu’exécute le tronc. Dans le mode de station assise adopté

par les tailleurs, la tète est tellement inclinée en avant, et forme avec le bassin une courbure si prononcée , (jue l’équilibre ne saurait être maintenu sans un efi'ort considérable des muscles extenseurs ; mais leur action n’est pas uniforme , elle n’a pas pour but le maintien d’une situation fixe , elle opère le redressement de la tête et du tronc à chaque mouvement exécuté par le bras qui dirige l’aiguille. 11 y a donc alternative de contraction et de relâchement pour les fibres musculaires, dont la puissance tend ainsi à s’accroître au lieu de s’énerver , comme il arrive loi'squ’elles sont soumises à une tension permanente. La partie antérieure des cartilages intervertébraux n’étant point soumise à une pression continuelle , conserve son épaisseur relative et maintient la forme de l’épine.

Ces considérations s’appliquent, d’une manière encore plus évidente , à l’attitude, inclinée des cordonniers pendant leur travail. L’influence qu’elle pourrait avoir suf la forme de l’épine , si elle était permanente, est complètement annulée par le redressement du tronc et l’abduction régulière des bras , que

nécessite l’action de (;oudre dans cette profession. Les muscles trapèzes et rhomboïdes, qui déterminent ce dernier mouvement, acquièrent, par cet exercice, un surcroît de puissanee très-favorable au maintien de la rectitude de la colonne vertébrale. On peut déjà préjuger des observations précédentes, que les mouvemens exécutés par le corps , quelque défavorables qu’ils nous paraissent, nuisent moins à la régularité de ses formes que certains modes de station auxquels il peut être assujéti. Nous allons nous efforcer de donner à cette opinion un plus haut degré d’évidence.

Il n’est personne qui n’ait remarqué combien il est pénible de rester debout et immobile , ou assis sans appui , même pendant un laps de temps assez court. La progression , lorsqu’elle se fait avec beaucoup de lenteur , ne cause guère moins de fatigue , et plus d’une fois on aura pu reconnaître que le moyen le plus sùr de dissiper cette lassitude est. d’accélérer le mouvement. C’est qu’en vertu d’une loi de l’économie , les muscles doués de la contractilité animale ou volontaire ont be-

soin d’intervalles de repos pour conserver leur énergie. Or , la station , qui met constamment en jeu les mêmes muscles, agit directement contre le principe qui préside a l’intégrité de leurs fonctions, tandis que le mouvement peut se concilier avec lui , puisqu’il est le résultat de contractions et de relàchemcns alternatifs. Lorsque le sentiment, qui nous avertit que la durée normale de l’action des puissances contractiles est dépassée, devient trop pénible, nous sommes déterminés, par une inspiration de l’instinct, à prendre une attitude qui les soulage, sans trop nous éloigner de celle qui nous était prescrite. Imaginons , par exemple , que le corps soit placé dans la station assise, le dos privé d’appui ; lorsque cette attitude se prolonge, les muscles long-dorsaux et sacro-lombaires, destinés à la maintenir, finissent par se fatiguer, et deviendiaient incapables de lutter contre la pesanteur, si des muscles accessoires ne venaient à leur aide ; mais eses derniers étant comparativement peu volumineux, et n’ayant pas une direction parallèle au sens dn mouvement qu’il s’iSgit de préve-

iiir , ne peuvent y apporter un obstacle suffisant qu’en combinant leurs efforts de manière à donner au levier une forme qui favorise l’action de leur résultante : or , voici par quel mécanisme assez compliqué ces muscles, qui, étant disposés latéralement le long de l’épine , ne sont destinés, dans l’ordre régulier de leurs fonctions , qu’à produire des inflexions dans le même sens , peuvent s’opposer à la chute du tronc en avant. Le transversaire du côté gauche , qui se fixe aux dernières vertèbres cervicales et aux six premières dorsales, secondé par les faisceaux correspondans du transversaire épineux , augmente d’abord la concavité naturelle que l’épine présente dans ce sens ^ mais , pour ramener la ligne de la gravité sur la base de sustentation , deux courbures inverses se prononcent presque aussitôt : l’une , très-légère , dans la région cervicale, par la contraction des inter-transversaires du côté droit’, et l’autre ^ plus sensible, vers les lombes, parles efforts simultanés des inter-transversaires et transversaires épineux du même côté. La colonne vertébrale affecte alors approximativement la

forme d’un sigrna renversé. Examinons comment cette configuration , (jui peut être constatée dans tous les cas où l’on cherche à se soulager de la fatigue qu’occasione la station assise , devient favorable au maintien de l’équilibre.

Si l’on a présente à l’esprit la direction des facettes de jonction des a'pophyses articulaires, on concevra que jamais l’épine ne peut s’infléchir dans un sens directement latéral. En effet , supposons qu’elle soit sollicitée à se courber de droite à gauche dans un point quelconque de sa longueur : la force qui tend à incliner chaque vertèbre sur celle qui lui est immédiatement inférieure vient rencontrer obliquement les surfaces par lesquelles elles s’articulent, et qui sont symétriquement dirigées d’arrière en avant et de dedans en dehors ; elle se décompose dcs-lors en deux autres, l’une parallèle aux plans de tangence^ qui tend à les faire glisser les uns sur les autres , et la seconde perpendiculaire à ces mêmes plans , et qui leur imprime un mouvement de rotation de droite à gauche. Cette impulsion est encore secondée par la contrac-

tion des transversaires épineux du côté gauche, qui, étant dirigés de dehors en dedans, agissent sur l’apophyse épineuse de la vertèbre supérieure , comme sur un levier, pour l’entraîner dans un sens opposé. Si la concavité de la courbure était dirigée à droite, un mouvement de rotation inverse serait imprimé aux vertèbres.

Nous avons dit que , dans l’attitude dont nous étudions les résultats, il existait deux courbures principales opposées : l’une, concave à gauche , et l’autre convexe dans le même sens. Il faut donc nécessairement que l’épine soit soumise à un double mouvement de torsion , par lequel ses apophyses épineuses déerivent autour de son axe deux spirales inverses. Or, dans cet état, plusieurs causes appréciables concourent à faciliter la station . Les apophyses articulaires s’étant rapprochées du plan antéro-postérieur par la révolution qu’elles ont exécutée, opposent un obstacle plus direct à l’affaissement des vertèbres d’arrière en avant , outre que leurs ligamens, devenus plus courts et moins extensibles par

la torsion qu’ils ont éprouvée * les maintiennent plus étroitement réunies.

Les muscles transversaires épineux correspondans à la concavité de chacune des courbures, qui ne donneraient, en se contractant, qu’une r(«ultantc diagonale moindre que leur somme , devenus presque parallèles, ajoutent maintenant lem*s forces et agissent avec plus d’efficacité pour i-etenir le tronc en arrière; enfin , la hauteur de la colonne vertébrale étant diminuée par les inflexions qu’elle a prises, le centre de gravité s’est rapproché de la bas<; de siLstentation , ce qui ajoute à la stabilité de l’équilibre.

Ce n’esl pas seulement dans la station sur v un siège que nous sommes conduits instinctivement à employer l’espèce d’artifice par lequel les muscles latéraux sul)stituent leur action à celle des extenseurs directs de l’épine, et appellent à leur secours la résistance des ligamens et des surfaces articulaires disposés selon d’autres rapports. Nous ' en éprouvons le besoin plus souvent encore dans la station delwut loi'squ’elle se prolonge, et

c’est poui- y satisfaire que le corps se balance alors sur l’un ou l’autre des membres inférieurs, et plus ordinairement sur la jambe gauche.Plusieurschefs-â’œuvre de la statuaii'e antique représentent les contours qui le terminent, dans cette attitude •, on peut en citer pour exemples V Antinous ^ dont le docteur Shaw adonné la figure dans son ouvrage, et la Vénus de Médicis. Dans cette posture, le bassin , en s’inclinant à droite , se renverse de plus en arrière , et il en résulte un état de tension de l’aponévrose , fc^scia lata , qui , embrassant plus étroitement les muscles extenseurs de la jambe sur la cuisse, leur prête un secours très-efficace , si elle ne supplée entièrement à leur action. M. Charles Bell, qui a expliqué le premier ce mécanisme , et qui le compare justement à celui par lequel les oiseaux peuvent rester en équilibre pendant le sommeil sur une seule de leurs extrémités , n’a point cherché à donner la raison des courbures que l’épine affecte simultanément, et par lesquelles elle paraît convexe à droite, dans la région dorsale , et concave du même côté , vers les lombes. On la trouve dans des

lOO

consitlërations analogues à’ celles que nous avons exposées à l’occasion de la station assise.

La solution de ce problème de statique animale , qui se déduit à priori de la structure des parties, n’avait pas été donnée jusqu’ici à notre connaissance j elle nous parait mériter l’attention des médecins , non-seulement comme vérité spéculative , mais encore parce qu’elle doit servir de base à l’étiologie de certaines difformités très-fréquentes. Nous espérons démontrer cette dernière proposition de la manière la plus rigoureuse , en examinant, ainsi que nous allons le faire, l’apparence qu’offrent les déviations latérales de l’épine , les circonstances au milieu desquelles elles se prononcent ordinairement, et sur-tout en comparant une observation d’anatomie pathologique à laquelle on a prêté trop peu tl’attenlion , avec le système que nous avons présenté sur le mode de réaction qu’exercent,con tre l’impidsion de la jjesanteur, les muscles latéraux détournés accidentellement du rhylhinc normal de leurs fonctions.

C’est assez souvent vers l’âge de sept ou huit ans que l’on voit des sujets des deux

sexes , mais plus particulièrement de jeunes filles, éprouvw un commencement d’altération dans la régularité des formes du corps. On remarcpie d’abord que l’épaule droite présente plus d’élévation , qu’elle est plus volumineuse que la gauche j si l’on compare les deux omoplates et leurs rapports avec l’épine , le bord interne de la droite semble s’en éloigner davantage, en se dirigeant obliquement de dedans en dehors et de haut en bas J son angle inférieur , au lieu de reposer sur les côtes , est soulevé au point que le bord interne du grand dorsal qui le recouvre dans l’état ordinaire se trouve situé au-dessous de lui ; la hanche gauche offre plus de volume que la droite , et sa distance à l’aisselle est sensiblement moindre , en sorte que la ligne qui joint les épines antérieures des os des îles est inclinée à l’horizon. Cette différence de niveau amène une apparence de claudication dans la démarche , et l’un des côtés du corps s’avançant plus que l’autre ^ la pro^ gression semble se faire obliquement j le côté droit de la poitrine est arrondi et relevé , tandis que le flanc et la région des lombes

lOJ

sont tlépriin<‘s. Une disposition inverse s’observe à gauche , où le thorax parait affaissé , et les lombes offrent un renflement très-sensible. Si l’on examine la direction de l’épine, on trouve qu’elle est flexueusc , avec une double courbure j 1 une convexe à droite , et l’autre concave du même côté , vers sa partie inférieure. La figure n*. 3 représente , la conformation que nous venons de décrire , et la figure n®. i est très-propre à en faire concevoir la raison. Nous les empruntons l’une et l’autre à l’excellent ouvrage du docteui' Shaw (i). La convexité dorsale de la colonne vert«*brale, en éloignant les apophyses transverses les unes des autres, accroît l’écartement des côtes qui s’y attachent, produit l’ampliation du thorax, et porte l’omoplate en haut et en avant. Les côtes, qui naissent à gauche de la concavité . de la courbe , sont , au contraire , abaissées et rapprochées , d’où résultent l’abaissement de l’épaule et la contraction de ce côté de la poitrine. L’inflexion

(1) John Shaw on Ihc nature and treatment of the distortion to wich the epine and the bones of the chest are subjecl.*

inverse que présente la partie inférieure de l’épine explique de même la dépression du flanc droit et le renflement des lombes* à gauche.

On peut reconnaître déjà, dans la déviation dont nous venons d’exposer les caractères , une analogie très-grande avec celle que l’épine afiecte accidentellement dans la station assise , lorsque les muscles extenseurs fatigués ne soutiennent plus le tronc. Elle devient plus frappante à mesure que la di6Formité se prononce davantage, car il est rare qu’elle ne dépasse pas le degré que nous avons supposé. Si une force verticale agit à l’extrémité libre d’un arc de cercle qui s’appuie sur un plan horizontal inflexible , elle se décompose en deux autres ; 1 une , dirigée suivant la tangente, et qui n’a pas d’action pour changer la forme de la courbure j la seconde, qui suit le rayon et tend à abaisser l’extrémité de l’arc et accroître ainsi sa convexité ; or , cette dernière est proportionnelle au cosinus de l’angle que la tangente fait avec l’horizontale , elle augmente donc à mesure que le rayon de courbure diminue. En appliquant cette pro-

io4

position de mécanique aux inflexions vicieuses de la colonne vertébrale, on voit qu’elles ont une tendance progressive à s’accroître.

Dans un état de déviation plus prononcé que celui représenté par la figure n®. i , chacune des courbures dorsale et lombaire est soustendue par une corde plus petite, ce qui dimi^uela hauteur totale du corps ; une troisième inflexion concave à droite se prononce dans la région cervicale , et comprend les premières vertèbres dorsales. Il résulte delà, dans la conformation générale du tronc , des changemens que nous allons indiquer. Les premières côtes , qui prennent à droite leur attache dans la concavité de la partie supérieure de la colonne vertébrale , sont abaissées et produisent l’aplatissement de la poitrine vers ce point ; l’angle supérieur de l’omoplate, qu’elles ne soutiennent plus, se porte en avant, tandis que son angle inférieur est soulevé par les cinquième et sixième côtes, qui restent proéminentes ^ à gauche, on remarque une disposition inverse : la région cervicale est renflée et simule l’existence d’une tumeur ; l’angle inferieur de l’omoplate , dont la di-

io5

rection correspond aux côtes’ qui naissent de la concavité dorsale, laisse au-dessous de lui un intervalle assez grand pour que la main puisse s’y introduire.

Ces modifications ne sont pas les seules qui font varier l’apparence du tronc. Tous les auteurs qui ont écrit sur les déviations latérales de l’épine, ont observé qu’indépendamment des inflexions alternatives qu’elles afiectent, elles sont constamment accompagnées d’un état de torsion des vertèbres , par lequel les apophyses épineuses décrivent autour de l’axe du rachis des spirales inverses qui les portent en dehors, du côté de la concavité de chaque courbure. Les apophyses Iransverses qui suivent ce mouvement sont donc rapprochées du plan antéro-postérieur ; or , ce mouvement de rotation amène des modifications très-importantes dans la forme des côtes et la disposition des muscles. Dans la région dorsale moyenne du côté droit, la ligne comprise entre l’articulation costo - transversaire et l’angle des côtes, qui est presque droite dans l’état normal , est nécessairem^t courbée par la révolution qui entraîne en arrière chacune

des apophyses transverses ; le dos doit , par conséquent , présenter vers celte partie une rondeur plus prononcée. Antérieurement la courbure des côtes est redressée, afin de compenser le raccourcissement qu’elles ont éprouvé en arrière par la flexion dont nous avons* parlé , ce qui explique l’aplatissement* de la poitrine et la projection du sternum en avant. Si l’on cherche ce qui arrive à gauche dans la partie correspondante à la concavité dorsale, on voit que les côtes ont subi une transformation inverse ; la partie postérieure de leur longueur est redressée, tandis que l’antérieure se courbe pour s’accommoder à la situation du sternum ; de là résulte une sorte d’expansion de ce côté du thorax. On remarque aussi dans la région lombaire des cbangemens qui sont en rapport avec la torsion de l’é|>ine : à gauche , les apophyses trans verses, dans leur rotation en arrière, soulèvent les muscles sacro-lombaire et long dorsal, et déterminent une gibbosité très -apparente, tandis qu’à droite la dépression correspondante à la con<%vité de l’épine est rendue plus manifeste par l’aftaissemcnt des memes mtis-

lO’J

des, qui ne sont plus soutenus par les apophyses entraînées eti avant. Si l’on considère que ces prolongemens osseux n’ont plus une disposition semblable de l’un et de l’autre côté , relativement au plan transversal du corps , on concevra facilement que les muscles psoas qui s’y attachent ne sauraient agir d’une manière uniforme sur les membres inférieurs , ce qui rend suffisamment compte de l’irrégularité de la progression.

Nous avons reconnu dans l’apparence extérieure de l’épine déviée pathologiquement de sa direction naturelle , ■ et dans la relation plus profonde des pièces qui la composent , toutes les particularités que nous avions conclues à priori des transformations momentanées qu’elle éprouve dans quelques modes de station. Il nous reste à démontrer que les influences qui favorisent le développement des difformités du rachis sont parfaitement analogues à celles qui nous déterminent à prendre et conserver habituellement certaines attitudes, et à signaler en même temps les causes qui contribuent â rendre permanens leurs résultats.

Si l’on examine l’éducation physique du sexe que nous avons dit être le plus sujet aux déviations de l’épine , on trouve qu’elle est presque constamment dirigée contre lé développement naturel de ses forces. Dès l’àge de sept ou huit ans , les jeunes filles sont en quelque sorte emprisonnées dans des corps plus ou moins solides et inflexibles , dont le seul inconvénient n’est pas de changer la forme de la poitrine, mais qui ont de plus celui d’atrophier les muscles dont la fonction spéciale est de maintenir l’extension de la colonne vertébrale, par la pression constante qu’ils exercent sur eux. C’est aussi vers la même époque de la vie , que l’on commence à leur interdire les jeux actifs qu’elles partageaient avec l’autre sexe, pour les assujétir aux attitudes fatigantes que demandent l’étude des arts d’agrément ou les travaux de l’aiguille. Que l’on réfléchisse seulement à la manière dont les jeunes personnes sont exercées au jeu des instrumens de musique, on verra qu’il leur serait impossible de conserver l’épine dans sa rectitude naturelle penflant tout le temps qu’elles y consacrent, lors

mème'qu’elles seraient douées de la plus grande force. Un tabouret sans appui , et tellement élevé que l’extrémité des pieds repose à peine sur le parquet , est le siège où de jeunes pianistes s’établissent souvent pendant plusieurs heures. Dans cette position, le centre de gravité , sollicité en avant par l’action des membres supérieiurs , ne peut être retenu longtemps sur la base de sustentation sans l’artifice que nous avons décrit et expliqué. L’épine se courbe donc latéralement en forme de S italique , avec un mouvement de torsion autour de son axe. Si elle présente presque constamment une de ses convexités à droite dans la région dorsale , c’est que l’exercice plus fréquent du membre thoracique de ce coté prédispose les muscles latéraux opposés , qui appartiennent à la couche profonde, à se contracter avec plus d’énergie que leurs correspondans , pour développer le degré d’antagonisme qui est nécessaire à l’équilibre. Dans l’action de pincer de la harpe , on découvre les mêmes causes occasionelles de . déviations, et peut-êti’e sont-elles encore plus prononcées , parce que l’attitude qu’elle exige

I lu

soulève plus sensiblement IVpaule droite. Dans celle d’écrire , le tronc s’appuie principalement sur le coude gauche , pour laisser toutesa liberté à la main droite , ce qui amène souvent une double courbure de l’épine , semblable à celle que nous avons décrite.

- Est-il difiieile de s’expliquer comment l’habitude de ces positions vicieuses du corps peut altérer à la longue la forme des vertèbres et changer invariablement leurs rapports ? La pression constante exercée sur certains points de leur surface, et sur les coussins ligamenteux qui les séparent , y rend moins active la nutrition , pendant que les autres parties reçoivent la même proportion de matériaux alibiles. Cette inégalité devient surtout sensible à l’àge où la nature imprime à la croissance du tronc une impulsion plus rapide. On sait qu’aux approches de la puberté , la poitrine et le bassin prennent un développement relativoment plus considérable que celui des autres divisions du squelette j la colonne vertébrale qui forme leur paroi postérieure suit cet accroissement dans le rhy thn)e vicieux qu’elle a contracté par des

causes mécaniques , et sa configuration s’altère de plus en plus.

N’est-il pas permis de supposer qu’au moment oïl la nature se prépare à donner plus d’activité au développement de l’une des parties du système osseux., dont l’accroissement n’est pas uniforme , comme l’expérience le démontre , elle change momentanément le mode de nutrition qui lui est propre, en ralentissant la sécrétion du phosphate calcaire , afin que , devenue moins compacte et plus vivante par l’absorption de cette substance inerte, son ampliation soit plus facile ? Pendant la vie intra-utérine , où la tête prend un accroissement relatif énorme , les os du crâne ont une mollesse presque membraneuse qu’ils conservent encore après la naissance ; vers sept ou huit mois , lorsque les membres pelviens se développent à leur tour avec plus de rapidité , les os qui les composent semblent se ramollir *, car c’est vers cette époque qu’ils commencent très - souvent à céder à l’action musculaire. Ainsi , l’analogie nous conduit à croire qu’à la période de la puberté les vertèbres perdent quelque chose de leur

solidité , et opposent moins de résistance à la pression qu’exercent sur elles la pesanteur et les puissances contractiles. A l’aide de cette supposition , on arrive à une explication satisfaisante de la rapidité avec laquelle de jeunes filles , dont la conformation ne présentait jusque-là qu’une légère irrégularité , contractent souvent, à l’âge de douze ou treize ans, une difformité tiès-grave. 11 faut joindre à cette cause l’état général de langueur où la concentration des forces vitales sm’ l’utérus jette les autres systèmes *, les muscles luttent avec moins d’énergie contre l’action de la gravité, qui s’applique d’ailleurs à des parties moins résistantes.

Pour achever d’établir l’étiologie des déviations latérales de l’épine , telle que nous venons de l’exposer, comparons-la à celle qu’ont donnée les auteurs qui se sont le moins éloignés de l’observation. Les uns rapportent cette difformité uniquement à l’action de la pesanteur qui affaisse l’épine sur elle-même ; mais les courbures qu’elle présente n’auraient pas la direction que nous leur connaissons, si elles étaient produites par cette seule cause.

Cher, les porU-faix, où l’on ne peut douter qu’elle agisse avec la plus grande énergie , nous ne remarquons qu’une exagération des inflexions antéro-postérieures naturelles au rachis. D’autres supposent l’inégalité originelle ou consécutive des puissances musculaires qui meuvent latéralement la colonne vertébrale. Cette hy])othèse ne supporte pas mieux que la précédente un examen attentif j car , en l’admettant , il faudrait expliquer pourquoi la déviation est toujours à inflexions multiples. On ne dira pas, sans doute, que les muscles latéraux du côté droit sont plus faibles à la partie supérieure de l’épine , et plus forts à sa partie inférieure que leurs homologues ^ on demanderait par quelle raison cette inégalité a lieu presque constamment dans le même ordre, puisque, sur dix cas de déviations latérales , huit au moins montrent une courbe convexe à droite dans la région dorsale , et concave du même côté dans celle des lombes. C’est ici l’occasion de discuter l’opinion du docteur Shaw sur le lieu où commencent les déviations de l’épine. Il a essayé de démontrer que la première inflexion

ii4

se formait presque toujours dans la régioii des lombes , parce que la colonne vertébrale est très-mobile en ce point , et qu’elle y supporte un poids plus considérable (i).

Quelque spécieux que paraisse ce raisonnement, nous ne pouvons en admettre la conséquence. Si la colonne vertébrale peut en effet exécuter des mouvemens assez étendus dans la région lombaire , ce n’est point dans le sens latéral , à cause de la disposition des apophyses articulaires qui y apportent un obstacle presque direct, ainsi que nous l’avons déjà fait remarquer , et aussi parce que le plus grand diamètre du corps des vertèbres lombaires est dirigé transversalement. 11 n’en est pas ainsi dans la région dorsale, où les plans articulaires sont autrement disposés, et où le corps des vertèbres a beaucoup moins d’étendue latéralement. On a parlé de l’obstacle que les côtes et le sternum doivent op-' poser aux déviations de l’épine vers ce point ^ mais on n’a pas observé que cet obstacle était

(i) Forther obserrationt on the latéral or serpentine cnrsalure of th'e tpine. Bj John Shaw,

1 lü

très-faible dans le sens latéral, et qu’on ne pouvait l’admettre que pour la flexion d’ar-^ rière en avant. L’assertion du docteur Shaw doit donc être restreinte ; elle n’est exacte que pour les déviations qui sont le résultat d’un ramollissement pathologique des os. Dans ce cas , on conçoit que l’influence de la pesanteur doit se faire sentir sur-tout vers la partie inférieure de l’épine*, mais lorsque le tissu osseux conserve sa solidité naturelle, il paraît incontestable que le premier mouvement d’inflexion se prononce vers la région dorsale habituellement sollicitée à droite, et qu’il se combine presque aussitôt avec une inflexion inverse dans celle des lombes, selon le mécanisme que nous avons exposé.

L’expression du système qui vient d’être présenté peut se réduire aux propositions suivantes :

Lorsque la fatigue ou la faiblesse des extenseurs directs de l’épine les rend incapables de s’opposer à la flexion du tronc en avant, une détermination de l’instinct appelle à leur aide les muscles latéraux de la couche profonde. Pour être efficaces, ces puissances ac-

cossolrcs coiiibineiit leurs efforls de nianièi'e à changer la forme du levier , ils le fléchissent latéralement , suivant plusieurs courbures alternativcs^et lui impriment un mouvement de torsion sur lui-meme.

Si Ton compare à ces transformations accidentelles les déviations jjathologiques et permanentes de l'épine , on trouve que ces dernières offrent les mêmes apparences extérieures , qu’elles sont caractérisées anatomiquement par le même état de torsion des vertèbres, et qu’elles se prononcent sous les mêmes inlluences qui nous invitent à répéter fréquemment l’artifice par lequel oh se soulage de la fatigue d’une station prolongée.

Il semble, d’après toutes ces analogies, qu’on ne saurait se refuser à regarder les déviations latérales tle l’épine comme préparées primitivement ])ar la faiblesse des muscles dont la fonction est d’étendre directement la colonne vertébrale , et déterminées secondairement par un mode particulier d’action des muscles latéraux qui se contractent dans l’ordre le plus favorable pour suppléer les premiers.

Nous avons dit que les déviations latérales

lie l’épine él aient le plus ordinairement à courbures alternatives ; quelquefois , cependant , il n’existe qu’une seule inflexion de l’un ou de l’autre côté. Cette particularité se présente lorsque l’individu qui est atteint de déviation latérale l’a contractée par quelqu’une des attitudes auxquelles oblige une profession sédentaire , comme celle des ouvriers qui travaillent appuyés sur l’un des coudes. On conçoit sans peine que le centre de gravité puisse alors être maintenu sur la base de sustentation , sans une seconde courbure, sur-tout si les extenseurs directs conservent leur énergie naturelle. 11 est un cas très-remarquable , où l’on s’explique plus facilement encore la déviation unilatérale de l’épine, c’est celui de l’espèce de difformité qui succède au rétrécissement de l’un des côtés delà poitrine, après une maladie grave des poumons.

La figure n°. 3, empruntée à l’ouvrage du docteur Shaw , offre un exemple de la conformation que l’épine peut contracter dans une pareille circonstance. Le sujet dont elle représente le squelette avait subi l’opération

de l’empyèmc. L’atiophie du poumon droit, raffaissement des côtes correspondantes ayant déplacé le centre de gravité , il fallait , pour le ramener sur la base de sustentation , que les muscles du même côté redoublassent d’énergie , de manière à fléchir l’épine dans le sens de leur action. La continuité de cette cause avait amené, à la longue, une déviation permanente plus favorable à la stabilité de l’équilibre.

Loi-sque la colonne vertébrale ne présente qu’une courbure , la diflbrmité est beaucoup plus apparente que dans le cas où il y a déviation bilatérale, parce que la tête reste j>cnchée sur l’épaule qui correspond à la concavité, et que la région cervicale offre un renflement

qui simule une tumeur du côté de la con-

vcxite. '

Entre les déviations de cause dynamique , il faut ranger celles que l’on rencontre quelquefois chez les individus dont l’un des membres inférieurs a été arrêté dans son développement, puisque les inflexions vicieuses de l’épine deviennent alors une conséquence des conditions de l’équilibre. L’anomalie de la

nutrition , qui amène l’inégalité des membres abdominaux , semble devoir être rapportée à une affection de la moelle épinière , survenue dans l’enfance , soit à l’époque de la première dentition, ou à celle du sevrage. On sait que des convulsions violentes se manifestent souvent dans ces deux circonstances ^ et sont quelquefois suivies de paralysie.

Les belles découvertes de M. Charles Bell, qui ont établi la différence de propriété des racines antérieures et postérieures des nerfs spinaux , peuvent servir à nous expliquer comment la nutrition se trouve seule altérée dans quelques circonstances , tandis que, d’autres fois, c’est la motilité qui est abolie. On conçoit, en effet que, si les filets nerveux qui distribuent la sensibilité ont été seuls frappés de quelque lésion , l’activité de l’assimilation peut être ralentie sans que le mouvement cesse. La sensibilité animale a-telle éprouvé un affaiblissement correspondant à celui de la sensibilité organique? Cette opinion est probable, mais nous n’avons pas de données pour l’établir. L’inégalité des mem-

brcs inféi-ieurs ne peut sc concilier avec le maintien de l’tkjuilibre que par un changement dans la forme de Tun d’eux , ou par une déviation de l’épine. Souvent il arrive que le membre le plus long se courbe en dehors par la flexion du tibia et du péroné, ou s’incline en-dedans par le i*elàchement des ligamens externes de l’articulation du genou. Le niveau entre les cavités cotyloïdes peut être rétabli par cette difformité d’une autre espèce , et la colonne vertébrale conserve sa rectitude. Mais si l’un ou l’autre des changemens que nous venons d indiquer ne s’opère point, il est nécessaire que la colonne vertébrale prenne une forme relative au déplacement du centre de gravité j elle s’infléchit latéralement, suivant des courbures alternatives, comme dans le cas où le corps se balance sur Tune des extrémités.

Le docteur Shaw a mentionné le premier une cause de difformité qui a été souvent méconnue , savoir , la paralysie de l’un des muscles trapèzes , qu’il attribue à une lésion du nerf spinal. Monro et Jean Ilunter ont

vencontrc cies cas de déviation du racliis qu’il est impossible d’expliquer autrement qu’en adoptant cette opinion.

Voici ce que l’on observe dans les cas de cette nature ; l’une des épaules est considérablement abaissée , et simule une déviation de l’épine, quoique, dans les premiers temps, cet axe se maintienne dans sa rectitude naturelle. Si l’on soutient l’omoplate , le bras conserve la liberté de ses mouvemens , en sorte que la paralysie paraît entièrement bornée aux muscles qui attachent l’épaule au tronc.

11 est facile d’imaginer quelle sorte d’altération peut éprouver la forme du rachis lorsque cette affection se prolonge. Le bras correspondant au muscle paralysé ne pouvant agir sur la colonnne vertébrale que par son poids qui l’entraîne en avant , une courbure latérale doit nécessairement résulter de l’action constante du bras opposé , qui n’est plus directement balancée \ la région lombaire s’incline en sens contraire pour maintenir l’équilibre. La difformité pourrait être très-grande, si le muscle sterno-mastoidien ,

qui reçoit des filets du nerf spinal, était paralysé en même temps que le trapèze , car la tète éprouverait, dans ce cas, un mouvement de rotation qui tournerait la face latéralement vers 1 épaulé la plus basse.

Quelle que soit la cause qui amène les déviations de 1 epine , les symptômes cpii les accompagnent sont toujours en raison de letendue de la difformité , et d’autant plus graves qu’elle s’est prononcée plus tard. Ceux que l’on remarque le plus ordinairement sont des palpitations, que l’on a rapportées souvent à une affection organique du cœur : nous sommes tombés une fois dans cette méprise, avec d’autres médecins consultés comme nous, pour une jeune personne qui présentait une déviation latérale de la colonne vertébrale. Le rétrécissement de la poitrine , la compression e.xercée sur quelques-uns des viscères abdominaux , expliquent suffisamment ladypsnée, les gastralgies, la dyspepsie, les affections du foie et des reins auxquelles sont exposées les personnes atteintes de déviations. Les douleurs qu’elles ressentent dans certaines parties du dos ou dans les meml)rps doivent

.être attribuées , soit à la compression de quelques-uns des nerfs qui sortent par les trous de conjugaison , dont le diamètre est plus ou moins réduit , ou peut-être à un état d’inflammation lente de la surface horizontale des vertèbres , qu’amène la pression inégale qu’elles supportent, et qui se manifeste, à l’autopsie , par la sécrétion d’une substance osseuse qui réunit souvent plusieurs vertèbres entre elles.

Les secours de la médecine interne peuvent atténuer quelquefois les symptômes que nous venons d’examiner^ mais c’est vers la cause mécanique qui les produit que l’art doit diriger spécialement ses eflbrts. Nous allons voir quels moyens il a déployés jusqu’ici pour atteindre ce résultat.

Page 1