DIVERS PROCÉDÉS EMPLOYÉS
POUR LB RBDRBBSBMEIf T
On conçoit que le traitement (1(^ difformités de 1 epine a dû varier suivant l’opinion qu’on se faisait de leur nature et de la cause qui pouvait les produire. Lu supposition que certaines gibbosités étaient le résultat de la luxation des vertèbres a servi plus d’une fois de base aux méthodes curativis employées par les médecins anciens et modernes. Ambroise Paré décrit, dans un de ses ouvrages, la manière de réduire les vertèbres disloquées, et la figure par laquelle il a voulu éclaircir celte description, représente le pa-
lient étendu en pronation sur une table*, deux aides vigoureux exereent, au moyen de laes fixés sous les aisselles et au-dessus des hanehes, une forte extension sur la eolonne vertébrale, pendant que l’opérateur presse, avec deux instrumens semblables à des fers à repasser, sur les vertèbres proéminentes pour les réduire à leur place.
Fabrice de Hilden a rapporté le procédé par lequel un barbier-chirurgien voulut redresser l’épine d’un malheureux affecté de gibbosité. Après l’avoir fait coucher la face contre terre, il se mit à presser sur son dos avec ses deux genoux. Si ce médecin s’élève contre la violence du traitement , il ne paraît pas douter de la réalité de la cause à laquelle la maladie était attribuée, car il parle ailleurs d’un homme dont les vertèbres avaient été disloquées par le* diable.
Il est peu de médecins qui ne connaissent l’histoire de madame de Montmorenci ; nous allons cependant la rapporter en peu de mots pour ceux qui ne l’auraient pas lue dans les Mémoires de l’Académie des Sciences.
Cette dame ayant consulté Ranchin , chan-
celier do la Faculté de MoiUpellier, pour unè déviation de la colonne vertébrale, celui-ci déclara que la difformité était produite par la luxation de deux vertèbres à la suite d’un catarrhe tombé sur l’épine, et il proposa de les réduire en soumettant la malade à l’action d’une presse à linge; mais cet essai n’ayant pas réussi, parce qu’il y eut menace de suffocation avant que l’on eût pu rétablir les os dans leur position naturelle, on prit le parti de recourir à un cric. On garnit l’extrémité de cette machine, qui devait pousser les vertèbres, en appuyant l’autre contre une muraille; on fixait la malade, par le moyen de deux hommes robustes qui la tenaient par les épaules, ensuite on allongeait la crémaillère jusqu’au point où la malade, ne pouvant soutenir les douleurs , obligeait de lui donner du relâche. Ranchin dit qu’après plusieurs tentatives infructueuses, il parvint à remettre à leur place les vertèbres disloquées. Un fait plus certain, c’est que madame de Montmorenci mourut peu de temps après.
Cette histoire, qui a paru étrange à la plupart des médecins ^ n’est pas beaucoup plus
extraordinaire, sous le rapport du traitement et de ses résultats , que celles que s’efforcent d’accréditer quelques orthopédistes modernes . Pour s’en convaincre , il suffit de lire ce qu’un médecin anglais a consigné récemment, dans un journal estimé, sur le traitement des déviations de l’épine. Nous allons rapporter quelques-uns des cas qu’il présente à l’appui de l’excellence de sa méthode curative , qui consiste, comme celle que nous avons indiquée précédemment, dans une violente extension de la colonne vertébrale, aidée de pressions énergiques sur les parties saillantes.
Miss L. K., âgée de vingt-sept ans, était affectée d’une déviation grave de l’épine : en examinant la colonne vertébrale , on remarquait une saillie très-prononcée, formée en arrière par les vertèbres dorsales inférieures euJes quatre premières lombaires. La malade reportait l’origine de cette difformité à un coup violent qu’elle avait reçu dans le dos trois ans auparavant. Depuis cet accident , elle y avait constamment ressenti de la douleur, sur-tout lorsqu’elle se livrait à un exercice plus actif que de coutume. Lès
I aS
S) iiiptôiDts s elaient runsuliaubleinent aggravés à la suite d'une autre maladie i|u’elle avait éprouvée au printemps de 1820. Le ■26 octobre de la même année, elle lut soumise au traitement du docteur llarrisson. Dès la première friction , la malade cessa d'éprouver de la dilKculté à avaler; les quatre vertèbres lombaires s’étaient sensiblement rappiocbées de 1cm' situation naturelle. Les jours suivons , les vertèbres dorsales ayant été pressées avec plus de force, la malade éprouva de violentes palpitations et une grande faiblesse dans les bras. Ces accidens cessèrent graduellement; mais le 5 novembre ils reparurent de nouveau, quoique avec moins d’intensité, par la répétition des mêmes manœuvres. Le i5, les deux premières vertèbres doi'sales sont presque rétablies de force à leur place : la malade est menacée de suffocatioa ; elle est en proie à de violens symptômes nwveux, qui obligent de lui donner quelque relâche. Le 39 dirembre , toutes les vertèbres sont entièrement rétablies dans leur position naturelle, la taille est devenue parfaitement régulière, les côtes et le sternum ont repris
leur forme ordinaire *, au lieu d’une gibbosité entre les épaules, miss K. n’offre plus.qj^’jane gracieuse courbure en sens inverse : sa santé est excellente -, elle a grandi de trois pouces ; elle se lève et marche pendant plusieurs heures ; si elle passe le reste de la journée au lit, c’est de peur que l’épine et la poitrine n’aient pas encore recouvré toute leur foree. Ce prodige de l’habileté du docteur Harrisson , digne d’être comparé à ceux que nos orthopédistes proclament tous les jours, n’a rencontré de la part du sens commun des lecteurs qu’une contradiction tacite; mais la critique a rompu ce silence bénévole dans un autre cas où le même médecin a cru pouvoir mettre à une seconde épreuve la crédulité du public.
Le colonel Sibthorpe fut renversé dans sa voiture' le 25 février 1821. La violence du choc se fit ressentir particulièrement sur la colonne vertébrale ; car il en résulta une légère paralysie , et le blessé éprouvait un vif sentiment de douleur lorsqu’on pressait sur la première vertèbre dorsale. Au mois d’avril , le colonel avait recouvré la faculté de marcher , mais son bras gauche restait paralysé ;
on lui conseilla de se rendre à Londres pouf y consulter d’autres intklecins. Il s’adressa au docteur Harrisson, qui, lui ayant persuadé que la paralysie dépendait de la luxation de plusieurs vertèbres, le détermina à se soumettre au traitement dont nous allons indiquer les circonstances principales.
Chaque jour, pendant une heure, le malade étant couché en supination, deux hommes vigoureux pratiquaientl’extensionetla contreextension de la colonne vertébrale, en tirant, l’un sur les épaules , et l’autre sur les extrémités inférieures; en même temps, le docteur pressait de toutes ses forces , alternativement , sur chaque côté du sternum , en se servant des côtes comme de levier, pour repousser les vertèbres. Dans une de ces manoeuvres, l’effort exercé fut tellement violent, qu’on entendit une sorte de craquement, et l’on crut qu’une côte ax'ait été fracturée, le malade ayant ressenti immédiatement une vive douleur qui persista cpielques jours. Au bout de six semaines , les vertèbres avaient repris leur position naturelle, et l’on cessa le traitement, qui avait parfaitement réussi ,
^lon le docteur Harrissoii. Malheureusement pour la gloire et la réputation de véracité de ce médecin , le docteur Swan , qui a donné la suite de l’observation , rapporte que le colonel mourut environ quatre mois après son retour de Londres, d’où il était reA'enu sans être guéri. Bien loin d’avoir retiré aucun avantage du traitement auquel il s’était soumis avec tant de constance, son état fut considérablement aggravé par les moyens employés pour réduire la prétendue luxation, que le docteur Swan ne put jamais reconnaître , ni pendant la vie du malade , ni à l’autopsie , qui ne fît voir qu’une dénudation de la partie postérieure des vertèbres , dont le périoste était détruit ainsi que les muscles qui les recouvrent. Le canal vertébral, ouvert dans toute sa longueur ne présentait aucun point où la moelle fût comprimée.
Quelque sévère que puisse paraître le traitement que nous venons de décrire, il paraît que sa rigueur a été encore poussée beaucoup plus loin sans effrayer les malades. Ainsi , le docteur Shaw a été consulté par plusieurs personnes, qui non-seulement avaient été con-
ilamiKrs, pcndanl ileui ans, à rester constamment sur un plan horizontal, mais qui , (le plus , s’étaient soumises chaque jour à être e’tentlues eiv pronation , les extrémités fortement liées au pied du lit, tandis que la tête embrassée par des courroies était tirée en sens contraire par l’action d’une machine capable de sovdever un demi-tonneau. Pendant cetteextension, le chirurgien s’efforçait, avec un petit instrument de bois , de repousser les os qu’il considérait comme disloqués.
Est-il nc'cessairc de faire l'cssortir par de longs raisonnemens l’absurdité de l’hypothèse (|ue les déviations de l’c'pine puissent être produites par la luxation des vertèbres? Outre (|ue l’inspection du squelette des individus affecU's de gibbosité démontre que si les pièces qui composent la colonne vertébrale ont changé de forme et de direction , cependant leur eontiguité n’est pas détruite, il suffit de se rappeler par (juels liens puissans les vertèbres sont unies entre elles, pour êtnconvaincu que l’on fracturerait plus facilc»inent leur corps ou leurs apophyses qu’on ne parviendrait à rompre ces ligamens.
Il n y a pas un seul exemple authentique tle déviations de l’épine , semblables à celles qui se présentent si souvent à l’observation , qui puisse être rapporté à une luxation. Sir Astley Cooper, pendant sa longue pratique dans un hôpital , où l’on reçoit un grand nombre de marins affectés de lésions graves du rachis , à la suite de chutes élevées sur le pont des navires , n’en a jamais rencontré une seule entre une multitude de fractures. Comment supposer qu’elles puissent arriver par l’action lente et insensible d’une cause moins violente ? En admettant que l’étiologie que nous combattons fût aussi vraie qu’elle est évidemment contredite par tous les faits^ devrait-on recourir au procédé de traitement que le docteur Harrisson a renouvelé des anciens? Ne s’exposerait -on pas, par des moyens aussi violens, à tuer immédiatement le malade , comme il arrive quelquefois lorsqu’on veut réduire la luxation de V atlas sur l’axis^ dont la disposition relative fait une exception évidente à celle de toutes les autres vertèbres ?
Sans attribuer les déviations de l’épine à
la luxation île quelques-unes de ses pièces, d’autres orthopédistes ont pensé que l’extension de la colonne vertébrale et la pression exercée sur les parties saillantes étaient les moyens les plus efficaces pour les corriger j mais ils ont apporté quelque modifieation à leur emploi. Au lieu d’une traction violente et interrompue, ils conseillent une extension modérée, mais continue. Nous examinerons bientôt si ce précepte, considéré comme base essentielle du traitement , repose lui-même sur des principes incontestables; mais exposons d’abord les raisonnemens par lesquels on a coutum'e de l’appuyer , en leur prêtant , pour ajouter à leur valeur , le secours d'une forme géométrique.
Lorsqu’on applique aux extrémités dun arc flexible , deux forces agissant en sens contraire, dans la direction de sa corde, l’effort de chacune d’elles tend manifestement à redresser la courbe avec une puissance qui est proportionnelle au sinus de l’angle qu’elle forme avec la tangente menée au point d’application; en sorte que plus la courbure de l’arc sera sensible , plus il sera
facile d’en opérer le redressement. Si , d’upe autre part, en même temps que les extrémités de l’arc sont tirées en sens opposé , on presse perpendiculairement sur sa convexité, on seconde énergiquement l’action des premières forces. Le redressement de la courbe ne peut s’opérer sans que les élémens maté* riels qui la composent ne soient éloignés les uns des autres du côté de la concavité , et rapprochés vers la convexité j en sorte que si , au lieu d’être homogène et d’une seule pièce , elle est formée de disques solides réunis par une substance élastique , cette substance sera distendue dans les points où elle était déprimée, et vice versé. Or, la colonne vertébrale nous offre un exemple de l’espèce de courbe dont nous venons de parler ; les ligamens intervertébraux affaissés , du côté de la concavité, sont semblables à des coins engagés entre les assises d’une pyramide, et qui les éloignent, d’une manière permanente, de la perpendiculaire abaissée sur sa base. Si donc on exerce sur l’épine une extension continue, on devra faire disparaître l’inégalité d’épaisseur des lames élastiques, et par
conséquent amener , au bout d un certain temps, la guérison de la difformité.
Quelque spécieuse que soit l’exposition de ce système, il ne saurait néanmoins faire illusion qu’aux personnes étrangères aux véritables notions de la physiologie. En effet, il s’appuie sur deux hypothèses, dont il est facile de démontrer l’inexactitude : L’une est celle qui assimile en quelque sorte la colonne vertc'brale à la tige d’un végétal doué de la seule espèce de sensibilité qui est nécessaire à la nutrition , et absolument privé de la motilité, caractère presque constant de la vie animale *, la seconde représente les courbures vicieuses de l’éq)ine comme le résultat d’une seule force qui incline cet axe dans un sens directement latéral, tandis qu’elles sont le produit combiné de l’influence de la pesanteur et de la réaction de certaines puissances musculaires agissant dans un ordre insolite. Rétablissons les données véritables du problème, et l’on verra que l’extension continue n’est qu’un moyen très-imparfait, et qui ne sauj'ait seul amener une guérison compleUî et durable.
La colonne vertébrale n’est pas un arc flexible seulement d’une manière passive , comme celui auquel on l’a comparée; elle contient en elle- même la cause de ses mouvemens dans la contractilité des nombreux faisceaux musculaires qui lui sont propres, et dont la fonction est d’incliner ou de redresser les vertèbres les unes sur les autres. En condamnant cet appareil à l’inaction, pour ramener mécaniquement les diverses pièces du rachis sur une ligne droite, on ne satisfait à l’indication qui se présente que d’une manière très-grossière *, car on ne prévoit point comment elles pourront être maintenues dans la nouvelle situation où on les aura placées, lorsque la puissance extensive cessera d’agir ; d’ailleurs , il n’est pas difficile de prouver que cette force n’a pas la direction convenable pour replacer les vertèbres dans leurs rapports naturels. On sait, en effet , qu’elles décrivent des portions de spirales autour de leur axe commun ; or , comment une force parallèle à cet axe pourrait- elle leur imprimer le mouvement de révolution inverse qui est nécessaire pour les ramener
dans l(;ui' situation normale ? Si l’épine pa>raît se redresser p>eudantson action, c’est par rallongement d’un certain nombre de libres ligamenteuses, qui, distendues outre mesure , laisseront retomber et glisser les vertèbres les unes sur les autres d’une manière encore plus sensible, aussitôt que la puissance qui les soulève sera supprimée.
La pression exercée sur les parties saillantes peut-elle seconder l’extension directe et modifier heureusement ses résultats ? Si l’on réfléchit qu’ellp n’est transmise aux vertèbres sorties de la ligne spinale que par les côtes qui s’y attachent , on verra <|ue ces arc'S osseux en seront d’abord altérés dans leur* forme et leur situation, avant qu’une petite partie de la force employée puisse agir sur la colonne vertébrale, et encore ne sera-ce t|ue pour aggraver sa diHormité. Eu efl'et , 'nous avons remarqué que les apophyses ti’ansverses situées du côté de la convexité de chaque courbure éprouvent déjà un mouvement de révolution <pii les entraîne en arrière ; or, la pression exerré*e sur les côtes cpii s’y attachent doit lavoriser ce uiouveinent et augnuMiter la toi-
sion de l’épine. Le résultat le plus certain de cette manœuvre sera donc le rétrécissement du côté de la poitrine où portera la compression , c’est-à-dire qu’elle doit accroître la dyspnée qui est déjà produite par l’affaissement des parois du thorax correspondantes à la concavit(i de la courbure.
Pour résumer l’opinion que nous venons d émettre , et qui nous semble conforme aux vrais principes de l’art, nous dirons que toute action mécanique dirigée vers le but d’obtenir le redressement durable de la colonne vertébrale manquera d’efficacité, si elle n’est f:oordonnée au mode particulier de réaction que l’épine exerce contre la pesanteur , et si elle met dans l’inertie les puissances musculaires destinées à la soutenir et la mouvoir. Ainsi l’extension continue, considérée comme base du traitement des difformités de la colonne vertébrale, est bien loin de méditer les éloges démesurés qu’on lui a donnés dans ces derniers temps : il semble donc que nous pourrions nous dispenser d’entrer dans de longs détails sur les divers procédés par lesquels on l’a mise en pratique j mais l’impor-
tance exagérée (jue quelques orlliopédistrs ont voulu donner à leurs machines nous oblige à les examiner avec plus de sévériu*. 11 nous sera facile de démontrer qu’elles ne remplissent qu’imparfaitement les conditions de tout appareil mécanique appliqué au t'orps humain, qui sont, d’être simple dans sa construction , facilement appréciable dans ses effets immédiats, et sur-tout d’agir suivant le mode qui est le plus en rapport avec les propriétés des tissus organiques.
Le premier moyen qui s’est présenté à l’esprit des orthopéilistes |X»ur efl'accr les courbures vicieuses de l’épine a été de faire agir sur elle le poids même du corps j ainsi ils susj)endalent par la tête les individus aflêctés de gibbosité. Mais, outre le danger que ce procédé pouvait ortrir dans certains cas qu’il est facile de préjuger, il ne satisfaisait pas complètement à l’indication immédiate que l’on avait en vue. 11 opérait, à la vérité, une extension très- forte de la région cervicale, mais il agissait à pwine sur la région lombaire. 11 avait un autre inconvénient foi l grave, relui de donner un »lévelopfM*meut
l'norme aux muscles qui vont de la tête aux épaules ’, parce que, sê contractant avec énergie pour soulager les ligamens distendus, leur nutrition se trouvait singulièrement activée par la répétition de cet exercice. On y a donc généralement renoncé.
A la suspension momentanée du corps dans une ligne verticale , on a substitué ensuite , d’après le conseil du docteur Darwin , le décubitus sur un plan incliné (i). Suivant cette méthode , la tête , embrassée par un appareil propre à distribuer la pression d’une manière uniforme , est retenue à l’une des extrémités du lit, pendant que le poids du corps, diminué dans le rapport de la hauteur du plan à sa longueur, tend à redresser l’épine. On peut augmenter la traction exercée sur la partie inférieure de la colonne vertébrale par un poids additionel fixé aux extrémités. Sans doute ce mode d’extension valait bien ceux qu’on a proposés depuis ; il est même facile de prouver que , sous quelques rapports , il devrait leur être préféré. En effet , durant l’ex-
(i) üarwit* , zooiioiiiia.
tension exercée par des puis^nces appliquées en sens contraire aux extrémités du corps étendu sur un plan horizontal, chaque point qui repose sur ce plan plus ou moins solide et résistant éprouve une pression dont la continuité offre des inconvéniens assez nombreux , tels que la gêne de la circulation , la fatigue des muscles, le froissement de la peau et l’aplatissement des formes naturellement arrondies de la région dorsale: or, ces inconvéniens sont évidemment moins sensibles lorsque le poids même du corps est employé au nombre des forces extensives qu’on applique à la colonne vertébrale, car on sait que la pression exercée sur un- plan incliné , par un corps pesant , est égale seulement au poids absolu de ce corps diminué dans le rapport de la base du plan à sa longueur.
Si le procédé du docteur Darwin n’a pas obtenu plus de vogue, on doit en accuser sa trop grande simplicité , qui n’exerce aucun prestige sur l’imagination du vulgaire, à qui il faut des machines compliquées et dispendieuses. Nous allons voir de quelle manière ceux qui spéculent sur 5<-s préjugés ont su s’y
accommoder. La première invention dont on s’est avisé pour atteindre ce but , est celle des lits à extension horizontale produite par des ressorts qui agissent, d’une part, sur la tète embrasse'e par une espèce de casque, et, de l’autre, sur le bassin entouré d’une ceinture. Ce procédé, qui paraît dù au docteur Heine, de Wurtzbourg , a été importé en France, où il a fait une assez belle fortune. Les ingénieux spéculateurs qui l’ont naturalisé parmi nous ont su non-seulement se soustraire aux réglemens de police médicale qui interdisent la pratique de l’art de guérir à tous ceux qui n’en ont pas fait une étude spéciale, mais cette infraction leur a valu encore, outre le tribut assez productif levé sur la crédulité publique, des distinctions que n’obtient pas toujours le vrai savoir.
Considéré comme appareil mécanique, le lit de Wurtzbourg n’est guère inférieur à ceux par lesquels on a proposé récemment de le remplacer , malgré l’opinion d’un médecin qui pense avoir fait faire un grand pas à la science en substituant la force de la pesanteur à celle développée par des lames élasti-
fjues, fl qui s’élève eoiilre l’emploi des ressorts parce qu’ils s’affaiblissent à la longue, et que la mesure de leur énergie est moins facile à obtenir. Le premier inconvénient nous paraît d’une bien faible importance , et nous le croyons sulHsamment compensé par l’avantage de déployer une action , en quelque sorte moins brutale que celle de la gravité, et plus analogue à l’espèce de résistance qu’il s’agit de vaincre. Quant au second motif de réprobation , nous allons voir que l’auteur qui l’a mis en avant n’a pas su , malgré ses efforts , en préserver complètement le mécanismequ’il veut substituer au jeu des ressorts.
Sans entrer dans une description détaillée du lit mécanique inventé par le docteur Maisonabe, et qu’on trouve dans le journal qu’il publie, nousdirons qu’on peut concevoir l’appareil au moyen duquel il opère l’extension de la colonne vertébrale, et qui est disposé au-dessous d’un fond sanglé, comme essentiellement composé de deux plans inclinés, adossés l’un à l’autre vers le milieu de la longueur du lit, et mobiles autour d’tine même charnière. Sur ces plans, peuvent glisser deux
poids retenus par des cordons qui s’enroulent en sens contraire dans la gorge d’une poulie dont l’axe, parallèle à celui delà charnière, fait mouvoir , dans ses révolutions , un index qui parcourt les divisions d’un cadran tracé sur l’un des panneaux latéraux. L’extrémité libre de chaque plan incliné est soutenue par un cordon qui reçoit, d’une poulie de renvoi, la direction convenable pour tirer parallèlement à l’axe du corps, d’une part, sur la tète, par un collier, et de l’autre, sur le bassin, au moyen d’une ceinture. Une clé sert à imprimer à l’axe de la poulie le mouvement do rotation par lequel les deux poids s’avancent sur les bascules, de manière à exercer sur les cordons qui les suspendent une tension qui augmente avec la distance des poids à l’axe de révolution. On voit que ce , mécanisme repose sur l’application d’un levier du troisième genre, e’est-à-dire qu’il exige une dépense de force supérieure à la résultante qu’on peut obtenir. L’inventeur assuré qu’il n’altachê aucune inaportartcé à une détermination précise de la puissance déployée à chaque instant par le jeu de sa ma-
lO
chine ; on se demande alors à quel dessein ce cadran gradué qui annonce la prétention d’une mesure dynamique rigoureuse?
Le savant rapporteur qui a rendu compte à l’Académie de Médecine de la construction du lit présenté à son examen, a déjà observé que la circonférence du cadran n’ayant pas de rapport déterminé avec la longueur du levier, ne pouvait servir à évaluer, par ses degrés, la force employée ; mais il semble croire qu’une division en parties proportionnelles de la courbe et de la droite donnerait le moyen d’estimer l’action de la pesanteur. Avec plus d’attention, il aurait facilement reconnu que cette modification serait encore insuffisante, parce que, dans la mesure de la tension des cordons , il faut non-seulement , avoir égard au bras de levier du poids, mais encore à l’inclinaison de la bascule et à l’angle que le cordon forme avec elle (i).»Or , cette
(i) Si l’on nomme « l'angle de la bascule avec la verticale , y celui qu’elle forme avec le cordon , p le poids , l la longueur fractionnaire du levier, on aura, pour exprimer la force d’extension , l’équation suivante :
iin. et
sin. y.
complication rend tout-à-fait impossible l’évaluation de la puissance par des degrés égaux observés dans la marche de l’index. Nous concevons très -bien l’espèce de séduction que doit exercer la vue d’un instrument qui semble promettre dans ses efifets la précision d’une pendule , mais nous regrettons de ne pouvoir y céder.
Pour les médecins qui sourient à l’étalage des grands moyens dirigés vers de minces résultats, et qui pensent que l’art doit mettre ses secours à la portée des plus humbles fortunes, le lit mécanique dont nous venons de parler se range au nombre de ces inutilités dispendieuses que la chirurgie relègue bientôt au fond de ses arsenaux, où elles restent pour mémoire.
On peut |)rédire le même sort à un autre appareil extenseur du docteur Lafond. Cependant le génie de l’auteur ne s’est pas borné à nous olfrir le vain simulacre d’une horloge ;
sin. U,
Le rapport -
' sin. y
variant à chaque instant à mesure que la bascule s’abaisse , et pouvant devenir égal à zéro , il est évident que la puissance ne reste point proportionnelle à la longueur du levier.
i4ti
c’est par ih’fcombinuisons plus savantes qu’il aspire au suffrage des amateurs de machines. La sienne est un vrai lourne-broche , avec cette différence, qu’au lieu de faire tourner le patient sur son axe, elle le soumet, dans le sens de sa longuetir, à des alternatives d’extension et de relâchement. Une poulie elliptique détermine le mode d’action de cet ingénieux mécanisme.
On doit savoir» gré au docteur Lafond d’avoir reconnu ce principe de physiologie oublié par tant d’autres , qu’on ne peut suspendre l’exercice des fonctions d’un organe quelconque au-tlelà d’un certain temps sans nuire à sa constitution d’une manière essentielle; mais il faut convenir qu’il a commis une singulière méprise , lorsqu’en voulant y satisfaire il a supposé que des tiraillemcns (jui laissait les muscles dans un état passif pouvaient conserver et développer leur contractilité; ils ne sont propres au contraire qu’à les fatiguer et à les affaiblir. Nous ne partageons pas du reste l’ophiion d’un médecin qui a pensé qu’ils pouvaient être une cause prédisposante de ces mouvemens automa-
tiques que l’on remarque quelquefois chez les individus qui ont été condamnés à une fréquente répétition des mêmes actes, parce qu’il n’y a point parité de circonstances.
L’extension périodique ne saurait avoir plus d’efficacité que l’extension continue pour ramener les vertèbres dans leur situation naturelle , puisqu’elle n’a pas une tendance plus directe à effacer la torsion de l’épine, et l’on peut dire qu’elle présente des inconvéniens beaucoup plus graves à cause des frottemens qu’elle produit entre les surfaces articulaires, et qui peuvent les disposer à l’inflammation.
Avant qu’on eût imaginé de soustraire la colonne vertébrale à l’action de la gravité en étendant le corps sur un plan horizontal ou incliné, on avait essayé de la soutenir sur une ligne verticale par des appareils qui, s’appuyant d’une part sur le bassin^ se prolongeaient au-dessus de la tête, qu ils maintenaient en .suspension , ou venaient soulever les aisselles. Levacher de la Feutrieestle premier qui ait employé les machines à extension verticale, et il a rapporté , dans les Mémoires de l’Académie des Sciences .plusieurs cas de
çfutTisou ohlfiiuc par leur moyen. Mais soit «pie ces succès aient ét<' exagérés, ou que la pratique tlautres médecins ne les ait pas reproduits , ces instrumens sont restés longtemps en désuétude. Les Anglais en ont les premiers rappelé l’usage, et les colliej's de Cheshcr jouissent aujourd'hui de l>eaucoup de vogue dans la Grande-Bretagne. M. le «locleur Gerdy a donné, dans son Traité des Bandages , le dessin d’une machine tle ce genre construite par un de nos plus habiles mécaniciens, M. Delacroix. Ces instrumens jKiUvcnt-ils être portés sans inconvénient, et sont -ils propres à opérer le redressement de la colonne vertébrale? 11 est manifeste, d’abord, qu’ils ne sauraient maintenir l’épine redrc'ssée sans mettre dans l’inaction les muscles qui lui impriment ses mouvemens , et sans les frapper, à la longue, d atrophie. Si donc les vertèbres ne se soudent point entre elh'S, résultat qu’apparemment on ne se propose pas «l’obtenir, elles devront saflaisser les unes sur les autr<;s , d’autant plus que les puissances musculaires aurtyil ete plus alfaiblics et les ligainens plus relàch«*s , aussiuil
que rappui artificiel qu’on leur prête sera supprimé. Le seul cas d’une inflammation de quelque partie du rachis pourrait faire regarder comme rationnel l’usage d’une machine propre à diminuer la pression des vertèbres les unes sur les autres , si d’ailleurs la position horizontale n’était encoi’e mieux indi([uée.
En supprimant l’action des muscles postérieurs du tronc et de la région cervicajie , on ne met point dans un état pareil d’inertie ceux de la partie antérieure, et il en résulte l’inconvénient dont on trouvera un exemple dans l’observation suivante, empruntée au docteur Shaw.
Un gentilhomme avait porté pendant plusieurs années un collier de Chesher. Il résulta de l’usage prolongé de cette machine deux inconvéniens très-fàcheux : les muscles du dos en furent affaiblis au point d’être absolument incapables de soutenir la colonne vertébrale , tandis que ceux de la partie antérieure du cou acquirent au contraire un tel accroissement de force en luttant continuellement contre la résistance opposée à la
flexion en avant par les courroies qui passent sous le menton, qu’ils entraînaient la tête sur la poitrine et produisaient un vif sentiment de suflbcation aussitôt que les courroies étaient relâchées. Comme le malade pouvait respirer librement lorsqu’il était étendu sur le dos , on supposa que le poids seul de la tête produisait la compression du conduit aérien , et plusieurs moyens furent employés pour la soutenir ; mais aussitôt qu’on venait à les supprimer , la suflbeatiou reparaissait.
Le docteur Sliaw, ayant été consulté, saisit la véritable indication, qu’il eut quelque peine à faire concevoir au malade, car elle consistait. à 'accroiti'e lu cause supposée de son affection en chargeant la tête d’un poids surniunéraire. Voici comment raisonnait l’auteur de c'ctte obsei’vation très- remarquable : les muscles extenseurs ,de la région cervicale ayant été placés pendant Ion g-temps dans un étal complet d’inertie, le stimulus, qui, dans l’état normal , les excite à se contracter, n’était plus suffisant pour les forcer à opposer à l’action des antagonistes une résistance ca-
pahle de maintenir l’équilibre *, donc , en augmentant la cause incitatrice , c’est-à-dire la somme des forces de la gravité, on devait accroître l’énergie des contractions. L’expérience confirma la justesse de ce raisonnement. Un poids de quatorze livres ayant^été placé sur la tête , le malade fut étonné de pouvoir la maintenir relevée et de respirer avec facilité. En continuant à procéder d’après le même principe , conseillant des exercices variés et diminuant progressivement le poids additionnel, le docteur Shaw eut la satisfaction de rendre au malade la faculté de se tenir debout , et de marcher sans le secours d’un support artificiel.
Quelques orthopédistes ont pensé perfectionner les machines à extension verticale, en rendant plus flexible la tige recourbée qui vient soulever la tête , ou même en lui ajoutant un ressort*, mais ils. n’ont aperçu évidemment que la conséquence prochaine de cette modification , qui est de permettre une certaine liberté à la flexion de la tête en avant, sans soupçonner les inconvéniensqui en sont la suite nécessaire. L’éJasficité de cet appareil
tloit être considérée comme une cause incitatrice qui provoque des contractions plus fréquentes des muscles fléchisseurs, et ne leiuoppose qu’autant de résistance qu’il en faut pour les inviter, en quelque sorte, à la vainci(^ d’où résulte un accroissement de leur énerj^ie aux dépens de l’antagonisme naturel. Il n’est pas rare de voir ainsi le génie des mécaniciens dénaturer, par de prétendus perfectionncmens, les résultats d’une conception de l’art ilu médecin, qui pouvait être utile dans sa première simplicité. L’inconvénient que nous venons de signaler dans l’emploi de la machine de Levacher, et de celles qui ont éU* construites d’après le même plan , n’est pas le seul qu’on puisse leur reprocher. Comme les surfaces de la tête sur lescjuelles on peut prendre un point d’appui sont assez bornées, ([u’elles recouvrent des parties très-sensibles, il arrive souvent que les courroies qui passent sous le menton et l’occiput exercent une pression si douloureuse, qu’il en résulte des ulcérations très-rebelles; la face est déformée , par l’émaciation des. muscles et l’atrophie du tissu cellulaire soifinis à une compression
constante*, et nul doute que, dans quelques cas, la gêne de la circulation ne puisse exposer ceux qui portent ces appareils à des congestions cérébrales et des ophthalmies graves.
Le docteur AVilson a exposé, dans son excellent Traité des Maladies des Os, l’influence fâcheuse que peuvent exercer, sur la conformation du bassin , les machines qui transportent sur sa circonférence le poids des organes supérieurs. Dans la plupart des cas de diflbrmité de la colonne vertébrale qu’il a eu occasion d’observer , chez les femmes à qui leur indigence n’avait pas permis de faire usage des instrumens à extension, il a trouvé la forme du bassin parfaitement régulière*, l’accouchement s’était terminé avec la plus grande facilité, tandis que chez d’autres personnes , qui avaient pu se procurer ces machines, et qui les avaient portées pendant long- temps , la cavité pelvienne était absolument déformée par la pression exercée sur sa surface extérieure. Quand l’expérience n’aurait pas démontré ce fâcheux résultat, le raisonnement suffirait pour le faire prévoir. Les surfaces sur lesquelles peuvent s’appuyer les
niaçhines à extension étant inclinées à l’iiorizon, il est évident qu’une compression assez forte peut seule empêcher le glissement des appareils, et cette compression tend à rétrécir le diamètre transversal du bassin chez des sujets dont le système osseux n’a pas acquis toute sa solidité, ou l’a perdue accidentellement. Nous ne saurions donc partager l’opinion du docteiu' Shaw , qui s’est efforcé de prouver que les tuteurs métalliques , plus ou moins lourds, par lesquels la colonne vertébrale est suspendue sur la périphérie du bassin, ne peuvent altérer la forme de cette cavité.
Toutes les machines portatives à extension n’agissent pas sur la colonne verU'l)rale par ses deux extrémités; il en est qui soutiennent le tronc en soulevant les aisselles. M. Portai a décrit, dans son excellent mémoire, celle qu’il üt construire pour une dame de quarante-six ans, dont l’épine s’était déviée à la suite d’une maladie grave. Elle se composait de deux pièces terminées en croissant; le supérieur, arrondi et garni d’un coussinet, portait sous l’aisselle, et l’inférieur était adapt»;
à une ceinture de Iniffle très-souple; une des extrémités du croissant inférieur était en avant du corps , l’autre en arrière , à deux travers de doigt au-dessus des hanches. Chacun des deux croissans portait une tige et un cliquet adapte à celle-ci pour éloigner plus ou moins ces mêmes croissans , de manière qu’on pût relever l’épaule et la tirer par degrés.
Le savant médecin s’est Lien gardé de présenter cet instrument comme applicable dans tous les cas. Nous pensons qu’il peut être utile dans quelques circonstances , moins par le soutien qu’il prête à l’une des épaules abaissée, que par la compression plus ou moins doidoureuse qu’il exerce sur les nerfs axillaires , et qui invite le malade à redresser l’épine pour s’y soustraire. C’est de la même manière qu’agissent ces c®rps baleinés dont les ouvertures brachiales sont disposées à hauteurs inégales.
Toujours dirigés par cette vue antiphysiologique, de fournir à la colonne vertébrale un appui artificiel, au lieu de s’efforcer de développer et de régulariser l’action des puissances naturelles destinées à la soutenir et la
mouvoir, plusieurs orthopédistes assujétissent les jeunes personnes confiées à leurs soins à se servir, pour la marche, de l)équilles fort élevées qui permettent à peine aux pieds de reposer sur le sol. L’effet le plus constant de cette pratique est d’affaiblir, par l’inaction, les muscles trapèzes et rhomboïdes, qui de- i viennent incapables de retenir en arrière les omoplates, pendant que le grand dorsal, prt»nant par l’exercice un surcroît d’énergie, attire d’avant en arrière l’angle inférieui' de cet os, ce qui doit porter les épaules en avant; le cou paraît enfoncé entre elles, et ajoute ainsi une nouvelle difformité à celle qu’on voulait corriger.
, •Comme il arrive assez souvent que les déviations latérales de l’épine sont compliquées d’excurvation antérieure, on a imaginé de ramener le tronc et la tète en arrière , à l’aide d’un poids suspendu par un ruban qui embrasse le front.
A la procidence des épaules en avant , on a opposé des corsets qui maintiennent les omoplates rapprochées.
Il est facile de reconnaître dans l’indica-
tion de tous ces moyens la même absence des principes d’une saine physiologie que nous avons eu déjà l’occasion de signaler. Un seul résultat a frappé l’esprit de ceux qui ont pu les imaginer , savoir, le maintien actuel de la rectitude de la colonne vertébrale. Mais quel homme de l’art , médiocrement éclairé , ne se représente l’effet consécutif et permanent de la prépondérance que l’on donne ainsi à certaines classes de muscles , aux dépens de l'antagonisme , et qui doit se manifester aussitôt que l’on supprime la résistance nouvelle contre laquelle on les a invités à exercer leur contractilité ?
Des moyens mécaniques dirigémers un résultat illusoire , mal coordonnés avec la direction de la résistance à laquelle on les oppose , et plaçant dans l’inertie des puissances qu’il est essentiel de conserver et de régulariser , telle est la base du traitement qu’ont adopté les orthopédistes modernes. Il en est cependant qui ont cru devoir faire quelques concessions aux principes les plus communs de la physiologie , en associant à l’extension passive de la colonne vertébrale des frictions sur la
peau , dos eiubrocatioiis stimulantes , le massage des muscles, et des bains de vapeur généraux ou locaux.- Sans doute cette pratique peut diminuer quelques-uns des inconvéniens de l’inaction forcée où l’on place les muscles extenseui-s du tronc ] mais ce serait une erreur grave de penser qu’elle soit capable de sup^pléer à l’exercice de leur contractilité. Les frictions raniment la vitalité de la peau engourdie par la pression qu’elle supporte dans le décubitus sur un plan plus ou moins résistant ; mais le massage des muscles a-t-il autafit d’efficacité qu’on le croit pour activer leur nutrition ? Nous avons vu des membres condamné^u repos s’c'maeier , malgré la répétition fréquente de cette manœuvre.
Quant aux bains de vapeur, il est difficile d’imaginer quelle influence ils peuvent avoir sur la guérison des diflormités de l’épine, sur-tout lorsque leur action se borne à une étroite surface, à moins que, comparant cette action à celle d’un digesteur de Papin , on ne suppose qu’elle ramollit les os et les dispose à prendre la forme qu’on veut leur imprimer. Cette interprétation n’est point une
pürfe fiction de notre part ; nous savons qu’èllé a été donnée par quelques charlatans de l’autre côté du détroit. Nous ignorons si l’on s’explique de la même manière, en France , l’efficacité supposée des douches de vapeur que certains orthopédistes dirigent sur les gibbosités de la colonne vertébrale ; peut-être pensent-ils les résoudre comme ceà tumeurs ‘des parties molles qui cèdent à l’application de topiques résolutifs.
11 semble que toutes les parties de l’art soien t destinées à flotter continuellement entre les systèmes les plus opposés. Dans ces vicissitudes , ce sont presque toujours les moins conformes à la vérité qui reviennent le plus souvent et obtiennent sur les esprits un plus long ascendant. Entre la méthode de l’extension verticale , inventée ou perfectionnée par Levacher de la Feu trie, et celle de l’extension sur un plan horizontal, que l’on vante de nos jours , on trouve les sages préceptes qu’Andry a consignés dans son ouvrage sur les difformités du corps humain , et les excellentes vues deM. Portai (i) qui ont obtenu l’assen-
(i) Observations sur la nature et le traitement du rachitisme.
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tiinent de tous ceux <jui n’ont p«s traité de l’orthopéxlie en simples mécaniciens.
Profondément versés dans la science de l’organisation du corps humain, avertis par l’observation des causes qui peuvent l’altérer, et du mode suivant lequel elles agissent, instruits par une saine physiologie des conditions du mouvement spontané des êtres vivans, ces médecins n’ont pas emprunté uniquement à la mécanique morte les moyens qui peuvent ramener à sa régularité une machineanimée. C’est en mettant celle-ci en jeu , suivant un rhythme déterminé j)ar chaque cas particulier, qu’ils ont entrepris d’effacer d’une manière durable ses vices de conformation.
Examinons les divers exercices gymnastiques par lesquels ils ont espéré atteindre ce but , et ajoutons , s’il est possible , quelque chose à leur judicieuse pratique.
EXERCICES GYMXASTIQCES
CONSEILLÉS PAB LES ACTEUBS.
MACHINE A MODVEMENS OSCILLATOIRES ,
AU MOYEN DE LAQUELLE ON PEUT LES SUrt>LÉER.