COUP D’ŒIL EN ARRIÈRE
Nous voici arrivés à une première étape de l’art ver^ lequel nous marchons ; faisons une courte halte et jetons un regard en arrière sur le chemin parcouru : qu’il y a loin déjà de nos premiers essais informes aux dessins,, pourtant encore bien imparfaits, que nous parvenons à produire ! Au début, c’est à peine si dans nos grossières esquisses on pouvait reconnaitre si nous avions voulu représenter une table ou une boîte, une carafe ou un jeu dequilles.
Aujourd’hui, non seulement notre table ressemble à unetable, mais elle ressemble à telle table et non à telle autrey notre carafe ressemble bien à une carafe, à la carafe quenous avions sous les yeux.
Nous savons faire voir, par notre croquis, si l’objet que nous avons dessiné était placé en haut ou en bas, à droite ou à gauche, au loin ou auprès. — Franchissant le seuil du logis, nous pouvons donner l’idée de tel site, qui se présente à nos yeux, avec ses différents plans et niveaux,, et-montrer même de quel côté venait la lumière à l’heure où nous dessinions. En un mot nous possédons l’outily mieux que cela : la langue universelle ; quelle explication vaut un croquis pour parler d’une chose qu'on a vue ou que l’on rêve et que l’on veut faire comprendre à son interlocuteur? Celui qui ne possède pas cette faculté d’exprimer sa pensée graphiquement est et sera de plus en plus, avec le progrès que font les arts du dessin, dans un état d’infériorité très fâcheuse. Tout le monde connaît la charmante anecdote racontée par Alexandre Dumas dans son voyage en Suisse. — L’inimitable conteur nous apprend qu’un jour il a envie de manger des champignons à son