LE DESSIN : LANGUE UNIVERSELLE
auberge. Mais quoi ! une chose lui manque, c’est de savoir comment on dit « champignon » dans le trou de village où l’a conduit sa course. Il se livre à la pantomime la plus expressive sans résultat. — Tout à coup une idée lumineuse lui traverse l’esprit, il prend un crayon et trace sur un bout de papier la forme de l’objet désiré. Ah ! très bien! l’aubergiste a compris. — Elle sort... et rentre un instant après avec un parapluie tout grand ouvert ! — Alexandre Dumas avoue qu’il a alors regardé son croquis et que la ressemblance était parfaite., — Mettez aujourd’hui un bon élève d’une de nos écoles primaires dans une situation analogue et je vous réponds qu’il mangera des champignons, parce qu'il a appris a voir et qu’il sait déjà donner dans un croquis le caractère de la forme qu’il veut représenter. Un de mes amis, se trouvant un jour à Florence, a besoin de punaises ; vous connaissez ces petits clous à tête de cuivre qui servent à fixer le papier sur la planchette, 11 va chez un papetier et tâche de faire comprendre ce dont il a besoin, en baragouinant quelques mots de mauvais italien accompagnés de gestes. On ne le comprend pas. I! prend son album et en deux coups de crayon dessine l’objet ; immédiatement le Florentin ouvre un tiroir et le met devant un choix de punaises de toutes les dimensions. J’ai vu l’album de mon ami à son retour. Je dois avouer que c’était absolument cela et que l’objet était, par le croquis, beaucoup mieux décrit qu’aucune langue ne saurait le faire. On ne nomme plus guère aujourd’hui, comme jadis, le dessin un art d’agrément ; on a reconnu que c’est un art de première nécessité, au même titre que la lecture et l’écri ture.