LA BOSSE
Nous allons aborder la nature vivante, ou, pour être plus exacts, la nature remuante, la nature animale, car nous avons déjà fait des arbres, qui sont des êtres vivants. Mais nous commencerons par étudier cette nature sur ses représentations inanimées, c’est-à-dire sur des statues ; c’est ce qu’on appelle la bosse.
Jadis, — et même ce passé n’est pas encore bien loin de nous, — on condamnait les commençants à copier, pendant des mois et des années, des yeux, des nez, des bouches, des oreilles, etc., c’est-à-dire que l’on commençait parla fin. Comme si l’on pouvait voir un œil tout seul, un nez tout seul! Ce que l’on voit d’abord, c’est un ensemble, et ce n’est que successivement que l’on arrive à l’analyse des détails. Est-ce à dire qu’il faille mettre le commençant d’abord devant un personnage tout entier? Non, mais il faut lui donner un modèle qui fasse un tout.
L’œil ne peut s’étudier que dans son rapport avec l’autre œil, avec le nez, avec l’oreille, avec l’ovale de la tête ; il ne faut donc pas le prendre isolément, mais la tête forme un ensemble à elle toute seule et peut s’étudier isolément du corps qui la porte. — Que bien loin de s’occuper des traits du visage, l’élève s’applique à copier la forme extérieure de la tête dans différentes positions, à indiquer grossièrement d’abord les enfoncements, au milieu desquels il aura plus tard à placer des yeux. La saillie, d’abord peu déterminée, mais bien cherchée comme place et comme proportion, à laquelle il faudra qu’il arrive par la suite à donner la forme du nez. — Qu’il fasse bien comprendre, dans ses esquisses, la position de ces creux et de ces saillies par rapport les uns aux autres, en comparant avec le fil à plomb et avec l’horizontale ; que, poussant ses études de plus en plus loin, il arrive à dessiner dans ces masses les différents traits du visage, en ayant soin de faire rentrer dans le modelé général les formes que l’étude localisée a pu en faire sortir un instant.
Les premières études que l’on fait doivent être peu poussées ; revenez-y deux fois à peine ; dans les commencements, c’est la quantité qui importe, parce que c’est en en faisant beaucoup que l’on s’exercera à voir ; mais, petit à petit, faites des séances plus nombreuses sur un même modèle. Revenez-y cinq et six fois, tant qu’il vous semble que vous pourriez faire mieux.
Si, à force de chercher, votre travail s’est alourdi, égrenez, sur votre dessin posé à plat, de la mie de pain rassis, puis roulez légèrement, avec la paume de la main, toutes ces miettes de pain. Vous verrez votre dessin baisser de ton sans rien perdre de ce que vous y avez mis. Vous vous arrêterez lorsque vous le trouverez suffisamment clair, et, après cette opération, il se peut que vous n’ayez plus que quelques vigueurs à poser bien à leur place, et quelques lumières à raviver à la mie de pain pour terminer votre dessin. Faites des études de têtes, de bras, de jambes, de