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Û. ANALYSE LOGIQUE

Les quinze paragraphes précédents contiennent les règles les plus essentielles de la Syntaxe d'accord ou de Coordination , et de la Syntaxe de complément ou de Subordination. Elles sont

toutes résumées et appliquées dans la proposition suivante , que nous donnons pour exercice d'Analyse logique :

Miltiades, dux Atheniensium, toti Grœciœ libertatem jam pœne oppressant , in pugna apud Maraîhonem , invicta virtute reddidil (Miltiade , général des Athéniens , par son courage invincible, rendit à la Grèce entière, au combat de Marathon, sa liberté déjà presque détruite). — Sujet : Miltiades dux Atheniensium. — Verbe et attribut, reddidit. — Compléments de l'attribut, toti Grœciœ et le reste jusqu'à reddidit. Ces compléments répondent aux questions suivantes : Que rendit-il? libertatem jam pœne oppressam (complément direct) ; — à qui ? toti Grœciœ ( compl. indirect ) ; — par quel moyen ? invicta virtute; où? in pugna apud Marathonetn (compléments circonstanciels) i.

Rem. Les principales questions qui peuvent être faites sur une proposition , et par conséquent les principaux compléments qui peuvent la développer, sont compris dans ce vers technique :

Quis? quid? ubi? quare? quoties? cui? quomodo? quando?

Sujet : quis (qui est-ce qui agit)? — complément direct : quid (que fait-il) ? — complément indirect : cui (à qui, ou pour qui) ? — compléments circonstanciels : ubi (en quel lieu) ? quando (en quel temps)? quoties (combien de fois)? quare (pour quel motif)? quomodo (de quelle manière, ou par quel moyen)?

Il est difficile que toutes ces circonstances se trouvent réunies dans une seule et même proposition ; mais il n'en est pas une qui ne puisse se rencontrer dans une proposition ou dans une autre, et qui n'y soit exprimée par quelque complément.

Tels sont les principes de l'analyse logique d'une proposition isolée, principes applicables au français comme au latin. Pour traduire en latin une proposition française, il faut donc commencer par en faire l'analyse logique, c'est-à-dire par reconnaître le sujet avec tout ce qui s'y rapporte, puis le verbe et l'attribut, enfui tous les compléments de l'attribut. Quand les parties de la proposition sont ainsi déterminées, on applique à chacune les règles qui la concernent.

1. Aprïs avoir ainsi reconnu les parties logiques de la proposition, il sera bon d'en faire l'analyse grammaticale, c'est-à-dire d'examiner chaque mot séparément et de dire pourquoi les substantifs et les adjectifs sont à tel ou tel cas.

§ 205. Les propositions , comme les mots , sont unies par coordination ou par subordination. Si plusieurs propositions sont placées à côté Tune de l'autre, de manière que chacune d'elles offre un sens complet, comme celles-ci : l'arbre tient bon, | le roseau plie ; \ le vent redouble ses efforts, on les appelle coordonnées.

Mais si elles sont tellement enchaînées que l'une, sans le secours de l'autre, n'exprime pas une pensée complète, comme celles-ci : et fait si bien, \ qu'il déracine le chêne, il y a rapport de subordination; des deux propositions, l'une est principale (et fait si bien), l'autre est subordonnée (qu'il déracine le chêne).

Une proposition subordonnée peut en avoir qui lui soient subordonnées à elle-même : et fait si bien , \ qu'il déracine celui | de qui la tête au ciel était voisine, \ et dont les pieds touchaient à l'empire des morts. Le pronom celui, représentant le chêne, est déterminé par deux propositions, qui sont subordonnées à il déracine.

Les conjonctions, l'adjectif conjonctifytM, lequel, et les modes clés verbes sont destinés à marquer l'union et le rapport des propositions entre elles.

EMPLOI DES CONJONCTIONS

§ 206. Les principales conjonctions ont été indiquées § 100. Elles peuvent , quant aux rapports qu'elles expriment , se réduire à neuf: et, ou, ni, mais, or, donc, car, si, que. Les sept premières unissent ensemble des propositions coordonnées ; les deux dernières joignent les propositions subordonnées à la principale.

propositions coordonnées.

ET, et , que , ac , atque 1.

Cette conjonction unit souvent deux ou plusieurs propositions en une seule, en réunissant les sujets, et alors il faut observer les règles suivantes relativement au verbe et à l'attribut.

1. Nous avons déjà remarqué, § 100, que l'on ne doit pas mettre ac devant une voyelle.

§ 207. Accord du verbe avec plusieurs sujets.

Règle générale. Quand un même verbe se rapporte à plusieurs sujets , il se met au pluriel en latin comme en français.

Règles particulières. I. Si les sujets sont de personnes différentes, le verbe s'accorde avec la première ; s'il n'y a pas de première personne dans la phrase , il s'accorde avec la seconde : Pater et ego fratresque mei pro vobis arma tulimus, T. Liv. (mon père , moi et mes frères nous avons porté les armes pour vous). — Si tu et Tullia valetis, ego et Cicero valemus, Cic. (si vous et Tullia vous êtes en bonne santé, moi et Cicéron nous nous portons bien). On voit que la conformité est parfaite entre les deux langues; il faut remarquer seulement qu'en français la politesse exige qu'on dise Vous et moi, tandis qu'en latin on dit toujours ego et tu,

IL Si tous les sujets sont de la troisième personne , le verbe se met à la troisième personne du pluriel : Beneficium etgratia homines inter se conjungunt (le bienfait et la reconnaissance unissent les hommes entre eux) .

Dans les énumérations , la conjonction est souvent sous-entendue : Vita, mors, divitiœ, paupertas, omnes homines vehementissime permovent, Cic. ( la vie , la mort , les richesses , la pauvreté , émeuvent très-fortement tous les hommes) .

§ 208. Accord de l'adjectif ou du participe avec plusieurs

sujets.

L'attribut se met également au pluriel lorsqu'il est exprimé par un adjectif ou un participe. Voici ce qu'il faut observer à l'égard des genres.

I. Si tous les sujets sont du même genre, l'attribut se met au genre correspondant : Veneno absumpti sunt Annibal et Philopœmen, T. Liv. (Annibal et Philopémen périrent par le poison. — Grammatice guondam et musice junctœ fuerunt, Quintil. (la grammaire et la musique furent autrefois réunies) i.

IL Si les sujets sont de genres différents et qu'ils désignent

1. Cependant, avec plusieurs noms féminins de choses inanimées, on trouve quelquefois l'attribut au neutre.

des personnes , l'attribut se met au masculin , comme le genre le plus noble : viri, feminœ, mancipia captisunt (les hommes, les femmes, les esclaves furent pris).

Il en est de même lorsque les noms de personnes sont mêlés avec des noms de choses : Rex regiaque classis unâ profecti, T. Liv. (le roi et la flotte royale partirent ensemble).

III. Si les sujets de genres différents désignent tous des choses inanimées, l'attribut se met au neutre : Inter se contraria sunt beneficium et injuria , Sén. (le bienfait et l'injure sont opposés entre eux). — Secundœres, honores, imperia, victoriœ fortuita sunt, Gic. (la prospérité, les honneurs, les commandements, les victoires dépendent du hasard). Les mots contraria, fortuita , signifient proprement des choses opposées, des choses fortuites. L'idée de choses est indiquée par la terminaison neutre (§192, note).

rv. Si les sujets sont des noms d'animaux , ils suivent la même règle que les noms de personnes, et le masculin prédomine : Amicipavones et columbœ, Plin. (les paons et les colombes sont amis) .

Mais si les noms d'animaux sont mêlés avec des noms de choses, l'attribut se met au pluriel neutre. Ainsi, pour rendre en latin : « Le bâtiment, les chevaux, les bœufs, les vaches furent détruits ensemble par l'incendie , » il faudrait dire : Mdificium , equi , boves, vaccœ, unâ deleta sunt incendio ; et non pas deleti , quoique equi et boves soient du masculin.

Rem. 1. Le verbe peut se mettre au singulier lorsque plusieurs sujets sont considérés comme formant en quelque sorte une même idée : Religio et fuies anteponatur amicitiœ , Gic. (que la religion et la bonne foi soient préférées à l'amitié). — Omnibus in rébus temeritas et ignoratio vitiosa est, Gic. (en toutes choses, la légèreté et l'ignorance sont vicieuses).

2. Si les sujets sont de genres différents, l'attribut pourra s'accorder avec le nom dont il sera le plus rapproché : Mens et animus et consilium et sententia civitatis posita est in legibus, Cic. (l'âme, l'esprit, le conseil, la pensée de la république résident dans les lois). Au reste, ces exemples ne doivent être imités qu'avec beaucoup de discernement, et il sera toujours plus sûr de suivre les règles ordinaires , qui demanderaient ici anteponantur, viliosœ sunt, posita sunt.

§ 209. OU, aut, vel, ve [enclitique).

1. La conjonction ou établit une distinction entre les termes qu'elle unit. Quand la distinction est nécessaire et fondée snr la nature des choses , les Latins expriment ou par aut répété : Quœdam terrœ partes aut frigore rigent, aut uruntur colore, Gic. (certaines parties de la terre sont ou glacées par le froid, ou brûlées par la chaleur. )

Quand elle repose sur une simple opinion , ils emploient vel : Alexander oraculi sortent vel elusit, vel implevit, Q. Gurce, (Alexandre ou éluda ou accomplit la décision de l'oracle).

Les deux propositions distinguées par aut expriment ce qui est ; les deux autres , ce qui peut être 1.

2. Lorsque, avec aut répété , plusieurs sujets se rapportent au même verbe , celui-ci s'accorde en nombre avec le dernier : In hominibus juvandis aut mores spectari, aut fortuna solet, Gic. (en obligeant les hommes , on a coutume de considérer ou leurs mœurs, ouleur fortune). La répétition de aut annonce que si l'on

! considère les mœurs, on ne considère pas la fortune, et récipro- | quemcnt. L'une des deux propositions excluant l'autre , elles ne peuvent être réunies en une seule, et soient doit être sous-entendu avec mores.

Mais si aut n'est employé qu'une fois, les deux propositions ne s'cxcluant pas, on peut mettre le verbe au pluriel : Si quid Socrates aut Arislippus contra morem cousue tudinemque civilem fecerint locutive suit, Gic. (si Socrate ou Aristippe ont fait ou dit quelque chose contre les coutumes et les usages de la société).

Rem. On trouvera dans les auteurs beaucoup de passages où la différence de aut et de vel n'est pas aussi tranchée que dans les deux exemples du n° 1 de ce paragraphe.

§210. NI, neque, nec.

1. Après ou vient ni, qui contient deux idées, celle de liaison et celle de négation , et qui , en latin , est composé de deux mots, la particule négative ne et l'enclitique que. Nec est une abréviation de neque, et l'un et l'autre équivalent toujours à et non.

Neque et nec se redoublent très-souvent : Virtus nec ervpi nec subripi potest; neque naufragio neque incendio amittitur, Ciç. (la vertu ne peut être ni enlevée de force ni dérobée ; elle ne périt m par le naufrage ni par l'incendie).

1. Vel vient de velis : il l'éluda , si vous voulez ; il l'accomplit, si vous voulez.

2. Quand plusieurs sujets sont joints par nec ouneque, l'usage le plus ordinaire est que le verbe s'accorde avec le dernier : Sine imper io née domus ulla, nec civitas, nec gens, née hominum universum genus stare, nec rerum natara omnis, nec ipse mun~ dus potest, Gic. (sans une autorité suprême, ni une maison, ni une ville , ni une nation , ni le genre humain , ni la nature entière, m le monde lui-même ne peuvent subsister). Le français rapporte le verbe à tous les sujets à la fois et le met au pluriel ; le latin le rapporte à un seul et le sous-entend avec chacun des autres.

3. Mais, en latin même, le verbe sera nécessairement au pluriel si les sujets sont de personnes différentes : Hœc neque ego neque tu fecimus, Ter. ( ni toi ni moi nous n'avons fait ces choses).

§ 211. MAIS, at, sed, verum, vero, autem.

Cette conjonction unit deux propositions et annonce que la seconde restreint la première, ou qu'elle y est opposée. L'usage apprendra la valeur propre et la différence des mots latins qui correspondent au français mais.

At, sed et verum sont toujours, du moins en prose, à la tête de la proposition : Brevis a natura nobis vita data est; at me-* moria bene redditœ vitœ sempiterna, Gic. (la vie qui nous est donnée par la nature est courte ; mais celle que nous lui rendons avec honneur laisse une mémoire immortelle1). — Facias, verum ne post conféras culpam in me, Ter. (faites, mais ne rejetez pas ensuite la faute sur moi) .

Vero et autem se placent toujours après un mot : Frons, oculi, vultus persœpe mentiuntur, oratio vero sœpissime, Gic. (le front, les yeux, le visage mentent très-souvent, mais la bouche encore plus). — Gyges a nullo videbatur, ipse autem omnia videbat, Gic. (Gygès n'était vu de personne, mais lui-même, ou , tandis que lui-même voyait tout) ,

Rem. 1. Quelquefois at signifie du moins : Sinon dives, at bonus est (s'il n'est pas riche, du moins il est honnête). Si l'on voulait exprimer en latin, « Il n'est pas riche, mais il est honnête , » il faudrait dire , non dives, sed bonus est.

2. A ces conjonctions se rattachent toutes celles qui expriment quelque restriction, comme tamen, attamen, venimtamen, atqui,

1. Mot à mot : Une vie courte nous a été donnée par la nature ; mais la mémoire d'une vie honorablement rendue est éternelle.

mhilominus, ceterum (cependant, toutefois, et cependant, néanmoins, du reste) : Nil spernat auris, nec tamen credat statim, Phèd. (que l'oreille ne méprise rien , et que cependant elle ne croie pas trop vite).

§212. OR, atqui, autem, vero. DONC, ergo, igitur.

1. Les mots atqui, autem, vero, servent encore à exprimer notre conjonction or. Donc se rend par ergo ou igitur, et sert à tirer la conséquence d'un raisonnement : Omne vitium turpc est; vitium autem est invidia; ergo invidia turpis est (tout vice est honteux ; or la jalousie est un vice ; donc la jalousie est honteuse). On pourrait dire également, atqui vitium est

Atqui est toujours le premier mot de la proposition, ergo presque toujours. Igitur peut occuper la première ou la seconde place ; Cicéron lui donne ordinairement la seconde.

2. A la conjonction donc, se rattachent itaque, ideo, idcirco^ propterea, proinde (ainsi, ainsi donc, aussi, à cause de cela, par conséquent), etquare, quamobrem, quapropter, quocirca (c'est pourquoi, c'est pour cela que...) , tous mots qui marquent une conclusion : Nihil làboras, ideo nihil habes, Phèd. (tu ne fais rien , aussi tu n'as rien) .

§ 213. CAR, nam, enim , namque , etenim.

1. La conjonction car et la locution conjonctive en effet annoncent la cause ou le motif de ce qui est exprimé dans la phrase précédente. Elles se rendent en latin par nam, qui commence la proposition, ou par enim, qui se met après un mot : Colenda estjustitia propter sese, nam aliter justitia non esset, Cic. (la justice doit être pratiquée pour elle-même, car autrement elle ne serait pas la justice). — Jus semper quœsitum est œquabile, neque enim aliter jus esset, Cic. (on a toujours voulu un droit égal pour tous, car autrement ce ne serait pas le droit) .

2. Nam, enim, ont pour synonymes leurs composés namque, etenim, qui se placent à la tête de la proposition. On peut rapporter à la même classe les mots suivants, qui servent également à expliquer une pensée antécédente : nempe, quippe, nimirum, scilicet, videlicet (car, en effet, sans doute, c'est à savoir, c'està-dire). L'usage en apprendra la valeur et l'emploi.

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