PROPOSITIONS SUBORDONNÉES
§ 21 h. SI conditionnel, si.
La proposition précédée de si exprime dans quel cas ou à quelle condition a lieu ou aurait lieu ce qui est énoncé par la proposition principale.
1. Si la personne qui parle admet l'hypothèse ou la condition comme un fait réel, ou simplement possible, le verbe de la proposition conditionnelle se met à l'indicatif en latin comme en français : Si pace frui volumus, bellum gerendum est, Cic. (si nous voulons jouir de la paix, il faut faire la guerre). Gicéron n'examine pas s'il est certain qu'on veuille jouir de la paix , mais il le suppose , et e'est pour cela qu'il emploie l'indicatif.
On se sert également de l'indicatif toutes les fois que si équivaut à lorsque : Stomachabatur senex, si quid asperius dixeram , Cic. (le vieillard se fâchait si j'avais dit, lorsque j'avais dit quelque chose d'un peu sévère) .
2. Quand la condition a pour objet une chose que l'on veut présenter comme incertaine, le verbe se met au subjonctif : Augetur memoria, sieam exerceas (la mémoire se fortifie si vous l'exercez , en supposant que vous l'exerciez1) .
3. Les verbes des deux propositions se mettent à l'imparfait ou au plus-que-parfait de ce .même mode , si la condition est impossible, si elle ne doit pas être accomplie, ou si elle ne l'a pas été : Si vocem haberes, nulla prior aies foret, Phèd. (si tu avais de la voix, aucun oiseau ne l'emporterait sur toi). Contentas nostris si fuisses sedibus, non illam expertus esses contumeliam, Phèd. (si tu t'étais contenté de nos demeures, tu n'aurais pas essuyé cet affront). En d'autres termes : l'imparfait et le plus-que-parfait de l'indicatif français, précédés de si, se traduisent en latin par les temps correspondants du subjonctif.
1. On pourrait dire encore : « La mémoire se fortifie par l'exercice , » et le sens serait le même. Cet exemple prouve que la proposition conditionnelle est subordonnée à sa corrélative, puisque, ainsi transformée, elle en devient partie intégrante. Elle répond ici à la question quornodo ( par quel moyen ) ?
4. Quand le verbe de la proposition principale est au futur , celui de la proposition conditionnelle s'y met aussi, quoique en français il soit au présent : Hune librum si leges , lœtabor, Ph. (si vous lisez ce livre , je m'en réjouirai).
Souvent on emploie le futur antérieur au lieu du futur simple : Si id feceris, magnam habebo gratiam ; si non feceris, ignoscam, Gic. (si vous le faites, j'en aurai beaucoup de reconnaissance ; si vous ne le faites pas, je vous pardonnerai).
§ 215. SI avec négation. A MOINS QUE... NE.
Si, accompagné de ne... pas, se rend par sinon, comme dans l'exemple précédent : sinon feceris.
Si... ne, dans le sens d'à moins que... ne, s'exprime par nisi , composé de la négative ne et de si : Memoria minuitur* nisi eam exerceas, Gic. (la mémoire s'affaiblit , si vous ne l'exercez , à moins que vous ne l'exerciez). Exerceas est au subjonctif, parce que celui qui parle n'est pas sûr que vous deviez l'exercer ou non.
Rem. A la conjonction si s'en rattachent plusieurs autres, comme sive (soit que), sin (mais si), etsi, etiamsi (quoique, quand même) , et toutes celles qui expriment une condition ou une concession. 11 en sera parlé plus tard , ainsi que du si dubitatif entre deux verbes.