‹ Méthode pour étudier la langue latineChapitre 164 sur 260 · QUE · texte numérisé non relu

QUE

La conjonction que joue un grand rôle dans la langue française, et elle entre dans une foule de locutions conjonctives, dont les principales sont énumérées § 100. Une de ses fonctions les plus ordinaires est de lier si étroitement deux propositions , que celle qui en est précédée devient ou le complément direct ou le sujet de l'autre : « On rapporte qu'Homère fut aveugle; » on rapporte — quoi? — qu'Homère fut aveugle. La seconde proposition est le complément direct de la première. « L'opinion commune est qu'Homère fut aveugle ; » quelle est l'opinion commune? — qu'Homère fut aveugle. La seconde proposition est le sujet de ! la première.

I § 217. QUE rendu en latin par VINFINITIF.

Tradunt Homerum caecum fuisse.

Le latin classique ne possède aucune conjonction qui réponde I au français que , employé en ce sens. Il y supplée par l'infinitif,

au moyen duquel les deux phrases que nous venons de citer se présentent de cette manière :

1. On rapporte | Homère avoir été aveugle; tradunt \ Homerum cœcum fuisse,

2. Homère avoir été aveugle | est l'opinion commune; vulgaris opinio est \ Homerum cœcum fuisse.

Les mots Homerum cœcum fuisse forment une proposition dont Homerum est le sujet et cœcum l'attribut. Elle s'appelle Proposition infinitive, parce que le verbe fuisse est à l'infinitif.

Règle générale. Toute proposition infinitive veut son sujet et son attribut à l'accusatif.

§ 218. Quels verbes demandent pour complément direct une proposition infinitive?

Quand les verbes penser, voir, espérer, savoir, dire, annoncer, promettre, permettre, et autres de signification analogue1, ont pour complément direct en français une proposition précédée de que, ce complément se traduit en latin par une proposition infinitive : « Nous sentons que le feu est chaud , que la neige est blanche, que le miel est doux; » tournez : nous sentons le feu être chaud, etc. Sentimus calere ignem, nivem esse albam, dulce mel, Gic.

« Je ne pense pas que la connaissance de l'avenir nous soit utile (la connaissance nous être utile), »Nonutilem arbitror esse nobis futurarum rerum scienîiam, Gic.

« Aristote enseigne que le poëte Orphée n'a jamais existé (Orphée n'avoir jamais existé), » Orpheum poetam docetAristoteles nunquam fuisse , Gic.

« Zenon a pensé que rien ne manque à la vertu (rien ne manquer) , » Zeno nihil censuit déesse virtuti, Gic.

« Auguste ne souffrit pas qu'on l'appelât seigneur (lui être appelé), » Augustus dominum se appellari passus non est, Sué t.

« Je sais que je mourrai un jour (moi devoir mourir), » Scio me aliquando moriturum esse.

« Tous les hommes savent qu'ils mourront un jour (soi devoir mourir) , » Omnes homines sciuntse aliquando morituros esse.

Rem. 1. En tournant par l'infinitif la phrase française, on aura

1. Ces verbes sont compris en latin sous la dénomination de Verba seniiendi et declarandi. L'expression française , verbes déclaratifs , suffit pour en donner une idée générale.

soin de ne pas en altérer le sens ; c'est la seule règle à observer pour savoir à quel temps il faut mettre l'infinitif latin. Les exemples ci-dessus indiqueront suffisamment la marche à suivre K

On remarquera que le présent du subjonctif exprime quelquefois un temps futur : Je ne crois pas qu'il vienne demain (lui devoir venir) , » Non credo illum cras venturum esse.

2. Lorsque le verbe de la proposition infmitive est esse, il peut se sous-entendre ; il est sous-entendu avec dulce mel dans le premier exemple; il pourrait l'être, dans les autres, avec les participes moriturum et morituros. Il n'en est pas de même de fuisse, qui est nécessaire pour marquer le temps.

§ 219. Proposition infmitive en français.

Lorsque avec les verbes croire , dire, espérer, promettre, et autres semblables , le sujet des deux propositions est le même , le verbe de la seconde se met ordinairement à l'infinitif en français comme en latin ; mais le français supprime le sujet de ce verbe, et le latin doit toujours l'exprimer : « Je crois | avoir entendu ces choses (je crois | moi avoir entendu) , » Credo | me hœc audivisse. — « 11 dit | avoir assisté à l'entretien (il dit | lui avoir assisté) , » Dicit | se colloquio inter fuisse. ,

Il faut remarquer de plus qu'avec les verbes espérer et promettre, dont l'objet se rapporte toujours à l'avenir, l'infinitif latin se met au futur : « J'espère ] venir demain {moi devoir venir), » Spero | me cras venturum esse. — «Il a promis | de rendre l'argent ( lui de voir rendre), » Follicitus est \ scpecmiiam redditurum.

Cependant si espérer était suivi du parfait de l'infinitif, on emploierait le même temps en latin : « J'espère vous avoir convaincu; » Spero tibi me causam probasse2. C'est qu'alors espérer est synonyme de croire, qui serait ici plus régulier.

§ 220. Avec quels verbes la proposition infmitive est- elle

sujet?

La proposition infmitive sert de sujet , 1° aux verbes impersonnels mentionnés dans les §§ 81 et 82 ; 2° au verbe est avec un adjectif neutre , un adverbe ou un substantif.

Elle est représentée en français par que, suivi d'un mode personnel : « Il est avantageux à tous les gens de bien que la

1. Voyez encore §§ ftO/i , £05. — 2, Mot à mot : Vous avoir fait approuver ma cause,

république soit sauvée (la république être sauvée | est avantageux), » Omnibus bonis expedit salvam esse rempublicam, Cic. — « Ce n'est pas assez que les poèmes soient beaux (les poëmes être beaux | n'est pas assez), » Non satis est pulchra esse poemata, Hor.

Ou par de avec l'infinitif: « Il est toujours utile d'être honnête homme, » Virum bonum esse semper est utile, Cic. — « C'est une richesse d'avoir peu de désirs. » Non esse cupidum, pecunia est , Cic. — « C'est un revenu de n'être pas acheteur, » Non esse emacem, vectigal est , Cic.

Ou par l'infinitif placé à la tête de la phrase : « Mais se contenter de son sort est la fortune la plus grande et la mieux assurée, » Contentum vero suis rébus esse, maximœ sunt certissimœque divitiœ, Cic.

Rem. 1. Dans les quatre derniers exemples , le sujet de la proposition infinitive est sous-entendu; c'est un terme général, comme aliquem ou hominem; Aliquem esse virum bonum; hominem non esse cupidum, etc.

% La proposition infinitive employée comme sujet équivaut à un substantif singulier neutre ; voilà pourquoi , lorsque l'attribut de la phrase entière est un adjectif, cet adjectif est toujours au neutre et au singulier : virum bonum esse | utile est.

3. Il va de soi-même que le verbe est aussi au singulier. Cependant, lorsque l'attribut de la phrase entière est un substantif pluriel , comme divitiœ dans le dernier exemple , on met le verbe au même nombre, à condition de le placer à côté de ce substantif ou après un mot qui s'y rapporte, comme ici maximœ.

§ 221. Infinitif seul , servant de complément direct.

Vincere scis. — Volo scribere.

1. L'infinitif, en latin comme en français, forme quelquefois à lui seul le complément direct d'une proposition : Vincere scis, Annibal, Victoria uti nescis, T. Liv. (tu sais vaincre, Annibal, tu ne sais pas profiter de la victoire).

Cette construction a lieu avec les verbes volo, possum, debeo, incipio, pergo, desino, audeo, soleo, maturo, et autres de signification analogue : « Je veux écrire, » Volo scribere. « César se hâte de partir, » Cœsar maturat proficisci.

2. Cet infinitif peut lui-même avoir son complément : « Chacun doit défendre les siens , » Suos quisque débet tueri, Cic. —

h Nous ne pouvons regarder le soleil en face, » Intueri solem adversum nequimus, Gic.

Rem. On remarquera que, dans ces propositions, les deux verbes forment en quelque sorte une seule et même idée , et par conséquent n'ont qu'un seul et même sujet ; il est donc inutile de chercher à l'infinitif un sujet sous-entendu. Mais dans une phrase comme celle-ci, « L'habitude enseigne à supporter le travail, » Ferre laborem consuetudo docet, Gic, ce. n'est pas l'habitude qui supporte, ce sont les hommes; l'analyse est donc : Consuetudo docet | homines ferre laborem.

§ 222, Infinitif seul servant de sujet.

Turpe est mentiri.

Lorsqu'on dit en français, « 11 est honteux de mentir, » le mot il n'est que le sujet apparent ; le véritable sujet est l'infinitif : «Mentir est honteux. » En latin comme en français, l'infinitif seul sert souvent de sujet à une proposition : Turpe est mentiri.

Cette construction a lieu principalement avec est, accompagné d'un adjectif neutre ou d'un substantif : Pidchrum est verum dicere, pidchrius libenter audire (il est beau de dire la vérité , plus beau de l'entendre avec plaisir). — Dulce et décorum estpro patriâmori, Hor. (il est doux et glorieux de mourir pour sa patrie). — Parentes suos non amare impiçtas est , Sén. (c'est une impiété de ne pas aimer ses parents) .

Le que dont l'infinitif français est quelquefois précédé ne se rend pas en latin : « C'est une chose très-malheureuse que de craindre, » Miserrimum est iimere, Sén. — « C'est une grande consolation que d'être exempt de faute, » Vacare cidpâ magnum estsolatium, Cic.

Rem. L'infinitif ainsi employé tient le milieu entre la signification du verbe et celle du substantif. Quelquefois il se rapproche assez de cette dernière pour être déterminé par un adjectif possessif ou démonstratif: Scire tuum nihil est, Pers. (ton savoir n'est rien). — Vivere ipsum turpe est nobis, Cic. (vivre même est honteux pour nous) .

§ 223. Infinitif français rendu en latin par un mode personnel.

Cura ut valeas.

1. Souvent l'infinitif français servant de complément ou de sujet se traduit en latin par ut avec le subjonctif.

Complément. « Ayez soin | de vous bien porter, » tournez :

que vous vous portiez bien ; Cura \ ut valeas, Gic. — « Le soleil fait tout fleurir (que tout fleurisse), » Sol efficit \ ut omnia floreant, Gic.

Sujet. « 11 nous reste à lutter de bons offices entre nous (que nous luttions), ■» Reliquum est \ ut officiis certemus inter nos, Gic.

2. Cette construction s'applique aux phrases qui expriment un but, une intention , un désir, un conseil , un ordre : Phaethon optavitut in currum patris tôlier etur, Gic. (Phaethon souhaita de monter sur le char de son père). — Magnopere te hortor ut hos de philosophiâ libros studiose legas, (Gic. je vous exhorte vivement à lire avec attention ces livres sur la philosophie).

Rem. On emploie le présent du subjonctif après ut lorsque le verbe principal est au présent ou au futur ; l'imparfait, lorsqu'il est à l'un des temps du passé : Te hortor, hortabor ut legas. — Optabat, optavit, optaverat ut tolleretur.

% 224. QUE exprimé par UT.

Nous venons devoir la proposition, complément ou sujet, exprimée en français par l'infinitif. Elle l'est souvent , dans les mêmes cas, par que et un mode personnel , et elle se rend de même en latin par ut avec le subjonctif :

Complément. « La nature demande | que nous donnions quelque temps au repos et au sommeil , » N attira poscit | ut quieti et . somno aliquantum demus.

Sujet : « Il arrive très-souvent | que l'intérêt lutte avec l'honnêteté , » Persœpe evenit | ut utilitas cum honestate certet, Cic.

Rem. 1. Les démonstratifs id, hoc ou illud accompagnent souvent le verbe principal , comme antécédents de la conjonction ut : Illud natura non patitur, ut aliorum spoliis nostras opes augeamus, Cic. (la nature ne permet pas que nous accroissions

nos richesses des dépouilles d' autrui). Le compléments

augeamus est préparé par illud et en est le développement : « La nature ne permet pas — Quoi? — ceci, que nous accroissions, etc. »

2. Le démonstratif se joint également bien à un substantif pour rendre notre locution c'est un, c'est une : «C'est un vice commun dans les États libres, que l'envie soit la compagne de la gloire, » Est hoc commune vitium in liberis civitatibus, ut fnvidia gloriœ cornes sit, G. Nép. Sujet : Hoc, ut invidia glo-

riœ cornes sit; Verbe, est; Attribut, vitium commune in iiberis civitatibus.

§ 225. Verbes qui admettent deux constructions différentes.

Quelquefois un même verbe , suivant le sens dans lequel il est pris, admet deux constructions différentes. Ainsi persuader, suivi de l'infinitif, signifie déterminer à, et dans ce sens le latin lui donne pour complément ut avec le subjonctif : « Vous ne me persuaderez jamais de trahir la patrie , » Nunquam persuadebis mihi, vXpatriam prodam.

Au contraire , persuader suivi de que signifie faire croire, et il veut pour complément en latin une proposition infinitive : « Vous ne me persuaderez jamais que ce inonde n'a pas été créé par un Dieu très-bon et très-sage , » Nunquam mini persuadebis hune mundum non ab optimo et sapientissimo Deo creatum esse.

Il en est de même des verbes dire, avertir, écrire, mander, et autres semblables. Où le français met l'infinitif, le latin emploie ut ; où le français emploie que, le latin veut l'infinitif : « Je vous avertis de fuir le danger , » Moneo te ut periculum fiigias. — « Je vous avertis que le danger presse , » Te moneo periculum instare1.

Rem. 1. Cependant les verbes jubeo et veto, quoique on les traduise en français par ordonner de, défendre de, veulent pour complément une proposition infinitive : Jubet nos Pythius Apollo noscere nosmet ipsos, Cic. (Apollon Pythicn nous ordonne de nous connaître nous-mêmes). — Legalos Cœsar discedere vetuerat, Ces. (César avait défendu aux lieutenants de s'éloigner)2.

2. Avec le passif on dirait : Lcgati vetantur discedere (il est défendu aux lieutenants de s'éloigner). Consides jubentur exercitum scribere, T. L. (il est ordonné aux consuls = les consuls reçoivent ordre de lever une armée).

3. Après ordonner et défendre, l'infinitif français est toujours à l'actif. On dit : « Le général ordonna (ou défendit) de fortifier le camp. » En latin , pour que l'infinitif ait un sujet, il faut tourner par le passif, Le camp être fortifié : Imperator jussit (veiuit) castra muniri.

1. La différence vient de ce que ces verbes sont volitifs avec de , et simplement déclaratifs avec que.

2. On trouve quelques exemples dejubere ut et de vetarc ne avec le subjonctif. Ce sont des exceptions qui doivent être remarquées plutôt qu'imitées.

§ 226. EMPLOI DE L'ADJECTIF CONJONCTIF OU RELATIF. Deus, gut omnia créa vit. — Deus, quem veneramur.

Lorsque nous disons, « Dieu, qui a tout créé, conserve tout,» il y a deux propositions, dont la principale est , « Dieu conserve tout. » Elles sont unies par le relatif qui , représentant Dieu , et ce relatif est le sujet de la proposition subordonnée, qu'on nomme alors Relative : Deus , qui omnia creavit, omnia conservât.

Si l'on dit : « Le Dieu que nous adorons a créé toutes choses,» les deux propositions sont unies par que , et ce relatif est complément direct du verbe nous adorons : Deus quem veneramur omnia creavit.

Dans les deux exemples, Deus est l'antécédent.

Première règle : Le relatif s'accorde en genre et en nombre avec son antécédent ; qui et quem sont au singulier et au masculin , parce que Deus est du masculin et du singulier.

Deuxième règle : Le relatif se met au cas exigé par le rôle qu'il joue dans la proposition dont il fait partie ; qui est au nomi^ natif parce qu'il est sujet de creavit; quem est à l'accusatif, parce qu'il est complément direct de veneramur.

§ 227. D'après cette deuxième règle, le relatif peut être à tous les cas , suivant le mot par lequel il est régi :

Génitif. Arbores seret diligens agricola , quarum aspiciet baccam ipse nunquam , Gic. (le laboureur diligent plantera des arbres dont il ne verra jamais le fruit) ; quarum est le complément de baccam.

Datif. Ego illum periisse duco, cui periit pudor ', Plaut. (je regarde comme un homme perdu , celui qui a perdu la honte) ; cui est le complément indirect de periit ( celui pour qui la honte est perdue).

Accusatif. Homines non requirunt rationes earum rerum quas semper vident, Cic. (les hommes ne recherchent pas les raisons des choses qu'ils voient tous les jours) ; quas est le complément de vident.

Arlatif. Fundamentum perpétua? commendationis est justitia, sine quâ nihil potest esse laudabile, Cic. (le fondement d'une estime durable est la justice, sans laquelle rien ne peut être digne d'éloges) ; quâ est le complément de la préposition sine J j

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