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COMPARATIF AVEC L' ABLATIF

Virtus prctiosior auro.

Le nom qui sert de second terme à la comparaison peut se mettre à l'ablatif sans quam, toutes les fois que cette conjonction prendrait le même cas après elle que devant, c.-à-d. dans les phrases où le comparatif est au nominatif ou à l'accusatif :

Virtus est pretiosior auro (la vertu est plus précieuse que For) . Quid est in homine ratione divinius? Gic. (qu'y a-t-il dans l'homme de plus divin que la raison?) Avec quam, on dirait quam aurum, quam ratio.

[Dixit reœ Dejotarus] antiquiorem sïbi fuisse suis possessionibus gloriam, Gic. (le roi Dejotarus a déclaré que la gloire lui était plus chère que ses possessions). Sapiens humana omnia inferiora virtute ducit, Cic. (le sage met toutes les choses humaines au-dessous de la vertu) . Avec quam on dirait quam possessiones suas, quam virtutem.

Rem. i. Si le comparatif était à tout autre cas qu'au nominatif ou à l'accusatif, il ne faudrait pas lui donner l'ablatif pour complément; ainsi l'on ne dirait pas bien, du moins en prose, amor virtutis, melioris auro; il faudrait dire, amor virtutis, quœ est auro melior.

2. On évitera aussi de mettre en regard un nominatif et un ablatif de la première déclinaison. Dites donc , Terra major est quam luna, et non terra major est lunâ. Mais dans Constat terram lunâ esse majorem, l'ablatif est bon, parce qu'il n'y a plus identité de désinence.

§ 252. Comparatif avec V ablatif de Qui, quae, quod.

Si le relatif qui, quœ , quod , forme le second terme d'une comparaison , il se met toujours à l'ablatif : Animi virtute s ex ratione gignuntur, quâ nihil est in homine divinius, Cic. (les vertus de l'âme procèdent de la raison , le plus divin des attributs de l'homme).

On voit par cet exemple que l'apposition offre un moyen

commode de rendre cette tournure en français. Quant à la construction littérale , comme le relatif doit toujours y figurer le premier, il faut dire: quâ, en comparaison de laquelle, nihil est divinius in homine , il n'y a rien de plus divin dans l'homme.

Rem. Ce rapport, en comparaison de, au prix de, est exprimé par l'ablatif lui-même, sans le secours d'aucune préposition. On suppose ordinairement l'ellipse de prœ ; mais cette préposition n'est jamais employée par les auteurs classiques avec le comparatif. Elle l'est quelquefois avec le positif, dans un sens un peu différent : Videris prœ nobis beatus , Gic. (vous paraissez heureux en comparaison de nous) ; c.-à-d. , vous n'êtes pas fort heureux; mais, en comparaison de nous, vous paraissez l'être.

§ 253. Ablatif tenant lieu de deux propositions. Latius opinione. — Plus aequo.

Le comparatif se joint élégamment aux ablatifs spe, opinione, exspectatione , dans des phrases où la comparaison tombe, non sur l'espérance ou l'opinion elle-même, mais sur l'objet de cette espérance , de cette opinion : Latius opinione disseminatum est hoc malum, Cic. (ce mal est plus répandu qu'on ne pense) ; quam opinioest \ id disseminatum esse. L'ablatif tient lieu , comme on voit, de deux: propositions, tandis que, dans virtus est pretiosior auro, il en représente une seule, quam aurum est pretiosum.

Les ablatifs neutres œquo , justo , solito, employés de cette manière, se rendent en français par des locutions également elliptiques : Plus œquo (plus que de raison) ; Citalior solito amnis erat, T. Liv. (le fleuve était plus rapide que de coutume). De même, dicto citius (plus vite que la parole = plus tôt que la parole n'est achevée).

§ 254. comparatif signifiant trop, assez, un peu.

1. Souvent on emploie le comparatif seul et sans exprimer le second terme de la comparaison. Il se rend alors par trop avec le positif : Voluptas , quum major est atque longior, omne animi lumen ex stinguit , Cic. (le plaisir, quand il est trop vif et trop prolongé, éteint toutes les lumières de l'esprit). En remplissant l'ellipse , on aurait major atque longior œquo, c'est-à-dire quam œquum est eam esse.

2. Il se traduit môme quelquefois par assez : Obscuriora sunt Dalamis gesta pleraque , Corn. Nép. (la plupart des exploits de Datâmes sont assez obscurs) ; — ou par un peu : Senectus est naturâ loquacior , Gic. (la vieillesse est naturellement un peu causeuse).

On se fera une idée de cet emploi du comparatif en se le représentant ainsi : « Les exploits de Datâmes sont comparativement obsctws , c'est-à-dire, sont obscurs par comparaison à ceux qui ne le sont pas , ou qui le sont moins ; » et de même de l'autre exemple et de toutes les phrases analogues.

§ 255. Comparatif avec Quain ut et un subjonctif.

Trop pour. — Trop peu pour.

1. Le comparatif suivi de quant ut avec le subjonctif se rend en français par trop pour : Major sum et ad majora genitus, quam ut mancipium sim mei corporis, Sén. (je suis trop grand et appelé à de trop hautes destinées pour être esclave de mon corps) ; littéralement : je suis plus grand et né pour de plus grandes choses, qu'il ne convient pour que je sois esclave de mon corps. Entre quam et ut, il y a une proposition entière de sous-entendue.

Cette tournure est la seule qui puisse traduire le français trop pour suivi d'un verbe. Il ne faut jamais dire nimis ut.

2. Si l'on veut exprimer en latin trop peu pour, on emploiera un comparatif d'infériorité : « Il avait trop peu de soldats pour vaincre, » Pauciores habebat milites, quam ut vincer et [quant oportebat eum habere, utvinceret).

Rem. Au lieu de quam ut, on peut dire, quam qui : Major sum quam cui possit fortuna nocerc , Ov. (je suis trop grand pour que la fortune puisse me nuire) ; cui pour ut mihi, d'après la règle établie § 235.

§ 256. Comparatif avec Quam pro et un ablatif.

La locution quam pro après un comparatif s'explique, comme quam ut, par une ellipse d'idée. Elle ne peut se rendre en français que par des équivalents : Prœlium atrocius, quam pro numéro pugnantium, editur, T. Liv. (il s'engage un combat plus acharné que ne le faisait prévoir le nombre des combattants) ; quam futurum esse videbatur, pro numéro pugnantium (eu égard au nombre des combattants).

Minor cœdes , quam pro tantâ Victoria, fuit, T. L. (le carnage

ne fut pas proportionné à la grandeur de la victoire) ; fut moindre qu'il n'aurait pu l'être , pour une si grande victoire.

§ 257. Comparatif avec un ablatif de qualité ou démesure.

Opibus inferiores. — Paulo sapientior.

1. On peut demander en quoi ou de combien un objet est au- ' dessus ou au-dessous d'un autre. Le mot qui sert de réponse à ! ces questions se met à l'ablatif : Jllobroges nullâgallicâ gente,

\ opibus aut famâ, inferiores sunt, T. Liv. (les Allobroges ne I sont inférieurs en puissance ou en renommée , à aucune des na- | tions gauloises). Les ablatifs opibus aut fama déterminent en | quoi ou par quelle qualité les Allobroges ne sont pas inférieurs j aux autres Gaulois. — Hibernia est dimidio minor quam Britan-

nia, Ces. (l'Hibernie est moitié plus petite que la Bretagne).

Dimidio détermine de combien ou dans quelle mesure l'Hibernie

est la plus petite des deux îles.

2. Conformément à ce principe, les mots un peu, beaucoup, combien, tant, autant, et autres semblables , devant un comparatif, s'expriment par les ablatifs paulo, multo, tanto : « un peu plus sage , » paulo sapientior. — « La patrie m'est beaucoup plus chère que ma propre vie , » Patria mihi vitâ meâ multo est carior, Gic. — « Combien la règle des devoirs n'est-elle pas1 plus étendue que celle du droit! » Quanto latius officiorum patet, quamjuris régula! Sén.

§ 258. A cette classe de détermi natifs se rattachent les expressions françaises d'autant plus que, d'autant moins que. On rend d'autant par eo, hoc ou tanto, suivis d'un comparatif, et que par quo ou quanto, avec un autre comparatif : « L'air est d'autant plus épais, qu'il est plus près de la terre (est plus épais, par cela qu'il est plus près) , » Eo crassior aer est, quo terris propior, Sén. — « Les moments sont d'autant plus courts, qu'ils sont plus heureux, » Tanto brevius omne tempus, quanto felicius est, Pline le j.

S'il n'y avait pas de comparatif au second membre, que se rendrait par quod : Liberalitatem eo studiosius jt?/m<7W£ laudant, quod summi cujusque bonitas commune perfugium est omnium, Cic. (on loue d'autant plus volontiers la libéralité, que la bonté des grands est le refuge commun de tous) .

1. Après que et combien , adrairatifs ou interrogatifs , la négation française ne s'exprime pas en latin.

20/l SYNTAXE PARTICULIÈRE.

§ 259. Plus répété. — Quo doctior, eo modestior.

Cette phrase : « Il est d'autant plus modeste, qu'il est plus savant, » peut être remplacée par celle-ci : « Plus il est savant, plus il est modeste. » Le sens est le même , ainsi que la manière de traduire; seulement, en latin comme en français, le second terme de la comparaison devient le premier, et le relatif se place avant l'antécédent : Quo doctior, eo modestior est. — « Plus la gloire des pères est grande, plus les fils doivent montrer d'ardeur pour la vertu, » Quanto major parentum est gloria , tànto studiosius filii ad virtutem debent niti. Cf. § 271 , 3.

§ 260. Comparatif employé pour le superlatif français.

Validior manuum.

1. Nous disons en français, avec le signe du superlatif : « La plus forte des deux mains ; Le plus âgé des deux frères. » En latin, toutes les fois qu'il n'est question que de deux personnes ou de deux choses, on se sert du comparatif, et le mot deux ne s'exprime pas : Validior manuum; F rater natu major (on ne pourrait dire natu maximus que s'il s'agissait de trois frères au moins) .

2. C'est d'après cette règle que le premier s'exprime par prior, d'abord ou en premier lieu par prius, si l'on parle de deux objets seulement : Duas a te accepi epistolas; respondebo igitur priori prius, Cic. (j'ai reçu de vous deux lettres; je répondrai donc à la première d'abord).

§ 261. Locutions comparatives : plus de , moins de.

Les expressions plus de, moins de, se rendent par plus, minus, et le substantif qui les suit se met au génitif, si l'objet dont on parle est pris dans un sens collectif et général : « Plus d'eau, » Plus aquœ; « Moins de vin, » Minus vini; « Plus d'argent, » Plus pecuniœ; « Moins de forces, » Minus virium; « Plus de crainte que de danger, » Plus timoris quam periculi , Sali.

Comme adjectifs neutres employés substantivement (§ 94) , plus et minus, avec le génitif qui les détermine, forment toujours le sujet ou le complément direct d'un verbe : Absurdum est, quo minus viae restât, eo plus viatici quœrere, Cic. (il est absurde de faire d'autant plus de provisions de voyage, qu'il reste moins de chemin) .

Rem. Avec un nom de qualité , plus de, moins de, se tournent

fort souvent par plus grand , plus petit , et se rendent par major,

minor : « Plus de sagesse, » Major sapientia; « Moins d'au-

' dace, » Minor audacia. Toutefois on peut dire aussi plus sapien-

! tiœ , minus audaçiœ.

§ 262. Si l'on parle de plusieurs objets envisagés séparément i et pouvant se compter, plus de s'exprime par plures, plura I (plus nombreux) ; moins de par pauciores , pauciora (moins nom- I breux) : Pompeius plura bella gessit, quam ceteri legerunt, ; Cic. (Pompée a fait plus de guerres que les autres n'en ont | lu) . — Multo pauciores ora tores quam poetœ boni reperiuntur, j Cic. (on trouve beaucoup moins de bons orateurs que de bons | poètes).

! § 263. Plus de , moins de , avec un nom de nombre. Plus , Amplius , Minus.

D'après la règle précédente , plus de, moins de, suivis d'un nom de nombre, se traduiront par plures quam, pauciores quam : Antiochus plures quam decem naves actuarias ne habeto, T. Liv. ! (qu' Antiochus ne puisse avoir plus de dix vaisseaux légers).

Mais il y a plusieurs autres manières d'exprimer les mêmes rapports.

1° On peut employer plus, amplius, minus, en leur donnant l'ablatif pour complément '.Milites amplius horis quattuor pugnaverunt, Cic. (les soldats combattirent plus de quatre heures) ; Minus tribus medimnis nemo dédit, Cic. (personne ne donna moins de trois médimnes *) .

2° On peut se servir de la locution adverbiale et conjonctive plus quam : Non plus quam quattuor millia hominum effugerunt, T. Liv. (il ne se sauva pas plus de quatre mille hommes). — Zeuxis et Polygnotus non usi sunt plus quam quattuor coloribus, Cic. (Zeuxis et Polygnote n'employèrent pas plus de quatre couleurs) .

3° On peut sous-entendre quam, et mettre le nom des objets comptés au même cas que si quam était exprimé : Ex Romanis sociisque minus trecentiperierunt, T. Liv. (des Romains et des alliés , il périt moins de trois cents hommes) ; Apes nunquam plusunumregempatiuntur, Sén. (les abeilles ne souffrent jamais

* Mesure pour les grains, contenant environ 50 litres.

plus d'un roi1). Cette tournure est fort usitée, principalement avec le nominatif et l'accusatif.

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