ADDITIONS AUX RÈGLES DE LA PROPOSITION INFINITIVE
§ 404. Futur passif, conditionnel et futur antérieur.
Nous avons donné, §218, des exemples de la proposition infinitive à tous les temps , excepté au futur passif, au conditionnel et au futur antérieur.
1. Le futur passif doit être rendu par le supin avec iri, et non par le participe en dus avec esse : « Tout le monde croit que l'accusé sera condamné, » Arbitrantur omnes reum damna tum iri 1 . — « Le méchant ne sait pas que sa proie lui sera enlevée,» Nescit improbus prœdam sibi ereptum iri.
2. Le conditionnel, tant à l'actif qu'au passif, se rend par le futur de l'infinitif: « Le philosophe Pérégrinus disait que le sage ne ferait pas une mauvaise action, quand même les dieux et les hommes devraient ignorer qu'il l'a faite,» Peregrinus philosophus
1. Si l'on disait damna itdum esse, cela signifierait qu'il y a obligation de condamner: damnât uni îrundique seulement que le fait aura lieu. Cf. Quintil., ix. 2, 88.
virum sapientem non peccaturum esse dicebal, etiamsi peccasse eum du atque homines ignoraturi forent, A. Gell. — «Pensonsnous que, si l'on avait fait un mérite à Fabius de ce qu'il savait peindre , il n'y aurait pas eu aussi chez nous beaucoup de Polyclètes et de Parrhasius? « An censemus, si Fabio laudi datum esset, quod ping er et, non multos etiam apud nos futuros Polycletos 1 et Parrhasios 2 fuisse? Gic. — « Yerrès savait qu'on lui ferait un crime (qu'il lui serait imputé à crime) d'avoir reçu de l'argent, » Verres sciebat sibi crimini datum iri pecuniam accepisse, Gic.
§ 405. Fore, futurum esse , futurum fuisse ut.
Au lieu de mettre le verbe de la proposition complétive à l'un des deux futurs de l'infinitif, on peut le mettre au subjonctif, précédé de fore ou futurum esse ut pour le premier futur , et de futurum fuisse ut pour le futur antérieur.
Cette périphrase s'emploie surtout avec le passif: « Je crois que la ville sera prise , » Credo fore ut oppidum capiatur. — « Je croyais que la ville serait prise, » Credebam fore ut oppidum caperetur s .
Comme l'infinitif passif n'a pas de futur antérieur , elle fournit le moyen d'y suppléer : « Le roi ignorait que la ville se serait rendue à lui , s'il eût attendu un seul jour. » Rex ignorabat futurum fuisse ut oppidum ipsi dederetur , si unum diem exspectassetLx.
On s'en sert également pour rendre le futur antérieur de l'actif : « Je crois que vous aurez lu ces livres avant que je sois de retour (devoir arriver que vous ayez lu), » Credo fore ut hos libros legeris , antequam redierim.
Elle est indispensable, à l'une et à l'autre voix, lorsque le supin , et par conséquent l'infinitif futur , manquent ou ne sont pas usités : Hujus me constantiœ spero fore ut nunquam pœniteat, Gic. (j'espère que je ne me repentirai jamais de cette fermeté). — Video te velle in cœlum migrare , et spero fore ut contingat id nobis, Gic. (je vois que vous voulez aller au ciel , et j'espère que nous aurons ce bonheur5).
1. Célèbre statuaire grec. — 2. Célèbre peintre. — 3. Mot à mot : Je crois devoir arriver que la ville soit prise ; je croyais devoir arriver que la ville fût prise. — k. Voyez dèsexemples pareils, Ces. B. G, m, 101; Cic. Tusc, ni, 28. — 5. Contingit se dit ordinairemont des événements heureux; accidit , des événements contraires; evenit, de ceux qui sont indifférents»
Les cinq verbes pœnitet, piget, pudet, tœdet, miser et > les autres verbes impersonnels, un grand nombre d' in transitifs et les déponents qui n'ont point de parfait, exigent la périphrase : « Je crois que vous remédierez bientôt à ces inconvénients , » Puto futurum esse ut brevi lus incommodis medeare.
§ ^06. Unum te monitum volo.
Avec les verbes volo, nolo, cupio, la proposition infinitive est élégamment représentée par l'accusatif du participe passé passif, avec ellipse d'esse : Unum te monitum volo (je veux vous avertir , je veux que vous soyez averti d'une chose ). — Hoc naturel prœscribit, ut homohomini consul tum velit. Cic. (la nature veut que l'homme s'intéresse au bonheur de l'homme1).
Cette tournure équivaut à la locution française voir, dans des phrases comme les suivantes : « Nous voulons voir le sort de nos enfants assuré , à cause d'eux-mêmes, » Liberis consultum volumus pr opter ipsos, Cic. — « Je voudrais ne pas voir Démocrite blâmé par Épicure, qui l'a suivi en tout, » Democritum ab Epicuro , qui eum unum secutus est, nollem vituperatum , Cic.
§ ^07. Memini me légère.
Après le verbe memini, l'infinitif se met le plus souvent au présent, même lorsqu'il s'agit d'une action passée, pourvu que la personne qui se souvient en ait été Fauteur ou le témoin : «Je me souviens d'avoir lu, » Memini me légère (proprement, j'ai gardé dans ma mémoire que je lisais). — Meministis tum, judices, corporibus civium Tiberim compleri, cloacas referciri, Cic. (vous vous rappelez , juges, que le Tibre fut rempli des corps des citoyens, que les égouts en furent comblés).
Mais s'il est question d'un fait que n'ait pu voir celui qui s'en souvient ou à qui on le rappelle, le parfait de l'infinitif est nécessaire : Memineram C. Marium , navigio perparvo, in oras Àfricœ desertissimas pervenisse, Cic.2 (je me souvenais que C. Marins avait abordé, sur un misérable esquif, aux rivages les plus déserts de l'Afrique).
1. Mot à mot : La nature commande que l'homme veuille qu'il soit pourvu au bien de l'homme. — 2. Cic. pro Sextio , 22. La phrase entière contient trois infinitifs du parfait. Cette forme se trouve même dans des phrases où l'on aurait pu employer le présent : Meministis mciia distribuissc initia causcnn , Cic. pro Rose. Amer., xlii.
§ 408. Audivi te cancntem.
L'infinitif français , après les verbes voir et entendre, se traduit en latin par le participe présent lorsqu'on veut représenter l'action comme se faisant : « Je vous ai entendu chanter, » audivi te canentem (je vous ai entendu chantant). — Adolescentium grèges Lacedœmone vidimus incredibili contentione certantes, Gic. (nous avons vu à Lacédémone des troupes déjeunes gens se battre avec un acharnement incroyable). — Quocunque te flexeris, tibi Deum videbis oeeurrentem , Sén. (de quelque côté que vous vous tourniez , vous verrez Dieu s'offrir à vos regards) .
Mais si l'on veut indiquer seulement que l'action a eu lieu , ou qu'elle se fait habituellement, on emploie l'infinitif : Audisti Minucium Rufum dicere, Gic. (vous avez entendu Minucius Paifus dire...) — Hejum res divinas apud eos deos prope quotidie facere vidisti, Gic. (vous avez vu Héjus offrir presque tous les jours un culte à ces dieux). — Volucres videmus , utilitatis suœ causa , conslruere nidos , Gic. (nous voyons les oiseaux construire des nids pour leur usage).
§ 409. GÉRONDIF
Nous avons exposé, § 44, la nature et la destination du gérondif et de ses différents cas.
1. Le génitif du gérondif détermine un nom comme notre préposition de suivie de l'infinitif : Legendi semper occasio est; audiendi non semper, PL le j. (on a toujours l'occasion de lire, on n'a pas toujours celle d'entendre un orateur).
Il se construit avec les mômes adjectifs que tout autre génitif, cf. § 313 : Cupidus videndi (curieux de voir). — Orator est vir bonus dicendi peritus 1 ( l'orateur est un honnête homme qui a le talent de la parole) .
2. Le gérondif garde le régime de son verbe : « L'occasion de lire des livres , » Occasio legendi libros. — « Curieux de voir la ville , » Cupidus urbem videndi.
Mais si ce régime doit, comme ici, être un accusatif, il sera mieux d'employer le participe en dus, da, dum, en le faisant accorder avec le nom, qui lui-même se mettra au cas où eût été le gérondif : Occasio legendorum librorum. — Cupidus videndœ nrbis.
1. Caton l'ancien, apud Sevcc, Contr., i; Prœf. et apud Quint., XII, i, 1.
286 STNTAXE PARTICULIÈRE.
Rem. 1. On ne doit jamais employer l'adjectif neutre pris substantivement au génitif pluriel, le neutre ne s'y distinguant pas du masculin. Ainsi, pour traduire, « Fart de discerner le vrai et le faux , » dites : Ars ver a et falsa dijudicandi , et non verorum. . . dijudicandorum.
2. La terminaison di reste invariable avec les génitifs des pronoms personnels , nostri, vestri, ainsi qu'avec sui, même quand il se rapporte à plusieurs personnes : Ne guis hoc me, vestri adhortandi causa, loqui eœistimet1 (que l'on ne croie pas que je tiens ce langage pour vous encourager) . Germant in castra venerunt, sui purgandi causa2 (les Germains vinrent dans le camp pour se justifier). Ce serait une faute grave de dire vestri adhortandorum , sui purgandorum 3.
§ 410. Le datif du gérondif se joint aux adjectifs qui régissent ce cas : Apta natando ranarum crura, Ov. (les membres des grenouilles sont propres à la natation) . Mais cette construction est fort rare, et le gérondif n'y reçoit jamais de complément dans les auteurs classiques.
Lorsqu'il doit en avoir un , l'on a recours au participe en dus : Sunt nonnulli acuendis puerorum ingeniis non inutiles lusus, Quintil. ( il y a certains jeux qui peuvent servir à aiguiser l'esprit des enfants) ; on ne dirait pas bien acuendo ingénia.
§ 411. L'accusatif sert de complément à quelques prépositions , notamment à ad et inter : Homo ad intelligendum et ad agendum natus est, Cic. (l'homme est né pour comprendre et pour agir). — Mores puerorum se inter ludendum detegunt, Quintil. ( le caractère des enfants se révèle dans leurs jeux) .
Si le gérondif appartient à un yerbe actif et qu'il ait un régime direct, on emploie le participe en dus : Homomulta habet instrumenta ad adipiscendam sapientiam , Cic. (l'homme a beaucoup de ressources pour acquérir la sagesse) .
§ 412. L'ablatif s'emploie comme nom d'instrument ou de manière : Nihil agendo homines maie agere discuntà (en ne faisant rien , les hommes apprennent à mal faire ) . — Injurias
1. T. Liv., h, lit. — 2. Ces. B. G., iv, 13; cf. vi, 37; vu, 43; Cic. Catil., 1, 3; de Divin., n, 17. — 3. Nostri, vestri, sui, étant réellement des singuliers neutres (§ 146, 4), ne pourraient en aucun cas s'accorder avec un génitif pluriel. Il peut se faire d'ailleurs que -purgandi et adhortandi soient des gérondifs et non des participes. Ces exemples s'expliqueraient alors comme nobis fuit exemploritm eligendi potestas (Cic. de Inv., n, 2), où eligendi potestas doit être considéré comme une sorte de mot composé équivalant à optio , et formant une idée complexe d'où dépend exemplorum. Cf. Kriîz, Sali. CatiL, 31. — 4. Calon, apud Columell. , xi, l.
ferendo majorent laudem, quant ulciscendo, merebere, Gic. (vous acquerrez plus de gloire à supporter les injures , qu'à les venger == par l'action de supporter, que par celle de venger) .
11 sert aussi de complément aux prépositions in, a, de, ex : Prohibenda est ira in puniendo, Cic. ( il faut se garder de la colère en punissant).
Avec les prépositions , si le gérondif doit avoir un régime direct , on emploie de préférence le participe en dus : In voluptate spernendâ virtus vel maxime cernitur, Gic. (la vertu éclate surtout dans le mépris de la volupté) .
On s'en sert même sans préposition : Superstitione tollendâ, religio non tollitur, Cic. ( détruire la superstition , ce n'est pas détruire la religion).