‹ Méthode pour étudier la langue latineChapitre 238 sur 260 · INTERROGATION DIRECTE · texte numérisé non relu

INTERROGATION DIRECTE

§ 466. Les mots qui servent à interroger ont été indiqués dans la première partie , §§33 , 34 , 95 , et 100 , R. 4.

A une question faite par l'un des cas de quis, ecquis, quisnam, on répond par un nom au môme cas : « Qui a créé le monde ? Dieu , » Quis mundum creavit? Deus. — « Quel homme appelonsnous riche ? celui qui ne désire rien , » Qiiem vocamus divitem ? eum, qui nihil cupit.

La raison en est que la réponse forme toujours une proposition elliptique: Deus creavit mundum. — Vocamus divitem, eum qui nihil cupit.

Quand la réponse doit être négative , on interroge par ecquis : Ecquœ seditio unquam fuit, in qua non ille princeps? Cic. pro Sext. 52 (est-il une sédition dont il n'ait été le chef?) La réponse serait , nulla fuit.

Rem. Il est des verbes après lesquels le mot de la réponse ne peut pas toujours être au même cas que celui de la demande ; ce sont :

1° Est, interest, rëferl : « A qui appartient-il de parler ? à moi , » Cujus est loqui? meum ; cf. § 307, R. 2. — « A qui cela importe-t-il? à vous, » Cujusnam illud interest? tua; cf. § 379.

2° Les verbes d'achat et de vente : « Combien ce livre a-t-il coûté? vingt as, » Quanti constitithic liber? viginti assibus; cf. §§311 et 312, R. 1.

§ 467. Né {enclitique) , num, nonne.

1. Ne interroge simplement, sans préjuger la réponse, qui peut être ou affirmative ou négative: Vidistine regem? (avezvous vu le roi?) On répond en répétant le verbe de la demande : Oui , vidi ; Non , non vidi.

Quelquefois le verbe est sous-entendu dans la réponse, et remplacé par quelque adverbe d'affirmation : Visne sermoni reliquo demus operam sedentes? sane quidem, Cic. (voulez-vous

314 SYNTAXE PÀRTlCULïÈllE.

que nous achevions l'entretien assis? très-volontiers) ; — ou de négation : Prœstatne utilîtas honestati? minime vero (l'utile l'emporte-t-il sur l'honnête? non assurément).

2. Num suppose une réponse négative, comme le français est-ce que : Num cadit in virum bonum mentiri? Cic. ( est-ce que l'honnête homme est capable de mentir? )

3. Nonne attend , au contraire , une réponse affirmative : Poetœ nonne post mortem nobilitari volunt? Cic. (les poètes ne veulent-ils pas être célèbres après leur mort?) — II œc nonne est turpe dubitare philosophos , quœ ne rustici quidem dubitent? Cic. (n'est-il pas honteux que des philosophes doutent de choses dont les paysans mêmes ne doutent pas?)

Rem. 1. Quelquefois le mouvement seul de la phrase suffit pour marquer l'interrogation , et alors ne est sous-entendu , et non tient lieu de nonne : Infelix est Fabricius, quod rus sunm fodit? Sén. (Fabricius est-il malheureux, parce qu'il laboure son champ?) — Non in casis, ritu pastorum agrestiumque , habitare est satins, quant exsulatum ire? T. L. (ne vaut-il pas mieux habiter dans des chaumières , à la manière des patres et des villageois , que d'aller en exil?)

% On interroge aussi par ecquid pris adverbialement : Ecquid sentitis in quanto contemptu vivatis?T. L. (sentez-vous bien dans quel mépris vous vivez?)

§ 468. Double interrogation.

Utrum an.

Quand deux interrogations sont opposées l'une à l'autre dans la même phrase, la première est annoncée par utrum, la seconde par an (quelquefois par mine) : Utrum defenditis, an impugnatis plebem, tribuui? T. L. ( défendez-vous le peuple, tribuns, ou lui faites-vous la guerre ?) Cf. § 285, 1.

Au lieu ft utrum, on peut mettre ne au premier membre > Isne est quem quœro, an non? Ter. (est-ce l'homme que je cherche , ou non ? )

Utrum ou ne peuvent même être sous-entendus : Dicam huic, an non dicaml Ter. (lui dirai-je, ou ne lui dirai-je pas?) Eloquar , an sileaml Virg. (dois-je parler ou me taire?)

§ 469. On voit , par ces exemples , que le mot ou qui précède en français la seconde partie de la question , doit toujours être rendu par an. Ce serait une faute grave de le traduire par a ut. Cicéron (Parad. \ ) dit sans doute : Voluptas melioremne efficit

aut laudabiliorem virum? mais il n'y a là qu'une seule proposition ; aut pourrait être remplacé par et, et laudabiliorem n'est pas opposé à meliorem. Si l'auteur eût voulu dire : « La volupté rend-elle l'homme meilleur ou moins bon? » il aurait écrit : Voluptas melioremne efficit virum, an détériorent?

§ 470. Différence de ne et de an; de nonne et de annon.

Le véritable signe de l'interrogation simple et directe est ne (cf. § 467). On ne peut jamais entrer en matière par an, et l'on ne dira pas en latin : An vidisti regem? pour exprimer: Avez-vousvu le roi?

An est une particule disjonctive qui répond à ou, ou bien, et dont la destination propre est d'annoncer la seconde partie d'une interrogation à deux membres. Toutes les fois qu'on le trouve au commencement d'une phrase, c'est qu'il a rapport à une idée qui précède , ou qu'il est facile de suppléer. Ainsi , lorsque Cicéron ^ dit : An ille mihi liber, eux mulier imper at? (regarderai-je comme libre celui qu'une femme gouverne?) c'est qu'il vient de poser en principe que l'obéissance d'une âme sans force et sans volonté est un esclavage. En continuant cette idée, on pourrait traduire : Ou bien tiendrai-je pour libre celui que, etc.

An non ou annon s'emploie pour nonne dans les mêmes circonstances que an pour ne: An non est omnis metus, servitus2? (toute crainte n'est-elle pas un esclavage?) Cicéron vient de dire que tout coupable est esclave, parce qu'il craint la justice, et il ajoute : Ou bien toute crainte n'est-elle pas , etc. ?

Mais si je fais à un voyageur la question simple et absolue , « N'avez-vous pas vu Rome?» il faudra dire: Nonne Romam vidisti? et non pas annon (et encore moins arme) , parce qu'il n'y a pas continuation d'une idée antécédente.

§471. Mode des vei%bes dans l'interrogation directe.

1. Il est de règle que l'interrogation directe se fasse par l'indicatif; cependant on peut employer le subjonctif si l'on veut exprimer l'idée du conditionnel français ou celle du futur (cf. § 399) : Utrum tandem pluris aestimemus pecuniam Pyrrhi, an continentiam Fabricii? Cic. [qu'estimerons -nous le plus, les trésors de Pyrrhus, ou le désintéressement de Fabricius?) JEsti-

1. Parad. V, 2. — Mihi est employé ici comme moi dans «Prends-moi le bon parti. » Cf. Méth. gr., § 337, IV. — 2. Cic, Parad. V, 3.

menais est au subjonctif non pas à cause à' utrum, mais à cause de la pensée, qui exprime un doute , une délibération K

2. Après les mots interrogatifs que , pourquoi , comment , le français admet une ellipse qui n'a jamais lieu en latin. Nous disons , par exemple : « Gomment concevoir un Dieu qui ne soit pas éternel? c.-à-d. comment pouvons-nous concevoir?» Le latin doit nécessairement exprimer le verbe qui régit l'infinitif: Deum, nisi sempiternum , intelligere qui possumus? Cic.

D'après ce principe, que faire? s'exprimera par le présent du subjonctif s'il se rapporte à l'avenir (que dois-je faire?) Quid faciam? — par l'imparfait, s'il se rapporte au passé (que pouvais-je faire? qu'aurais-je fait? ) Quid facerem?

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