‹ Méthode pour étudier la langue latineChapitre 239 sur 260 · INTERROGATION INDIRECTE · texte numérisé non relu

INTERROGATION INDIRECTE

§ 1x12. I. Avec quis, qualis, cur, quam, quomodo, ubi, etc.

On appelle interrogation indirecte celle qui tombe sur une proposition subordonnée , comme lorsqu'au lieu de dire : Qui êtes-vous ? on dit : Apprenez-moi qui vous êtes.

Le verbe de l'interrogation indirecte se met toujours au subjonctif: Mori cupis; disce prias quid sit vivere, Ter. (tu voudrais mourir ; apprends d'abord ce que c'est que de vivre). — Quœritur cur doctissimi homines de maximis rébus dissentiant , Cic. (on demande pourquoi les hommes les plus savants sont divisés sur les plus grandes questions).

Tous les mots qui servent à l'interrogation directe , servent aussi à l'interrogation indirecte, notamment quis avec ses dérivés, comme qualis, quantus, quot, quare , quam, quomodo , quando; l'adjectif uter ; les adverbes de lieu ubi, unde, quo, quâ; enfin ne, num, nonne, utrum, an.

Rem. 1. Il ne faut pas confondre le relatif qui, quœ, qaod, avec l'interrogatif quis. Le relatif, étant séparé du premier verbe par son antécédent, exprimé ou sous-entendu, veut le second à l'indicatif; l'interrogatif, dépendant immédiatement du premier verbe, veut le second au subjonctif. Il y a donc une grande différence entre ces deux phrases : Amicus tuus scit, quœ tu nescis, et Amicus tuus scit quœ tu nescias. La première signifie : « Votre ami sait des choses que vous ne savez pas ; » quœ est relatif, et il a pour antécédent ea sous-entendu. La seconde signifie : « Votre ami sait quelles choses vous ne savez pas , quelles sont les choses que vous ignorez ; » quœ est interrogatif, et n'a pas d'antécédent.

1. Utrum, accusatif neutre d'uter, est complément direct d'œstimemus , et ce verbe est sous-entendu devant chacun des deux autres accusatifs.

2. Certaines constructions françaises sont susceptibles de l'un et de l'autre sens ; par exemple : « Je dirai néanmoins ce que je pense , » peut signifier : Je dirai la chose que je pense , » et alors on traduira : Dicam tamen quod sentio, Cic. ; ou, « Je dirai quelle chose je pense,

S quelle est ma pensée, e% l'on traduira : Dicam tamen quid sentiam. Toutes les fois que les mots ce que seront l'équivalent de quelle

! chose , il y aura interrogation indirecte , et le second verbe se mettra au subjonctif : « En matière de bonne foi, il faut toujours considérer ce qu'on a pensé , et non ce qu'on a dit [quelle chose on a pensée , — on a dite),» Semper in fide, quid senseris, non quid dixeris, cogitandum, Cic.

3. La locution Nescio quis est à remarquer ; elle est considérée comme synonyme à'aliquis, et n'influe en rien sur le mode du second verbe : Nescio quis teneros oculus mihi fascinât agnos, Virg. (je ne sais quel mauvais œil fascine mes jeunes agneaux). Nescio quid produit quelquefois l'effet d'un adverbe : Nescio quid conturbatus esse mihi videris, Cic. (vous me paraissez quelque peu troublé).

§ 473. II. Avec ne, num, nonne (cf. § 467).

L Interrogation indirecte est très-souvent marquée en français par la conjonction dubitative si , placée entre deux verbes. Si l'interrogation n'a qu'un membre , on traduira si par ne ou par num 9 quelle que doive être la réponse : « On demande si l'opiniâtreté et la persévérance sont la même chose, » Quœritur idemne sit pertinacia et perseverantia , Cic. — « Tu me demandes si je t'ordonne d'aller en exil, » Interrogas me num in exsilium [ire tejubeam] , Cic.1

Si , accompagné de ne. . . . pas , se rendra par nonne : « Vous m'aviez demandé si je ne pensais pas qu'en tant de siècles la vérité avait pu être découverte, » Quœsieras ex me nonne putarem tôt sœculis inveniri verum potuisse > Cic.

Rem. An, dans l'interrogation indirecte à un seul membre, comme : Quœritur an siccari palus Pomptina passit 2 ( on demande si les marais Pontins peuvent être desséchés) , appartient en général à une époque postérieure à Gicéron 3. Il sera donc mieux de s'en tenir à ne ou num : Quœro feceritne, ou., num fecerit hanc rem.

1. Cic. Acad. pr. II, 24. — 2. Quintil. III, 8, 16; cf. V, 14, 13. —3. Le peu d'exemples que l'on en trouve dans Cicéron sont contestés. Les deux suivants ne peuvent pas l'être : Quis scit an adjiciant hodiernœ crastina summœ tempora di superi? Hor. Deinde , anomnino mittendus esset , mota est consultatif) , Tiv. Liv. XXXV, 42. Quant au vers de Phèdre, interrogavit an bove esset latior, il signifie : «La grenouille demanda si elle n'était pas plus grosse que le bœuf, » et il doit s'expliquer comme nescio an, § 475,

§ U1U. ITT. Avec utrum..., an (cf. § £68).

Quand l'interrogation indirecte est formée de deux membres opposés l'un à l'autre, le premier est précédé de utrum, que nous rendons par si, le second de an, qui signifie ou : Nunc quœro utrum vestras injurias, an reipublicœ , persequamini , Cic. (je vous demande maintenant si vous vengez vos injures , ou celles de la république).

Utrum peut être sous-entendu : Stellarum numerus par , an impar sit, incertum est, Cic. on ignore si le nombre des étoiles est pair ou impair ) .

On peut, au second membre, remplacer an par ne : Hominibus

prodesse natura jubet ; servi lîberine sint, quid rëfert? Sén. (la

nature commande de faire du bien aux hommes; qu'importe

qu'ils soient1 esclaves, ou qu'ils soient libres?) = utrum servi

[sint], an liberi sint

Ou non s'exprime par necne , et le verbe du premier membre est répété ou sous-entendu : DU utrum sint , necne sint, quœritur, Cic. ( on demande s'il existe des dieux , ou non) . On dirait également bien, utrum sint dii, necne, quœritur.

Rem. Utrum peut être remplacé , dans la première partie de l'interrogation, par néon même par num; il ne peut l'être par an : Quis scire polest , unusne mundus sit, an plures? Cic. (qui peut savoir s'il n'y a qu'un monde , ou s'il y en a plusieurs?)

Au second membre , on trouve quelquefois anne pour an.

§ £.75. Haud scio an, nescio an.

A l'interrogation indirecte se rattache la formule Nescio an ou haud scio [haud sciant) an, dont on se sert pour exprimer son opinion avec réserve et sous la forme du doute. Il faut remarquer ici une opposition complète entre le français et le latin. Ainsi Tite-Live, voulant exprimer que les Romains avaient peut-être poussé trop loin les précautions en faveur de la liberté , dit sans négation : Nescio an modum excesserint2, ce que nous rendons avec une négation , « Je ne sais s'ils n'ont pas dépassé la mesure , » c'est-à-dire je suis porté à croire qu'ils l'ont dépassée.

Mais la conformité reparaît entre les deux langues si l'on traduit nescio an par peut-être :

Haud sciam an acerrimus longe sit omnium motus invidiœ3 (peut-

1. Après qu'importe , il n'importe pas , nous disons que au lieu de si.

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