Le propos
Le bon propos est la sérieuse volonté de changer de vie, de se corriger et de ne plus pécher. Chers enfants, je n'ai pas besoin de vous dire beaucoup à ce sujet. Le bon propos n'est proprement que la contrition par rapport à l'avenir. De même que, par la contrition, vous détestez les péchés com-
mis et souhaitez ne les avoir jamais commis; de même, par le ferme propos, vous détestez les péchés où vous pourriez tomber de nouveau, et vous vous proposez sérieusement de ne plus les commettre. Par conséquent celui qui a un véritable repentir, a aussi le sincère propos. D'ailleurs comment quelqu'un pourrait il sérieusement détester ses péchés, s'il avait néanmoins la volonté de les faire de nouveau? Donc, puisque le propos est nécessairement uni à la douleur d'avoir fait le mal, vous pouvez juger d'après votre propos, si votre douleur est réelle et vraie. Oui, si vous êtes réellement tristes d'avoir offensé Dieu, alors vous serez
1° Fermement résolus à ne plus l'offenser, à ne plus commettre de pèche (au moins mortel). Vous savez quel mal affreux c'est que le péché mortel; c'est pourquoi, plutôt que de commettre encore un péché mortel, vous devez être prêts à tout perdre, à tout souffrir, quand même il vous en coûterait les peines et les difficultés les plus grandes. Mais vous le commettrez encore, il n'y a pas de doute, si vous n'évitez pas l'occasion prochaine du péché. Donc vous devez être aussi très-fermement résolus à fuir Y occasion prochaine du pèche mortel. Quiconque n'a pas cette volonté, n'a pas non plus de vraie douleur ni de propos sincère, et il n'obtient pas de pardon.
Mais qu'«st-ce donc une occasion prochaine? L'occasion prochaine, c'est ce qui entraine toujours ou presque toujours au péché (mortel). Par exemple : jusqu'ici vous avez toujours été entraîné à faire des choses contraires à la modestie, par un condisciple que vous aimez beaucoup. Eh bien! la fréquentation secrète de ce camarade est pour vous une occasion prochaine de ce péché que je n'ose pas nommer; ce camarade vous devez le fuir. « Mais, direz-vous, je vous assure que je ne veux plus commettre ce péché; je puis encore aller avec ce condisciple, sans faire de péché. » Non, mille fois ïion; parce que vous retomberez certainement dans le même crime. Il n'y a rien qui y fasse; il faut que vous soyez fermement résolu à éviter cette fréquentation, sans quoi votre propos ne vaut rien du tout, votre confession est nulle, mauvaise. — Toutes les fois que vous avez joué à tel jeu, vous
avez été entraîné à vous disputer, à jurer etc.; ce jeu est pour vous une occasion prochaine ; non-seulement vous devez être résolu à ne plus jurer, mais aussi à ne plus prendre part à ce jeu. Examinez donc, chers enfants, ce qui vous a entraînés jusqu'ici à de grands péchés, ce qui a été pour vous une occasion prochaîne, et soyez bien résolus à l'éviter à l'avenir. Si pénible que cela puisse vous paraître, il faut vous y résoudre; Jésus Christ l'a dit : « Si votre main vous scandalise, coupez là ; » c'est-à-dire si quelque chose (une personne, un plaisir, etc.) vous est aussi cher, que votre propre main, mais si c'est pour vous une occasion de tomber dans le péché, vous devez l'éviter, vous en séparer, — sans cela vous n'entrerez pas au ciel. Mais il y a parfois des cas où vous ne pouvez vous en séparer, par exemple, quand il s'agit de vos frères ou sœurs, demandez alors à votre confesseur ce qui vous reste à faire, et soyez fortement résolus à suivre son conseil.
La résolution d'éviter les péchés véniels n'est pas absolument nécessaire, il est vrai, à la validité de la confession (si toutefois on a à confesser en même temps des péchés mortels avec des péchés véniels) ; mais je vous prie instamment, mes chers amis, de former le ferme et sérieux propos d'éviter aussi, autant que possible, les péchés véniels (surtout ceux que vous commettez le plus souvent), de ne plus les commettre sciemment et volontairement. En effet le péché véniel, comme je vous l'expliquerai encore plus tard, est aussi une offense de Dieu, un grand mal, et celui qui ne fait pas de cas des péchés véniels, tombera infailliblement aussi dans les péchés mortels.
2° Vous devez être fermement résolus, à employer les moyens nécessaires pour vous corriger, c'est-à-dire, à vous servir de tout ce qui est nécessaire pour devenir des hommes meilleurs, pour renoncer à vos péchés et à vos mauvaises habitudes. Le confesseur dira à chacun ce qu'il doit faire, et vous devez être fermement résolus à exécuter ce qu'il vous prescrit. Le confesseur est le médecin de votre âme. Or de même que pour guérir le corps, vous suivez toutes les ordonnances du médecin, de même devez-vous être résolus à
accomplir consciencieusement, ce que le médecin de votre âme prescrit pour la guérir. Surtout déterminez déjà -dès maintenant ce que vous voulez faire pour deux points importants, pour la prière... et pour la fréquentation des sacrements. Décidez quelles prières vous voulez dire le matin quand vous vous levez; quels exercices de piétié vous ferez pendant le jour; ce que vous ferez avant d'aller au lit. Décidez combien de fois, dans l'année, après avoir fait votre première communion, vous voulez vous confesser et communier. Plus tard je vous en dirai encore davantage. Cela suffît pour maintenant. Je vous conseille donc à tous, de communier, si c'est possible, tous les mois. Que personne n'attende au delà de quatre mois. Dans le doute sur ce que vous avez à faire, demandez à votre confesseur, combien de fois par an, vous pourriez vous proposer de venir le trouver au confessionnal (i).
3° Enfin vous devez avoir la ferme volonté d'accomplir la pénitence ou la satisfaction, et de réparer le tort que vous avez fait, c'est-à-dire de faire la pénitence qui vous a été imposée par le confesseur et de réparer le tort que vous avez causé par vos péchés.
Pour montrer, chers enfants, que votre propos est vraiment sérieux, commencez dès maintenant à le mettre à exécution. J'aime à supposer que déjà vous avez fait des efforts pour éviter les péchés (surtout les péchés d'habitude) et les occasions prochaines. Mais dès maintenant aussi, pratiquez
(1) Un écolier pauvre avait pris, au jour de sa première Communion, la ferme et sérieuse résolution de se confesser de suite, le jour même où il aurait le malheur de tomber dans un péché mortel. Or un jour il eut réellement le malheur de commettre uu péché grave. Le temps était affreux et le prêtre demeurait loin. Le pauvre garçon lutta longtemps contre sa paresse naturelle et contre les prétextes que l'on invente d'ordinaire dans des cas semblables. Enfin il récita un Ave Maria et alla se confesser. En revenant chez lui, il rencontra une dame qu'il connaissait et à laquelle il raconta, le \isage rayonnant de joie, d'où il venait. Le lendemain on ne l'entendit pas se lever comme de coutume. Sa mère voulut aller le réveiller... il était étendu mort dans le lit. S'il n'avait pas été fidèle a sa résolution, s'il avait seulement différé d'un jour sa confession, de quelle manière terrible n'aurait-il pas dû expier ce relard ?
quelques œuvres de pénitence, par exemple, en vous levant plus tôt que decoutume, en faisant vos prières à genoux, en retranchant un peu de votre nourriture, en renonçant à quelques jeux, à quelques plaisirs et dites en vous-mêmes : Je veux faire cela en expiation de mes péchés, afin que Dieu m'accorde d'autant plus vite le pardon et ses grâces. Surtout vous pourriez essayer de rester à jeun pendant toute une matinée; cela vous semblera dans la suite moins ditficile à observer, le jour de votre première communion. Mais faites principalement tous vos efforts pour réparer le tort que vous avez fait au prochain dans ses biens temporels, en lui rendant les objets volés ou trouvés etc. ; — dans son honneur, en avouant que vous aviez menti en calomniant un autre, et en disant de lui du mal qui n'était pas vrai; — dans son âme, en priant pour ceux que vous avez peut-être entraînés au péché, ou en leur disant, quand cela se peut, qu'ils ne doivent plus faire cela, parce que c'est un péché. J'espère aussi, qu'avant de faire votre confession générale, vous demanderez pardon à vos chers parents, dites-leur : « Mon père, ma mère, je veux aller à confesse, c'est pourquoi je vous prie de me pardonner toutes les désobéissances, toutes les injures et les fautes par lesquelles je vous ai causé du chagrin; je vous promets d'être à l'avenir un enfant sage et très-obéissant. » Si vous croyez que vous n'êtes pas en état de réparer le tort que vous avez causé, parce que n'avez plus l'objet volé, ni de l'argent pour le remplacer ou le payer, demandez, dans le confessionnal, ce que vous avez à faire.