‹ Méthode pour prérarer les enfants à la première communionChapitre 25 sur 98 · LE PÉCHÉ MORTEL · texte numérisé non relu

LE PÉCHÉ MORTEL

La dernière fois, vous avez entendu, chers enfants ! que vous avez été créés pour servir Dieu en ce monde, et aller au ciel après votre mort, que vous êtes ici sur la terre pour sauver votre âme. Il n'y a qu'une seule chose qui puisse vous empêcher d'arriver à cette fin, qui puisse causer la perte de votre âme et vous fermer le ciel, c'est le péché mortel. C'est de quoi je vais vous parler aujourd'hui. Comme vous le savez, celui-là commet un péché mortel, qui transgresse les commandements de Dieu et de l'Eglise en matière grave et importante (par exemple : en faisant un faux serment, en blasphémant Dieu, en mettant ses parents fort en colère, en blessant la modestie par des pensées, des paroles ou des actions) et s'il le fait sciemment et volontairement (c'est-à-dire, si sachant ou devant et pouvant savoir que telle chose est un péché grave, — par exemple, les pensées impures, — il pense exprès à de vilaines choses, il s'y arrête avec plaisir, et que ce

n'est pas simplement une légère négligence à les repousser). Le péché mortel est le plus grand mal qu'il y ait sur la terre, le plus triste malheur où vous puissiez tomber ici-bas, et pour vous en inspirer une grande horreur, pour vous en détourner, je veux vous montrer aujourd'hui combien le péché mortel est criminel et digne d'être châtié (1).

I En quoi consiste le crime ou la malice du pêche mortel ?

A) Le péché mortel est une grave offense faite à Dieu, notre souverain maître. Celui qui commet un péché mortel foule aux pieds la loi ou les ordres de Dieu, il s'en moque, il les méprise. Ainsi Dieu lui dit: tu ne voleras pas, tu ne commettras pas d'impuretés etc, et le pécheur le fait malgré cela. Il sait bien que Dieu ne veut pas qu'on le fasse ; il sait que Dieu, à cause de cela, le menace de punitions éternelles, et il le fait cependant. D'un côté en quelque sorte, se tient Dieu qui lui promet un bonheur sans fin ; d'un autre côté se tient le démon qui lui promet un misérable et vilain plaisir, quelques pièces d'argent. Et le pécheur méprise Dieu, il écoute

le démon ! 11 semble dire à Dieu. Je sais que vous défendez

(les blasphèmes, les actions déshonnêtes) je sais que cela vous irrite et vous fait de la peine, que vous pouvez me punir éternellement ; mais je ne m'en embarrasse pas, peu m'importe ! je ne vous écouterai pas, je ne m'inquiète pas de votre ciel, ni de votre enfer ; je fais ce que je veux. Ghers enfants ! quelle injure! quel outrage horrible! et à qui adresse-t il cette injure ? quel est celui qu'il insulte ? C'est le Dieu tout puissant, qui d'une seule parole a créé le ciel et la terre, qui dirige dans leur route immense les astres du firmament, celui devant qui toute la terre n'est que comme un petit grain de sable, la vaste étendue de la mer comme une gouttelette de rosée, les millions d'hommes comme un amas de fourmis qui rampent sur la terre, celui devant lequel les

(1) Si on disait à un enfant qui aurait perdu un diamant, que c'est une perte plus grande que si toutes les pommes du marché, tous les pâtés d'un pâtissier s'étaient gâtés, il ne le comprendrait pas, il refuserait de le croire. C'est ainsi que bien des chrétiens ne veulent pas croire qu'un seul péché mortel (qui nous prive de la grâce sanctifiante) est plus funeste que la perte de tous les bieas temporels, même de la vie.

chérubins et les séraphins du ciel se prosternent, en se couvrant respectueusement la face de leurs ailes, et l'adorent en tremblant. Mais celui qui fait à Dieu cette injure, qu'estil ? C'est un homme, un être misérable que Dieu a créé, qu'il tient tout entier dans ses mains, qu'à l'instant même il peut châtier, broyer et précipiter au fond des enfers; c'est celui-là qui à l'audace de refuser à Dieu l'obéissance, et cela sous ses yeux, en sa sainte présence, oui, de l'outrager en face. Si un soldat osait faire chose pareille à son général, il serait fusillé (on lui tirerait une balle dans la tête). Si un sujet osait se conduire de la sorte envers son roi, on ne trouverait pas de punition assez forte ; et que mérite alors un homme, qui se conduit ainsi à l'égard de Dieu, devant qui, tous les rois de la terre sont comme un grain de poussière, comparé à notre globe terrestre? Comprenez-vous maintenant ce que vous avez mérité par le péché ?

B) Le péché mortel est une noire ingratitude envers Dieu, notre bon père. Dieu est notre père, et quel père ? Vous devez beaucoup à votre père ici-bas, il fait tant pour vous, il travaille, il se fatigue pour vous; mais qu'est-ce, à côté des bienfaits, que vous recevez de votre Père céleste? Combien d'hommes vivent dans une affreuse misère, combien y en at-il qui meurent de faim ! Et Dieu a eu soin de vous, car chaque jour vous avez de la nourriture en abondance. Qu'il est malheureux un pauvre aveugle ! il ne voit rien de la beauté de la terre, des riches couleurs qui ornent les fleurs au printemps, de ce ciel d'azur tout étincelant d'étoiles; il ne voit pas la figure de ceux qu'il aime, il vit dans une nuit sans fin, dans une obscurité éternelle. Qu'il est malheureux un sourd-muet, un homme paralysé des jambes ou des bras, etc.! Vous, chers enfants, vous avez de bons yeux, une langue, des membres bien conformés et bien sains; chaque jour Dieu vous les donne, en quelque sorte, de nouveau etc. Et que dirai-je surtout des bienfaits que Dieu vous a accordés et vous accorde chaque jour pour le bonheur et le salut de votre âme? des grâces innombrables qu'il vous dispense? Vous rappelleraije comment il n'a pas même épargné son propre Fils, mais l'a sacrifié pour vous à la mort sanglante de la croix? Et tout

cela, Dieu l'a fait et le fait encore, sans en retirer le moindre profit pour lui-même, il le fait uniquement par amour pour vous, pauvres enfants! Et maintenant dites vous-mêmes ; quelle reconnaissance lui devez-vous? Un homme, réellement pauvre, quelle reconnaissance ne montre-t-il pas, quand on lui donne deux misérables francs? Quelle ne serait pas votre reconnaissance, si vous étiez nés aveugles et que quelqu'un fût assez bon, assez adroit pour vous rendre la vue ! Ah ! Les animaux eux-mêmes montrent de la reconnaissance. Voyez les chiens, comme ils se montrent reconnaissants pour la nourriture que leur jette leur maître; parmi eux, plus d'un a donné sa vie pour défendre son bienfaiteur; plus d'un, après la mort de son maître, n'a plus voulu quitter la fosse où il était enterré, a refusé toute nourriture, et s'est laissé mourir de tristesse, parce qu'il avait perdu son maître. Et quelle reconnaissance l'homme ne doit-il donc pas montrer à Dieu, qui est le meilleur des maîtres?

Mais celui qui commet le péché mortel, loin de remercier Dieu, l'insulte et l'offense, il se sert même des bienfaits, que son Père céleste lui a accordés, pour l'outrager et le peiner. Les yeux, que Dieu lui a donnés, il les emploie pour jeter des regards déshonnêtes et curieux ; la langue, pour dire des paroles obscènes, répéter de vilaines chansons, prononcer des blasphèmes et des jurements, etc. 11 est dit dans l'Écriture : « L'œil, qui méprise son père,... sera arraché par les corbeaux et dévoré par les jeunes aigles. » Et que mérite alors le pécheur qui, pour mépriser Dieu et l'outrager, emploie les yeux et la langue que Dieu lui a donnés? Et vous, par conséquent qu'avez-vous mérité (i) ?

(1) Oui, celui qui commet un péché mortel, offense Dieu précisément parce qu'il sait que Dieu est miséricordieux et bon. En effet oseriez-vous commettre un véritable péché, si vous étiez assuré que, de suite après l'avoir commis, on vous couperait la main ?Sans doute que non Donc encore moins commettriez-vous un péché mortel, si vous étiez intimement convaincu que, bientôt après, vous descendriez dans l'enfer. Or. qu'est-ce donc qui vous donne, non l'assurance, mais l'espoir, que vous ne mourrez pas de suite après avoir péché? C'est la pensée que généralement Dieu ne punit pas le pécheur à l'instant même ; qu'il a pardonné plus tard à un grand nombre, donc parce qu'il est bon et miséricordieux. Ainsi vous commettez

Représentez-vous un père qui a un enfant unique ; il travaille pour lui, il lui fait tout le bien possible; lorsque son enfant est malade, il le soigne au péril de sa propre vie. L'enfant revient de nouveau à la santé, et, au lieu de remercier son père, il lui désobéit, il l'insulte par toutes sortes de grossiers propos, etc. Dites, chers enfants, quelle peine ne doit-ce pas être poir* le cœur d'un tel père, de trouver une pareille ingratitude chez un enfant qu'il a tant aimé? EtDieu ne doit-il pas ressentir une peine bien plus grande, lorsque vous l'injuriez, lorsque vous l'outragez en face, vous qu'il a aimés comme la prunelle de l'œil, vous pour qui il a tant fait? — Chers enfants, si vous aviez fait de la peine à vos parents, jusqu'à les faire pleurer sur vous et leur faire dire : « Je n'aurais jamais cru que mon enfant m'aurait traité de la sorte, » n'en seriez-vous pas tristes et affligés ? Ne devezvous donc pas être tristes également d'avoir causé tant de peine à votre Père céleste?

C) Le péché mortel est une indigne trahison dirigée contre Jésus-Christ, notre aimable Sauveur. Un traître, un perfide, c'est celui qui ne tient pas sa promesse. Ainsi, c'est déjà une honte de ne pas garder la parole que l'on a donnée à un homme ordinaire; de même, le soldat qui ne tient pas la parole qu'il a jurée au roi, passe pour un infâme et s'attire de fortes punitions ; mais plus indigne encore est la perfidie et la trahison, quand quelqu'un ne tient pas la promesse donnée à son plus grand bienfaiteur, à celui auquel il doit la vie. Chers enfants ! votre Sauveur est votre roi ; c'est un monarque, un maître saint, grand et glorieux, comme il n'en existe pas d'autre. Il est en même temps votre plus grand bienfaiteur, il vous a arraché à l'esclavage du démon, à la damnation éternelle, et de plus il a sacrifié sa vie pour vous, au milieu des plus affreux tourments. Que ne feriez-vous pas pour celui qui vous aurait sauvé d'un grand incendie? — Si Jésus-Christ avait demandé votre vie, vous auriez dû la lui donner généreusement. Cependant il n'a pas demandé beau-

avec tant de facilité et d'insouciance le péché, parce que Dieu est si bon, si indulgent, si miséricordieux.

coup; il demande seulement que vous l'aimiez, que vous observiez ses commandements, et si vous le faites, il vous promet une récompense infiniment riche. C'est ce que vous lui avez promis solennellement dans le saint Baptême, et depuis lors souvent encore, surtout en allant à confesse. Mais avezvous gardé cette promesse solennelle faite à votre roi, à votre bienfaiteur, à celni qui vous a sauvé de h mort et de l'enfer? Ah, pauvres enfants ! toutes les fois que vous avez commis un péché mortel, vous avez violé votre promesse; bien plus, comme Judas, vous avez trahi votre divin Sauveur, et d'après les expressions de l'apôtre S. Paul, vous avez outragé, crucifié de nouveau le Fils de Dieu ! Vous vous indignez contre les juifs, qui ont maltraité si cruellement Jésus -Christ, mais votre crime n'est-il pas plus grand d'une certaine manière? Les juifs ne savaient pas, ne croyaient pas que Jésus fût le Fils de Dieu; sans cela, comme le dit S. Paul, ils n'auraient pas cloué, sur une croix infâme, le Dieu de gloire. Mais vous avez la foi ; vous saviez combien il vous a aimés, vous saviez que le péché l'outrage indignement, le fait souffrir cruellement, et malgré cela, vous avez osé commettre encore le péché. — Imaginez-vous, chers enfants, que Jésus-Christ se présente en ce moment visiblement à vos regards ; oh ! que sa figure est pâle, comme le sang découle de toutes parts ! Il porte une couronne d'épines qui s'enfoncent dans sa tête, tout son corps est déchiré, mis en lambeaux; comme il vous regarde tristement, mais toutefois avec une infinie tendresse! Il me semble lui entendre dire: « Mon enfant! Voyez, comme j'ai affreusement souffert! Et c'est vous qui en êtes la cause; c'est vous qui, par vos mauvaises pensées, par votre orgueil, avez couronné ma tête d'épines; c'est vous qui, par vos indécences m'avez flagellé, etc. Pourquoi me traitez-vous ainsi? Je vous ai tant aimé, j'ai fait pour vous le sacrifice de ma vie, et est-ce ainsi que vous me récompensez? » Ah, chers enfants! comment votre cœur ne doit-il pas déborder d'amour, de douleur et de contrition d'avoir pu offenser ainsi voire Sauveur! 0 voyez! Ce même Sauveur que vous avez si maltraité par vos péchés, il est ici présent dans le saint Sacrement. Venez, jetez-vous à

ses pieds, en disant : « 0 Jésus ! Jésus î Comment ai-je donc osé me conduire ainsi à votre égard? Mes péchés vous ont causé tant de douleurs ! Mon ingratitude a rempli vos yeux de tant de larmes. Je mérite vraiment l'anathème que votre Apôtre lance contre quiconque ne vous aime pas. 0 Jésus, je me repens maintenant du fond de mon cœur de vous avoir offensé, et je vous promets, dans toute la sincérité de mon âme, de ne plus jamais vous offenser sciemment et volontairement, surtout par tel... et tel péché... »

Par tout ce que je vous ai dit jusqu'ici, vous avez pu voir, chers enfants, quel crime, quelle indignité c'est que le péché mortel. Mais comprendre entièrement ce qu'il est, vous ne le sauriez ; nul homme, nul ange ne le saurait. Autant il est impossible à quelqu'un de comprendre combien Dieu est grand, combien sont grandes les joies du ciel et les peines de l'enfer, autant il lui est impossible de comprendre combien est grande la malice du péché mortel qui offense Dieu, nous ravit le ciel et nous livre à l'enfer. Il n'y en a qu'un seul qui le comprenne entièrement, et c'est Dieu. Or nous allons voir comment Dieu considère le péché mortel, ce qu'il est aux yeux de Dieu.

II. Lorsque vous appreniez qu'une personne qui vous était connue, devait être mise en prison pour un grand nombre d'années, ou devait mourir sur l'échafaud, vous vous êtes dit : cette personne doit avoir commis un crime affreux, puisqu'on la punit si fortement. C'est en effet d'après la grandeur de la punition que vous mesuriez la grandeur de la faute. Or écoutez de quelle manière Dieu a puni le péché mortel, et vous pourrez entrevoir alors combien sa malice est grande aux yeux de Dieu.

A) Considérez d'abord la punition des Anges. Avant le péché, les Anges étaient merveilleusement beaux, si beaux que nulle langue ne saurait le dire (c'est pourquoi l'on dit quelquefois : beau comme un ange) ; ils commirent un seul péché, et ils sont devenus tellement hideux et repoussants de laideur, qu'il est également impossible de le décrire (ils sont affreux comme un....) Auparavant ils étaient si heureux, si contents! Dieu leur portait un amour si grand! Il n'a fallu

qu'un seul péché, et maintenant ils sont tellement malheureux, que les plus terribles souffrances de la terre seraient un vrai soulagement, un plaisir à côté de leur sort affreux; ils sont damnés, sans espérance, sans grâce, et cela pour l'éternité! Voilà le châtiment d'un seul péché mortel.

B) Considérez aussi la punition de nos premiers parents. Ah! comme ils vivaient d'abord tranquilles, paisibles et heureux dans le paradis! Aucune souffrance, aucune maladie, ni misère, ni la faim, ni le froid ne les tourmentaient; tout ce queleur cœur souhaitait, ils l'avaient. Dieu lesaimait, s'entretenait avec eux comme un père avec ses enfants, et après une vie tranquille et heureuse, passée ici-bas sans maladie ni mort, ils devaient entrer, corps et âme réunis, dans la bienheureuse éternité. Ils commirent un seul péché mortel, et voyez : Dieu, qui les avait aimés d'un amour ineffable, les repoussa avec dégoût loin de lui ; ils avaient perdu sa grâce, perdu le paradis, perdu le bonheur, la paix et la joie. Et depuis ce seul péché, il s'est répandu sur le monde un véritable déluge de besoins et de misères, de souffrances et de maladies. Pensez à toutes les horribles tortures que produit la famine; vous ne savez pas encore combien la faim fait de victimes. Mais dans la ville de Londres seule, il meurt chaque jour au moins un homme tué et dévoré par la faim. On y a vu une femme arracher à un chien l'os qu'il avait ramassé dans la rue, et elle-même le ronger avec une espèce de fureur. Puis rappelez-vous toutes ces maladies, tous ces milions d'hommes qui sont couchés sur un lit de douleurs, souvent au milieu de souffrances si cruelles que quelquesuns ont prié les assistants de les tuer par compassion. Pensez à tout le sang qui coule dans la guerre et forme des ruisseaux tout rouges, aux milliers de cadavres qui jonchent les champs de batailles, aux désastres que la mort produit, aux cris, aux sanglots que l'ondoitentendre quand quelqu'un vient de tomber mort ou que l'on porte un cadavre au cimetière. — Et faites-y bien attention, chers enfants ! toutes ces misères, tous ces fléaux, ce grand fleuve de maux et de souffrances s'est précipité sur le genre humain, a été envoyé de Dieu, comme la punition d'un seul péché ! Tout

2l)2 METHODE POUR PRÉPARER LES ENFANTS

cela ne serait pas arrivé si le premier péché n'avait pas été commis.

C) Puis rappelez-vous ce que doivent souffrir les damnés, en punition du péché mortel. Ce sont des maux si épouvantables, si affreux que, en y pensant seulement, on pourrait en devenir fou (1).

Et maintenant je vous le demande : Quel est celui qui a puni si sévèrement le péché dans les anges déchus et chez nos premiers parents? C'est Dieu, Dieu qui est infiniment bon, doux, miséricordieux, qui, certes, aime mille fois mieux punir moins que punir trop. Que doit-ce donc être que le péché mortel puisque Dieu le punit si terriblement? Et peutêtre en avez-vous déjà commis beaucoup? Qu'avez-vous donc mérité?

D) Mais ce qu'il y a de plus effrayant, c'est quand vous considérez ce que Jésus-Christ a dû souffrir pour nos péchés. Jetez un moment les yeux sur la croix et voyez ce que Jésus souffre. Il est noyé dans une mer de douleurs; tous ses membres sont brisés de coups, tout son corps est couvert de blessures; la tristesse et la désolation environnent son âme comme les sombres nuages d'un ouragan, et, pareils aux clous horribles qui lui percent les mains et les pieds, la haine, le mépris et les outrages des hommes qu'il aime tant, lui percent le cœur; dans l'excès des plus affreuses souffrances, il s'écrie : « 3Ion Dieu, mon Dieu! pourquoi m'avez-vous abandonné? » — Et quel est celui qui souffre ainsi? C'est le Fils de Dieu, son fils unique et bien-aimé. Et qui donc l'a traité, frappé ainsi ? Son propre Père, qui l'aime si tendrement, oui c'est lui qui l'a livré à la mort de la croix. Et pourquoi donc? Jésus était pourtant l'innocence et la sainteté même; mais il a répondu pour nous, il s'est fait garant pour nos péchés, il a pris tous nos péchés sur lui, et c'est à cause de nos péchés, que Dieu l'a livré en proie aux plus terribles tourments. « Je l'ai frappé à cause des péchés de mon peuple, » dit le Seigneur (Isaïe o3, 8). Chers enfants! Que le péché doit donc être quelque chose d'affreux, puisque, à

{\) Voyez la description de ces maux dans l'instruction suivante.

cause de lui, Dieu a châtié et traité si cruellement son Fils unique et bien-aimé (t). Et vous-mêmes avouez-le; quel sera notre sort, si jamais nous paraissons devant le redoutable tribunal de Dieu, chargés de péchés mortels? S'il a traité ainsi son propre et bien-aimé Fils, comment nous traiterat-il, nous misérables esclaves et serviteurs ingrats? S'il a laissé crucifier le Sauveur innocent à cause des péchés d'autrui, comment en agira-t-il avec nous, si nous paraissons devant lui, chargés de nos propres péchés, si nous avons méprisé, profané et foulé aux pieds le sang de Jésus- Christ?

Chers enfants ! Peut-être que jusqu'ici vous avez regardé maintes fois le péché comme une bagatelle, et que vous l'avez commis à la légère. 0 non, non ! ce n'est pas une bagatelle, ce qui offense ainsi le Père céleste, ce qui a causé à Jésus-Christ de si atroces douleurs. Sur chaque croix vous pouvez trouver en quelque sorte, écrits en lettres de sang, ces mots : « Fuyez le péché; il a jeté le Sauveur sur la croix; et il vous jettera en enfer. » C'est pourquoi prenez cette ferme résolution : plus jamais un seul péché mortel ! Plutôt cent fois mourir que d'en commettre encore un seul ! Déplorez dans l'amertume de votre âme, les péchés que vous avez commis et proposez-vous de faire, aussi bien que possible, la confession générale, afin d'obtenir le pardon. Formez de nouveau la promesse de fuir les occasions qui peuvent vous entraîner au péché..., de prier exactement et pieusement..., de recevoir souvent les sacrements..., et habituezvous à dire cette belle prière jaculatoire : « Je ferai tout ce que l'on veut, Seigneur ! mais plus un seul péché ! » ou bien : « Plutôt mourir, que de pécher! » Ainsi soit-il.

(1) Au lieu de méditer sur ce point, on pourrait aussi montrer comment les souffrances de tant de millions de martyrs n'auraient pas été suffisantes pour expier un seul péché mortel ; comment le Fils de Dieu seul, dans sa douloureuse passion, a offert une telle expiation à son Père. Quelle maladie que celle qui ne pouvait être guérie que par un tel médecin et par de tels remèdes !

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