LES SUITES DU PÉCHÉ MORTEL
Nous avons vu la dernière fois, combien est grande la malice du péché, combien il mérite d'être puni. Aujourd'hui je vous montrerai quelles en sont les suites, quel tort immense il cause à l'âme. Ne soyez pas surpris, chers enfants, si je vous parle tant du péché mortel. C'est la seule chose qui pourrait rendre votre première Communion mauvaise et sacrilège. Le péché mortel est le plus grand mal, le plus affreux malheur dont vous devez être préservés à tout prix. J'aime à croire, que plusieurs d'entre vous (peut-être le plus grand nombre) n'ont pas encore commis de péché mortel, et ceux-là aussi pourront tirer profit des instructions sur le péché mortel. En effet ils ont été imprudents quelquefois, ils ont commis des péchés moins graves, et se sont exposés ainsi au danger de pécher mortellement, de sorte que si Dieu ne les avait protégés particulièrement, ils seraient tombés comme tant d'autres dans des péchés mortels ; ils peuvent donc aussi s'exciter de tout leur cœur à la douleur et au repentir. Puis, vous serez tous exposés plus tard au danger de commettre des péchés graves; je voudrais à tout prix, exciter en vous le ferme propos de mourir plutôt que de consentir à un seul péché mortel.
Nous considérerons d'abord, chers enfants, les suites du péché mortel dans ce monde- ci, puis les suites terribles dans Vautre monde.
I. Je ne veux pas parler ici des guerres, des famines, des pestes, des malheurs, des souffrances et d'autres fléaux de ce genre, que Dieu fait descendre sur les hommes, à cause du péché mortel (pensez au déluge, à Sodome, à la destruction de Jérusalem etc.). Ces châtiments arrivent, il est vrai, souvent ici -bas, mais pas toujours. Je vous montrerai seulement deux châtiments qui arrivent infailliblement et de suite, au moment même où l'on commet le péché mortel.
A) Celui qui commet le péché mortel perd la grâce sanctifiante. Cela se dit, cela s'entend très facilement, et néanmoins il y a quelque chose de redoutable renfermé dans ces quelques paroles. L'homme qui est en état de grâce, qu'a-t-il, que pos-
sède-t-il en définitive? Ecoutez; l'âme d'un tel homme est d'une beauté si ravissante qu'on ne saurait l'exprimer. De même que dans une goutte de rosée brillante se mire le soleil, qui la fait rayonner de l'éclat des plus riches couleurs, de même dans l'âme du juste se reflète la sainte image de Dieu, et elle lui donne une admirable et mystérieuse beauté. La beauté de l'âme, en état de grâce, est telle que Dieu luimême la regarde avec complaisance. L'homme en état de grâce est un enfant de Dieu! Pensez-y bien; oui, un enfant de ce Dieu si grand, si glorieux, si puissant! De même que les parents aiment leur enfant, veillent sur lui avec la plus tendre sollicitude, lui donnent tout ce dont il a besoin ; de même Dieu aime le juste d'un amour si grand, d'un amour tellement divin qu'on ne saurait l'exprimer. Jour et nuit son œil paternel veille sur lui, et il lui accorde en abondance, tout ce qui sert à son salut. Que la vie de l'homme vertueux est belle, qu'elle est paisible et heureuse! Il peut se dire sans cesse : Dieu m'aime; en quelque lieu que je sois, il est près de moi, et sans sa permission, aucun cheveu ne peut tomber de ma tête! — L'âme qui est en état de grâce, a des joies et des jouissances que le pécheur ne soupçonne même pas, et qui surpassent toutes les joies du monde. Et quand cet homme meurt, sa fin est encore plus belle que sa vie ; c'est comme le soleil qui, en se couchant, jette les rayons les plus ravissants au milieu d'un ciel d'or et de pourpre. Le divin Sauveur, le conduit dans la céleste patrie, dans la demeure bienheureuse des cieux.
Or, chers enfants, imaginez-vous que cette même personne qui, jusqu'alors, s'est trouvée en état de grâce, commette un seul péché mortel ; quel affreux changement s'opère en ce moment dans son âme! Au lieu de cette beauté angélique, il n'y a plus qu'une affreuse laideur, plus affreuse que celle d'un cadavre en putréfaction ; au lieu de l'image ou du portrait de Dieu, il porte dans son âme, — dois-je le dire? l'imagedudémon. C'est avec horreur que Dieu se détourne de lui; d'un enfant de Dieu qu'il était, il est devenu l'ennemi de Dieu, un être détesté de Dieu.
Chers enfants! Quel déplorable malheur! Un enfant quoi-
que tendrement aimé de ses parents, les a insultés si grossièrement, qu'ils le repoussent, qu'ils le chassent de la maison paternelle et ne veulent plus le regarder comme leur enfant; et voilà que, sans parents, sans demeure, il erre partout comme un orphelin abandonné. Ah! qu'il est bien plus grand le malheur de celui qui est repoussé par son Père céleste ! Et comment alors peut-il y avoir encore de la paix dans le cœur du pécheur? Lorsque Caïn eut tué son frère, il erra, comme un vagabond, par toute la terre; le moindre bruit dans le feuillage le faisait trembler, parce qu'il craignait que ce ne fût quelqu'un qui venait exécuter sur lui l'arrêt de la justice divine. Celui qui a osé commettre un péché mortel doit se dire également : J'ai outragé Dieu, je suis un ennemi de Dieu, et je ne suis pas un moment certain qu'il ne me fera pas mourir ; et si je meurs, je suis damné, perdu pour toute l'éternité! Quand un criminel doit se dire : Je suis condamné à mort... à chaque instant le bourreau peut se présenter pour me conduire à lechafaud! C'est là une pensée qui doit le faire frissonner; mais combien plus effrayante doit-elle être pour le pécheur, quand il se dit : Je suis condamné par Dieu ;à chaque instant la mort peut venir et me jeter en enfer!
B) Le péché mortel nous enlève tous les mérites que nous avions acquis. Supposez une pauvre servante qui a servi pendant quinze ans, et qui, chaque année, a épargné soixante francs; ces neuf cents francs sont toute sa fortune. A cause de son imprudence, en une nuit, on lui vole toute cette somme. Quel ne sera pas son chagrin! Combien amère sera sa douleur! Or un chrétien, pour la moindre bonne œuvre, par exemple : pour une prière, obtient une récompense de Dieu, ce qui vaut plus que tout l'or du monde. Mais que de mérites, que de récompenses ne doit-il pas avoir acquis, si, pendant deux ans, pendant dix ans, il a fait chaque jour beaucoup de bonnes actions, en état de grâce? Quel trésor de bénédictions n'a-t-il pas à attendre? Cependant si cette personne commet un seul péché mortel, elle perd au même moment tous ses mérites ; toutes ses bonnes œuvres ne lui servent plus de rien. Quelle perte, ô* mon Dieu! Et aussi longtemps qu'elle est en
état de péché mortel, elle est aussi peu capable de mériter quelque chose pour le ciel, qu'un cadavre l'est de travailler.
Toutes les actions quelle fait, les prières qu'elle récite, les souffrances qu'elle endure en cet état, ne lui procurent pas la moindre récompense dans le ciel, tandis que si elle avait été en état de grâce, elle en aurait été richement récompensée! Chers enfants! que de mérites n'auriez-vous pas pu amasser pour le ciel ! Que de richesses vous avez déjà perdues par vos péchés ! Vous êtes tristes, lorsque vous avez perdu cinq centimes, et ne seriez-vous pas tristes, après avoir perdu tant de trésors célestes ?
II. Mais la punition la plus terrible du péché mortel se fait sentir surtout dans l'autre monde, en enfer. Considérons en effet.
A) Ce que souffrent en enfer les damnés. Ah ! chers enfants, qui pourrait vous le dépeindre? Les damnés sont maudits de Dieu, bannis à jamais de sa présence, privés de la vue de son infinie beauté (4), exclus de tout ce qui est lumière et vie, joie et bonheur ; ils sont plongés dans une mer de souffrances effroyables. Après la résurrection, il n'est pas de membre dans leur corps, pas de faculté dans leur âme qui n'ait son tourment particulier. Ils sont tourmentés par un feu éternel. Quelle souffrance terrible que celle de brûler! Un saint missionnaire fut un jour martyrisé par des Indiens sauvages. Autour de lui ils allumèrent un feu, pour qu'il fût rôti lentement par la chaleur, mais non dévoré tout d'un coup. Sous ses pieds et sur sa tête, ils amassèrent des charbons ardents; dans tout son corps ils enfoncèrent des pointes de bois très dur, auxquelles ils mirent le feu, de sorte que sa peau brûlée pendait par lambeaux. C'est ainsi qu'ils le torturèrent pendant plusieurs jours. N'était-ce pas là une souffrance, un supplice horrible, que l'on croirait avoir été suggéré aux sauvages par le démon lui-même? Et néanmoins, chers enfants, ce supplice si affreux qu'il soit, n'est, pour
(1) On regarde comme malheureux un aveugle, parce qu'il ne peut voir le ciel bleu, les vertes campagnes etc., en un mot la beauté de l'univers. Combien plus malheureux est celui qui pendant toute l'éternité sera privé de la vue de l'infinie et inénarrable beauté de Dieu ?
ainsi dire, rien à coté du supplice du feu infernal. Oui, représentez-vous toutes les douleurs que chaque homme a endurées, les tourments qu'ont supportés les saints Martyrs etc., réunissez tout cela : cependant, ce n'est à côté des souffrances qui accablent un seul damné, que comme la flamme d'une petite lampe à côté de la flamme qui s'échappe des hauts-fournaux, où l'on coule le fer. Puis considérez quelles peines doivent ressentir les damnés à cette pensée : C'est moi-même qui suis la cause de mon malheur. — Représentez- vousun enfant qui, malgré tous les avis qu'on lui a donnés, a été méchant, et qu'on enferme à part dans la cave, un jour où l'on célèbre une fête dans la maison. Il entend de là, comment les autres enfants chantent gaîment, jouent, s'amusent et reçoivent toutes sortes d'excellentes choses ; et lui, il est là seul et abandonné, tourmenté par la faim, dans cette cave obscure, en se disant : Si j'avais obéi, j'aurais été aussi heureux que les autres! Que cette pensée doit le rendre triste ! Mais combien plus tristes doivent être les damnés quand ils s'arrêtent à cette pensée : 3Ioi aussi j'aurais pu être dans le ciel! Plusieurs de mes parents, de mes frères et sœurs, de mes camarades etc, y sont maintenant ! Que de fois Dieu m'a averti! avec quelle facilité j'aurais pu lui obéir! que de fois j'aurais pu me confesser et me corriger! Mais c'était trop pour moi, que de me donner cette peine. Si j'avais voulu faire quelques efforts, je serais maintenant au ciel ; et voilà que je suis condamné à ces peines épouvantables.
B) Et combien de temps souffriront les damnés? Quand un malade éprouve les plus vives douleurs, il se console par cette pensée : cela cessera bientôt, et je pourrai de nouveau dormir. Ce missionnaire dont je vous ai parlé tantôt, avait du moins quelque repos durant la nuit et pouvait se dire : dans une couple de jours, la mort m'apportera la paix éternelle. Mais les damnés, chers enfants, n'ont jamais de repos, pas le moindre soulagement, ni l'espoir que leurs souffrances s'arrêteront, même pour un moment. Et combien de temps souffriront-ils? Est-ce peut-être un jour? Pensez-y, tout un jour dans le feu! Peut-être une année? Si on disait à quelqu'un qui a seulement mal aux dents : Ce mal, tu le souffriras pen-
dant toute une année, sans avoir un moment de repos ; il répondrait : Je ne pourrai le supporter, — je préfère mourir. Et maintenant pensez-y : toute une année dans les flammes! Que dis-je? Sera-ce seulement une année, ou sera ce pendant cent, pendant mille ans? Non, chers enfants, et c'est là ce qu'il y a de plus terrible dans les peines de l'enfer : elïrs ne cesseront j mais; elles dureront aussi longtemps >\\ li y aura un Dieu dans le ciel, elles seront sans fin,... éternelles. Si l'on disait aux damnés : Voici ce que Dieu a résolu : tous les mille ans un petit oiseau descendra sur le rivage de cette mer immense qu'on ne saurait mesurer, et boira une petite goutte d'eau ; après qu'il aura vidé toute l'eau qu'il y a dans la mer, vos souffrances cesseront. Ah ! chers enfants, comptez si vous le pouvez combien de gouttes d'eau, il y a dans un verre, dans un étang, dans les fleuves, danslamer qui entoure le globe et qui est si profonde !.. et tous les mille ans une seule goutte! Combien demilliers et demillionsd'annéesnefaudraitil pas? Et cependant, si on disait cela aux damnés, comme ils seraient contents! comme leurs souffrances leur deviendraient légères ! car ils auraient du moins un rayon d'espérance. Mais non, ils n'en ont aucun. En enfer c'est toujours la même heure qui sonne; toujours, jamais; toujours des souffrances, jamais de repos. Chers enfants! n'est-ce pas là une pensée effrayante? Et c'est à ces peines, à ces longues souffrances que vous vous êtes exposés par votre imprudence à commettre le péché !
C) Et pourquoi les damnés souffrent-ils ces peines affreuses et éternelles9 A cause du péché mortel : parce qu'ils ont été impudiques, parce qu'ils ont porté de la haine et de la rancune, parce qu'ils ontblasphémé et volé. ..parce qu'ils ont caché des péchés à confesse, reçu indignement l'absolution et la sainte Communion, etc; ainsi à cause de péchés que peutêtre plusieurs parmi vous ont commis aussi, — ou bien. ..mais non, je ne puis croire qu'il y en ait un seul parmi vous, qui soit tenté de commettre de tels péchés, de faire une mauvaise confession et de communier indignement. Dans l'enfer, il y a probablement des enfants plus jeunes que vous. . . ils ont peutêtre moins péché que plusieurs d'entre vous. Il n'y a pas long-
temps j'ai lu comment un enfant auparavant très vertueux, par suite delà fréquentation d'un mauvais camarade, s'était laissé aller à des discours obscènes et à des désirs impurs; il mourut subitement et (comme une apparition le prouva) il fut damné pour toute l'éternité.
Chers enfants! La conscience ne vous dit-elle pas que vous aussi vous avec commis de ces péchés..? Et si vous l'avez fait, ô mon Dieu ! à quel affreux malheur vous vous êtes exposés? Chaque jour vous auriez pu mourir, et alors vous eussiez été perdus pour toujours. Et vous avez pu vivre ainsi dans cet horrible danger sans vous soucier de rien ? — Au milieu d'un hiver très froid, un cavalier, dit-on, était arrivé dans un village, qui se trouve à quelque distance d'un grand étang de plusieurs lieues d'étendue; il demanda aux villageois, s'il était encore loin de cet étang. Ces braves gens lui firent plusieurs questions et reconnurent ainsi qu'il avait passé sur l'étang au milieu de la neige et du brouillard, sans l'avoir remarqué ; ils lui dirent donc : « Vraiment vous pouvez remercier le bon Dieu ! Vous avez été exposé à un grand danger! Si la glace, encore mince, s'était rompue, vous seriez enseveli maintenant au fond des eaux. » Lorsque le cavalier entendit cette révélation, il s'effraya tellement du danger qu'il avait couru, qu'il s'affaissa sur lui-même et tomba raide mort. Chers enfants ! N'avez-vous pas été exposés pendant longtemps à un danger bien plus terrible? Ne devez- vous pas frémir, rien qu'en y pensant? — Ah! remerciez bien le bon Dieu, de tout votre cœur, de ce que vous n'avez pas été surpris par la mort et qu'il vous a donné le temps de faire pénitence. Profitez de l'occasion que Dieu vous offre de vous purifier, autant que possible, de tous vos péchés, par une confession générale. Confessez-vous de telle sorte comme si vous étiez certains de devoir être emportés bientôt par une mort subite.
Et puis, à l'avenir gardez-vous de commettre encore le péché. Le péché c'est le seul mal. 11 vous enlève plus que l'or et la fortune, plus qu'un père et une mère, plus que la santé et la vie; il vous enlève les biens et les récompenses célestes, il vous sépare du meilleur et du plus aimable des pères, de vo-
tre père céleste ; il vous enlève la vie de l 'âme et vous jette dans la mort éternelle, dans l'enfer. Donc, plus un seul péché mortel ! Et si vous aviez encore le malheur (mais je ne puis le croire), si vous aviez le malheur de tomber encore dans un péché mortel, ne tardez pas un jour, pas même une heure de vous réconcilier avec Dieu. — Dans une ville de France, on donnait un jour une mission. Pendant le diner on appela un des missionnaires, en le priant de se rendre dans le cabinet voisin, où se trouvait un officier qui désirait lui parler. Dès que le missionnaire fut entré, l'officier ferma la porte et mit la clé en poche en disant : « Monsieur l'abbé, vous ne sortirez pas de cette chambre, avant que vous n'ayez entendu ma confession. — » « Pourquoi donc êtes-vous si pressé? » demanda le missionnaire. « Aujourd'hui, répliqua l'officier, vous avez prêché sur l'enfer et sur le terrible danger où se trouve le pécheur d'être damné pour toujours, — eh bien ! je suis en état de péché mortel. Cette nuit même ne pourrais-je pas mourir, oui mourir dans une heure, et que deviendrais-je alors? Je n'ai plus de repos, il faut que je me confesse. » Imitez ce bel exemple, et si jamais vous tombez dans quelque péché mortel, faites de suite un acte de contrition parfaite, avec le propos de vous confesser le plutôt possible, puis confessez-vous, aussitôt que cela pourra se faire.
Et pour finir, voici mes dernières paroles : Pensez souvent à l'enfer; lorsque vous êtes tenté de commettre le péché dites : « le plaisir est court, les douleurs sont éternelles. »
Lorsque les adversités ou les douleurs vous paraissent insupportables, pensez à ce que disait souvent un pieux ecclésiastique : « Tout cela est loin de ressembler au feu, tel que je l'ai mérité. » De temps à autre descendez en enfer (par des pensées sérieuses, par la considération des peines de l'enfer), alors vous n'y descendrez pas après votre mort, malheur dont Dieu daigne vous garder. Ainsi soit-il.